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Forum : Les Tueurs

Sujet : Critique


De dumbledore, le 2 mai 2007 à 12:05
Note du film : 5/6

De toute l'œuvre, à la fois passionnante, inégale, mais en tous cas à redécouvrir de Robert Siodmak, Les tueurs est l'un de ses films les plus connus. Son succès vaut en partie à la présence d'Ernest Hemingway au générique comme à son remake presque 20 plus tard par Don Siegel qui avait failli, déjà à l'époque réalisé le film en lieu et place de Robert Siodmak. The Killers est avant tout l'histoire d'une mort, de celle de Ole Andersen, surnommé le Suédois. Des tueurs arrivent dans une petite ville pour exécuter celui qui est aux yeux de tous les habitants de la ville un simple et discret garagiste. A la surprise de voir débarquer ces tueurs, en succède une autre : Ole Andersen, averti de cette venue, ne fait rien pour fuir. Il accepte cette mort sans rechigner, presque avec délivrance. Jean Reardon, détective privé travaillant pour une compagnie d'assurances doit faire la lumière sur cette mort afin d'accepter ou non que la police d'assurances du Suédois soit versée à son destinataire, une simple femme de ménage. Intrigué par cette mort étrange, Reardon décide de fouiller dans tout le passé bien enterré du Suédois. Il découvre que celui-ci a été mêlé à un braquage qui a vu disparaître un quart de million de dollars. C'est cette disparition qui est la cause de l'exécution du Suédois par deux tueurs.
The Killers est l'exemple même du film noir, dans ce qu'il peut avoir de plus noir. Le personnage phare du film est Ole Andersen et comme il se doit dans la noirceur des films noirs, c'est un looser (c'est pas pour rien qu'on le voit mourir au début de l'histoire), un être de souffrance dont le destin est à la fois tragique et surtout dessiné par une femme : Kitty Collins (magnifique Ava Gardner). C'est elle qui l'envoie en prison en laissant Ole prendre sur lui un vol qu'elle a commis. C'est elle ensuite qui le poussera à commettre le hold up et c'est elle enfin qui volera, évidemment, l'argent à la fin du braquage. The Killers est le récit du laminage de fond d'un homme, Ole, par une femme Kitty. Si Ole se laisse tuer au début du film, c'est qu'il est mort depuis déjà longtemps, sans désirs, même plus celui de se venger. De ce point de vue, celui de la relation de dépendance et de sado-masochisme entre deux individus, The Killers est un joyaux.
La réussite est également dans la mise en image et surtout en lumière (ou plutôt en ombres) de Robert Siodmak. L'héritage assumé de l'expressionnisme allemand par le film noir est ici à son comble avec deux utilisations opposées de la lumière durant tout le film : une lumière très contrastée, très "film noir", très "expressionniste" dans les moments de flash back et de te tension et une lumière très frontale, sans ombre ou presque dans les scènes mettant en jeu l'enquêteur Reardon. C'est simple comme idée mais terriblement efficace. Bref, c'est du Robert Siodmak!
L'écriture, elle, laisse par contre un goût mitigé. Si le début est vrai bijou, avec notamment la scène du bar, mettant en scène les deux tueurs, si la structure en flash back est, il faut le reconnaître, fort efficace et que plusieurs scènes (la dernière par exemple) sont de toute beauté, plusieurs aspects laissent à désirer. Ainsi, alors que le récit est bloqué, on voit ressurgir un personnage crucial, et comme par hasard, il est mourant et il délire, et comme par hasard dans son délire il évoque notre histoire de braquage, et comme par hasard à ce moment là notre détective est là à écouter et comme par hasard il donne la clé de l'énigme. C'est oublier là que le cinéma n'aime pas les hasards.
L'autre défaut du film concerne le personnage de Reardon… qui n'est vraiment pas intéressant. Il ne nous touche pas, il reste distant à l'histoire et il retire au récit une tension et une puissance qu'il aurait pu avoir autrement. Difficile alors de ne pas se souvenir du remake de Don Siegel et de la manière dont lui avait réglé ce problème : l'enquêteur était tout simplement un des tueurs. Celui-ci s'étonnait qu'un type ayant volé un quart de millions de dollars travaille comme garagiste et qu'il ne lutte pas pour sa survie : c'était que l'argent était ailleurs! A lui donc de le retrouver…


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De DelaNuit, le 14 mai 2008 à 23:55
Note du film : 6/6

Ah, Les tueurs, superbe film noir, d'après une nouvelle d'Hemingway !

Ava Gardner, grande copine de celui qu'elle appelait "Papa Hemingway", avec lequel elle partageait le goût de l'alcool, des nuits sans sommeil, du jazz et des corridas, racontait que l'écrivain aimait ce film, tiré de son oeuvre.

Il en possédait une copie à domicile et aimait la projeter à ses invités. Sauf qu'il s'endormait généralement à la fin de la première bobine, qui seule correspondait à sa courte nouvelle, le reste de l'histoire étant extrapolé par les scénaristes…

Pourtant, voici l'occasion de découvrir dans leur premier grand rôle non seulement l'athlétqiue et charismatique Burt Lancaster, dans un rôle plus fataliste que d'habitude, mais aussi la divine Ava Gardner… "prêtée" pour l'occasion par la MGM à la Columbia.

La belle, en robe fourreau noire (c'était la mode en 1946 : penser que Gilda avec Rita Hayworth date de la même année et que Lauren Bacall avait ouvert le bal l'année précédente dans Le port de l'angoisse), accoudée à un piano, le subjuge en chantant : "The more I know of love, the less I know" (traduction : plus j'en sais sur l'amour et moins j'en sais…), le menant à sa perte.

Quel plaisir d'entendre Ava chanter de sa vraie voix (ainsi que dans Pandora et Mogambo) alors qu'elle sera – horreur ! – doublée dans Show Boat et L'île au complot

Le réalisateur Robert Siodmak tenait à ce qu'elle soit à la hauteur dans sa dernière scène, malgré son manque de métier. Du coup, il lui mit la pression en lui promettant les pires outrages si elle ne figurait pas une crise de nerf crédible. La légende veut qu'il ait si bien réussi son coup que la belle Ava piqua une réelle crise de nerf à cette occasion.

En tout cas, sa carrière de femme fatale était lancée. Comme l'écrit Ava elle même dans ses "Mémoires", lorsque son personnage, Kitty, avoue vers la fin du film être fatale à tous ceux qui l'approchent, y compris à elle même, il ne reste plus grand monde de vivant autour pour la contredire…


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De Arca1943, le 5 juin 2010 à 21:58

« …un accent sur le poids du destin… »

Siodmak y a sans doute retrouvé une thématique qui lui était proche, mais cet ingrédient vient tout droit de la magnifique nouvelle d'Ernest Hemingway (comme romancier, grand quoique inégal; comme auteur de nouvelles, alors là, un génie).


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De vincentp, le 5 juin 2010 à 22:46
Note du film : 5/6

Les tueurs met en évidence plus que les idées de Hemingway, surtout le style Siodmark (que l'on retrouve identique par exemple sur un autre de ses classiques diffusé dans le cadre de la rétro organisée par la Cinémathèque : Pour toi, j'ai tué -les deux braquages présentent par exemple des similitudes de fond et de forme-). Un style carré, typiquement germanique, avec une touche de poésie funeste.


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