Forum - La Chevauchée fantastique - Western psychologique de référence
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Forum : La Chevauchée fantastique

Sujet : Western psychologique de référence


De dumbledore, le 7 octobre 2003 à 11:27
Note du film : 6/6

La Chevauchée Fantastique est sans nulle doute un des chefs d'œuvres incontesté et incontestable de John Ford. Il incarne même le western dans toute sa splendeur et son intelligence avec une mise en scène d'une grande finesse, d'une grande pureté, d'une grande modernité.

Celles-ci se retrouvent dans le rythme d'abord qui file à toute allure et qui ne se sacrifie pas à l'explication ou à la psychologie des personnages. Cela est notamment remarquable au début du film qui réunit avec une grande vitesse tous les personnages de la caravane qu'il arrive à décrire et présenter avec une économie remarquable de moyen et de temps. Le rythme sera ensuite maintenu tout le long du film.

L'introduction du personnage principal, Gringo John Wayne est un pure miracle cinématographique. On l'évoque un peu au début du film et il n'apparaît qu'à 17 mn, soit très tard, à la fin de l'acte I du film. Il apparaît au milieu de la route et arrête la caravane. Le plan est filmé par un travelling avant super-rapide qui perd naturellement le point. Le miracle c'est que Wayne cligne des yeux à ce moment -là. L'effet est saisissant et surtout il est porteur de sens : un personnage qui doit sortir du flou, qui doit clarifier ce qu'il est comme ce qu'il veut.

La perfection du film se trouve bien sûr au niveau du scénario. La Chevauchée Fantastique est un road-movie et alterne bien évidemment scènes intimes de personnages et scènes d'action. Mais thématiquement, le film est aussi une merveille – héritée de Maupassant – on réunit dans une caravane des êtres que tout aurait dû séparer : une catin, une bourgeoise « un ange égaré dans la jungle », un médecin dépassé, un représentant d'alcool, un joueur… et un pistoleros. Laissez mijoter le tout, plongez le dans la tourmente d'une réalité dure et inquiétante (incarnée par les Indiens) et voyez ensuite ce que cela donne. Les psychologies se révèlent et un portrait de la société incarnée par cette diligence s'en dégage. La mise en scène va naturellement dans ce sens, et cela avant même que la tension ne naissent (dans les minutes 20 par exemples) alternant, les plans serrés à l'intérieur de la diligence avec des plans très larges à l'extérieur.

L'idée est claire et évidente : d'un côté la tension des enjeux sociaux, très petits (gros plans) de l'autre, la Nature, l'extérieur, en plan large qui écrasent de facto les plans serrés de l'intérieur de la caravane, qui écrase la société conservatrice. La communauté incarnée par la caravane devra se construire vis-à-vis de ce danger et cette violence potentielle.

Ce qui est impressionnant dans ce film, c'est peut-être que le fond (la constitution d'une société) et la forme (la traversée du désert par une caravane) sont totalement enchevêtré, inséparables l'un de l'autre, chose rare et toujours remarquable.

Comme dans tout western, les codes sont respectés : la virilité des hommes, la féminité des femmes qui se révèlent être fragiles quand on les présente dures et inversement. Mais aussi l'aventure, les indiens et l'action.

Bref un classique du genre qui n'a pas pris une seule ride.


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De Frydman Charles, le 1er avril 2008 à 15:07

Ce film fait partie des westerns des années 30 , bien avant la grande période des westerns classiques des années 50. Sa sortie en 1939 peut amener à certains rapprochements… Le Marshall porte une étoile à 6 branches. Les étoiles de shérif ou de Marshall ont 5 , 6 ou 7 branches , sans que l'on sache exactement pourquoi. Il semble que c'était historiquement laissé au libre choix du sheriff ou du Marshall… Le titre en français fait penser à « la chevauchée fantastique » (chevauchée des Walkyries) de Wagner et donc au nazisme. Alors que le titre en Allemagne était : « Ringo ». Le médecin alcoolique chassé du village porte un prénom biblique : Josiah…Mais de nombreux protestants portent des prénoms bibliques…A noter que dans le western « la ville sans loi » (1955) le médecin s'appelait Amos Wynn. Lefilm est en fait inspiré de « boule de suif » de Maupassant. Le titre original étant « stagecoach » (diligence).


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De Impétueux, le 17 septembre 2011 à 18:24
Note du film : 4/6

Mettant en pratique les sages observations de Vincentp qui me conseillait récemment de ne plus perdre mon temps avec du Marcel Blistène ou de l'André Berthomieu, j'ai sagement regardé cette après-midi cette Chevauchée fantastique de John Ford, que je n'avais plus vue depuis au moins trente-cinq ans.

Je lis à peu près partout, dans des dithyrambes émus, que ce film de 1939 marque le début de la grande époque du western, le genre ayant été auparavant tenu très souvent en lisière de la série B, et qu'il en marque durablement les codes et les dimensions.

J'en suis d'autant plus convaincu qu'il ne manque pas un des éléments de la mythologie habituelle des rudes aventures de l'Ouest : décor désertique admirable de Monument Valley, entre Arizona et Utah, Tuniques bleues (qui arrivent toujours à l'heure, sauf lorsqu'elles arrivent trop tard ; mais elles arrivent toujours), villages poussiéreux, diligences affairées, Cheyennes qui sont coiffés d'une plume et qui, paraît-il, détestent les Apaches (qui, eux, ne sont pas emplumés), saloons enfumés à whiskies servis en quantités étonnantes, carabines Winchester et revolvers Colt, les unes et les autres d'une étonnante précision puisque chaque tir dirigé contre le sauvage indien abat son homme, quels que soient les cahots de la route…

J'ai l'air de me moquer, comme ça, et de fait je me moque un peu, mais pas tout à fait. Si je suis personnellement assez insensible à ce qui a bien pu arriver aux États-Unis après le regrettable incendie d'Atlanta, je reconnais bien volontiers que le film de Ford est de la sacrément belle ouvrage, supérieurement interprété par une excellente distribution d'acteurs solides. Thomas Mitchell reçut d'ailleurs l'Oscar du meilleur second rôle pour son interprétation du médecin alcoolique Josiah Boone ; j'ai pour ma part beaucoup apprécié John Carradine qui joue le rôle de Hartfield, le joueur aussi raffiné qu'invétéré, mais je me soupçonne d'être de parti-pris, mon cœur ayant toujours battu pour les Sudistes…

Il est un peu abusif d'évoquer un décalque du Boule-de-suif de Maupassant, même s'il est vrai que la réunion dans un espace restreint de plusieurs protagonistes assez caricaturalement différents en reprend l'idée première. Mais enfin, au contraire de Boule-de-suif, envoyée par la bonne conscience de ses compagnons de voyage coucher avec les Prussiens, la prostituée Dallas (Claire Trevor) ne va pas fricoter avec les Apaches. Et pour qui voudrait découvrir une adaptation un peu plus fidèle, je conseille le film de Christian-Jaque, mieux qu'honnête et qui a l'avantage d'offrir pour le même prix l'histoire de Mademoiselle Fifi. Cela étant, le huis-clos et les divergences de caractère donnent toujours une bonne base aux scénarios.

C'est tout de même à mon goût un peu sommaire pour être rangé au paradis du cinéma ; si spectaculaires qu'elles sont, les images du désert, encore embellies par des ciels plein de nuances, sont un peu trop assénées et les personnages sont terriblement typés, jusqu'à l'invraisemblance (ainsi lorsque le Docteur Boone déconseille à Dallas, la prostituée, d'accepter la proposition de mariage de Ringo (John Wayne) qui risque, en allant au bout du voyage d'apprendre beaucoup de choses sur (son) compte, comme si Ringo ne savait pas quel métier la jeune femme exerce…).

Une observation amusante : ce prénom – ou surnom de Dallas pour une femme, on le retrouve, trente-deux ans plus tard porté par Elsa Martinelli dans Hatari d'Howard Hawks, avec… John Wayne. Il n'y a pas de hasard…


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De vincentp, le 24 juin 2014 à 00:24
Note du film : Chef-d'Oeuvre


C'est un classique et je partage l'avis bien argumenté de Dumbledore publié ci-dessus en 2003… même si ce n'est peut-être pas l'un des tous meilleurs films de John Ford (au moins six autres de ses films me paraissent encore plus réussis). Bien sûr Stagecoach (1939) porte les thèmes et la marque de fabrique de fond et de forme du cinéaste. L’enchaînement des idées, leur traduction en images, est de haut niveau, de bout en bout, sans un instant moyen.

Une excellente gestion des émotions du spectateur. Le spectacle prend de la hauteur à travers le traitement du personnage interprété par Claire Trevor (la figure centrale de l'oeuvre) : c'est le seul personnage (avec celui de Ringo?) traité de façon non caricaturale par Ford et Dudley Nichols. Le génie narratif de Ford apparaît à l'occasion, par éclairs fulgurants (le repas dans le relais, par exemple…). Visuellement, une réussite également.

Nb : il m'a semblé déceler via ce film des points de comparaison entre le cinéma de Ford et de Ozu (les dialogues conflictuels mais pas trop au sein du petit groupe, la progression tranquille de l'intrigue).


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