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Forum : Martin Roumagnac

Sujet : Inutilement grandiloquent


De Impétueux, le 11 mars 2007 à 18:05
Note du film : 3/6

Martin Roumagnac, pour les amateurs de Gabin, c'est un film plein de singularités : c'est la premier film de l'acteur à son retour en France, après son exil aux États-Unis et son très beau comportement de combattant pendant la guerre ; Remorques, de Grémillon est bien sorti en 1941, mais avait été réalisé avant l'Invasion ; en fait, mis à part deux films qui n'ont guère laissé de traces tournés en Amérique, le public est encore branché sur les personnages de prolos au grand cœur persécutés par la Vie et – surtout ! – par les garces.

D'ailleurs, dans Martin Roumagnac, la garce est de qualité : c'est la maîtresse du Gabin de l'époque, rien moins que la grande Marlène Dietrich !

L'excellent Pierre Véry, l'homme des Disparus de Saint-Agil et de Goupi mains rouges est aux manettes de l'adaptation et des dialogues. L'honnête artisan Georges Lacombe à la réalisation. Tout est donc réuni pour faire un bon film, à défaut d'un chef-d'œuvre.

Et ce n'est pas le cas. Le temps a passé, 1946 n'est pas 1939 et la Guerre a fait vieillir les physionomies ; par exemple Margo Lion, si charmante et gouailleuse dix ans auparavant dans L'Alibi de Pierre Chenal est désormais une femme mûre, presque sans âge ; surtout les personnages s'usent et on a sans doute un peu marre des coups de sang d'un Gabin éternel persécuté de la vie ; il va falloir qu'il recentre son jeu sur d'autres facettes, ce qu'il fera graduellement jusqu'au superbe nouveau départ de Touchez pas au grisbi (et bien qu'il ait encore, au moins par deux fois interprété un brave type pourchassé par la Fatalité – dans le remarquable Au-delà des grilles de René Clément et la moins réussie Vierge du Rhin qui est, je crois, sa première collaboration avec Gilles Grangier).

Mais on dirait presque que Martin Roumagnac réunit presque tous les exercices obligés du genre : un homme à qui tout réussit, qui, par son travail, son intelligence, son honnêteté, est en train de devenir un petit patron, dont l'affaire va se développer, qui est apprécié par toutes et tous et qui, pour les beaux yeux d'une femme qui n'est pas de son monde, comme dans Pépé le Moko, va saccager tout le paysage de sa vie (la ressemblance avec Pépé le Moko va jusqu'à la conclusion, d'ailleurs : Roumagnac, comme Pépé, sa vie fichue, se livre volontairement aux balles d'un vengeur).

Pourtant ce qui fonctionnait admirablement dans La belle équipe, dans Gueule d'amour, dans Quai des brumes, dans Le jour se lève, tous ces ressorts à quoi on se laissait prendre, tout cela ne marche plus, ou plus guère. L'intrigue est inutilement compliquée et grandiloquente, et surtout, s'immergeant dans la vie d'une calme petite ville de province, devient, traitée au premier degré, parfaitement invraisemblable.

C'est dommage, parce qu'il y a des scènes, des péripéties, des personnages bien typés : mais c'est un peu comme si on voulait insérer un grand drame fatal, sans issue, ni sourire au milieu du petit monde de Pagnol, par exemple : à un moment donné, le décalage s'impose et fait basculer la vraisemblance.

A noter les compositions intéressantes de Jean d'Yd, à l'œil fou, d'une grande veulerie (c'est le mauvais Amédée Frossin de L'éternel retour) et surtout de Marcel Herrand, l'immortel Lacenaire des Enfants du Paradis


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De Xaintrailles, le 22 novembre 2007 à 14:25
Note du film : 4/6

Personnellement, je trouverais ce film pafaitement réussi s'il s'arrêtait à la mort de Marlène Dietrich. Toute la suite : l'arrestation, le procès, l'amoureux transi interprèté par Daniel Gélin n'a aucun intérêt et constitue un appendice interminable et superflu.


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De zoebeklegras, le 24 août 2010 à 18:15
Note du film : 5/6

Film excellent, à la fois noir par son histoire, sophistiqué par Marlène Dietrich et Populaire par Gabin. Une excellente histoire à la David Goodis ou l'on descend aux enfers en passant par l'espoir et l'amour. Le côté Policier et la fin apportée par l'Ange exterminateur de la destinée, ne détonnent pas et ajoutent au côté onirique d'un film ou l'on voit Marlène Dietrich en boutiquière de (grand) luxe et de charme.


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De Frydman Charles, le 7 mars 2011 à 16:04

Jean Gabin et Marlène Dietrich , prénommée Blanche dans le film, assistent à un match de boxe à la salle des fêtes de Clairval. Ca me fait penser au film "l'air de Paris" (1954). Jens Gabin y jouait le rôle d'un manager de boxe et sa femme jouée par Arletty se prénommait Blanche également. Jean Gabin campe bien son rôle inhabituel d'entrepreneur de BTP. Martin Roumagnac (Jean Gabib), commence par construire , en tant que sous traitant, un pont dont on se demande s'il est en bois, en pierre ou en béton…Martin Roumagnac précisant qu'il faut se hater de finir le coffrage car: "il va falloir couler bientôt", laisse supposer un pont en béton et que le bois sert uniquement de coffrage. Mais pourquoi voit-on des tailleurs de pierre s'affairant sur des blocs de pierre ?


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De gilou40, le 7 mars 2011 à 16:54
Note du film : 3/6

C'était donc celà, Martin Roumagnac… Avant ou après guerre, pas trop de surprises de la part de Gabin. Mais je continue à penser que Marlène Dietrich (au français presque irréprochable !) et lui n'étaient pas un couple très assorti. Il était quand même plus en phase avec Gaby Basset. Vous me direz que ça ne veut pas dire grand chose. Quand il était jeune, qu'il le veuille ou non, Gabin trainait avec lui son côté "paysan" dans le sens le plus noble du terme. Plus tard d'ailleurs, il incarnera à plusieurs reprises des rôles comme L'Affaire Dominici, La horse, ou Les vieux de la vieille à la perfection tant il sera dans son élément. Il ne s'est jamais caché (et pourquoi se cacherait-il ?) d'être un paysan avant tout. Mais quand je vois cette belle et grande Dietrich au bras de Gabin, c'est comme si je voyais Adriana Karembeu au bras d'Élie Semoun. On nous raconte pourtant qu'ils auraient…copiné (!). Ce qui nous a valu Les portes de la nuit avec Montand et Nathalie Nattier qui les auraient remplacé au pied levé pour cause d'amourette empressée. J'aurais plutôt vu la belle Allemande avec Tyrone Power ou Clark Gable… J'ai en mémoire ses adieux à la scène (à l'Olympia ?) ou elle m'avait profondément émue par sa grâce. La télévision nous a souvent gratifié de ce document.

Pour le film, pas grand chose à dire. L'impression de déjà vu. Un peu de Gueule d'amour, pour la rencontre avec la belle fille qui finira étranglée, une chouillette de La belle équipe pour le côté entrepreneur. Bref, rien de très original. Ça se laisse voir, mais sans accroche précise. Oui, il nous faudra attendre Touchez pas au grisbi pour voir Gabin s'envoler vers une seconde et brillante carrière. Mais je l'entendais dernièrement expliquer qu'il avait eu très chaud, et qu'il s'étonnait encore de la faculté d'oubli de la part du public. Il faut dire qu'à l'époque, les médias n'étaient pas si nombreux qu'aujourd'hui où n'importe quel crétin peut surnager des années entières rien qu'en venant dire du mal des autres. Autre époque…


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De Impétueux, le 7 mars 2011 à 23:30
Note du film : 3/6

Alors là, Gilou40, je dois dire que peu de messages m'ont autant stupéfié que celui que vous venez de déposer sur le fil de Martin Roumagnac, où vous présentez Jean Gabin en paysan et où vous vous étonnez qu'il ait été l'amant de Marlène Dietrich !

S'il est exact que Gabin a été élevé à la campagne, et si au mitan de sa vie, il a voulu jouer au campagnard – et fut victime pour ça de l'agression de vrais paysans, qui le jugeaient cumulard – il ne faut pas oublier qu'il est né boulevard de Rochechouart, d'un père et d'une mère tous deux artistes de music-hall, et que les plus grands films de sa première (et meilleure ?) carrière, celle d'avant-guerre lui ont donné des rôles de prolétaire urbain. Que ce soit La belle équipe, La grande illusion, Pépé le Moko, La bête humaine, je ne vois pas le moindre gramme de glèbe là-dedans. Le premier film notable où il joue un paysan, c'est Le plaisir en 1952.

Et pour quelques Les vieux de la vieille, La Horse, L'affaire Dominici, combien de films où il est malfrat Touchez pas au grisbi, policier Maigret tend un piège, notable En cas de malheur, ouvrier Rue des prairies, ainsi de suite…

Quant à vous étonner qu'il ait été l'amant de la sublime Marlène Dietrich, que dire ? Gabin n'est sans doute pas votre genre d'homme, mais il faudrait être aveugle pour ignorer qu'il a été, avant-guerre et même un peu après l'image même du séducteur (marqué par la vie, dupé par les femmes, en fin de compte, si vous voulez, mais les tombant toutes), qu'il a tenu dans ses bras les plus belles créatures du demi-siècle, Joséphine Baker (Zouzou), Mireille Balin (Pépé le Moko, Gueule d'amour), Annabella (La bandera), Viviane Romance (La belle équipe), Michèle Morgan (Quai des brumes), Simone Simon (La bête humaine), Arletty (Le jour se lève)… et après guerre Isa Miranda (Au-delà des grilles) ou Danielle Darrieux (La vérité sur Bébé Donge)… Il n'a peut-être pas été l'amant de toutes ces beautés, mais il l'a été de Ginger Rogers, par exemple, et de sans doute bien d'autres…

Oui, curieux message, où vous paraissez confiner le plus grand acteur français dans une petite scène étriquée ; il est vrai, je vous rejoins là, et je l'avais écrit en créant ce fil de messages, que Martin Roumagnac est un de ses films très secondaires…


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De gilou40, le 8 mars 2011 à 01:00
Note du film : 3/6

Remettez vous, ami, remettez vous ! Je ne vous dis pas qu'il n'a pas eu de très belles femmes dans ses bras . Je dis que, pour moi, l'amant d'une Marlene Dietrich c'est Bogart, Charlton Heston, Gregory Peck, Anthony Quinn, Robert Mitchum, Charles Boyer… Excusez moi mais Gabin, à côté…Il avait peut-être, parait'il, de beaux yeux bleus mais c'est loin d'être suffisant. C'était pas un canon. Même auprès d'Arletty dans Le jour se lève, il était limite.Vous me direz que dans Les enfants du paradis, elle a eu droit à Jean-Louis Barrault, c'est pas mieux. Je pense qu'il faut deux Jean-Louis Barrault pour faire un amant. Mais bon…
Pour ce qui est du paysan, je ne dis pas non plus qu'il n'a su jouer que ça ! Mais je n'ai quand même rien inventé. "-La terre, c'est sérieux, le cinéma ça ne l'est pas !-" Il l'a répété mille fois à Darget ou à Zitrone ! Et je trouve, oui, qu'il le portait sur lui. C'est un avis de nana très perso. Mais rassurez vous, je trouve que Marcel Pérès fait mille fois plus paysan que lui. Ce qui ne l'a pas empêché, à Gabin, de jouer Les grandes Familles ou Le baron de l'écluse avec une emphase absolument extraordinaire ! De toutes façons, à quelques très rares exceptions près, il a été bien partout. Maintenant, tant qu'à affirmer qu'il a été le plus grand acteur Français…Faut voir.


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De Impétueux, le 9 mars 2011 à 22:59
Note du film : 3/6

Ah, je vois mieux ce que vous voulez dire, Gilou ! Au contraire de tant et tant des actrices que j'ai citées (et probablement de beaucoup d'autres), vous, n'êtes pas, vous, sensible aux lèvres minces, aux châsses délavées, à la carrure épaisse de Gabin et vous leur préférez une esthétique plus classique et plus régulière… (quoique Humphrey Bogart ne soit pas précisément dans ces canons-là…).

Je ne suis évidemment pas le mieux placé pour en parler, mais il me semble que des tas de types à la dégaine un peu… rugueuse ont, jadis, naguère et aujourd'hui, emballé de bien jolies filles… Clark Gable, par exemple, Jean-Paul Belmondo ou Vincent Lindon

Et Marlène Dietrich, donc, qui a su oublier un temps avec Jean Gabin qu'elle n'était pas vraiment attirée par les hommes…

Gabin paysan ? Oui, c'est un fait, à la fin de sa vie, par goût et par passion, par attirance conservatrice et bien française pour la terre (qui ne ment pas, comme disait l'autre) ; mais il est bien plus prolo que bouseux, par toute sa carrière et par tout ce qu'il a tourné de mieux…

Et le plus grand ? Ce qui m'étonne, c'est qu'on puisse en douter un instant ; il y a eu des comédiens, bien plus talentueux, sans doute… Louis Jouvet, Raimu, Jules Berry… Mais des acteurs… Il n'y en a qu'un seul qui a failli en atteindre la cheville, et c'est Alain Delon

Mais ceci nous entraîne bien loin de Martin Roumagnac… Digression, digression…


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