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Sujet : La présence sublime de Maria Casarès


De JIPI, le 28 septembre 2006 à 09:39
Note du film : 5/6

"Hélène se sent délaissée par Jean son amant.

Ne voulant pas perdre la face devant celui-ci, elle lui faire croire que c'est elle qui s'éloigne des sentiments ce qui libère encore plus Jean.

Cette tactique infructueuse entame l'équilibre d'Hélène, abandonnée désirant se venger par l'intermédiaire d'Agnès jeune danseuse volage au cœur malade.

Agnès est projetée dans l'univers de Jean lors d'une rencontre au bois de Boulogne arrangée par Hélène, la mayonnaise prend Jean devient fou amoureux et entame son auto destruction.

L'éclairage du visage de Maria Casarès est sublime, mêlant une pointe de sourire sur un visage terne de femme frustrée par l'abandon d'un amant il façonne jouissance et souffrance.

Hélène en devenant livide prend le visage de la mort.

Jean manipulé devient faible et automate entre les mains de cette femme machiavélique ruinée par le chagrin mélant sourires et larmes sur un visage ravagé.

Cette sculpture à la Cocteau programmée pour la vengeance se plait de voir son ancien compagnon sombrer dans les méandres d'un amour contrarié par Agnès qui refuse par jeu de s'abandonner.

Agnès est une grue, Jean l'ignore, Hélène le sait, elle mène les débats par le mensonge envers un homme qui ne l'aime plus mais reste extrêmement attentif aux conseils de son ancienne maîtresse.

Le jeu devient incontrôlable, le scénario s'emballe, le drame se profile au loin. Jean et Agnès malgré avoir été piégés par Hélène prennent l'heureuse décision de construire sur une incompréhension d'origine un avenir en commun.

Ce deuxième opus de Robert Bresson secondé par la griffe des dialogues de Jean Cocteau semblant par l'atmosphère du film récupérer l'œuvre à son avantage montre le pouvoir illimité d'une femme adoptant par certains aspects le visage de la mort,.

Cocteau l'a compris, il offrira quelque années plus tard ce rôle ambigu à Maria Casarès dans « Orphée» dont « Les dames du bois de Boulogne semble un préambule.

Par instants, Les visages embrumés de "La belle et la bête" semble se dessiner sur le facies d'Hélène.

Son prénom que l'on ne peut dissocié d'une tragédie grecque montre la fureur d'une femme tueuse s'amusant avec ses jouets. Des humains aveuglés par éros prenant ici la forme de la destruction."


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De vincentp, le 26 décembre 2006 à 20:26
Note du film : 6/6

Voilà un drame réalisé avec une grande rigueur et qui aborde de façon très sérieuse la question de l'adultère dans une société qui n'était pas tendre avec les femmes concernées par ce sujet. Mais le traitement dudit sujet est peut-être aussi aujourd'hui un peu daté.


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De Impétueux, le 26 décembre 2006 à 21:50

D'une façon générale, et hors Pickpocket et Un condamné à mort s'est échappé (et encore ! voici des films que je n'ai pas vus depuis trente ans !) Bresson m'indiffère à un point considérable et cette glace élégante et ennuyeuse m'endort absolument

Je n'ai vu ces Dames du Bois de Boulogne qu'une seule fois et je me suis considérablement enquiquiné ; il me semble que c'est faire un film janséniste avec un sujet libertin ; cent ans d'écart, au bas mot, même un peu plus ; et l'anachronisme intellectuel m'insupporte.

En plus je trouve que Maria Casarès est aussi insupportable, quoique meilleure actrice, qu'Orane Demazis et je comprends parfaitement que Baptiste lui ait taillé des croupières au bénéfice de Garance.

C'était mon accès de mauvaise humeur vespéral, dû non pas à l'ingestion de mes douzaines d'huîtres (et du foie gras, et du chapon truffé, et des fromages de Barthélémy, et de grands crus classés), mais à la perspective d'entrer dans quatre jours dans ma soixante et unième année.

En d'autres termes, ça ne va pas s'arranger !


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De benja, le 4 février 2007 à 09:55
Note du film : 4/6

D'accord avec vous, Impétueux, pour signaler les qualités remarquables de Pickpocket ou d'Un condamné à mort s'est échappé

Mais vous faites un oubli, et de taille, concernant Bresson, il s'agit du Journal d'un curé de campagne, adapté du roman éponyme de Georges Bernanos.

Ce film n'est disponible qu'en zone1, édité par Critérion, soit encore plus onéreux que la Compagnie Méditerranéenne de Films, ce qui n'est pas peu dire…

J'y retrouve une trame toute simple, comme je les apprécie dans los Olvidados ou Rome, ville ouverte : le jeune curé d'Ambricourt confronté dès son arrivée au mépris et à l'hostilité de ses paroissiens, rudoyé par sa hiérarchie, ira de désillusion en désillusion jusqu'à la mort.

C'est un film certes éprouvant, et qui demande une certaine disponibilité d'esprit – en un mot, c'est du Bresson – mais on ne peut à mon sens, rester indifférent à la solitude et à la souffrance de cet homme de foi. C'est poignant, ça témoigne formidablement de la condition humaine et ça donnerait presque, étrangement, – surtout pour moi qui suis athée – un sens aux rites et croyances chrétiens.

Vous l'aurez compris, j'engage tous ceux que ces questions intéressent – dont me semble-t-il vous êtes, Impétueux, vous qui placez Thérèse au panthéon – à casser leur tirelire…


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De Impétueux, le 4 février 2007 à 16:06

Vous avez parfaitement raison, Benja, et c'est moi qui viens à résipiscence ! Si je n'ai pas vu le Journal d'un curé de campagne, je suis un fidèle bernanosien, et les questions concernant la Grâce, le péché, le silence (ressenti !) de Dieu, la spiritualité, sont parmi celles qui me passionnent.

Je rejoins donc votre bon combat pour l'édition dudit Journal ! (et continue à rêver qu'un cinglé de génie se lancera sur une adaptation de Monsieur Ouine, sans doute le roman le plus étrange et le plus dérangeant de Georges Bernanos !


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De droudrou, le 5 février 2007 à 16:07

Benja et Impétueux, hors parler du Pickpocket et Un condamné à mort s'est échappé avec Les dames du bois de Boulogne, ça peut aller…

Mais ce n'est pas le lieu rêvé pour parler du Journal d'un curé de campagne, fussent-ils réalisés par le même metteur-en-scène ! Vous allez mettre le feu aux poudres vis-à-vis de certains esprits chagrins !


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De RdT, le 5 février 2007 à 16:24
Note du film : Chef-d'Oeuvre

La présence sublime de Maria Casarès dans ce film m'incline à lui donner une place d'honneur hors cadre parmi mes actrices préférées

L'auteur de «La femme pauvre» écrit dans le chapitre XX de son roman : «Il est incontestable que le fait de recevoir des présents, et surtout ce qu'on est convenu d'appeler des cadeaux utiles, est aux yeux du monde, l'effet évident d'une monstrueuse dépravation, quand la femme qui les reçoit est disponible et que l'homme, célibataire ou non, qui a l'audace de les offrir, n'est ni son proche parent ni son fiancé. Mais la dépravation, de simplement monstrueuse qu'elle était devient excessive si les objets offerts d'une part et franchement acceptés de l'autre sont d'usage intime et, conséquemment, signficatifs de turpitude.» On ne peut s'empêcher de penser à ces phrases de «vieille morale à papa» en regardant Les Dames du bois de Boulogne (les valeurs qui y sont défendues sont en effet bien désuettes aujourd'hui…). Mais pour qui passe outre, c'est le choc esthétique assuré L'intrigue vient de Diderot la mise en dialogue est faite par Cocteau et elle est illuminée par l'épure insurpassable de Robert Bresson à qui étaient offertes des actrices sublimes. Il y a d'abord Maria Casarès une actrice incomparable hallucinante de singularité. Son ultime apparition dans l'encadrement de la portière de l'automoblie de Jean, vaut à lui seul qu'on visionne et revisionne ce chef d'oeuvre.

Elina Labourdette dans le rôle d'une «grue» qui «voulait vivre pour danser et non pas danser pour vivre» compose un personnage qui évoque à la fois l'Ange bleu de Marlene Dietrich et la Vicky Gaye de Cyd Charisse.

. Paul Bernard est parfait de fadeur dans le rôle du benêt emberlificoté dans la toile tissée d'une main machiavellienne par la belle Hélène. Les dames du bois de Boulogne fait pour moi partie des chefs d'oeuvres insubmersibles de l'histoire du cinéma, un chef d'oeuvre que devraient plus souvent étudier les réalisateurs en herbe d'aujourd'hui. Si j'en crois les infos fournies par DVDtoile, ce film ne serait disponible qu'en DVD zone 1 : ce n'est pas suffisant, il faut aussi l'éditer en zone 2 et j'apporte ici mon suffrage à cette édition.

Une oeuvre fondatrice du cinéma d'auteur française.


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De Impétueux, le 5 février 2007 à 18:08

Vous êtes sur une ligne dure, Droudrou ! Tant qu'on n'arrive pas, partant des Dames du Bois de Boulogne à Mon curé chez les nudistes et de Pickpocket à Les Charlots font l'Espagne, je considère qu'on ne chevauche pas la ligne jaune… !!!


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De benja, le 5 février 2007 à 19:49
Note du film : 4/6

Que les esprits chagrins se réjouissent, je ne suis pas – pour ma part – homme à me prendre trop au sérieux…

Ma modeste expérience sur le site ne permet pas encore d'en cerner les usages, mais je vais me racheter, Droudrou, et effectuer un virtuose copier/coller de mon texte de manière à ce qu'il retrouve immédiatement la place qui est la sienne.

Ah, j'allais oublier, Droudrou, de vous féliciter – vous et tous les contributeurs réguliers de ce forum – pour vos avis éclairés, soit dit sans flagornerie aucune.


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