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Sujet : Un Guitry "guitryssime" !


De Impétueux, le 24 avril 2007 à 17:49
Note du film : 5/6

Le titre de ce message apparaîtra bien obscur à ceux qui ne suivent pas au quotidien (ou même, comme on dit de nos jours en direct live) l'actualité de DVD Toile et à qui auront échappé les titanesques combats et les affrontements herculéens auxquels RdeT et moi nous sommes livrés à propos de Sacha Guitry, qu'il juge être un faiseur léger jusqu'à l'insignifiance, doté de trop de talents pour en exprimer vraiment un, et moi-même, qui tiens au contraire le Maître de l'avenue Élysée Reclus pour un des très grands enchanteurs du siècle passé, et un modèle d'inventivité et d'allégresse dans le cinéma français.

Ces choses étant dites, et pour prévenir les sarcasmes du susdit (qu'on ne voit, il est vrai, plus guère sur ce site, sauf pour nous annoncer que Valérie Crunchant a commencé sa tournée Marivaux au casino de La Bourboule avant d'entamer un périple qui la conduira successivement au théâtre municipal de Saint-Amand-les-Eaux, à la salle des fêtes de Pont-à-Mousson et – triomphe oblige ! – au Zénith de Saint-Médard-en-Jalles), ces choses étant dites, je lui lance une amicale monition : RdeT, qui n'aimez pas Guitry, même si, touché par je ne sais quelle grâce vous avez décidé de réviser honnêtement vos points de vue iconoclastes, surtout ne dépensez pas un kopeck à acquérir ce film-là et une minute de votre précieux temps à le regarder !

Parce que, dans ce Diable boiteux très honnêtement édité par MK2, Guitry s'en donne à cœur joie, ne retient jamais sa verve, et – je suppose – peut exaspérer ceux qui n'apprécient pas ce cinéma pseudo-historique, parsemé de mots d'auteur, fait d'une vision en perspective de l'Histoire, toute d'ellipses et de raccourcis lumineux, sans doute quelquefois parcellaire ou injuste, mais si brillant !

Et dans ce film-là, c'est en quelque sorte un Guitry survitaminé qui s'exprime, puisqu'à son propre esprit, il adjoint celui de l'Homme d'État qu'il admire entre tous, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Et qu'il n'omet aucun des mots qui ont fait l'admiration de l'Europe avant de faire la nôtre, de Tout ce qui est excessif est insignifiant à Un ministère qu'on soutient est un ministère qui tombe en passant, parmi cent autres, évoquant Chateaubriand, par Il croit qu'il devient sourd parce qu'il n'entend plus parler de lui. On voit là le florilège !

Mais ça n'est évidemment pas tout : on a voulu voir – et on n'a sans doute pas eu tort – dans ce film tourné en 1948, un plaidoyer pro domo de Guitry, injustement accusé de collaboration à la Libération, incarcéré plusieurs mois, et finalement lavé de tout soupçon, parce que la seule conviction politique qu'il ait jamais eu, c'est un immense amour pour la France. Et dans la figure d'un Talleyrand qui a servi le pays sous tous les régimes, se plaçant toujours dans l'optique de l'intérêt ou du salut national, il se retrouve et se justifie, pensant que les formes de gouvernement d'un pays sont affaires de circonstance, de hasard, de mode ou de conjoncture, mais que rien n'est plus important que de suivre, fût-ce en paraissant louvoyer, la ligne claire de la sauvegarde de ce pays. Quelques années plus tard, dans le plus chatoyant Si Versailles m'était conté, il reprendra ce thème : la France n'est pas dépendante des régimes qui se succèdent.

C'est donc moins pour son habileté manœuvrière, ni même pour sa ductilité que Talleyrand apparaît un modèle, mais bien plutôt parce qu'il n'a pas varié dans le seul chemin qui vaille. C'est du moins la thèse de Guitry. Laissons des historiens plus qualifiés en débattre. Et – RdeT mis à part – revoyons ce film drôle et profond.


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De Gaulhenrix, le 25 avril 2007 à 00:20

Votre texte est excellent , Impétueux

A propos de mot d'auteur. "J'ai pris la décision de vous augmenter à la fin du mois : désormais, vous serez cinq au lieu de quatre." figure bien dans ce film, je crois.

Concernant Sacha Guitry, je l'ai "découvert" lors de la diffusion de ses films à la télévision, dans les années soixante : c'était brillant et spirituel, mais aussi, parfois, bavard et fat.


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De Impétueux, le 25 avril 2007 à 20:53
Note du film : 5/6

Votre mémoire est excellente, Gaulhenrix, et la phrase que vous citez est bien dans Le Diable boiteux ; mais est-elle de Talleyrand ou de Guitry ? Va savoir !

Et puis le Guitryolâtre que je suis ne peut pas vous donner entièrement tort : c'est vrai : le Maître est quelquefois bavard et fat ; mais quand on l'aime, comme nous sommes beaucoup à l'aimer, on passe sur ces travers et on finit même par les apprécier…


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De Impétueux, le 5 juillet 2007 à 11:29
Note du film : 5/6

Il faut que vous sachiez que R de T, malgré certains goûts détestables (c'est un thuriféraire du rigolo Godard), est un esprit d'ordinaire assez distingué, un homme cultivé avec qui la polémique peut être joyeuse et spirituelle (ce n'est pas du tout le style Frétyl), mais qui, après une intéressante phase où il contribuait à l'enrichissement de notre site a été gagné par une sorte de névrose obsessionnelle.

Il s'est en effet institué le grand prêtre d'un culte bizarre, pour des cinéastes à peu près inconnus (Jean-Paul Civeyrac ou Philippe Ramos) et surtout pour des actrices débutantes (sûrement talentueuses, d'ailleurs), comme Aïssa Maïga ou Valérie Crunchant.

L'hypothèse que vous soulevez, dans le langage fleuri que vous employez à merveille ne serait pas pour m'étonner. Moi qui suis un vieillard tout pétri des mots désuets de l'antépénultième siècle, je dirais qu'il nourrit vraisemblablement des feux ardents pour l'une ou l'autre des péronnelles.

Savoir s'il est payé de retour est une autre histoire. Mais je le lui souhaite, car ce sont deux beaux brins de filles…


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De vincentp, le 7 février 2009 à 20:28
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Remarquable -et émouvant- portrait de Talleyrand, montré par Sacha Guitry comme le véritable dirigeant de la France des trente premières années du XIX° siècle. Dirigeant éclairé, porteur d'une vision de l'intérêt général, ayant décrypté toutes les particularités sociales, politiques de la nation française, mais aussi tous les mécanismes de la nature humaine, Talleyrand conçoit et met en oeuvre une politique éclairée, cohérente et constante ("toute ma vie, j'ai voulu…") qui contraste avec l'anarchie ambiante de cette période.

Une vision qui a pour origine, explique Guitry -en filigrane-, les ressorts générés par des blessures psychologiques infligées par la nature à un homme infirme et laid. Portrait croisé d'un individu, d'une société, d'une époque… Au service de ce sujet ambitieux, une mise en scène particulièrement géniale, mixant les techniques du théatre, du cinéma, démarrant le récit comme une comédie vaudevillesque -ponctuée de bons mots et de situations cocasses- pour la terminer en tragédie poignante -portée par des images fulgurantes se rapportant à des idées-. Le résultat est sublime ! Et quel plaisir de regarder ce type d'oeuvre si génial, par le fond et la forme.


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De Azurlys, le 21 mai 2014 à 15:09

Le Diable Boiteux (Guitry – et qui d'autre ? 1947)

Oui, OUI ! Je suis d'accord. Evidemment, j'y ai mis le temps. Le message en question date de 2009. Mais on ne va s'égarer dans de tels détails. Après tout cinq ans sont peu de choses dans l'Histoire du monde…

Il est curieux que je revoyais encore hier soir ce film tourné par Guitry en 1947, et que le souvenir en est encore tout frais. Il est sans doute vrai, comme Impétueux l'a signalé – du moins si j'ai bien compris, à moins que son intervention n'ait été lue trop vite – que Sacha Guitry tentait d'éclairer mieux que ne l'avaient fait ses détracteurs, la triste aventure qui lui fut infligée à la Libération. D'ailleurs, il n'est pas rare de trouver encore ce genre d'allusions chez des saltimbanques qui savent s'y prendre entre deux contrats, et parfois des journaleux (récemment sur la "5") pour revenir sur ces bobards !

Entre autres choses, j'aimerais souligner un détail amusant. Je n'ai pas le souvenir d'avoir écrit ici sur ce film. Si oui – je vais aller voir – il se pourrait que j'aie déjà mentionné ce point. Les quatre comédiens qui jouent les laquais au tout début du film dans une scène scandée par des répliques ultra courtes "Oui", "Certainement", "Non", "Sans doute", sont les mêmes qui joueront plus tard les quatre souverains que Talleyrand servira et – dit-on – trahira. Pouvait-on être plus explicite pour affirmer avec une pertinente impertinence que le Prince de Bénévent avait mis trois rois et un empereur dans sa poche ? Sacha Guitry s'est permis cet éclat, et de le faire croire.

Le congrès de Vienne s'organise comme au théâtre, on lève le rideau, et la scène terminée il retombe sur le décor vide. Tous le film est organisé comme dans un théâtre, avec des entrées "par le fond", des sorties latérales. Sauf erreur, dans les scènes entre Talleyrand et Napoléon, l'ambassadeur, et/ou le Ministre de Affaires extérieures entre et sort "par le fond", alors que l'Empereur se glisse dans qui pourrait être la coulisse, vers un petit bureau… Si l'on y ajoute les bons mots et les traits d'esprit, c'est un feu d'artifice !

Mme Grand :"Comment dois-je vous appeler en public" Talleyrand : "Monseigneur" Mme G. "et quand nous seront tous les deux ?" T. : "Mon Seigneur", mais alors en deux mots !" Etc ! Là ce n'est plus Talleyrand qui parle, mais Guitry. Bref, une réussite complète !


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De Impétueux, le 21 mai 2014 à 19:27
Note du film : 5/6

Mais non, Azurlys, vous m'avez bien compris. De vous, d'ailleurs, le contraire m’eût étonné !


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De Tamatoa, le 18 juin 2014 à 19:45
Note du film : 5/6

je choisis délibérément ce fil pour vous annoncer une bien triste nouvelle, mes amis. A vous tous qui avaient si brillamment glosé (du moins le pensais-je !) sur cette légende en robe de chambre et chevalières dorées, je vous annonce que vous êtes des crétins de première ! En effet, la nouvelle est tombée, ce soir, dans une émission de culture générale : Une candidate (28 ans !!) a affirmé que Sacha Guitry était un chanteur… La mère de ladite candidate ne "savait pas trop". Alors je vous prierai, messieurs les je sais tout de bien vouloir éviter d'écrire n'importe quoi sur ce site honorable !

En vous remerciant bien..


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De Impétueux, le 18 juin 2014 à 20:03
Note du film : 5/6

C'est très normal : la jeune fille a confondu Sacha Guitry avec Tino Rossi : , ce sont des drôles de prénoms, ça résonne presque pareil, les deux hommes étaient aimés des femmes et ils vivaient en noir et blanc…

Je ne sais pas ce que vous pouvez avoir, Tamatoa, contre la jeunesse d'aujourd'hui…


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De spontex, le 18 juin 2014 à 21:07

À côté de cela, je suis certain que ni l'un, ni l'autre n'avez entendu parler de Nabilla !


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De Tamatoa, le 18 juin 2014 à 21:59
Note du film : 5/6

Ne serait-ce pas elle qui a inventé l'Encyclopédie universelle ? Ou le Larousse peut-être, je ne sais plus … Mais ne digressons pas trop sur ce fil admirable il y a encore quelques heures !


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