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Forum : Le Café du cadran

Sujet : Les lumières de la ville


De De jouvet@free.fr,, le 14 mars 2007 à 16:12

Hier au soir , j'ai visionné "LE CAFE DU CADRAN". Film de 1947 dont on ne saura jamais vraiment s'il a été realisé par Jean Gehret ou Henri Decoin ! Suivant les affiches ou les sites de cinéma , c'est au gré du vent…Mais j'aime beaucoup cette "chronique" d'un bar parisien. Claude Sautet ne l'eut pas renié… Situé juste en face du célébrissime "CAFÉ DE PARIS",music-hall ou bien des talents ont débuté, Le café du cadran, beaucoup plus modeste, voit arriver un jour un couple de jeunes auvergnats repreneurs (Bernard Blier et Blanchette Brunoy) voulant tâter de la vie parisienne…Nos optimistes tourtereaux vont vite comprendre qu'entre le café du commerce de leur petit village et leur nouveau joujou, il y a… la ville et la campagne.

Lentement, très sournoisement, avec patience, les falbalas parigots dont ils rêvaient vont les avaler eux, et leur innocence champêtre.. Excellent film . Des acteurs très convaincants (à noter un numéro magistral de l'immense Aimé Clariond !), un film qui "coule" tout doux… Le côté un peu désuet de certaines scènes est vite oublié car presque nécessaire pour démontrer le combat entre les rêves et la réalité. Oui, une jolie chronique… Qui se souvient de ce film ?

                              

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De gigi2, le 26 juin 2007 à 01:13

Blanchette Brunoy comme toujours est très bien de même que Bernard Blier !


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De gigi2, le 30 juin 2007 à 02:31

Je ne comprends pas, quel est le rapport avec le film? je signale aux personnes interessées que le cafe en question existe bel et bien avenue de l'opera mais que le proprietaire interrogé ne connaissait même pas l'existence de ce film qui ne manque pourtant pas d'interet et de charme! quelle ingratitude!


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De Tamatoa, le 2 septembre 2014 à 20:24
Note du film : 5/6

Une œuvrette béret-cassoulet ? Qu'est ce que ça veut dire ça ? Ce film, peut-être pas majeur, n'est pas dans "Les cahiers du cinéma", certes, mais dans les "greniers" du cinéma. Ces greniers où fourmillent plein d’œuvrettes très avenantes qui ne sentent pas le cassoulet mais le bon vieux cinéma qui réchauffe. Bien que je préfère l'odeur du cassoulet à celle du snobisme éculé. Le café du cadran n'est pas une leçon de cinéma, j'en conviens, mais il est assez bien construit et bien senti (!) pour que l'on s'en souvienne. C'est un bon cinéma du samedi soir, plein de gens simples, de ce lieu commun à beaucoup (le bistrot) et accompagné de sentiments qui ne naviguent pas entre une guerre nucléaire, des extra-terrestres et Saturne !

Le café du Cadran, c'est la chronique parisienne et noire malgré les espoirs exprimés d'un rêve qui doucement et tragiquement, se jettera à la mer, comme disait Audiard. Les petits cafetiers auvergnats voulaient bouffer du Paris et c'est Paris qui va les bouffer. Formidablement interprété par un jeune Bernard Blier qui la même année confirmera définitivement son talent avec son maître Jouvet dans Quai des orfèvres et une non moins jeune Blanchette Brunoy, on se régale de voir cet esprit campagnard et naif qui est le leur vouloir rivaliser avec des affranchis de la vie très urbaine et sans cadeaux. Tout un petit monde grouille dans cette endroit de perdition légère. Les poivrots patentés, les journalistes qui en font leur bureau, les amoureux de passage, et tous ceux qui viennent, boivent et repartent vite comme si ils avaient peur qu'on leur demande pourquoi ils boivent. Les honteux et les rois du café-tabac…Des glous-glous permanents qui remplissent les verres et la caisse se font entendre comme la seule musique de ce film. Ou presque. Il faut aussi compter avec le brouhaha incessant des arguments alcoolisés, des éclats de rires fanés et des confidences imbibées. Le café du cadran c'est un confessional bruyant et tout aussi secret à la fois…

Jean Gehret, touche à tout sans jamais éclore vraiment dans une quelconque discipline, ici surveillé de près par le très professionnel henri Decoin, arrive à faire de ce film une fort jolie tranche de vie bien emmenée d'abord par le couple pré-cité, mais aussi par toute une faune d'acteurs de deuxième voire troisième zone. Je ne parle pas d'Aimé Clariond, toujours parfait, mais de par exemple, Olivier Darrieux, le frère cadet de qui vous savez, qui se fatiguera vite de ce métier. Félix Oudart, assoiffé permanent, oiseau de malheur qui causera la perte du couple Bier/Brunoy, Pierre Sergeol et son éternelle gueule de malfrat qui ne lui a guère laisser le choix de ses rôles. Robert Seller et sa grande gueule qui a fait le bonheur de bien des cinéphiles à travers, par exemple Volpone, Copie Conforme ou Le prince de Polignac. Et le cher Georges Bréhat, vieux serviteur au Café du cadran qui a vu défiler moult patrons venus se frotter à des rêves qui les dépassaient. Ce vieux serviteur au courant de tout. Qui met en garde, qui prévient. Qui connait tous les tenants et les aboutissants du métier de barman. Il est le lutin magique de cette atmosphère bavarde, enfumée, presque louche. Le café du cadran, c'est le miroir aux alouettes pour qui est étranger à la vie parisienne et à ses pièges. D'autant qu'en face de lui siège le très fameux Café de Paris qui déverse ses clients blasés à chaque entracte. Les genres se mélangent. Certaines mentalités, plus habituées au calme d'un petit village auvergnat, ne tiendront pas le coup devant la bourrasque de la grande cité. C'est ce que Decoin et son acolyte ont voulu raconter. Quand on prétend diriger un troquet même modeste, il faut se rappeler qu'il est à Paris. Et les loups ne tournent pas qu'autour des bergeries…

Le café du cadran est un film de grenier, je l'ai dit. Mais vu la qualité de cette œuvre intemporelle (je suppose qu'aujourd'hui d'autres se brûlent aussi les ailes en voulant défier la capitale), nous nous devons d'en parler encore et toujours. Et fier de porter le béret et de bouffer du camembert !


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De Commissaire Juve, le 4 septembre 2014 à 14:12
Note du film : 5/6

Tu n'as pas remarqué que Blanchette Brunoy "bovarysait" à mort dans ce film ? Le café du cadran, c'est Mme Bovary transposé dans l'univers des bistrotiers. Si l'on excepte l'absence d'un Monsieur Homais, tout y est, même l'abominable "M. Lheureux" (celui qui prête, qui prête, qui prête… et qui réclame son dû sans crier gare).


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De Tamatoa, le 4 septembre 2014 à 17:00
Note du film : 5/6

Et bien non, dites donc ! Maintenant que vous en parlez, M'sieur l'commissaire, je fais quelques petits rapprochements mais je ne vous cacherai pas que Madame Bovary est une vieille histoire dans mon vieux cerveau …Mais, effectivement, c'est assez troublant. A part que Blier ne mourra pas, seul dans son jardin mais sûrement sous la guillotine. Celà étant, Decoin et Jean Gehret ont-ils faits eux-même le rapprochement en tournant ça ? Peut-être. Et quand je repense à Aimé Clariond, le vieux beau violoneux qui séduit Blanchette Brunoy, c'est vrai qu'il aurait fait un Rodolphe de première. J'en profite pour dire, ce que je n'ai pas fait dans mon message initial, que la scène où il organise un petit concert très privé pour Brunoy dans l'arrière salle du bistrot est un pur moment de bonheur ! -Ne souriez pas !…. Il y est magnifique ! Et puis tiens : Il n'y a pas le beau qui varie, ma note aussi : je mets 5/6 à cette petite perle ! Ne serait-ce que pour em…..er mon ministre et son camembert !


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De Nadine Mouk, le 23 mai 2017 à 20:18
Note du film : 5/6

Pas grand chose à rajouter . J'ai vu ce petit boudoir à croquer hier au soir et pas la moindre indigestion. Un Bernard Blier très jeune et très brillant dans un rôle comme il en a tant avalé. Une ambiance de bistrot parisien, avec ses verres qui se remplissent pour faire oublier mille affres de la vie. Les mêmes que notre bistrotier va connaitre avec sa Blanchette Brunoy de femme, emportée par les pièges d'une vie parisienne trop sournoise. Les âmes, orgueilleuses, fourbes ou maladroites s'y croisent et partagent les mêmes liqueurs pour se retrouver dans le même oubli. Les personnages de la vie ordinaire sont bien vus et traités comme il se doit, derrière leur rempart divin : leur verre .

Le café du cadran, c'est le rendez-vous des grandes désillusions adoucies par l'alcool qui modifie la conscience et les perceptions, et de ce fait le ressenti et les comportements. Dans Le café du cadran, on est quelqu'un d'autre… Tout y est faussé. On y vient pour se perdre croyant y venir pour se retrouver. On y croise aussi des oiseaux de malheur comme ce maudit Félix Oudart, Corbeau maléfique qui donne le frisson. Seul, le magnifique et charmeur Aimé Clariond sait naviguer dans cet endroit mouvant. Le café du cadran (a-t-il vraiment existé ?) est situé juste en face du Café de Paris où on ne va que pour y paraître. Ce film est en fait assez philosophique. Tous les acteurs y sont impeccables et fort bien dirigés par un Jean Gehret qui assista Henri Decoin, encore sous le choc de son purgatoire d'après guerre . Une oeuvrette assez magistrale quand on y regarde de plus près. J'ai beaucoup aimé !


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De Impétueux, le 10 octobre à 21:40
Note du film : 4/6

C'est amusant comme ce film tourné en 1947 aurait pu l'être cinq ans auparavant, tant il est porteur d'orientations qu'on pourrait presque qualifier de vichystes : le détournement, par les lueurs brillantes et détestables de la grande ville d'un gentil couple provincial qui aurait mieux fait de demeurer dans le Puy-de-Dôme ou le Cantal où il aurait vécu, heureux et un peu terne, le reste de son âge. C'est qu'en fait, à nos yeux modernes, Travail, Famille, Patrie est un slogan pétainiste (et tout près de l'hitlérisme), alors que, pour les braves spectateurs du lendemain de la guerre, c'est une évidence de comportement : on devrait plus souvent lire les vertueuses pages de L'Humanité de l'époque et se rappeler que Jeannette Vermeersch, femme du leader incontesté et rayonnant du P.C.F., Maurice Thorez, était tout sauf féministe et progressiste.

Cette petite remarque rigolote faite, que dire du film, fort agréable divertissement qui lie avec une certaine habileté une sorte de reportage documentaire sur la vie bistrote du quartier des théâtres (ça doit se situer du côté de l'Opéra et des Grands boulevards) et l'histoire, un tout petit peu niaise mais bien tournée, du délitement d'un couple sous l'influence des paillettes parisiennes et de leur éclat fatal.

Julien (Bernard Blier) et Louise Couturier (Blanchette Brunoy) ont quitté Aurillac ou Clermont-Ferrand pour racheter un bel établissement de la Capitale, fréquenté par de nombreux habitués, notamment des journalistes mais aussi des théâtreux et des artistes des salles voisines. Même si la jeune femme n'est pas très à l'aise dans la grande ville et le nouveau milieu, le couple est assez ébloui et émoustillé par ce tourbillon d'allées et venues, par ce carnaval où les reporters du quotidien voisin croisent les hérons prétentieux du monde de la nuit et notamment le violoniste Luigi (Aimé Clariond) qui joue de son crin-crin pour les belles tables du grand hôtel d'à côté.

Tout le monde est coupable, dans le film : le brave Julien qui, fier de sa gironde petite femme et désolé de la voir s'ennuyer, la pousse à l'élégance et même à la coquetterie ; la gentille Louise qui, prenant goût aux belles étoffes et aux bijoux de qualité, commence à dépenser sans compter ; le vieux gandin, la vieille ganache Luigi qui, auréolé de son prestige de saltimbanque et fort amateur de chair fraîche, mène une guerre-éclair pour faire choir la belle… Et les autres personnages ne valent pas mieux, notamment le journaliste Dumur (Jean Deninx) qui prétend parler haut et fort à son patron de presse alors qu'il est une véritable carpette et traite honteusement son amoureuse Jeanne (Nane Germon). Et naturellement le bookmaker marron Bianchi (Pierre Sergeol), à qui le pauvre Julien, étranglé par la folie dépensière de sa femme a bien été obligé d'accepter les services…

Il n'y a, en fait, qu'un seul personnage positif, le vieux garçon de café Victor (Charles Vissières), qui est mesuré, prudent, clairvoyant, mais impuissant à empêcher les bêtises de ses patrons et, à dire vrai, assez indifférent à leur dérive : il faut bien vivre : il a été employé du temps des prédécesseurs et le sera par les successeurs. La vie est comme ça.

Le film est bien mené, l'étau se resserre avec ce qu'on aime ressentir de fatalité mauvaise et il a le bon goût de mal se terminer. Petit spectacle de samedi soir, dira-t-on ? Sans doute, mais comme ils étaient intéressants les samedis soir d'avant…


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