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Sujet : Verhoeven est de retour !


De PM Jarriq, le 1er juin 2007 à 08:55
Note du film : 5/6

Quel plaisir de retrouver enfin Verhoeven ! Oubliés Showgirls et Hollow man, écrasé Basic instinct. Le réalisateur retrouve ses racines hollandaises, en même temps que son style, qui n'a pas changé, malgré deux décennies hollywoodiennes. Si John Woo pouvait suivre son exemple…

Black book est un film de guerre, centré sur le personnage d'une jeune chanteuse juive, infiltrée chez les nazis. Campée par l'énergétique Carice Van Houten, qui crève l'écran, c'est une héroïne qui n'a peur de rien, pas même de coucher avec l'ennemi, voire de tomber amoureuse de lui. Elle traverse les pires épreuves, jusqu'à être ensevelie sous des tonnes d'excréments, pour en ressortir avec une stature de guerrière. C'est raconté de façon simple et linéaire, la lumière est frontale, évoquant la "ligne claire" chère à la BD belge. Verhoeven esquive les séquences fastidieuses en restant constamment avec Rachel/Ellis, et mène son (long) film à 100 à l'heure, peu avare en coups de théâtre. On reconnaît aussi son style, à la façon qu'il a de filmer la nudité, et une sorte de fascination pour les détails répugnants (déjections, entre autres), alors que la violence est filmée de façon sobre et détachée. Black book est un excellent film d'aventures, qui semble sorti d'un autre âge, et qui permet de retrouver un réalisateur qui nous manquait depuis Robocop et Starship troopers. Espérons qu'il ne se fasse pas à nouveau alpaguer par Hollywood…


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De droudrou, le 1er juin 2007 à 09:55

C'est ce que je penserais au vu des divers extraits que j'ai pu découvrir grâce à Internet. Par contre, il semblerait que le film connaisse quelques difficultés à faire carrière en salle : c'est ce que je ressens ici sur la Côte d'Or. Avec l'éloignement, bien entendu par rapport à Dijon ou des salles proches de l'Yonne qui ne semblent pas vouloir l'ajouter à leurs programmes, j'attends avec une certaine impatience sa sortie en DVD ! Donc : je vote pour une édition en DVD.


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De PM Jarriq, le 1er juin 2007 à 10:04
Note du film : 5/6

Il est certain qu'un film hollandais, sans aucune vedette internationale, durant 2 H 30, n'incite pas forcément les exploitants ! Ils ne savent pas ce qu'ils perdent…


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De droudrou, le 1er juin 2007 à 14:45

En tous cas, PM Jarriq, ce même jour où je me plains amèrement, on nous annonce le DVD zone 2 pour le 30 septembre et, tiens-toi bien, dans un autre genre : Les conquérants du nouveau monde et Les trois lanciers du Bengale. Tu vas voir qu'ils vont bientôt nous proposer Les quatre plumes blanches en zone 2…


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De Impétueux, le 14 août 2007 à 10:47
Note du film : 5/6

Film décapant et remarquable, plein de péripéties intelligentes et cohérentes, sans volonté de consensus mou, irisé de la beauté et du charme extrêmes de l'inconnue Carice van Houten, qui n'a pas remporté le succès qu'il méritait à sa sortie.

Peut-être un soupçon trop long (mais vraiment, c'est péché véniel, quand la tension est si remarquablement menée, et le film si bien construit), Black book souffre sans doute de l'absence de vedettes connues en France (Sebastian Koch m'était la seule physionomie familière… parce qu'il a joué dans La vie des autres sorti, d'ailleurs, à peu près au même moment), mais aussi de se passer aux Pays-Bas, pays proche et pourtant inconnu, qui ne figure guère dans les mythologies françaises que grâce aux tulipes, aux drogues diverses et à la mimolette.

Dès lors, une histoire de Résistance complexe dans une contrée aussi étrangère (et où, par parenthèse, le nombre de vrais collaborateurs, engagés volontaires dans la Waffen SS, par exemple, a été incommensurablement plus élevé qu'en France) est peut-être passée au dessus de notre horizon trop limité.

C'est vraiment dommage, parce que l'histoire – tirée, paraît-il, de faits réels – est angoissante et passionnante, extrêmement bien filmée, jamais larmoyante ni manichéenne, que les rebondissements se succèdent toujours sous la même caméra froide (objective, devrais-je dire) et que l'image donnée de la réalité de l'époque – de toutes les réalités : héroïsme, trahisons, cupidités, revanches, veuleries, saletés – est sans doute plus conforme que les hagiographies militantes n'en fourniront jamais.

Paul Verhoeven est décidément un cinéaste complexe et diablement intéressant, dont le regard ambigu sur la nature humaine n'est pas prés de s'éclairer…


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De verdun, le 14 août 2007 à 13:22
Note du film : 5/6

L'un des meilleurs films vu dans les douze mois écoulés en ce qui me concerne. Une belle fresque de plus de 2h qui fait preuve d'un souffle remarquable, emmené par un cinéaste toujours aussi subversif, qui loin d'hollywood a en effet pu retrouver toute sa verve.

On ne peut que déplorer en effet son peu d'écho dans les esprits. Plus que l'absence de têtes connues, je mettrais en avant une distribution qui comme souvent a préféré mettre en avant les mastodontes us que cette production européenne. Je pense que l'on touche là à un des gros problèmes du cinéma actuel: on réussit à créér de bons films mais au le problème est au niveau de la diffusion, de tous ces studios qui mettent en avant des rouleaux compresseurs style Matrix ou Harry Potter et ne laissent que des miettes à des films de qualité qui recontreraient aisément leur public avec des moyens de diffusion similaires…

En outre, si des journaux pointus ont admiré ce film, d'autres critiques (les vieilles badernes) ont fait de biens mauvais procès à Verhoeven, cinéaste du mauvais goût, etc.. Que dire dans ce cas des DAMNES de Visconti ?

En tous cas vivement le 30 septembre prochain pour voir ce film en dvd !!


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De Arca1943, le 14 août 2007 à 14:12
Note du film : 4/6

« Le problème est au niveau de la diffusion. »

Voilà : c'est même LE problème auquel on (mais qui?) devrait s'attaquer avant tous les autres, s'agissant de cinéma. Un autre exemple de ce dont vous parlez, c'est la diffusion à la sauvette de Io non ho paura, affublé d'un titre français crétino-touristique. Je mourrai persuadé que ce très bon suspense, distribué dans des bonnes conditions – ou ne serait-ce que des conditions acceptables, avec le quart du budget de mise en marché dont disposent certaines daubes à la Gigli – aurait pu faire le plein de spectateurs, et même plus que le plein. Les exemples de ce genre me semblent s'être multipliés, au cours des dernières années, au point que la chose est en train de prendre un tour prophylactique assez fangeux merci. Aucune industrie du cinéma autre que française ou américaine ne peut (ni ne doit) "marcher" en France, c'est en gros le message des distributeurs qui sont, je le soupçonne, des gens passablement bornés.


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De droudrou, le 14 août 2007 à 17:02

Globalement, très certainement. Mais, sur ce même sujet, Arca, il faudrait pouvoir aussi comparer la France et le Canada dans le cadre de la distribution. Une chose est certaine, plus on s'éloigne des grosses capitales régionales, plus il est difficile d'avoir accès aux films que l'on souhaite voir. Il faut donc se dire que tous les 15 jours on "monte" à Dijon, par exemple d'autant que Dijon n'est certainement pas un bon exemple, mais tant pis, et on va voir tous les films dont on a envie et dont on a suivi la sortie… C'est bien pour cela que, n'en déplaise, je prône, pour ma part, autant la notion de diffusion par réseau câblé spécialisé… surtout hors les blockbusters (c'est cela ?) – j'allais écrire Ghostbuster !…


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De Gaulhenrix, le 17 septembre 2007 à 01:45
Note du film : 5/6

Suivant en cela les avis positifs sur Black Book, j'ai donc vu le film et l'ai apprécié, malgré les réserves d'usage concernant certaines péripéties assez invraisemblables. C'est un beau film par son sujet, bien sûr, mais aussi par sa mise en images qui propose des séquences mémorables (le bombardier qui, pour reprendre de la hauteur, lâche ses bombes au hasard ; la vengeance à l'encontre des femmes à la Libération, etc.). Verhoeven crée, d'autre part, un personnage étonnant de femme libre (interprétée par une actrice, l'épatante Carice van Houten, que l'on n'est pas prêt d'oublier), forte et courageuse, sensible et vulnérable, et si à l'aise avec le désir des hommes qu'elle en est troublante.

Le titre, déjà, évoque, bien sûr, le « Carnet noir » qui, dans le récit, révèle la culpabilité de l'avocat dans la spoliation et le meurtre des Juifs désireux de quitter la Hollande. Mais il fait sans doute allusion, aussi, à l'un des « Livres noirs » de l'Humanité, l'anéantissement programmé des Juifs de l'Europe.

La fin, abrupte, suscite quelque interrogation. Le film s'achève – après le récit des dernières années de la guerre en 1944 et la Libération – par un retour en arrière qui renvoie à son entame, située en Israël en 1956. On y montre une Rachel immobile, perdue dans ce rappel des années noires ; on la voit, rejointe par deux grands enfants et un mari, se diriger en leur compagnie vers une sorte de camp à l'entrée duquel s'inscrit sur un panneau : « Israël – octobre 1956 – kibboutz Stein fondé avec l'argent des victimes juives de 39-45 ». Puis la caméra prend de la hauteur et filme, presque en plongée, des soldats en jeep qui obligent Rachel et les siens à se ranger sur le bas-côté de la piste. Plusieurs fortes déflagrations retentissent alors. Aussitôt, ces mêmes soldats en armes courent vers les miradors et les barbelés qui délimitent ce camp, et mettent en joue un ennemi invisible. Un fondu au noir marque la fin du film.

On peut alors, en se souvenant du cri de désespoir et de colère lancé par un personnage au moment de l'épuration, à la Libération, (« Décidément rien ne changera jamais ! »), se dire que Verhoeven exprime ainsi sa compassion pour les Juifs, une fois de plus persécutés. Et ce sentiment est justifié par le sens même du film.

Pourtant, ce kibboutz retranché de 1956, dans lequel s'enferment des Juifs pour se protéger d'une menace, n'évoque-t-il pas, d'une certaine façon, les camps des nazis des années quarante où ils étaient enfermés pour être exterminés ? La situation – même inversée – confine à l'absurde et l'on peut supposer l'ironie du regard de Verhoeven sur ce nouvel avatar de l'Histoire : s'échapper d'un camp pour se retrouver assiégés dans un autre…


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De droudrou, le 17 septembre 2007 à 09:12

Gaulhenrix, tu es la vaillance et l'honneur de DVD Toile (que tu partages avec Impétueux…) ! Avec un tel commentaire tu me rends plus impatient encore de recevoir le DVD…


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De vincentp, le 21 juin 2008 à 23:19
Note du film : Chef-d'Oeuvre

On retrouve dans Black book les thèmes récurrents de l'oeuvre de Paul Verhoeven : la manipulation, les troubles de personnalité, la soif de pouvoir, la rage de vaincre, les excrétions… Voilà un univers sombre et détraqué, nauséabond, si typique de l'auteur, et symbolisé par de longs couloirs souterrains et labyrinthiques, par un tonneau de déjections renversé sur l'héroïne du récit, mais aussi par le titre et l'affiche du film…

Un des aspects les plus intéressants de Black book est sa mise en scène, faussement académique, qui contribue à donner de la consistance à ce monde détraqué : les rebondissements à outrance créent une impression de vertige et déstabilisent le spectateur, habitué à certains repères narratifs (tel un enchainement classique de scènes d'action, puis intimistes, et enfin une conclusion thématique). Ici, ces éléments sont mixés dans une pate souvent indigeste, à la limite de l'artificialité, qui finit par donner la nausée. Par exemple, le fondement des relations affectives développées par l'héroïne (dans les bras d'un personnage masculin) n'est jamais clair, et cette héroïne manifeste au sein d'une même séquence un besoin affectif, puis sexuel, puis social, sautant de l'un à l'autre, sans règles convenues.

Mais Verhoeven pousse le bouchon encore plus loin, en distillant dans son oeuvre des éléments illogiques, absurdes, invraisemblables, à la façon de David Lynch. Citons les nombreuses entrées en scène soudaines des nazis, qui font fi de toute logique et de tout caractère vraisemblable, et qui ont pour conséquence d'agiter des peurs primitives situées au niveau du cerveau reptilien du spectateur. Ces éléments quasi-subliminaux renvoient ce spectateur à son propre inconscient, et le placent en situation d'acteur, mis dans l'obligation d'agiter dans tous les sens ses neurones, pour se construire sa propre représentation mentale face à un univers aussi alambiqué.

Le labyrinthe sinueux et tortueux de l'âme humaine, à l'origine des dérives de l'Histoire, est exposé à notre réflexion de fort belle manière.


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De vincentp, le 20 juin 2016 à 20:53
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Film revu avec grand plaisir, hier, dans le cadre d'une séance-débat animée par Jean Douchet, à la cinémathèque. Mon impression de 2008 se confirme : Black book est un extrêmement bon film, qui avance à la vitesse grand V, avec des méandres sophistiqués autour d'un canevas plutôt classique. Mise en scène, interprétation, scénario, photographie, montage sont au top. Enormément de séquences fortes. La gestion des déplacements physiques est à elle seule admirable. De l'émotion, de l'action, de la réflexion. Certains spectateurs âgés n'ont pourtant visiblement pas apprécié (faisant référence à Le chagrin et la pitié qui n'a rien à voir avec ce film de Verhoeven). Pour ma part, j'ai adoré. Idem pour un ami qui m'accompagnait.


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