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Forum : On purge bébé

Sujet : Critique


De dumbledore, le 20 novembre 2003 à 17:44
Note du film : 6/6

Comme Jean Renoir avait un peu de mal à monter La Chienne, il décide de faire un film rapide et populaire. Rapide, On purge Bébé l’a été. Écrit en une semaine, tourné en une semaine et monté en une semaine et sur les écrans quatre semaines après le début du projet. Record battu (il faudra Guitry pour faire plus rapide !).

La rapidité d’exécution se voit dans le film… dans le meilleur sens du terme. Le film est survolté, d’un rythme endiablé. Certes, il y a la pièce parfaite dans le rythme et l’humour du très grand Feydeau, mais il a surtout des comédiens de très grande qualité. Michel Simon sublime (comme toujours) dans le rôle d’un cocu infatué de sa propre personne. Mais il y a surtout Marguerite Pierry

dans le rôle de la femme de Follavoine. Elle est tout bonnement sublime, à la fois perfide, fine, grossière mais toujours drôle. Même quand elle est à l’arrière de la scène, qu’elle n’a pas la parole et qu’on ne le lui parle même pas, elle a une attitude, un sourire ou une mimique qui fait rire. Quand elle est au devant, c’est un ravissement. Elle ose tout et arrive à tout. Du très grand art… Pour le plaisir de l’anecdote, il y a même un inconnu du nom Fernandel dans le très court rôle de l’amant.

Le travail de réalisateur de Jean Renoir ne se borne évidemment pas à faire du théâtre filmé. Il a également l’intelligence de ne pas chercher à refuser le côté théâtral de l’histoire. Quand Michel Simon revient sur scène pour jouer le cocu outré qui dénonce femme et amant, dans un élan forcément théâtral

, Renoir appuie encore plus cet élan en prenant littéralement le point de vue du spectateur de théâtre. (voir la photo) L’effet est immédiat de recul, donnant encore plus l’impression du ridicule de la situation.

Mais à l’opposé, quand il faut donner du rythme, être avec les personnages, Renoir cherche à alterner les décors (bureau au départ, salle de bain, salon, couloir, etc). Il prend même des angles de caméra très fermés, composant l’image avec amorces et profondeur de champs.

Mais surtout, il a recourt au montage parallèle.

Quand on est avec Follavoine dans son bureau au début du film, on suit en parallèle sa femme qui tente de faire avaler la potion à son fils. Quand on est avec la femme de Chouilloux qui arrive, on va dans le couloir pour vérifier que tout va bien pour le mari.

Pour finir, signalons que ce film est également un des premiers essais de Renoir dans le cinéma parlant. Grande réussite, quand on sait les difficultés rencontré à l'émergence du muet, notamment dans la nécessité d'enregistrer la musique en direct, sur le plateau. A l'époque le bruit de la chasse d'eau et le réalisme qu'il suggérait avait marqué les critiques qui avaient félicité Renoir d'avoir mis le micro où il fallait…

Le tout donne un petit bijou de perfection, une heure de pur et grand plaisir.


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De princecranoir, le 2 septembre 2008 à 19:05
Note du film : 1/6

Navré de ne pas partager votre avis devant ce moyen métrage filmé comme "au théâtre ce soir". Je n'ai fait que bailler aux corneilles et prendre racine. En attendant une "Chienne" bien supérieure, ce premier Renoir parlant est effectivement une purge.


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De Impétueux, le 30 janvier 2012 à 23:11
Note du film : 4/6

Je partage vraiment l'avis éclairé de Dumbledore, sans classer ce film très alerte au rang où il le met, et à lui donner une note aussi haute.

C'est, sans doute, que je ne suis guère amateur de ces vaudevilles grivois, en y reconnaissant pourtant, d'éclatantes qualités. C'est un genre qui marche au théâtre, où le déferlement des rires et l'entraînement des hilarités, l'envie qu'on a de se lâcher, la chaleur communicative de la salle font passer une excellente soirée, une soirée qui pourtant ne fait pas date. Mais c'est souvent douteux, complice, plein de clins d'œil salaces et, pire encore, graveleux.

Il est vrai qu'on peut s'émerveiller, précisément, qu'une courte saynète qui tourne autour de la constipation, de la purgation et du cocuage, tutoyant ainsi la plus grossière des pentes, parvienne à n'être pas atterrant. Génie de Feydeau et génie de Renoir, sans doute ; mais on craint ce que peut donner On purge Bébé joué par une troupe d'amateurs.

C'est dire aussi que le film de Renoir bénéficie de deux miraculeuses présences : celle de Michel Simon aussi parfait qu'à l'habitude, tour à tour cérémonieux, inquiet, stupéfait, révolté par l'aventure incongrue qui lui survient et, peut-être encore davantage celle de Marguerite Pierry dont c'était pourtant le premier rôle au cinéma.

Marguerite Pierry, tous ceux qui fréquentent un peu le cinéma des années Trente à Cinquante la connaissent, ou plutôt la reconnaissent sans toujours pouvoir la nommer. Elle se glisse ici et là, au détour d'un Guitry, souvent, mais aussi d'un Couzinet, d'un Loubignac, d'un Teboul : rire de gorge à la fréquente limite de l'hystérie, œil allumé à la fréquente limite de la folie, elle peut être pleine d'abattage et révolutionner les cadres, ou doucereuse, mielleuse, comme une araignée vicieuse tapie quelque part. Très souvent fofolle, un peu ridicule, il lui arrive d'être inquiétante… Elle n'a malheureusement jamais rencontré un rôle à la mesure de son singulier physique et de son jeu souple et s'est contentée d'être une de ces Excentriques du cinéma français qui animaient les salles obscures et faisaient ressentir aux spectateurs un soupir d'aise, comme devant une vieille connaissance un peu farfelue…

Film tourné en moins d'une semaine, et qui connut un grand succès public (il est vrai que, dès qu'on parle de pipi et de caca, les foules affluent et se bidonnent à se faire sauter la sous-ventrière), mais qu'on ne peut classer, dans la filmographie de Jean Renoir que comme utilitaire…


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