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Forum : Les Lumières de la ville

Sujet : Critique


De dumbledore, le 19 octobre 2003 à 19:39
Note du film : 6/6

La pression était lourde sur les épaules de Charlie Chaplin quand il réalisa Les lumières de la ville. Le parlant cassait la baraque comme on dit, tous les studios se mettaient au parlant, tout le monde disait le muet mort et enterré et Charlie Chaplin voulait encore réaliser une histoire mettant en scène son célèbre vagabond. Il refusa le parlant car pour lui Charlot est un personnage muet. Sa gestuelle, ses attitudes, son personnage est un personnage du muet. Chaplin rêvait même de la co-existence de deux formes d’arts cinématographiques, distincts, le muet d’un côté avec ses codes et le parlant de l’autre. Un peu comme la musique classique et le jazz. L’avenir lui prouva que son rêve ne se réaliserait pas.

C’est donc contre vent et marée qu’il décida de faire des Lumières de la ville un film muet. Enfin presque muet puisque par souci de ramener le public pour aller voir son film, il réalisa une scène parlée. Mais bien évidemment avec l’humour de Chaplin. Charlot doit en effet chanter, il écrit les paroles sur son costume et au moment de chanter se rend compte qu’il n’a plus les paroles. Alors il parle, mais en onomatopées. Clin d’œil cynique. Ce n’est pas le seul du film puisque Charlie Chaplin utilise le son à plusieurs reprises dans le film, toujours comme éléments comiques et dérangeants (le hoquet par exemple ou bien encore les discours ennuyeux de politique). Pour Charlie Chaplin le seul intérêt du son, c’est la musique qu’il va enfin pouvoir composer , orchestrer et surtout caler de manière millimétrées.

Outre la tension issue de cette mutation du cinéma dans lequel s’inscrit Les lumières de la ville, le film fut un des plus longs à faire pour Chaplin. Presque deux ans avec plusieurs très longs mois de tournage. Le perfectionnisme de Chaplin atteint son apogée. La séquence d’ouverture posait notamment de grands problèmes. On a dit que Chaplin avait mis beaucoup de temps pour régler le souci scénaristique de comment faire pour que l’aveugle prenne Charlot pour un millionnaire. Cela semble étonnant. Certes l’idée de coincer Charlot dans un embouteillage et de le faire passer en traversant les voitures est géniale mais pas nouvelle. Chaplin avait déjà utilisé le « truc » dix ans avant dans Idle Class. Les semaines prises pour tourner la simple étaient plus consacrées à la recherche du rythme, du ton juste. Car chez Chaplin tout est au millimètre et à la seconde près.

Les lumières de la ville est un des films les plus purs de Charlie Chaplin, un des films où l’on voit le mieux sa particularité comparé à d’autres grands génies du comique, et qui fait de lui l’artiste à part qu’il est, un artiste ayant su obtenir un succès planétaire. La force de Chaplin n’est pas dans la comédie pure (Keaton est sans doute plus doué) mais dans la capacité extraordinaire de passer d’un sentiment à un autre, des rires aux larmes en deux secondes. Les lumières de la ville possède ainsi des moments de pure comédie, comme l’ouverture avec le moment, celle de la statue d’un nu féminin, ou bien encore le match de boxe. Mais ce film contient également un des plus beaux moments de l’histoire du cinéma, la reconnaissance finale du vagabond par la jeune fleuriste qui a retrouvé la vue. La pureté du jeu, la retenue de Charlot, tout confère à cette scène une émotion d’une rare force.

Finissons par une référence jamais admise (à notre connaissance) par Chaplin pour ce film, c’est A nous la Liberté de René Clair. La scène de l’usine du film de Clair a bien évidemment inspirée celle de Chaplin dans Les temps modernes, mais le film de Clair a également donné naissance dans Les lumières de la ville à toute l’histoire de la relation entre le riche homme d’affaires alcoolique et suicidaire et le vagabond : une amitié entre un riche et un pauvre qui font les 400 coups la nuit. Seulement, le jour revenu, le riche masque sa relation avec le pauvre bougre qui souffre de cette cyclothymie…


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De JIPI, le 28 septembre 2006 à 09:08
Note du film : 6/6

Les lettres de noblesses de la marginalité sont détenues par ce vagabond qui malgré sa déchéance a le regard pur envers un environnement indifférent.

Une jeune fleuriste aveugle est dans la peine. Quoi de plus passionnant d'intervenir de manière discrète et surtout non perceptible afin d'aider ce doux cœur persécuté par des créanciers insensibles.

Ce marginal va se démener partout avec un courage à toutes épreuves afin d'améliorer l'ordinaire de sa petite protégée.

Il va faire une rencontre inattendue, Un millionnaire bon et généreux dans l'ivresse, distant et irascible une fois les vapeurs de l'alcool dissipé.

Après bien des péripéties, l'argent nécessaire à une opération sera récolté et la belle recouvrera la vue.

La douceur des mains du protecteur de la belle illuminera leurs deux visages.

« Les lumières de la ville » sont au même titre que « les temps modernes » un long adieu que Charlie Chaplin fait au cinéma muet en passant par deux films sonores avant de pénétrer enfin dans la vraie parole avec « Le Dictateur ».

La sauvegarde de la pantomime nécessita ce recul temporaire envers l'attirante technologie du parlant. L'intérêt visuel et gesticulant du personnage devait l'emporter sur une mobilité plus restreinte due à la parole qui positionnait davantage dans l'immobilisme.

Chaplin désirait également conserver la suprématie de la technologie du mouvement pur, l'apport de la voix risquait de démasquer dans le personnage une seconde nature.

Malgré cette approche, « Les lumières de la ville » sont un énorme paradoxe. Le vagabond qui ne peut être vu par la jeune fleuriste aveugle n'a que sa voix pour communiquer et cette voix n'est pas entendue par le spectateur. Voici une manière plus ou moins hermétique de sauvegarder encore un peu le muet qui s'éteint doucement en avançant lentement de manière symbolique vers le nouveau concept du parlant.


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De cha, le 10 janvier 2009 à 14:49
Note du film : 6/6

Oui peut être, mais il y a sans doute un autre rapport avec le film. Merci beaucoup quand même. Je continue à attende d'autres réponses


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De JIPI, le 9 mars 2016 à 11:54
Note du film : 6/6

Une telle histoire serait-elle encore possible de nos jours tant les critères de rencontres ont changées?

Aujourd'hui notre sympathique et lunaire vagabond des années trente serait à la dérive devant la vision quotidienne de nos clichés médiatiques modernes ne faisant qu'embellir nos semblables jeunes et beaux le plus souvent dans des situations de réussites et de charmes savourés dans des intérieurs vastes et lumineux.

Parachuté dans un contexte de crise ou tout devient insensible, indifférent et moqueur, un homme bon, insignifiant, aux habits en détresse, sans le sou, livré à la rue a-t'il une chance de conquérir sa belle protégée une fois son visage découvert ?

L'opus ne le dit pas, préférant botter en touche, filmant des retrouvailles touchantes mais ne révélant aucune parcelle de continuité entre ces deux personnalités dont l'une dans un imaginatif certainement trop débordant dépeint intérieurement un profil bienfaiteur ne correspondant pas à la réalité.

Un exclu ni riche ni beau ne mangeant plus à sa faim, vivant au quotidien le concept de sa marginalité ne possède que sa sensibilité pour déraciner toute une structure hors norme.

Un naturel au delà de la misère ambiante dont on ne connaitra hélas jamais la récompense sentimentale, remercié par un visage féminin semblant plus reconnaissant qu'investi.


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