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Sujet : Danger Immédiat !


De droudrou, le 24 février 2007 à 19:00
Note du film : 5/6

Achtung !

C'est un film superbe qui ne peut laisser indifférent tant en termes de récit que face aux divers personnages qui l'animent dans une Allemagne encore divisée où, à l'Est, la Stasi scrute les moindres faits et gestes des uns et des autres…

Si une grande partie du film se déroule sur un espace temps qui nous amène à suivre le quotidien des « héros », en revanche, les dernières séquences nous renvoient à des évolutions marquantes de notre histoire : la destruction du mur de Berlin (1989) et certains aspects très réels d'une autre Allemagne qui, sous le joug de pratiques totalitaires, n'a pas bénéficié du boom de la civilisation d'après-guerre, où la vie demeure difficile dans son quotidien, où les méfaits du totalitarisme laissent des traces difficiles à éliminer pour ceux qui en ont été les acteurs.

L'action du film démarrerait en 1984. Nous assistons à un interrogatoire mené par le Hauptmann Gerd Wiesler, officier dans la STASI (Ulrich Mühe superbe sous un masque de froideur et d'une redoutable efficacité). Les méthodes qui ne font pas appel à la torture physique telle que nous la connaissons, font l'objet d'un cours magistral que dispense Wiesler auprès de futurs membres de l'organisation.

Nous rencontrons le sous-lieutenant (*) Anton Grubitz, supérieur hiérarchique de Wiesler, un personnage visqueux prêt à tout pour profiter du pouvoir en place, un Ulrich Tukur qui incarne un individu déplaisant dès le premier instant de son apparition, et qui vient inviter Wiesler pour assister à une représentation théâtrale où sera présent le Ministre de la Culture Bruno Hempf, personnage ambitieux prêt à tout pour exercer un pouvoir despotique sur un monde vis-à-vis duquel il règne en tyran absolu (Thomas Thieme a le physique caractéristique de ce genre d'individu auquel le cinéma et la réalité nous ont habitués)…

Nous assistons alors à une représentation théâtrale, une de ces pièces qui ont fait et qui font certainement encore le bonheur d'une idéologie exaltant le travail, où dans un univers clos, les uns et les autres vivent les réalités d'un quotidien pas forcément attrayant. Occasion de découvrir deux autres protagonistes de l'histoire : Georges Dreyman, auteur à succès, un Sebastian Koch dont le jeu et le physique nous rappelleraient parfois Marcello Mastroianni, et l'actrice Christa-Maria Sieland, sa compagne, une Martina Gedeck portant superbe le physique d'une femme mûre et fragile d'actrice, considérés comme faisant partie de l'élite des intellectuels de l'Etat communiste, même si, secrètement, ils n'adhèrent aux idées du parti.

Bruno Hempf, le Ministre de la Culture, commence à s'intéresser à Christa-Maria Sieland et tout sera bon pour asseoir sur celle-ci sa main-mise, pouvoir écarter définitivement son amant, Georges Dreyman, en prouvant des agissements répréhensibles contraires à l'ordre du pays.

Un complot s'ourdit pour éliminer Dreyman. Sous la tutelle de Hempf, c'est Grubitz qui donnera les ordres à Wiesler de mettre en place l'appareil chargé de le confondre.

On assistera à la mise en place de l'appareil (sans jeu de mot) (**) qui permettra de suivre les agissements au jour le jour du couple Dreyman/Christa-Maria Sieland…

Notre résumé DVD-Toile nous dit à propos de Wiesler : « Tandis qu'il progresse dans l'enquête, le couple d'intellectuels le fascine de plus en plus… ». Oui, c'est vrai ! Mais je serai néanmoins beaucoup plus nuancé : il y a, un moment, une fracture qui se produit dans les façons de penser et vivre de Wiesler, fracture que j'éprouve quelque difficulté à situer et qui me fait donner une note moindre à celle que j'aurai volontiers mise à ce film. J'ai beaucoup de mal à comprendre comment, soudainement presque, un individu aussi efficace au profit de la STASI, va reporter son efficacité pour protéger le couple jusqu'au dénouement fatal.

Le film se termine sur une ode « A un homme bon ». C'est vrai ! C'est même très vrai ! C'est certainement très vraisemblable, mais j'avoue avoir éprouvé une difficulté à comprendre cette même évolution.

Le film est long puisqu'il représente une durée de 2 heures 17. Il est fascinant. Il est superbe et remarquable. L'interprétation est d'une grande qualité. Dans les premiers instants, l'image (scope au format 2,55) m'a quelque peu décontenancé avant que je ne l'accepte : elle nous fait parcourir des lieux de « vie » pas toujours très drôles où les réalités sont très présentes.

La fin peut en apparaître quelque peu mélodramatique mais visant à justifier cette ode « A un homme bon » elle me paraît conforme aux exigences de l'argument du film. Notre société moderne aurait peut-être tendance à oublier ces valeurs historiques et traditionnelles. En sortant de la salle, je n'ai pu m'empêcher de penser à cet opéra de Ludwig Van Beethoven que j'aime beaucoup pour ses valeurs : « Fidelio »…

Je ne saurai donc que recommander La vie des autres (***) à tout un chacun.

Je n'aurais pas aimé vivre dans un tel climat et j'espère que notre évolution politique nous mettra à l'abri de ce genre de vie !

(*) certainement une erreur : le grade d'hauptmann est plus élevé que celui de sous-lieutenant… (**) appareil : je termine en ce moment la lecture de « Jeux de Guerre » de Tom Clancy et c'est vrai que le recours à des appareillages hyper sophistiqués a toujours fait la grande joie de l'espionnage… (***) je ne connais pas l'Allemand. En VO, je donnerais pour titre « Ode à un homme bon » et en VF « La vie des autres »…


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De ALISSA, le 4 avril 2007 à 13:03

C'est un film si riche et si profond qu'il faut le voir plusieurs fois si on veut saisir parfaitement l'évolution de Wiesler. Il est ébranlé dans sa conviction de la nécéssité d'espionner Draymann et Christa-Maria presqu'au début, quand, au restaurant, Grubitz lui fait comprendre qu'il vaut mieux ne pas observer le Ministre et qu'il comprend aussi que le Ministre désire l'actrice et voudrait faire tomber Draymann.L'évolution parallèle de Wiesler qui commence à douter du bien fondé de certaines filatures et de Draymann qui sort peu à peu de son angélisme est très progressive et remarquablement souligné par le jeu expressif bien que tout en retenue des deux acteurs.La qualité de "La vie des autres" vient du fait qu'à l'étude historique, s'ajoute une remarquable étude psychologique concernant plusieurs personnages,et que les séquences de la fin de la période 1984 sont haletantes et relèvent presque du thriller.Je crois que je retournerai encore le voir .Très belle musique de Gabriel Yared.


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De Impétueux, le 5 juin 2007 à 23:01
Note du film : 5/6

Dans la salle où j'ai vu le film, hier, quatre mois après sa sortie sur les écrans, sans battage aux divers journaux télévisés, sans émission spéciale à lui consacré, il n'y avait guère que des gens qui ne forment pas le gros des files qui s'accumulent devant les blockbusters, du type Spider-Man 3 ou Pirates des Caraïbes 3 ; ce n'était pas non plus un public de cinéphiles boutonneux, soixante-huitards attardés (pour ce que je peux en apercevoir à la devanture des cinémas du Quartier Latin, autour de la Sorbonne).

Il y avait de VRAIES gens (comme ma femme et moi, et comme on dit dans les tracts de ce qui reste du Parti Communiste Français) attirés là par une sorte de bouche-à-oreille qui a fait que La vie des autres a capté des spectateurs au fur et à mesure qu'elle s'imposait comme une oeuvre étrange, intelligente, novatrice.

Sur un des plus grands drames du XXème siècle, en Occident. Et ce drame n'est pas, à mes yeux, le totalitarisme, qui a existé de tous temps et toutes époques, sous des oripeaux divers : le drame, c'est la disparition, l'absence désormais évidente de toute espérance, de toute conviction. A l'extrême fin du film, au théâtre, lorsque Dreyman (Sebastian Koch) sort de la salle, ne pouvant plus supporter le rappel du passé, le contraste de la scène telle que la jouait Christa-Maria (Martina Gedeck)* et telle qu'elle est désormais interprétée, plus anonymement, et plus globalement, si j'ose dire (au sens où la mondialisation est globale), par une actrice noire, il rencontre l'ancien ministre Hempf (Thomas Thieme), le type immonde et veule qui couchait, lui aussi, avec Christa-Maria, et qui, lui non plus n'a pu supporter ce rappel trop fort du passé.

Et ce type, immonde du début à la fin, veule, répugnant, lui dit à peu près : On n'était pas bien, dans notre petite République? Aujourd'hui, il n'y a plus rien à défendre, plus de combat à mener. Est-ce qu'on a gagné au change ?….

Naturellement, c'est inadmissible et goguenard….Et pourtant… cela m'a fait penser aux dernières paroles du Maréchal Akhromeev, un des plus hauts dignitaires de l'Armée Rouge, qui s'est suicidé en août 1991, après l'échec du putsch ridicule et ultime, mis en fuite par ce vieil ivrogne d'Eltsine : Tout ce à quoi j'ai consacré ma vie s'écroule aujourd'hui. Le totalitarisme n'est pas seulement affreux pour ceux qu'il opprime, mais aussi pour ceux qui le servent avec ferveur et conviction…


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De PM Jarriq, le 12 août 2007 à 09:01
Note du film : 5/6

J'ajoute ce message, pour dire que c'est effectivement un film superbe, d'une rare finesse, que le réalisateur a eu raison de sacrifier la forme au fond, et que l'acteur principal, qui ne change pas d'expression pendant 2 H 17, évoque les meilleures heures d'un Alec Guinness. Qu'il est bon de voir des films qui font réfléchir, de temps en temps…


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De littlecat, le 14 août 2007 à 09:18

Note du film : 5/6 Mais pourquoi pas 6/6 ? Y-a-t'il mieux en ce moment sur les écrans de ciné ou de télé ? La forme, le fond : rien ne me gêne à ce point de vue. (j'ai bien compris que dans cette Allemagne-là, il était plus facile de se procurer des pillules énergisantes que des denrées alimentaires de base). Quant à Ulrich Mühe, j'ai tellement aimé l'expression de ses yeux, et en particulier l'expression de ses yeux s'opposant à son aspect guindée, que je me précipite chaque lundi soir sur ARTE pour le voir dans une série policière (que dire du fond !) où il tient le rôle d'un médecin légiste (Le dernier témoin).


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De PM Jarriq, le 14 août 2007 à 09:48
Note du film : 5/6

Les notes vous savez, c'est très subjectif… 6/6, j'essaie de ne les mettre que pour les films-phares, qui marquent un parcours de cinéphile, qui ont une résonnance bien après la projection. La vie des autres, est incontestablement brillant, aucun doute là-dessus. Mais un chef-d'oeuvre ? Après tout, c'est possible…


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De Impétueux, le 14 août 2007 à 09:56
Note du film : 5/6

Tout à fait de l'avis de PM Jarriq ! J'ai mis moi aussi un 5, tout prêt, dans quelques années à réviser ma note – dans un sens ou un autre – parce que ça n'est qu'après maturation, retour de souvenirs, décantation, macération, et surtout nouvelle(s) vision(s) qu'on peut se faire une idée réelle d'un film.

Sans doute y a-t-il des films qui vous bouleversent, émeuvent à un tel point, vous ravagent que vous donnez un 6 d'emblée ; mais c'est assez rare, non ? Et je trouve qu'un 5 en première lecture, c'est une très très bonne note…


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De droudrou, le 14 août 2007 à 10:09
Note du film : 5/6

D'autant qu'en ce qui me concerne, le temps passant (!!!) je serais presque prêt à passer ma note à 4/6. Néanmoins, je considère que c'est un film "bien", c'est un film qu'il faut connaître mais il me paraît impossible de dire que c'est un chef-d'oeuvre !

S'il s'agissait de parler de "Catwoman"… ou de la boulette d'Avesnes ou du Dauphin du même secteur… ou encore des qualités gustatives de la cancoillotte à l'ail…


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De jipi, le 30 septembre 2008 à 11:16
Note du film : 6/6

« Comment avez-vous pu gouverner un pays?"

En 1984 la vérité conquise de force par la Stasi consiste en des propos désordonnés. Le soleil une fois à l'Ouest se moque de vous. Rien voir et rien entendre assure la pitence de ses proches.

Les rues désertes clairsemées d'automobiles offrent des nuits blafardes à un apparatchik soudainement troublé par la valeur propre de l'individu, le texte et la musique. Ces illuminations nouvelles inaugurant peut-être l'éveil d'un esprit.

L'instrument du parti dine seul dans des grands espaces murés laissant parfois le passage à un apaisement furtif fourni par des professionnelles. Tout ce qui manque se décortique sadiquement dans un jouissif permanent nommé « La vie des autres » que l'on tient entre ses mains.

A l'étage les portes sont ouvertes sans ménagement. Dans les sous sols, l'oreille est attentive, sadique, provocatrice. Dans les hauteurs l'écouté complote pour survivre dans une liberté créative en maintenant du mieux possible un comportement intellectuel non assujetti à la dominance d'un pouvoir ne stabilisant sa puissance que par la démolition de ceux qui pensent.

Le suicide n'est plus comptabilisé, ce n'est qu'une mort comme les autres. L'écoute d'une sonate verrouille presque le processus d'une révolution. Le poète est l'ingénieur de l'âme. L'actrice malgré son talent reste dépendante de l'obèse tribal camouflé dans la voiture de fonction.

Pour un régime totalitaire l'art est le pire des ennemis. Le penseur est dangereux, il se dompte au même titre que la population par la peur, la surveillance et le slogan politique.

La créativité libératrice est sous marine en parallèle avec les énormes pressions que le parti s'inflige à lui- même. Le régime n'est qu'un harcèlement nivelant constamment toutes les couches sociales réduisant à néant les libertés de penser d'individus diabolisés par la peur.

« La vie des autres » est un film poignant sur la destruction des âmes opérée par des opportunistes sans structures récupérés par l'idéologie dominatrice d'un rouleau compresseur broyant ses propres composants.

Difficile de ne pas comparer ses images de persécutions de trahisons et de sacrifices avec les sinistres heures Hitlériennes ou chacun n'est plus lui-même, ce dysfonctionnement appelant avec désespoir la diction d'une phrase sublime

« Le mur est ouvert ».


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De droudrou, le 30 septembre 2008 à 13:31
Note du film : 5/6

Et Hannibal Lecter, ayant lu Jipi, se dirigea vers sa commode, en ouvrit le premier tiroir, en sortit un Berebasc (1)dont il vérifia le chargement. Puis il l'arma, l'appuya contre sa tempe et fit feu, se brûlant la cervelle dont il se régala ensuite !

DVDToile – chapitre MVCXXXIV – verset XXI -

(1) le Berebasc est une arme de très gros calibre…

Pour moi qui connais Jipi, je comprendrai assez sa réaction négative à propos de ce film. C'est vrai que face à des régimes totalitaires, on ne peut qu'être pessimiste. Néanmoins, ce que je trouve superbe c'est le formidable message d'espoir qui réside dans la dédicace du livre qui sera publié quelques temps plus tard quand les choses auront changé.

Ceci mis à part, la question que je me pose et continue de me poser à propos de ce film est de savoir ce qui a fait basculer à un instant "t" la façon de penser et voir les choses du Hauptmann Gerd Wiesler par rapport à ceux qu'il écoute et par rapport à ceux qui le payent pour cette mission.


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De Arca1943, le 18 avril 2009 à 13:46

Un remake américain de ce film est en préparation. Je ne dis pas ce que j'en pense, car la charte de Dvdtoile prohibe ce genre d'interventions.


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De vincentp, le 4 février 2010 à 23:58
Note du film : 2/6

Mon avis est nettement moins favorable… Le scénario est téléphoné, superficiel, et la mise en scène déficiente. Lourd, pesant : je n'ai pas pu aller jusqu'au bout.


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De Nicoco, le 24 janvier 2013 à 21:42
Note du film : 5/6

Je suis assez d'accord avec les différentes contributions, c'est un beau et intelligent film qui tombe légèrement dans le mélo dans les dernières minutes, mais je n'y vois là qu'une conclusion anodine permettant de boucler le film (à mon sens, l'économie des 10 dernières minutes aurait pu être faite en faisant comprendre implicitement au spectateur que Dreyman a bien compris le sens de ce qui s'est réellement tramé).

Je vois dans ce film un réél motif d'espoir : face à l'implacable machine d'une bureaucratie mise au service d'un régime autoritaire qui dompte les esprits et la pensée libre, le film nous montre qu'un homme, seul, peut faire échouer à lui tout seul le système. Car toute organisation, aussi terrifiante et complexe soit-elle, repose d'abord sur la volonté de l'homme, doté d'un libre arbitre et d'une conscience. L'homme n'est qu'un maillon d'une organisation, mais il est LE maillon qui, s'il saute, contribue à l'effondrement du système.


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