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Forum : La Paysanne aux pieds nus

Sujet : Sublimes Sophia Loren et Jean-Paul Belmondo.


De David-H, le 17 septembre 2006 à 17:48

Marquant. Difficile de qualifier autrement ce film sombre de Vittorio de Sica qui, en 1960, dirigea un rayon de soleil nommé Sophia Loren. Cette Ciociara, qui signifie paysanne dans le jargon italien, était simplement magnifique d'authenticité – et de charme évidemment. Un rôle dramatique qui valut à la mythique actrice italienne deux récompenses majeures : l'Oscar de la meilleure actrice, et le prix d'interprétation à Cannes.

La trame, écrite par Alberto Moravia ('Le mépris') se déroule vers la fin de la seconde guerre mondiale. Cesira et sa fille Rosetta fuient leur commerce de Rome – mais surtout les bombardements allemands – pour retrouver la campagne natale de Cesira, plus paisible. Là, elles y rencontrent des paysans, et puis surtout Michelle (Jean-Paul Belmondo, alors dans sa période éblouissante), un professeur idéaliste. Ils évoquent le conflit, leurs sentiments, la lutte des classes, l'arrestation du Duce, la libération toute proche… Une première partie campagnarde (les décors, presque entièrement naturels, alors que nous sommes en 1960, sont idylliques) presque douce, n'augurant pas le côté dramatique, en tout point, de la seconde. C'est fort. Mais au-delà de cet aspect, le récit propose plusieurs réflexions fortes. Le résultat est sublime, et même si le noir et blanc et la thématique de la guerre confortent l'idée de dramaturgie, il ne faut pas être un cinéphile confirmé pour reconnaître que c'est du tout grand cinéma.

Le doublage français est plus qu'honorable, car effectué par les principaux acteurs eux-mêmes. L'accent de la Loren est même parfois touchant. A noter aussi, la sévère critique des alliés nord-africains, dans une scène symbolique se passant au sein d'une église délabrée. A signaler enfin, que la télévision italienne proposa un remake de cette Ciociara en 1988, soit vingt-huit ans plus tard, avec la même Sophia Loren (!)…


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De droudrou, le 17 septembre 2006 à 19:48

J'avais 17 ans quand j'ai vu "La ciociara" pour la première fois. Inadmissible d'avoir donné un titre tel que "La paysanne aux pieds nus" parce que ça ne fait pas particulièrement sérieux et que si la curiosité ne m'avait emporté pour aller sur le forum, je n'aurais jamais fait le lien avec la Ciociara…

Ceci dit, en raison des divers avis que j'ai lus, je vote donc une réédition du film dans un format correct et avec la version originale sous-titrée ou avec le choix de la version française.

Grande époque que celle-ci dans le cinéma. Sophia Loren éclatait et, pour ce film, avait accepté une maternité qui lui allait merveilleusement. Belmondo était un grand acteur et n'avait pas encore sombré dans la facilité. Quand au sujet, pas facile, il avait été superbement traité, De Sica revenant à ses films réalistes après ses comédies "italiennes".

C'était aussi la grande époque du cinéma encore en noir et blanc qui convenait super bien en fonction des sujets… Depuis, la photo a évolué et les sujets des films ont bien changé. La proximité de cette seconde guerre mondiale donnait tout une suite de sujets intéressants aux scénaristes. La notion de films de guerre a également bien évolué par la suite…


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De David-H, le 17 septembre 2006 à 20:01

17 ans en 1960 ? Encore quelqu'un de 1943, ici!

Concernant le titre français, je suis pleinement d'accord avec vous, il est bien trop simpliste.

Belmondo, comme nous l'avons souvent souligné ici, a joué dans de trop nombreux grands films pour qu'on ne le respecte pas, comme le font de nombreux cinéphiles en herbe. La télévision étant plus friande, naturellement, de l'As des As ou de Hold-up, que de Léon Morin, prêtre ou du Doulos, elle ne leur a passé laissé tant de souvenirs impérissables…

Quant à ce DVD, il fut tout de même édité version kiosque-Belmdondo, et il me semble avoir vu à Bruxelles une autre version.


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De droudrou, le 18 septembre 2006 à 20:39

Je reviens : à l'époque je ne connaissais pas "Sciucia" de Vittorio de Sica ou pouvais en avoir une idée très superficielle en fonction des titres des revues de l'époque. En revanche, la sortie de "La Ciociara" dénotait quelque peu dans l'oeuvre de De Sica après les "Pain, amour et fantaisie" "Pain, amour, etc…" dont le registre était quelque peu différent.


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De Arca1943, le 18 septembre 2006 à 20:57
Note du film : 5/6

« La sortie de "La Ciociara" détonait quelque peu dans l'oeuvre sic de De Sica après les "Pain, amour et fantaisie" "Pain, amour, etc…" dont le registre était quelque peu différent. »

Il y a malentendu, je crois : la série des Pain, amour… n'est pas du tout de Vittorio de Sica, mais de Luigi Comencini (puis Dino Risi). (Et je ne sais plus qui a réalisé le quatrième épisode, Pain, amour, Andalousie). Rappelons que Vittorio de Sica fut comédien bien avant d'être metteur en scène, et que le personnage type qu'il incarne dans maintes comédies italiennes – celui du séducteur démodé sur le retour – remonte aux années 30.

Bref, il ne faut pas confondre, sous prétexte que De Sica a une carrière d'acteur et une autre comme metteur en scène. Classe-t-on The Fury dans l'œuvre de John Cassavetes…? En revanche, il existe aussi les comédies DE Vittorio de Sica proprement dites, par exemple L'Or de Naples (1954) ou encore Il boom (1963). Il est possible qu'elles "détonent" aussi, remarquez, du programme quelque peu univoque assigné aux néoréalistes par les critiques et les cénacles du temps (déjà, le fantaisiste Miracle à Milan fut détruit par la critique avant de remporter la Palme d'or à Cannes…)


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De droudrou, le 19 septembre 2006 à 08:50

Yes ! Ma mémoire me joue des tours ! Il convient néanmoins d'avouer que De Sica emplissait l'écran ainsi que les décolletés avantageux de ses partenaires…


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De zia, le 4 août 2007 à 20:58

pouvez-vous m'aider à retrouver le titre d'un film de sophia Sopia vivait avec sa mère et devait se présenter à un concours de beauté ou à un "rdv galant" étant pauvre elle se debrouille pour peindre ses chaussures etc… Merci de m'aider


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De Arca1943, le 4 août 2007 à 22:25
Note du film : 5/6

Bon sang, je suis sûr d'avoir déjà vu Sophia Loren peindre ses chaussures pour donner le change dans un film, mais j'arrive pas à me rappeler lequel ! C'est agaçant comme avoir un mot sur le bout de la langue.


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De stronibein, le 13 mai 2010 à 11:27
Note du film : 5/6

Adaptation du roman homonyme d'Alberto Moravia, cette coproduction italo-française, nous compte de manière sobre et poignante les évènements tragiques qui ont jalonné la fin de la seconde guerre mondiale en Italie, via l'histoire réelle d'une jeune veuve fuyant la capitale avec sa fille pour retrouver le calme de son village natal en 1943. Et, outre les exactions commises par les nazis allemands et les fascistes italiens, notamment, les crimes commis par des corps expéditionnaires composés de soldats algériens, tunisiens, marocains et sénégalais, qui ont fait subir les pires outrages à la population civile. On est très loin du mythe du multirécidiviste Saïd Naceri et du "comédien" Debbouze libérant la France dans le film "Indigènes".

Ces troupes maghrébines se sont rendues coupables de crimes de guerre dans les environs de la région de la Ciociaria, via le pillage et la destruction systématiques de villages, mais surtout de viols de masse et assassinats qui se multiplièrent dans les environs du Monte Cassino, totalisant un sombre bilan de plus de 2000 femmes (et hommes : y compris des prêtres) violés, et près d'un millier de morts. C'est de ce triste épisode que vient le terme « marocchinate » (littéralement « marocanités », dans le sens de « violé(e)s par des Marocains »).

La performance époustouflante d'une Sophia Loren somptueuse et magnifique, très justement récompensée par l'oscar de la meilleure actrice en 1962 (ce fut le premier oscar remporté par une actrice pour un rôle dans un film non anglophone), ainsi que de la jeune Eleonora Brown, et de Jean-Paul Belmondo, alors au début de son impressionnante carrière, qui excelle dans le rôle d'un jeune enseignant idéaliste, contribuent à faire de ce film un des chefs-d'œuvre du début des années 1960. Finalement, c'est aussi un film à montrer en classes d'Histoire, en hommage aux victimes, et pour que cela ne se reproduise plus.


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De Arca1943, le 13 mai 2010 à 12:56
Note du film : 5/6

« Et, outre les exactions commises par les nazis allemands et les fascistes italiens, notamment, les crimes commis par des corps expéditionnaires composés de soldats algériens, tunisiens, marocains et sénégalais, qui ont fait subir les pires outrages à la population civile. »

Épisode (?) sur lequel je compte bien me renseigner et dont il n'est nullement question dans ce film de Vittorio de Sica.


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De stronibein, le 14 mai 2010 à 12:10
Note du film : 5/6

Les Goumiers du Corps expéditionnaire français ont été accusés de nombreux crimes de guerre au cours de cette campagne, notamment dans les environs de la région de la Ciociarie. Destruction de villages, vols et violences, mais surtout viols de masse (et assassinat de ceux qui essayaient de s'interposer) se multiplient autour du Monte Cassino. Si en 1950, l'Union des Femmes Italiennes, organisation communiste féminine, parle d'environ 12 000 victimes et tente d'obtenir des indemnités pour ces femmes, un rapport du sénat italien de 1996, parle de 2 000 femmes violées, de 700 hommes tués.

Ces viols commis autour de Monte Cassino sont mis en relief pour leur gravité et pour le nombre de victimes : perpétrés en deux jours seulement, ils sont comparables en intensité à d'autres épisodes similaires, notamment les crimes soviétiques lors de la bataille de Berlin.

De ces événements viennent les expressions populaires italiennes « marocchinate » (littéralement « marocanisés », dans le sens de « violé(e)s par des Marocains ») et « marocchinare » (« marocaniser »). Ces évènements servent de toile de fond à un roman d'Alberto Moravia (La Ciociara), ainsi qu'au film du même nom de Vittorio de Sica (en français :La Paysanne aux pieds nus).

Source: Wikipedia


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De vincentp, le 9 septembre 2012 à 23:25
Note du film : 5/6

5,4/6. Excellent film effectivement, portant sur une période trouble de l'histoire de l'Italie. La Ciociara décrit fort bien la psychologie des allemands, italiens, anglais,… sur la ligne de front, dans la montagne, ou la plaine. C'est un film très étrange et constamment surprenant, avec ces inserts de comédie dans une trame générale assez dramatique. Des changements de ton abrupts (les deux femmes descendant du train, dans un registre de comédie, puis se faisant mitrailler sur la route…). Une mise en scène de grande qualité de de Sica, alternant parfaitement plans rapprochés, travellings, plans d'ensemble…

Ce film constitue aussi et sans doute un point de transition (ayant été tourné en 1960) entre deux types de cinéma (celui classique et celui dit de la "modernité"). Des non-dits, des scènes qui semblent conçues pour nourrir l'imaginaire du spectateur (Sofia Loren discutant de tout un tas de sujet assez théoriques avec JP Belmondo, ou le gros plan sur la coccinelle) voisinent avec d'autres épisodes plus classiques (le folklore au sein du petit village, ou dans le train, par exemple). Ceci fait que ce film semble être inclassable. Il est à voir !


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De Tamatoa, le 23 avril 2013 à 00:39

Pour les amateurs, France 2 nous annonce la diffusion de ce film, ce soir, ou plutôt Mercredi matin à 0h45 en version dernièrement restaurée ! Je ne sais pas ce qu'ils entendent par là par rapport au DVD, mais pour les puristes…


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De Impétueux, le 9 janvier 2014 à 18:33
Note du film : 6/6

Comme c'est bien, un cinéaste tout d'intelligence, de finesse et de nuances qui a toujours porté sur la misère humaine un regard d'une grande hauteur sans condamnations rapides, sans manichéismes simplificateurs, en mettant en scène toute l'infinie complexité des situations où la pauvre humanité erre et tangue au milieu des drames les plus épouvantables…

Je ne suis pas persuadé que la magnifique séduction physique et les trop nombreux rôles médiocres de Vittorio De Sica, qui, acculé par des dettes de jeun devait accepter de jouer dans beaucoup trop de filmsn n'aient pas desservi le renom du merveilleux réalisateur de chefs-d’œuvre bouleversants, au premier rangs desquels Le voleur de bicyclette, mais aussi Sciuscia, Umberto D, Miracle à Milan… Il n'est pas certain, en tout cas, qu'on parle de lui comme on devrait en parler, comme un cinéaste majeur du siècle passé.

La Ciociara est de la même veine magnifique d'humanité profonde, qui prend au cœur par mille traits de tendresse, d'humour, d'admiration et dont la tristesse finale laisse la bouche amère.

Deux traits de venin, d'abord : le ridicule du titre français, La paysanne aux pieds nus, d'autant plus grotesque que Ciociara signifie originaire de Ciociarie, région montagneuse du Latium et que ce nom même de Ciociarie provient de cioccia, chaussures particulières de la région. Le Diable est dans les détails. Autre agacement, le DVD, uniquement proposé en VF et d'ailleurs fort mal encodé, puisque la fin du film est pratiquement inaudible. On ne va pas ouvrir un nouveau débat sur la pertinence de tel ou tel choix (je ne supporte pas Mes chers amis en VO, je ne regarde pas Le fanfaron en VF) ; la VF pour La Ciociara peut d'autant mieux se concevoir que Jean-Paul Belmondo y joue un rôle important et que Sophia Loren bénéficie d'un bon doublage ; mais l'absurde et récurrente manie d'affubler la plupart des acteurs italiens d'un accent méridional est insupportable.

Une grande force du film est de présenter l'amour simple et immense d'une mère pour sa fille. Rosetta (Eleonora Brown) une adolescente fragile, maladive, ravissante ; Cesira (Sophia Loren) une femme qui s'est sortie d'un village misérable en épousant un homme bien plus âgé qu'elle qui lui a apporté une certaine prospérité matérielle. Cesira ne vit que pour Rosetta et lorsqu'elle se concède le plaisir (avec Giovanni/Raf Vallone ou avec Michele/Jean-Paul Belmondo), elle se débarrasse ensuite rapidement de ce qui ne serait qu'un souci supplémentaire.

Là-dessus la guerre, le débarquement allié, les bombardements, la fuite vers la campagne, la destitution de Mussolini. L'égoïsme de tous et principalement des paysans qui dissimulent aux réfugiés le blé, l'huile et même le sel. Les Allemands sont en fuite, les Anglais font des opérations commando derrière les lignes. Tout le monde se méfie, à peu près indifférent au sort final de la guerre : ce qu'on veut, c'est que le conflit s'achève, quel que soit le vainqueur, mais que ça se termine, qu'on puisse revenir chez soi. Et si le Duce est encore là, c'est très bien, et si c'est le Roi, c'est très bien aussi et si c'est autre chose, on s'y fera. On se méfie seulement des communistes, parce qu'on est dans une région rurale et très religieuse.

Comme les événements progressent, les réfugiés se dispersent ; et sur le chemin du retour, l'horreur d'un de ces viols commis par des soldats ivres de violence et de frustration, s'entraînant les uns les autres dans une furie sacrificatrice.

Importe-t-il vraiment que ces criminels soient de ces goumiers marocains qui remontaient du sud sous la conduite du Maréchal Juin ? Non sans doute, parce que toutes les armées du monde se sont toujours livrées à des exactions pareilles, Étasuniens en Normandie, Russes en Allemagne, Japonais en Chine et partout et partout. Mais oui aussi d'une certaine façon… Parce qu'on peut se demander si, aujourd'hui, un tel film serait possible : un film qui présente sans mépris les fuyards allemands refusant le pain qu'on leur jette : Nous ne sommes pas des bêtes !, qui montre des Italiens libérés sceptiques et profondément matérialistes et des Marocains sauvages et violeurs ; est-ce que, sous les injonctions comminatoires du MRAP, de SOS Racisme et de Jamel Debbouze les producteurs mettraient un doigt dans ce guêpier ? Va savoir…

J'ai dit combien j'ai trouvé magnifique le couple de la mère et de la fille ; moins fort mais très solidement campé, le couple Cesira/Michele, elle matérielle, concrète, réaliste, lui exalté, intransigeant, idéaliste ; d'autant qu'aussi bien Sophia Loren que Jean-Paul Belmondo donnent à leurs personnages une épaisseur magnifique et que l'Oscar décerné à l'actrice est sûrement un des plus mérités qui se puissent.

Un beau film noble, grave, profondément émouvant.


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