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Forum : Au p'tit zouave

Sujet : Un assassin affadi


De Impétueux, le 5 juillet 2007 à 16:52
Note du film : 4/6

Ma note de 4 ne se justifie qu'en faisant abstraction des dix dernières minutes, larmoyantes et niaises ; mais excepté le ridicule de l'assassin rédimé par l'amour pur d'une jeune fille (snif !) mais néanmoins arrêté, parce qu'il faut bien que la conclusion soit morale, excepté, donc, cette concession au sentimentalisme, ce film du début de la carrière de Gilles Grangier n'est pas mal, pas mal du tout vraiment.

Et le meilleur n'est évidemment pas l'intrigue policière (on s'aperçoit tout de suite qui est l'assassin de vieilles filles), et moins encore l'intrigue sentimentale, mais bien sûr la captation de l'atmosphère de l'époque, du bistrot populaire du boulevard de Grenelle, aux temps où ce quartier n'était pas le marchepied des tours du Front de Seine, mais l'arrière-cour des usines Citroën, et la voie d'accès du Vel d'Hiv de la rue Nélaton.

L'assassin affadi de mon titre fait une allusion aussi discrète que réelle à L'assassin habite au 21 dont Au p'tit zouave est une démarque partielle, édulcorée, mais qui y ramène irrésistiblement. Décor unique du bistrot, galerie de trognes pittoresques bien caractérisées, festival de seconds rôles des belles années du cinéma français, de Robert Dalban à Paul Frankeur, en passant par Henri Crémieux (celui-ci délicieusement abject en petit bourgeois hypocrite et salace), d'Yves Deniaud à Jacques Morel.

Il y a tout ce qu'on aime dans cette ethnographie demi-séculaire : des dialogues goguenards, des archétypes tendres (Olga, la pute au grand coeur Marie Daëms, Eugène, le mac vicelard et trouillard, Renaud Mary, Louis, le monte-en-l'air triste qui n'a-pas-de-chance-avec-les-femmes, Bernard Lajarrige), et cette sorte de tradition du cinéma français de l'empathie grognonne, où l'on s'engueule, se charrie, se débine autour de l'apéro ou d'une partie de cartes.

Quelques scènes excellentes et bien filmées : celle où le respectable M. Florent (Henri Crémieux, donc), commençant par jouer les pères nobles attachés à la vertu, s'embrase graduellement en faisant miroiter aux yeux de plus en plus horrifiés de la tendre Hélène (Dany Robin) que ses faveurs pourraient être bien rémunérées, d'autant que, compte tenu de son âge, il ne demanderait pas grand chose (on en est d'avance dégoûté) ; celle où le Commissaire (Paul Frankeur) fait comprendre au patron du bistrot, M'sieur Armand (Robert Dalban), accessoirement receleur qui il est et qui domine la situation : il y a une bouffée de fumée de cigarette jetée en pleine face qui est du grand art de comédien.

Et si L'assassin est affadi, c'est que – je livre le secret de polichinelle – l'assassin, c'est François Périer, dont le personnage assez mièvre est plus proche du Marcel Maurin que joue Jean Desailly dans Maigret tend un piège, c'est-à-dire un pauvre bonhomme qui n'a pas su grandir et en veut à toutes les femmes que de l'effroyable trio maléfique Larquey, Roquevert, Tissier du film ci-devant cité de Clouzot, , assassin pour l'éternité.


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De PM Jarriq, le 5 juillet 2007 à 17:51

François Périer était un excellent acteur, homme de théâtre avant tout, mais qui n'a pas vraiment marqué l'histoire du cinéma. Il y a pourtant un film où il a été irremplaçable, c'est dans Z, où il tire le maximum d'un personnage de procureur faux-jeton, obséquieux, couard et odieux, dont chaque apparition dans le film est un pur régal. Dommage qu'il n'ait que trop rarement trouvé des rôles aussi savoureux…


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De Arca1943, le 5 juillet 2007 à 18:14

Pour ma part, je le connais essentiellement comme acteur de soutien; son dernier numéro dont je me rappelle, fort amusant, dans Vivement dimanche. Mais comme premier rôle, on me chuchote que Périer est très bon en esseulé entre deux âges qui rencontre Sandra Milo par la voie des petites annonces dans La Visita, un Pietrangeli de 1963 qui – ah ben ça alors, tout arrive – n'est pas encore repertorié sur dvdtoile.com…


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De Impétueux, le 5 juillet 2007 à 18:40
Note du film : 4/6

Chers amis, je me suis mal exprimé ; ou plutôt exprimé de façon un peu trop compliquée : ce n'est pas l'acteur François Périer que je trouve mièvre, dans ce Au p'tit zouave intéressant : c'est son personnage (c'est un assassin qui a des problèmes freudiens, comme celui de Maigret tend un piège, disais-je).

Car, outre les titres que vous avez cités, François Périer est absolument remarquable dans plein de films : Le Samouraï, Le cercle rouge, tous deux de Jean-Pierre Melville, Max et les ferrailleurs, de Claude Sautet, Police Python 357 d'Alain Corneau… A chaque fois dans un rôle de Commissaire de police, suis-je en train de m'apercevoir…


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De PM Jarriq, le 5 juillet 2007 à 19:06

Non, non, j'avais bien compris, Impétueux. Je faisais juste un petit commentaire en passant sur Périer et son rôle dans Z.

Quand on l'imagine à la cinquantaine, avec une petite moustache, n'aurait-il pas fait un parfait Hercule Poirot ?


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De gigi2, le 28 juillet 2007 à 23:37
Note du film : 6/6

Vous oubliez, excusez du peu, son rôle de minable exceptionnel dans "les nuits de Cabiria" de Fellini, et cela n'est pas rien!

Il faut le voir avec ses lunettes noires qui ne parviennent pas à dissimuler FACE sa gêne face à Giulietta Masina (elle aussi sublissime)qu'il depouille de ses maigres économies de prostituée; c'est vraiment du trés grand art et pas du tout tape à l'oeil et genre performance d'oscarisé!


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De Xaintrailles, le 19 décembre 2007 à 13:38
Note du film : 5/6

Le texte publicitaire, au dos du boîtier, qualifie justement ce film de "joyau méconnu". Le fait est que je n'en avais jamais entendu parler et que ce fut une découverte extrêmement agréable. Même si la fin est moins bien que le reste. Il faut dire que les "scènes d'amour" sont peut être ce qu'il y a de plus difficile à réussir au cinéma. Et celles du P'tit Zouave sont beaucoup moins ridicules que celles, entre autres, d'"Hôtel du Nord". Notons aussi que le dialoguiste se permet le luxe de ne faire aucun des "mots d'auteurs" si chers, parfois avec raison, à Jeanson, Prévert ou Michel Audiard… Ses dialogues y gagnent en naturel et en réalisme…


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