Forum - Journal d'un curé de campagne - Avis
Accueil
Forum : Journal d'un curé de campagne

Sujet : Avis


De benja, le 5 février 2007 à 21:42
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Le journal d'un curé de campagne est adapté du roman éponyme de Georges Bernanos.
Le jeune curé d'Ambricourt confronté dès son arrivée au mépris et à l'hostilité de ses paroissiens, rudoyé par sa hiérarchie, ira de désillusion en désillusion jusqu'à la mort.

Bien qu'au final, la trame du film soit toute simple, Bresson ménage ici un suspense et des rebondissements dignes d'un condamné à mort s'est échappé, ce qui en soit est remarquable.

Pour ce qui est du fond, le film est certes éprouvant, et demande une certaine disponibilité d'esprit mais demeure abordable et est réellement captivant.
On y pénètre progressivement et jusqu'au vertige dans l'intimité dans ce prêtre – c'est là ce qui fait la puissance d'un journal – et l'on en ressort tout chamboulé. La solitude et la souffrance de cet homme de foi y sont poignantes.

Ce qui est admirable avec Bresson, c'est qu'il réussit à dépasser l'anecdote pour témoigner de la condition humaine. Ce miracle, il y parvenait dans un condamné à mort s'est échappé en témoignant de la formidable envie de vivre des hommes, il y parvient aussi ici, en le plaçant face à la mort inexorable qui l'attend.

Vous l'aurez compris, on est pas là dans un cinéma de divertissement, mais si le coeur vous en dit, cassez votre tirelire…Le film n'est disponible – oh scandale !- que chez Criterion, soit encore plus cher que la compagnie Méditérannéenne de Films, ce qui n'est pas peu dire…


Répondre

De Impétueux, le 5 février 2007 à 22:49

Encore faut-il, pour lire des Critérion, qu'on ait un lecteur multizones, et comme je n'ai jamais compris comment ces choses-là marchaient, je me confine prudemment aux DVD de zone 2…

Cela étant, pour rester dans le bon ton, vous avez mille fois raison d'appuyer ce film grave, austère, placé à un niveau de préoccupation tel qu'il demande du temps, du calme, un certain goût pour des questions qui ne sont pas anodines, mais qui rend au centuple ce qu'on lui apporte…


Répondre

De droudrou, le 6 février 2007 à 09:29

Ce que je comprends très mal, par contre, c'est que le film soit sorti Zone 1.

Sans arrière pensée, il est subtil le mystère de la foi chez les éditeurs !… Néanmoins, hormis le fait que des supports nouveaux vont nous être proposés, il faut quand même concéder que brutalement nous sommes passés de la VHS au DVD. Il n'y aurait pas si longtemps, certes. On peut quand même apprécier le nombre de titres que nous avons à disposition. Certes, ce que nous attendons met parfois bien longtemps à être publié mais nous devons bien concéder qu'un certain nombre de films dont nous ne parlions plus semblent arriver progressivement sur le marché. On me dira que ce sont des films étrangers. D'accord. Mais si Le journal d'un curé de campagne sort en zone 1, ma foi, il n'est pas mauvais d'espérer.

Je pense que je vais proposer à mon ami Impétueux de réunir les amateurs pour que nous effectuions un achat groupé de lecteurs multizones…


Répondre

De benja, le 6 février 2007 à 10:18
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Ma foi, Droudrou, moi non plus je ne perds pas espoir…

Mais l'édition de ce film en zone 1, non seulement je la comprends mal mais aussi je l'accepte mal (reportez-vous, si vous le voulez bien, à mon coup de gueule à propos de la gloire de mon père).

Je constate aussi avec agacement que les éditeurs ont été bien plus réactifs pour éditer de nombreux nanars disponibles dans les bacs…


Répondre

De droudrou, le 6 février 2007 à 10:24

Benja : qu'appelle-t'on NANAR ?

Pour certains ce que nous ne voyons pas, pour d'autres ce qu'ils ne voient pas dans les rayons !…

Mais c'est très vrai qu'il existe un problème important tant nous nous apercevons soudainement de la quantité de films produits depuis l'apparition du cinéma…


Répondre

De benja, le 6 février 2007 à 16:24
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Je comprends mal le sens de votre question, Droudrou, consiste-t-elle à dire que "tout se vaut" ?

J'apprécie effectivement le nombre de titres mis à notre disposition mais voilà, j'en voudrais davantage. Je souhaiterais pouvoir choisir – révérence gardée bien sûr envers les amateurs de ce film – entre taxi et la femme du boulanger.
Mais je ne suis pas le seul, les pétitions pour des rééditions abondent sur dvdtoile…

Ceci étant dit, j'en viens au coeur du sujet : Avez-vous vu le journal d'un curé de campagne ?


Répondre

De droudrou, le 6 février 2007 à 17:15

Nullement dire que tout se vaut ! Pour toi, tu as une idée d'une certaine qualité que tu recherches et que tu ne trouves pas ! Mais, en contre-partie, dis-toi que pour ceux qui vont et ne puisent rien que dans le disponible des rayons, tout ce qu'ils ne trouvent pas, ils peuvent aisément le qualifier de nanar ! Ce qui nous paraît imbécilité, pour certains sera un haut niveau de qualité quand ce que nous pouvons aimer, nous, leur paraît de l'imbécilité… Rien ne se vaut ! Mais par contre, la relativité est certaine ! E=mc2 !…

Journal d'un curé de campagne : pas vu ! Au vu de ce que j'en ai lu : grosse curiosité tant pour aborder le roman que pour pouvoir aborder un jour prochain, j'espère, le DVD… Mais, je crois que l'important n'est pas forcément de pouvoir voir, mais de pouvoir échanger et enregistrer de fortes impressions… mais des impressions qui aillent au delà de la critique pure, dure et simple !


Répondre

De benja, le 6 février 2007 à 17:42
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Sans vouloir faire pédant, E=mc2 évoque l'équivalence entre la masse m d'une particule et l'énergie E qu'elle possède au repos. Einstein évoquait dans sa théorie la relativité de l'espace et du temps en fonction de l'observateur (du référentiel considéré)…Enfin, rassurez vous, j'ai compris qu'il s'agissait là d'un trait d'humour et ne me tenez point rigueur de ce rappel de physique.

Vous semblez considérer le cinéma seulement comme satisfaction d'un plaisir, qui viendrait éventuellement correspondre aux centres d'intérêts d'untel ou untel. Si on se place de ce point de vue, alors oui tout est relatif…
Mais vous oubliez qu'un film peut être jugé tout à fait hors subjectivité : le sujet traité est-il novateur ? Est-il traité dans toute sa complexité ? qu'en est-il des techniques cinématographiques employées ? du jeu des acteurs ? de la richesse du scénario ? etc etc Si bien qu'il existe de grands films et de petits films.
Pour ma part, je n'apprécie pas tous les grands films et j'apprécie énormément certains petits films mais s'il vous plaît ne confondons pas ceci avec cela…

J'aimerais, je le répète, pouvoir choisir entre la femme du boulanger et taxi.
Et j'ai bien compris que les éditeurs gagnent bien moins à éditer le premier que le second ; si vous voyez de quel relativisme je parle…

D'accord pour échanger mes impressions avec vous ou d'autres, Droudrou, c'est ce que j'ai fait en ouvrant le sujet du journal d'un curé de campagne. Avec plaisir même, je le répète, j'apprécie les avis éclairés des contributeurs réguliers de dvdtoile.


Répondre

De Impétueux, le 7 février 2007 à 23:18

Ah Messieurs et Chers amis !Il y a entre le nanar – qui peut être délicieux (deux exemples, l'un ancien, l'autre récent, dans mon Panthéon personnel : Ah ! Les belles bacchantes et Three amigos et le mauvais film (il y en a tant …disons la série des Taxi) des distances abyssales !

Cela étant, convenons que le Journal d'un curé de campagne ne fait partie ni de la première, ni de la seconde catégorie, et espérons vivement son édition prochaine (annoncée jadis en Canal+ classique)…


Répondre

De denis.jacoby@bluewin.ch, le 13 juillet 2007 à 13:32

Bonjour Monsieur le physicien pour qui tout est démontrable. Personnellement, lorsque je vois un film tel que celui-là, je crois! (en Dieu bien sûr mais aussi en l'homme, je crois que tout est possible en l'homme). Lorsque je regarde Taxi, j'ai passé un bon moment de détente avec ce film aux dialogues savoureux mais après l'avoir vu, j'en ressort toujours aussi débile qu'avant. Par contre je ressort grandi d'un film tel que le journal d'un curé de campagne. Personnellement je pense que ce film atteint un niveau jamais égalé (mais ce n'est que mon avis). En tous cas, vous qui aimez les équations (moi aussi, suis chimiste), vous conviendrez avec moi de la justesse de cette dernière:

                     BRESSON >>> BESSON 

Alors pitié: A quand la réédition de ce film en DVD


Répondre

De jipi, le 16 mai 2009 à 11:37
Note du film : 5/6

L'ennui semble avoir pris possession des âmes de cette campagne d'Artois bien isolée. Seule une même hérédité d'ancêtres alcooliques rapproche un jeune curé de ces nouveaux paroissiens ruraux consommés par la solitude, austères, aigris dont certains à peine éclos rêvent de diaboliser la terre par leurs soifs de tout connaître.

Assailli par ses états d'âmes, se nourrissant mal, buvant du mauvais vin le nouveau curé d'Ambricourt rongé par un mal incurable dont son jeune age devrait l'épargner se débat dans un torchis campagnard mêlant méfiance et suspicion.

Le fils pleuré engendre cloisonnement et renoncement religieux. Les troubles de l'adolescence se partage entre la servitude de Marie Madeleine et le vice dévorant de Salomé.

Une voix interne remplie un carnet de notes, de doutes, d'adultères, de mépris et de haines pendant qu'une hiérarchie tout en conseillant la prudence approuve le manque d'amour que doit subir un homme d'église de la part de paroissiens acceptant difficilement l'aspect monocorde de la parole de Dieu.

Sur la fin le Christ est raillé, molesté, moqué. Une route identique que semble prendre ce lointain descendant en ce vingtième siècle sur un site impitoyable, abandonné ou les ambitions revanchardes s'intègre dans un planning de vie menacée.

Pendant que l'homme en noir tente de dualiser un sacerdoce dans une approche personnelle de la vie basée sur des sens en élaboration, la maladie progresse lentement en s'emparant d'un organisme de plus en plus affaibli.

Ce nouvel envoyé de Dieu jeune, tendre, internement instable préserve abusivement la pureté de sa mission en oubliant de soigner les exigences modernes d'âmes trop reclues, marquées par une nature saisonnière alimentant malfaisances et remises en causes.

La perception des autres et de soi-même s'ébauche dans une tentative de connexion religieuse commune pendant qu'un mal incurable s'adonne à la destruction des organes d'un jouvenceau anéanti par l'interrogation et la nutrition sommaire.

« Le journal d'un curé de campagne » extrêmement épuré montre les faiblesses directives d'un homme d'église uniquement guidé par la conquête de la grâce au détriment des besoins d'une jeunesse avide de vivre intensément le bien comme le mal dans un monde palpable


Répondre

De kfigaro, le 18 mai 2009 à 09:24
Note du film : 6/6

Le meilleur film de Bresson selon moi (avec "Pickpocket" qui est un peu plus difficile d'accès).

Une histoire bouleversante qui, malgré l'austérité apparente de la réalisation, peut toucher n'importe quel public (ce qui n'est pas forcement le cas d'autres films de Bresson avec ses fameuses "voix blanches"). J'ai l'ouvrage en Z1 (édition Criterion d'occasion), vu que je n'ai jamais réussi à dénicher la version Z2 parue (ou non ?) chez Studio Canal Classique…


Répondre

De vincentp, le 19 juillet à 07:28
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Classique intemporel revu sur grand écran, dont l’écriture cinématographique repose (à mon sens) sur la superposition de plusieurs lignes mélodiques (comme en musique). La première ligne mélodique est assurée par l’image, la seconde ligne par le texte du dialogue, la troisième par le ton du dialogue, la quatrième par la musique. Ces lignes se superposent, se juxtaposent, coulissent les unes par rapport aux autres, créant un spectacle vivant, et de l’émotion.

Par exemple, la jeune fille et le prêtre discutent sur une durée assez longue. Le texte du dialogue dit « je te déteste ». Le ton du dialogue dit « je t’aime » (ou « je te désire » dixit un expert). L’image montre un couple accordé (qui se déplace en fin de séquence à la même vitesse, regards orientés dans la même direction). Le dispositif est efficace, porteur de sens et d’émotions de spectateurs, et contrebalance le côté austère de l’œuvre.


Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.018 s. - 5 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter