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Sujet : Gance était bien émoussé...


De Impétueux, le 28 juin 2007 à 22:56
Note du film : 2/6

Je crains de n'avoir pas la main très heureuse, en ce moment, dans mes redécouvertes de films français des années Cinquante et Soixante, édités avec une profusion infernale par René Château ou par un autre fumiste, films qui me valent des déceptions à la mesure de mes espérances. Mais bon ! Si on se décourageait pour ça, où irait-on !

D'autant que là, je pensais avoir mis la main sur une œuvre qui, par son réalisateur, sa distribution, son scénario, l'atmosphère sulfureuse que son nom dégageait à mes souvenirs ne pouvait pas me décevoir.

Et je suis tombé de bien haut !

Certes, le muet n'est pas mon truc, mais tout de même, le nom d'Abel Gance est connu et célébré pour La roue, pour son Napoléon (avec le fameux Albert Dieudonné), ou, aux temps du parlant, pour une Lucrèce Borgia où la grande Edwige Feuillère apparaît nue, ou presque, pour un J'accuse de belle venue et, plus tard encore pour un Austerlitz de qualité.

La distribution ? Aux côtés d'un Pierre Brasseur qui, en 1955 est au sommet de sa carrière, la pulpeuse Silvana Pampanini, mais aussi Paul Guers, Michel Bouquet, Jacques Toja – certes jeunes, mais sûrement déjà talentueux – et quelques étoiles sympathiques de petite grandeur, comme Gabriello ou Rellys.

Et puis surtout l'histoire, ou plutôt ce qu'on appelait aux temps jadis la Petite Histoire : la fable de la Tour de Nesle, comme celle du Masque de fer, comme en d'autres temps et d'autres lieux la légende du Prêtre Jean ou celle de la Papesse Jeanne sont de celles qui fascinent les esprits romanesques à l'égal des vraies péripéties de L'Affaire des poisons ou des duperies du Collier de la Reine.

Que le film de Gance s'inspire d'un mélodrame écrit par Alexandre Dumas ne pouvait, en sus, qu'ajouter un peu de piment à la sauce, même si les amateurs de vérités historiques sont rarement à la fête dans ces optiques (c'est ainsi que ce récit de la Tour de Nesle se passe, dans le film, sous le règne de Louis X le Hutin, alors que l'affaire a éclaté sous Philippe IV le Bel qui fit bellement emprisonner ses belles-filles coupables d'adultère). Ça n'a pas réellement d'importance si l'anecdote est convaincante et bien menée. Mais ça n'est pas du tout le cas, ça hésite entre le ridicule, le grotesque, même, et le pitoyable.

Peu importe que le carton-pâte et la toile peinte règnent sur les décors ; peu importe que les orgies salacement annoncées lors du lancement du film soient des plus parcimonieuses (même pour 1955 !) ; peu importe que les dialogues soient d'une niaiserie et d'une faiblesse insignes, hésitant entre le truculent (du type Holà, tavernier du Diable !) et le pathétique de bazar ; peu importe qu'on ait un peu honte de voir un Michel Bouquet réussir à être catastrophique, un Paul Guers bête à pleurer et même un Rellys (le si magnifique Ugolin du Manon des Sources de Pagnol) se résoudre à s'aligner en médiocrité sur le gugusse Gabriello ; peu importe…

Enfin si, à la longue, ça importe ! D'autant que la couleur du DVD est d'une laideur épouvantable (on dirait un film colorisé) que Pierre Brasseur s'est fait la tête de l'Othello qu'il joue avec brio dans Les enfants du Paradis (ce qui, là, ne s'impose en rien) et que ça dure deux heures…


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De Gaulhenrix, le 29 juin 2007 à 00:18

"(on dirait un film colorisé)"

Ah ! les films colorés ou coloriés, quelle horreur !!!


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De droudrou, le 29 juin 2007 à 08:48

Eh bien : revoir "Les Rois Maudits" de Claude Barma ou relire Maurice Druon… Pour les vacances… Près de 1600 pages à relire, ça occupe ! Je viens de dépasser la moitié !


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De Impétueux, le 29 juin 2007 à 14:09
Note du film : 2/6

Cher Gaulhenrix, je n'ai pas, pour les néologismes, l'aversion que vous ne cessez de manifester, me souvenant que notre langue française est née de latin abâtardi, de racines gauloises, et d'apports multiples.

D'autant que colorisé n'est pas, à mes yeux, synonyme de colorié, que j'emploierais plutôt pour ces films d'avant-guerre (la première !) mis en couleurs au pochoir (par Emile Cohl, je crois), et colorés me fait davantage songer aux somptueux Technicolor de notre fraîche enfance.

Colorisé – c'est un mot hideux, n'est-ce pas ? – traduit bien ce procédé infamant qui rend tout beigeasse et n'apporte rien, sinon une touche surannée perceptible encore davantage, à des films qui n'en demandaient pas tant…

Et cher Droudrou, c'est bien parce que je connais bien et ai lu plusieurs fois Les rois maudits de Maurice Druon que je me permets de faire le pédant sur cette Tour de Nesle bien décevante…


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De droudrou, le 29 juin 2007 à 15:32
  • Bin tiens !… Oui, Riton ! Monsieur fait le difficile ! Attends un peu ! J'vais lui expliquer la Tour de Nesle ! Après il sera moins regardant avec ce qu'il a dans son assiette !
  • T'as raison, Paulo ! Il n'y a qu'à la dure qu'on obtient des beaux enfants bien élevés !…
  • Cà c'est bien vrai, Riton ! Regarde, des beaux gosses comme nous !
  • Tape pas trop fort quand même, Paulo ! Tu pourrais nous l'abîmer !
  • Ma devise c'est : "Toujours en douceur !" Y'a qu'ça ! D'la douceur ! On en a tous besoin !…
  • Fais attention quand même ! Ce n'est pas parce que monsieur il a son bac qu'il sait forcément laver la vaisselle !…
  • Ah ! Tu causes bien, toi !
  • Tu sais, c'est pas parce qu'on a un beau parlement qu'on se retrouve forcément au perchoir !…

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De Gaulhenrix, le 29 juin 2007 à 20:45

Pour les bonnes raisons que vous invoquez, cher Impétueux, je ne puis être contre les néologismes. Ce que je refuse, ce sont les reprises systématiques de mots anglo-saxons, surtout quand, en l'occurence, il s'agit d'un mot français à l'origine. Cela dit, je m'attends à lire, un de ces jours, le fameux nominer (et bien d'autres encore…). Mais cela ne viendra pas de vous, j'en suis persuadé.


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De Arca1943, le 14 novembre 2007 à 18:46

Je dois me porter en faux sur cette critique d'Impétueux qui passe à la moulinette un film que je n'ai jamais vu. C'est qu'il se préoccupe de détails secondaires comme les dialogues, le scénario, le jeu des acteurs, la mise en scène, la crédibilité historique, les décors et les costumes, pour passer sur l'essentiel : à savoir qu'il y a donc au moins un film avec Silvana Pampanini en circulation sur DVD ! Bon sang, c'est qu'elle est rare, la mâtine ! Je n'ai aucun film avec la Pampanini dans ma collection de films italiens et c'est une honte. Si jamais les choses ne s'améliorent pas – si par exemple La Belle de Rome de Luigi Comencini ne sort jamais en DVD – eh bien, je devrai mettre la main sur ce film d'Abel Gance, en désespoir de cause. Ah, Silvanaaaaa, où es-tu?


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De vistavision, le 12 janvier 2008 à 11:03

Il est prévu sur "France 3" en février 2008 un cycle "cinéma de minuit" consacré à Abel Gance.

Si les informations sont bonnes, nous devrions avoir : Le 3 février "Lucrèce Borgia" (1935) – Le 10 février "Le capitaine Fracasse" (1943) – Le 17 février "La tour de Nesle" (1954) – Le 24 février "Cyrano et d'Artagnan" (1963).

Je trouve certaines critiques très dures pour "la tour de Nesle" !… Certes il y a très longtemps que je l'ai vu, mais j'ai souvenance d'un Pierre Brasseur démoniaque et sombre… Oui ! très proche d'un "Iago" plus que d'un "Othello"… et quel scandale à l'époque pour des scènes "osées" beaucoup plus suggérées que visualisées…

j'attendrai de voir la diffusion télévisée avant de me lancer dans un "René Château" approximatif !


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