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Sujet : Mythomanie et caprices


De Gaulhenrix, le 8 février 2007 à 15:22
Note du film : 6/6

Ce film mythique de Billy Wilder (1950) se doit d'être célébré sur un Forum qui lui soit dédié.

Il s'agit, de l'avis général, de la charge la plus corrosive que l'on ait jamais livrée contre le Hollywood du cinéma, cette fabrique à rêves. Film source – qui inspira récemment, entre autres, S1m0ne (2002) à Andrew Niccol, et, surtout, Mulholland Drive (2001) à David Lynch (il est à noter que le patronyme Gordon Cole donné par Lynch à l'enquêteur du FBI de son film Twin Peaks figure au générique du film de Wilder) Boulevard du crépuscule – dénonce tour à tour la mythomanie et les caprices des vedettes consacrées, l'ingratitude et la cruauté des studios à leur égard et la versatilité du public.

Mythomanie et caprices définissent en effet l'univers de Norma Desmond, l'idole déchue du cinéma muet. Recluse dans sa somptueuse demeure – reflet de son narcissisme et de ses extravagances -, enfermée dans ses souvenirs, vieillissante, elle ne vit plus que par son passé glorieux, confond illusions et réalité, et finit par se laisser aller au mirage d'une idylle impossible avec un jeune scénariste Joe Gillis (William Holden) avant tout soucieux de confort matériel et prêt à jouer les gigolos.

Ingratitude des studios qui ont abandonné cette Norma Desmond qui fut pourtant leur figure de proue et leur rapporta, par le succès de ses films, tant de bénéfices. Cruauté terrible des studios que Billy Wilder rend concrète en n'hésitant pas à utiliser, dans leur propre rôle, des célébrités du cinéma démodées, voire à demi-oubliées (has been, disent crûment les Américains), au moment du tournage de son film, qu'il s'agisse précisément de Gloria Swanson, ancienne idole du cinéma muet, jouant son propre personnage sous le nom de Norma Desmond ; de Eric Von Stroheim célèbre cinéaste en disgrâce interprétant dans le film Max, l'ex-réalisateur des films de Norma Desmond, devenu son chauffeur ; ou encore de Cécil De Mille, cinéaste mythique, dans son propre rôle de Cécil De Mille !

Quant à la versatilité du public, elle consiste moins dans son oubli de ses anciennes idoles que dans sa passivité à ne pas vouloir pérenniser leur gloire, comme le montre le – bref – retour final de Norma Desmond sur le plateau du tournage d'un film. Cette versatilité ne peut d'ailleurs que faire écho à celle de Hollywood pour qui tout est éphémère et passager dans un univers fondé sur la seule utilisation mercantile des talents, tout film étant considéré, d'abord, comme un produit qui peut rapporter de l'argent. (1)

Ce film d'une grande lucidité et terriblement cruel porte un regard décapant sur un monde du cinéma qui invite trop souvent à confondre apparence et réalité et finit par broyer ceux-là mêmes qu'il encense.

(1) D'où l'étonnement toujours renouvelé des cinéphiles français à constater que les noms des producteurs précèdent invariablement celui du réalisateur dans les génériques américains (ou sur les affiches), rappelant ainsi le mot de Malraux : « Le cinéma est, d'abord, une industrie ».


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De Impétueux, le 27 mars 2011 à 10:27
Note du film : 6/6

Un film magnifique, très noir, très sarcastique et presque tout autant pathétique, avec de drôles de figures dérangées, fêlées, méprisables et très peu de clarté. Un film qui allie intelligence absolue des situations, qualité extrême des acteurs et impeccabilité de la mise en scène.

Un exemple : l'arrivée de Gillis (William Holden) dans l'immense maison décatie où vivent Norma Desmond (Gloria Swanson) et son serviteur, Max (Erich von Stroheim) qui fut davantage que le serviteur de cette gloire déchue : trois plans rapides : Gillis interloqué, Norma, qui le guette protégée par une jalousie et qui lui demande de la rejoindre, Max qui, en parfait majordome, tient ouverte la porte du capharnaüm-cauchemar.

Le scénario de Sunset boulevard est un des plus subtils, les plus habiles qui soient : il entrecroise personnages réels de la machine-Moloch Hollywood (Cecil B. DeMille, Buster Keaton, l'échotière Hedda Hopper), choisit audacieusement de sceller dans leurs propres rôles, à peine décalés Gloria Swanson et Stroheim, l'un et l'autre véridiques stars rejetés de leur gloire par l'irruption du cinéma parlant et le dialogue (étincelant !) évoque à tous propos des stars réelles, Tyrone Power, Alan Ladd ou Darryl F. Zanuck.

Comme l'histoire de Gillis, scénariste talentueux évoque celle de Billy Wilder, qui a connu des débuts difficiles à Hollywood, mais qui était forgé d'un autre caractère que celui, d'une grande veulerie, de son personnage, comme le cinéma, les studios, les caméras sont omniprésents, le film paraît d'un parfait réalisme.

En fait, il est en même temps une réalisation parfaitement baroque et même horrifiante, tellement tout, dans la demeure de Norma Desmond, sent le confiné, le poussiéreux, le moisi et même le morbide, tellement Norma, dans sa beauté figée, représente elle-même une image terrifiante, celle d'un vampire avide de sang jeune. On songe, en regardant la partie de bridge glacée qui réunit, autour de Norma, d'autres acteurs déchus du cinéma muet, à un tableau de Goya, on se dit que l'orchestre impassible réuni pour le Nouvel an, pourrait être celui d'un Bal des vampires moins roublard que celui de Polanski. Et Norma descendant l'escalier monumental de sa demeure pour jouer la dernière scène fait songer, avant l'heure, à Gianna Maria Canale dans Les Vampires de Riccardo Freda

Ce qui est l'intelligence du scénario, c'est aussi que Norma a été la fraîcheur, l'enthousiasme, le talent, la beauté pure alors qu'elle apparaît ab initio, comme une vieille folle nymphomane et que Gillis, à qui, par la force du déroulement de l'histoire, on s'identifie plus ou moins, parce qu'il paraît être le seul individu lucide de cette maison de fous, parce que son histoire d'amour avec la jolie Betty Schaefer (Nancy Olson, excellente) capte l'attention, est tout de même un assez minable gigolo, sans grand talent, et sans vertèbres…

Film fort et prenant sur les faux-semblants du monde, sur la distance, sur la folie paradoxale du comédien…


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De vincentp, le 22 avril à 21:35
Note du film : 6/6

C'est un excellent film, en effet, sans faiblesse, si l'on accepte les excentricités du personnage féminin. Mais il me semble que ce n'est pas la réussite majeure de Billy Wilder, qui serait pour cette période Stalag 17, et globalement pour l'ensemble de sa carrière La vie privée de Sherlock Holmes. Il s'agit d'affaire de goût, certes, mais les scénarios de I.A.L. Diamond me paraissent plus modernes, plus élaborés, plus subtils que ceux de Charles Brackett. A part cela, Nancy Olson est remarquable dans ce film et les scènes tournées avec William Holden sont magnifiques. Rarement un couple (et l'expression de ses sentiments) n'aura été aussi bien filmé à l'écran. La séquence de l'embrassade entre ces deux acteurs est la meilleure de Sunset Boulevard à mon avis.


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