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Forum : Marguerite de la nuit

Sujet : Triste fleur de la nuit...


De DelaNuit, le 2 juin 2007 à 00:11
Note du film : 5/6

J'espère voir un jour "Marguerite…" en dvd. Je trouve que le film n'est pas un chef-d’œuvre total, il souffre de quelques longueurs… Mais qu'importe ! Quelle version originale du mythe de Faust, dans le Montmartre des années 30, dans le style expressionniste allemand…

Yves Montant cabotinant à raison en Diable boiteux (!) achetant l'âme du vieux Faust tombé amoureux de Michèle Morgan, triste fleur de la nuit, chantant dans un infernal cabaret : "Les amours oubliées traînent tout le long des rues…"

Faust demandant au Diable : "Mais que faîtes-vous de toutes ces âmes ?" et le Diable répondant : "Vous ne lisez donc pas les journaux ?"

Marguerite/Morgan encouragée par Méphisto pour faire saliver le vieux Faust qui n'a pas encore signé le pacte, rêve de l'homme qu'elle attend : "Je vois son regard et son sourire. C'est cela qui compte n'est-ce pas ? Un regard et un sourire… Il faudra qu'il soit un peu faible… afin qu'il ne puisse pas se passer de moi. Et je sais aussi que je l'aimerai mieux qu'il ne m'aimera car il sera mon premier, mon dernier, mon unique amour…"

Elle sera servie, tant Faust redevenu jeune fera preuve de faiblesse et de lâcheté au point de la laisser signer à sa place le pacte diabolique afin de le libérer. Et la voici, montant dans "le train du dernier voyage"… Mais le plus touchant dans le film, c'est que celui qui aime le plus Marguerite au point de se trahir lui même n'est pas Faust… Le final est d'une beauté à pleurer. Pour moi, Montant et Morgan n'ont jamais été aussi émouvants que dans la scène finale de Marguerite de la nuit.

Un film a rééditer absolument ! Pour les amateurs d'onirisme à la française et de réalisme poétique, ceux qui aiment Les visiteurs du soir et Les portes de la nuit


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De Impétueux, le 2 juin 2007 à 18:23
Note du film : 4/6

Comme c'est drôle qu'Autant-Lara si grinçant, si cruel, ait réalisé un film qui, à vous lire, paraît si poignant !

Je ne l'ai malheureusement jamais vu, et je le regrette plus encore depuis que vous en donnez une impression si forte et si excellemment écrite  !


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De Impétueux, le 3 juin 2013 à 19:18
Note du film : 4/6

Un film un peu disproportionné, avec des tas de trucs crispants et des images belles comme tout, qui renvoient quelques propos histrioniques de la Nouvelle Vague à leur provocante vacuité. On peut d'ailleurs commencer par là et s'étonner, en s'en félicitant que Claude Autant-Lara qui ne s'était pas vraiment fait connaître par la virtuosité ou l'inventivité de ses prises de vue ait réalisé là une œuvre visuellement magnifique.

Ce qui est étrange, c'est que ce n'est pas à la suite d'une rupture avec un style particulier que Marguerite de la nuit est si beau et si bien inspiré : c'est son décorateur habituel, Max Douy qui signe les décors ; mais je serais bien intéressé de lire comment ce décorateur classique acquiert là une maîtrise, une virtuosité et surtout une originalité bluffantes. Si j'évoque la Nouvelle Vague c'est en rapport de la volonté exprimée alors par les petits jeunes de privilégier le cinéma au naturel, le filmage en extérieur, le refus du caractère sophistiqué et artificiel de la réalisation en studio.

Or, précisément Marguerite de la nuit est archétypique de ce genre : des décors très construits, très minéraux, très expressionnistes, bâtis avec de grands à-plats de couleurs franches. Bien sûr que ce n'est pas une observation réaliste des rues de Paris, mais une sorte de mythologisation de la Capitale, qui va admirablement de pair, précisément, avec le mythe traité, qui est celui de Faust, des amours perdues et ratées et du désir irrépressible de retrouver sa jeunesse. J'insiste vraiment sur la qualité du décor du film, qui va bien plus loin qu'un simple accompagnement du récit, qu'on remarquerait à peine, mais qui est un de ses éléments forts : ainsi les dernières séquences aux images d'une grande intelligence d'abstraction (les croix efflanquées et obliques du cimetière sur un fond d'usines enfumées) ou de symbolisation (le compartiment du train et son capiton gris semblable à celui qu'aurait un cercueil).

Lumières violemment contrastées, aussi : des rouges, des verts, des blancs louches, des points d'éclairage singuliers et intelligents qui donnent à l'histoire démoniaque les couleurs d'inquiétude requises.

Si tout était à l'avenant on ne serait pas loin du chef-d’œuvre et même peut-être serait-ce là un des films importants de l'histoire du cinéma. Mais hélas, il y a le reste, qui n'est pas bien bon : les dialogues, insignifiants, qui ne sont pas à hauteur du sujet, la lenteur excessive de certaines séquences parfaitement inutiles et didactiques (la partie policière, vraiment superflue). Et surtout les catastrophiques acteurs…

Jean-François Calvé était un de ces jeunes premiers à bouche mince et fière lancés périodiquement sur les écrans dans l'espoir qu'ils crèveraient l'écran et rafleraient la mise ; essai raté, et le garçon alla ensuite dans le confort de l'ambitieuse télévision de l'époque, qui l'employa ni mieux ni plus mal qu'un autre. Yves Montand qui disposait déjà de sa magnifique prestance, était malheureusement encore bien loin d'être l'acteur qu'il deviendra quinze ans après (oui, je sais : Le salaire de la peur ; mais le film de Clouzot n'aurait pas été plus mal avec un autre !). Surtout l'héroïne du film est une des pires actrices du cinéma français de tous les temps : Michèle Morgan, qui paraît avoir là beaucoup plus que les 35 ans qui étaient les siens, est presque toujours mal fagotée, et se trouve coiffée d'une petite frange qui lui donne l'air d'être un caniche nain exotique. L'absence de toute variété, de toute distance, de toute dimension dans son jeu frappent ici cruellement un film dont l'argument repose sur son personnage.

C'est bien dommage, un beau film malade…


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