Forum - Le Voleur - Presque une envie de l'imiter
Accueil
Forum : Le Voleur

Sujet : Presque une envie de l'imiter


De verdun, le 28 février 2005 à 20:08
Note du film : 6/6

Un film de Louis Malle injustement méconnu alors qu'il s'agit d'un de ses films les plus personnels voire son chef-d'œuvre selon son biographe Pierre Billard.

Tout est d'un goût exquis:la photo de Decae,les costumes et les décors .

Le scénario est adapté d'un roman de l'anarchiste Darien et contrairement à ce que certains critiques ont pu dire,la critique sociale n'est pas absente,notamment via le personnage d'abbé voleur savoureusement interprété par Julien Guiomar.

Surtout, Belmondo y trouve l'occasion de montrer quel grand acteur il était dans les années 1960:il est ici d'une sobriété et d'une justesse loin des cabotinages éhontés auxquels il se livrera par la suite.

Un grand film méconnu disponible en dvd dans une belle copie.


Répondre

De David-H, le 23 septembre 2006 à 12:14
Note du film : 5/6

En visionnant cet excellent film de Louis Malle, plusieurs choses nous frappent. Tout d'abord, un superbe casting, avec de nombreuses vedettes de l'époque, du sublime cambrioleur de service, Jean-Paul Belmondo, à un Julien Guiomar (Tricatel, dans 'L'aile ou la cuisse'), déguisé en ecclésiastique, en passant par Marie Dubois (Juliette, de 'La Grande Vadrouille'), Paul Le Person (Perrache, dans 'Le Grand Blond'), Marlène Jobert ou Charles Denner.

Ensuite, un esthétisme de réalisation quasiment parfait, l'avantage aujourd'hui étant peut-être que le film est historique (fin XIXème), et qu'il aurait l'étonnante tendance, par le biais de la décoration, des costumes ou des coiffures, de rajeunir les têtes d'affiches. Autrement dit, une fiction qui se conserverait fort bien. Rarement les Fabian, Jobert, Dubois, Bernardette Lafont aussi, mais surtout la Canadienne Geneviève Bujold – vue plus tard dans l'Incorrigible, et dont la carrière française fut assurément trop courte ! – nous sont rarement apparues aussi belles.

La réussite du film se traduit également par l'évolution linéaire du film, sans fausse note rythmique, et qui à son terme, donnerait presque au spectateur l'envie …d'imiter notre héros et ses comparses, dans leur « sale » besogne. Ce serait à peine exagéré. Bien que peu respectable, notre voleur attire pourtant la gent féminine – très critiquée ici -, et véhicule des idées anarchistes qui, dans le contexte particulier de l'époque, se justifieraient presque. Car à la base, Randal cambriole pour se venger de la bourgeoisie. Un film rare, mais bien apprécié par les cinéphiles, et qui mérite assurément mieux. A (re)découvrir sans faute.


Répondre

De PM Jarriq, le 17 janvier 2009 à 18:41
Note du film : 5/6

Le meilleur rôle de Belmondo ? A l'heure des bilans, il semblerait bien que oui, finalement. Tenu d'une main de fer du début à la fin, l'acteur ne cède pas une fois à ses tics habituels, il compose sans faiblir un personnage ambigu, glacé, distant, comme mort de l'intérieur, avec une profondeur confondante. Individu vide, vacant même, il avoue n'exister que lorsqu'il vole, et le reste du temps, ne faire qu'attendre le prochain larcin. Parabole sur le métier d'acteur ? Pas impossible.

Le voleur est un film lent et majestueux, aussi froid que son héros, aussi désespéré que le magnifique personnage de Denner, qui n'apparaît que dans une séquence, mais marque durablement le film. La construction en flash-back, loin d'être gratuite, augmente la tension à mesure que l'aube approche. Les comédiennes sont triées sur le volet, de Bujold à Jobert toute jeunes, et surtout Marie Dubois, qui tire son épingle du jeu, en croqueuse d'hommes sans pitié.

Malle a su filmer des images frappantes, comme ce guillotinage inattendu auquel assiste Randal, et qui préfigure évidemment son avenir probable, cette fusillade nocturne, ou l'agonie de l'oncle sous les yeux du neveu qui refait son testament.

Le cinéma français à son meilleur.

A noter : l'apparition d'un jeune Jean-Luc Bideau en huissier… anglais, dans une séquence avec Marlène Jobert.


Répondre

De kfigaro, le 19 janvier 2009 à 09:20
Note du film : 6/6

Je partage l'avis de PM Jarriq par rapport au jeu de Belmondo. Avec d'autres rôles comme "Léon Morin prêtre" et "Le doulos", il s'agit clairement de sa meilleure prestation à l'écran.

Le scénario ciselé des grands Jean-Claude Carrière et Daniel Boulanger, la mise en scène précise et l'atmosphère unique font de ce film une franche réussite (qu'on chercherait en vain de nos jours, du moins avec un casting d'un tel poids)…


Répondre

De PM Jarriq, le 19 janvier 2009 à 10:39
Note du film : 5/6

Il est vrai qu'il était très bien chez Melville. Le plus surprenant, c'est qu'avec du recul, on apprécie vraiment Belmondo dans les rôles qui sont à l'exact opposé de son image publique de "superstar". Léon Morin, Silien ou Randal, sont des introvertis, des cérébraux, des solitaires, strictement rien à voir avec les acrobates histrioniques de L'incorrigible ou Le guignolo. Quelques vestiges de ce talent retrouvé dans les derniers films que l'acteur tourna avec Lelouch, font regretter une belle carrière de comédien longtemps sacrifiée au commerce pur et simple.


Répondre

De vincentp, le 11 avril 2013 à 23:45
Note du film : 5/6

5,4/6. Superbe film effectivement (très sous-estimé et bien trop méconnu) ! Le voleur semble flotter dans une sorte d'intemporalité, hors des modes de forme et de fond du cinéma. C'est seulement en regardant la fiche du film que je peux lui mettre une date de réalisation (1967). Le défilé des acteurs -tous plus excellents les uns que les autres- est exceptionnel (certainement un des plus beaux castings employé dans une oeuvre cinématographique française). C'est un film social et politique, d'un rare finesse d'analyse. On retrouve le style de Louis Malle portant un regard froid et distancié vis à vis de ses personnages (la voix-off qui se superpose aux dialogues,…).

Il est clair que le personnage principal vit dans une sorte d'insatisfaction affective comme bien d'autres personnages de l'oeuvre de Malle, cherchant à prendre une revanche sur la société qui ne lui permet pas de parvenir au bonheur. Autre thème connexe traité à la perfection : l'individu face à son destin. Le personnage principal, conscient de la gravité de ses actes et de son caractère malfaisant, semble comme Le feu follet avancer de façon plus ou moins rationnelle vers un destin inexorablement tragique. On observe à mon avis un voisinage entre le cinéma de Malle et celui de Robert Bresson : un portrait d'un individu en souffrance et aspirant à un idéal, au milieu d'une société construite à partir de mécanismes sociaux implacables !

Un grand bravo à tous les contributeurs (citons simplement Henri Decaë pour les prises de vue sublimes) de cette très belle oeuvre du cinéma français ! Comme mes collègues Kfigaro et PM Jarriq qui s'expriment ci-dessus avec de bons arguments, j'estime qu'il s'agit là d'un des grands rôles de Belmondo, aux côtés de son interprétation dans Le doulos et Leon Morin, prêtre (mais j'ajouterais aussi La viaccia à cette liste restreinte).


Répondre

De verdun, le 12 avril 2013 à 00:18
Note du film : 6/6

un très bel avis sur ce film méconnu.


Répondre

De Impétueux, le 6 novembre à 14:47
Note du film : 5/6

Tous ceux qui ont vu le film – et ils ne sont pas légion – conviennent que Le voleur est un des meilleurs films de Louis Malle qui, au fur et à mesure que passent les années, apparaît comme un réalisateur majeur. Qualité et abondance de l'interprétation, subtilité de la photographie, beauté des costumes et des décors (j'ai appris, dans le supplément du DVD, que c'était Louise de Vilmorin qui avait piloté l'équipe technique à la recherche de belles maisons patriciennes dans la région parisienne ; Louise de Vilmorin, qui connaissait tout le monde et surtout ce qu'il y avait de plus beau et de plus chic, l'auteur des récits dont ont été adaptés Le lit à colonnes et Madame de… : le raffinement et la distinction mêmes). Talent intrinsèque de la réalisation (Malle avait, dit-on, le sens du cadre), rythme de la narration, intelligence de l'écriture (avec le réalisateur, Jean-Claude Carrière et Daniel Boulanger). Pour entourer Belmondo époustouflant, plein d'acteurs dont aucun ne détonne et une kyrielle de jolies femmes : temps où le cinéma français ne mégotait pas sur les distributions.

Mais aussi force intrinsèque du récit. On a beaucoup dit que Louis Malle avait, dans plusieurs de ses films, réglé ses comptes avec la classe sociale dont il était issu, c'est-à-dire la grande bourgeoisie industrielle ; c'est évident pour Le souffle au cœur ; il doit y avoir des réminiscences plus ou moins dissimulées dans Les amants, dans Milou en mai, et naturellement aussi dans Au revoir les enfants ; tout cela apparaît aujourd'hui, scandales pudibonds évanouis, beaucoup moins corrosif et donc beaucoup plus convaincant et prenant qu'on ne le pensait. Alors, Le voleur ?

Autant le dire, je n'ai pas lu le roman de Georges Darien dont est adapté le film. Darien était réellement un libertaire qui portait la haine de la société bourgeoise et cléricale, d'un antimilitarisme et d'un anarchisme virulents et je présume que le livre est bourrelé de ces haines fiévreuses. Sont-elles celles du Georges Randal (Belmondo) du film ? J'en suis beaucoup moins certain. La haine de Randal se dirige bien davantage d'abord vers son oncle Urbain (Christian Lude) qui, de fait, est une canaille si répugnante qu'elle en devient presque caricaturale. Et c'est évidemment contre lui, contre la vie gâchée par ce vieux grigou qu'il entreprend de dévaster maisons et coffres-forts. Par fureur et par dépit. Et naturellement c'est dans la bourgeoisie opulente que l'on trouve les plus belles occasions de ces dévastations sauvages.

Mais où voit-on de la révolte contre cette classe sociale ? Où voit-on un discours révolutionnaire ? Lorsque Randal rencontre, à Dieppe, Cannonier (Charles Denner), qui est une sorte de représentation de Jules Bonnot, le meneur de la bande, adepte de la reprise individuelle, il refuse l'action terroriste violente mais il montre aussi son complet scepticisme sur l'intérêt même de la démarche anarchiste. Randal est tout à fait satisfait  – ou se satisfait tout à fait – de mener une vie confortable, cossue, même, d'être entouré de jolies femmes complaisantes et légères, d'habiter de belles maisons.

Et surtout, surtout, de se donner, par la variété, le nombre, l'ingéniosité des cambriolages qu'il accomplit, cette sorte de griserie qu'il recherche désormais avant tout. Esthète et érotomane du désordre et de la dévastation ? Si l'on veut : Randal ressent une sorte de joie orgasmique de se placer dans des situations dangereuses et aussi de voler (de violer) les maisons bourgeoises hautement défendues par leurs hauts murs et leurs serrures bien bouclées ; jean-Claude Carrière le dit, dans le supplément du DVD : il les pénètre et ceci dit toute la connotation sexuelle de ses actes. Actes accomplis de façon glacée, distante, extérieure : il y a des gens qui conservent un tel maintien dans le plaisir physique. Un mot de Saint-Simon à propos du Régent Philippe d'Orléans (Noiret dans Que la fête commence) : Il était atteint de ce dégoût secret de lui-même, de cet accès périodique d’indifférence qui le glaçait au milieu du bonheur.

Randal, en fait, à la fois respecte l'ordre social établi et le nie, en l'avilissant : c'est bien la définition de la profanation (Je fais un sale métier mais j'ai une excuse : je le fais salement') : il brise les secrétaires en précieuse marqueterie, fait sauter les vitrines d'un coup de gourdin, laisse les pièce dévastées : voilà qui est grisant et irrémédiable. Et sans avenir, non plus. Et c'est pourquoi la fin du Voleur est si ouverte…


Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.023 s. - 5 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter