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Sujet : Avis


De jipi, le 11 avril 2007 à 11:46
Note du film : 5/6

Des engrenages vifs s'expriment à la place d'un troupeau amorphe sortant ou regagnant les profondeurs de la terre. Des balanciers humains enfumés rythment le cœur d'un mécanisme aux procédures incomprises et incertaines.

Des nuages de vapeurs crispent des visages sacrifiés exécutant des taches répétitives sécurisant l'allégresse d'un jardin à ciel ouvert ou des nantis remercient les transpirations souterraines par des jeux égoïstes et insouciants.

La bouche de Moloch exigeante en ses besoins de sacrifices éveille la vocation d'un voyeur. Un temps démentiel se fourvoie en unissant des buildings futuristes dont l'arrogance outrancière se maîtrise par une technologie terrestre et aérienne d'un temps côtoyé.

Les superficies des bureaux sont à la démesure de la démence des nantis, les baies larges et ensoleillées illuminent le regard d'un concepteur devant la vision d'une réussite conceptuelle urbaine s'étendant à perte de vue.

Les sous sols explorés dévoilent des ressources exténuées, endoctrinées par des prestations dérisoires masquant la définition d'un réel besoin universel. Dans ces bas fonds ce n'est que servilité envers une machine qui ne dit même pas à quoi elle sert.

Trimer devient simplement par le sacrifice d'exclus la sauvegarde d'ébats sulfureux, de courses viriles et de captures amoureuses. Un territoire Darwinien à l'échelle humaine fortement implanté dans deux esprits de groupes acquis à leurs procédures respectives la dominance et la soumission.

Difficile en cette année 1926 en regardant ces images de ne pas se rapprocher d'un temps douloureux ou ces maquettes futuristes encensées annoncent l'arrivée d'un Speer réalimentant une exigence de pouvoir ancestral.

En parallèle la récupération socialiste est plus qu'appréhendée ce qui positionne « Metropolis » comme une œuvre expressionniste au service de toutes idéologies.

Fritz Lang fut courtisé par les nazis, il préféra la fuite en argumentant sur l'éclosion d'un troisième parti, un esthétisme d'images certes thématiques mais se voulant indépendant le tout servant à l'avancée de technologies nouvelles cinématographiques.

"Métropolis" est un excellent film de science fiction se bornant à respecter la percée dans le temps d'un pouvoir uniquement visuel.


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De vincentp, le 13 octobre 2007 à 18:50
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Beaucoup a été dit sur ce film mythique, réalisé en 1926, notamment par Lotte Eisner, biographe attitrée de Fritz Lang.

Revoir Metropolis aujourd'hui, c'est peut-être tout d'abord prendre conscience de son aspect fondateur, sur un plan visuel et narratif de ce qui est constitutif de la Science-fiction. Le robot fou qui perd son enveloppe humaine inspire ce bon vieux Terminator, le savant à lunettes et les décors futuristes reprennent du service dans Blade Runner, certains plans d'ensemble de la cité, ainsi que des courses poursuites haletantes évoquent AlienLe seigneur des anneaux y trouve également sans doute une part de son inspiration : le mal, les ténèbres…

Mais Métropolis peut être aussi regardé comme un combat étonnant entre des forces qui se déploient de façon verticale et d'autres de façon horizontale. La rencontre entre les deux générant un chaos illimité.

Les lignes verticales représentent de toute évidence la pensée, la science, la technologie. Elles sont généralement au centre de l'image (ainsi, un escalier, un thermomètre, un personnage érudit). Souvent ces lignes sont décomposées en trois lignes verticales parallèles. Elles sont mouvantes (tel le mercure du thermomètre, tels les pistons de la machine). Les mouvements sont lents, mesurés, répétitifs.

Face à elles, des masses ou des lignes horizontales qui se déploient à vive allure, et qui les heurtent violemment. Ces lignes horizontales (mouvements de foule sur des passerelles,… ) incarnent sans doute possible le côté primaire et incontournable de l'humanité.

Ce téléscopage génère le chaos dans la société. La science doit être maitrisée et placée au service de l'humanité, nous fait comprendre l'auteur. Quel doit en être le catalyseur ? Selon Fritz Lang et son scénariste Théa Von Harbou : "le coeur servira de médiateur entre le bras et le cerveau" (propos conclusif). L'image sur lequel se greffe cette phrase est celle de trois personnages emblématiques qui se serrent les mains, de façon précautionneuse.

Verticalité et horizontalité se sont rejointes in extremis pour composer une nouvelle figure, celle de la concorde.


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De urspoller, le 13 octobre 2007 à 19:44
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Selon Fritz Lang et son scénariste Théa Von Harbou : mettez plutôt sa scénariste puisque Théa Von Harbou était sa femme à la ville avant que leurs opinions divergent complètement à la montée du nazisme. Néanmoins, je me félicite, cher vincentp, des propos élogieux, laudatifs et parfaitement mérités de votre glose. Malheureusement, je ne peux, faute de temps, m'attarder à louer ce formidable métrage, demi-finale de rugby chez mon frangin oblige, mais je vous encourage à poursuivre votre analyse de cette filmographie exptionnelle de Fritz Lang. Bravo à vous!


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De Gaulhenrix, le 13 octobre 2007 à 20:17

Une analyse, vincentp, qui s'accorde de la plus belle des façons à ce film hors du commun. Je salue votre texte comme éminemment stimulant et fécond : bravo !


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De Frydman Charles, le 13 février 2010 à 20:36

J'ai lu plusieurs interprétations de l'étoile que l'on voit sur la porte de Rotwang ou au dessus du robot. Elle aurait inspiré l'étoile jaune des nazis. Mais à regarder de près le film il semble que ce soit plutôt le pentagramme de la magie. Bénéfique si la pointe est dirigée vers le haut ou maléfique avec la pointe vers le bas. On ne voit souvent que la partie haute ou basse de l'étoile, et par extrapolation on pense voir une étoile à 6 branches. Mais la pente des branches fait plutôt penser à un pentacle. A noter une horloge décimale avec 10 heures au lieu de 12 heures !!! Le partage du cadran ainsi imaginé n'est pas très judicieux, et Fritz lang n'avait pas imaginé les horloges digitales du 21ème siècle !!!


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De DelaNuit, le 14 février 2010 à 17:56
Note du film : 5/6

Je pense également qu'il s'agit d'un pentacle magique, la science n'étant alors considérée à travers cette imagerie que comme une forme technique aboutie de magie ou de sorcellerie…

Ce symbole nous renvoie à une vision dualiste des choses, comme le pentacle lui même, selon que sa pointe est en haut ou en bas : magie blanche héritée de Vénus / Astarté, étoile/déesse de l'amour contre magie noire héritée d'Astaroth l'étoile du mal, femme (Brigitte Helm) humaine capable de sentiments et de compassion contre robot déshumanisé et trompeur maquillé en femme, monde idyllique des nantis en haut des tours, contre monde souterrain des ouvriers-esclaves… et au final une réflexion intemporelle sur la science… bénéfique ou maléfique pour l'homme…


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De Norman Bates, le 6 avril 2016 à 21:08
Note du film : 5/6

Vu pour la première fois cette semaine, je suis resté épaté par la prouesse technique de Fritz Lang. 90 ans plus tard, on parlerait de blockbuster tant la scène finale aurait pu inspirer n'importe quel film catastrophe du type Independance day: des litres d'eau déversés dans la cité ouvrière, des figurants en nombre important et des effets spéciaux révolutionnaires pour l'époque.

J'ai relevé plus haut, dans le fil de la discussion, les différentes références au film dans le cinéma contemporain, je rajouterai le personnage du Docteur Emmett Brown interprété par Christopher Lloyd dans retour vers le futur dont la ressemblance physique avec le savant Rotwang est saisissante.

A noter enfin que j'ai eu la chance de voir le film dans sa version restaurée à partir d'une bobine retrouvée en 2008 à Buenos Aires: certaines scènes ont ainsi été ajoutées dans une qualité parfois médiocre le marquant un peu plus du sceau de l'Histoire ce qui nous rappelle que le film a été inscrit au Registre de la Mémoire du Monde de l'UNESCO…. comment faire plus culte?


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