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Forum : Le Jour se lève

Sujet : Un diamant noir


De Impétueux, le 13 septembre 2006 à 12:40
Note du film : 6/6

Pour beaucoup de commentateurs, Le jour se lève est le sommet absolu de l'œuvre de Marcel Carné, ou, plus encore de celle d'une équipe extraordinaire, d'une densité de talents qu'on ne reverra pas de sitôt dans le cinéma, Jacques Prévert au scénario et aux dialogues, Alexandre Trauner aux décors, Maurice Jaubert à la musique.

En 1939, cette équipe a déjà donné, en trois ans (!!!) Drôle de drame et Quai des brumes ainsi qu'Hôtel du Nord (sans Prévert, mais avec des dialogues de Jeanson) et, malgré la mort de Jaubert, fauché très jeune, en 1940, que remplacera brillamment Joseph Kosma, elle se prépare à donner Les visiteurs du soir puis Les enfants du Paradis, pour finir sur Les portes de la nuit qui valent infiniment mieux que leur réputation . Quelle collection de chefs-d'œuvre !

Donc, Le jour se lève, qui sonne, comme par un malin et méchant hasard, la fin de la première carrière de Jean Gabin (avec Remorques de Jean Grémillon, il est vrai, sorti en 1941, mais tourné en grande partie avant la défaite), et dont le personnage interprété, François, représente l'archétype de tous ces prolos romantiques et tragiques joués par l'acteur depuis La bandera et La belle équipe. Et à ses côtés, ces deux grands acteurs du cinéma d'avant-guerre, figures mythiques de la fille au grand cœur – Arletty – et du salopard séduisant – Jules Berry -, ici presque aussi immonde que dans Le crime de Monsieur Lange ; (décidément on ne pouvait pas mieux trouver mieux que lui pour jouer le Diable dans Les visiteurs du soir !). Évidemment, à côté de ces trois monstres sacrés la fraîche et jeune héroïne, Françoise, paraît bien mièvre…à un point tel que son interprète, Jacqueline Laurent, a pratiquement immédiatement disparu des écrans.

On a beaucoup glosé sur le fantastique décor de Trauner, donc, cet immeuble sale et haut d'un quartier déshérité au dernier étage de quoi se réfugie François pour attendre la fin et se remémorer tout au long de la nuit les événements qui l'ont conduit à ce désastre. On a beaucoup évoqué, aussi, cette solidarité populaire, cette angoisse collective et empathique des braves gens qui savent bien que ce qui arrive à François aurait pu leur arriver aussi ; en voyant, l'autre jour, la fin de l'excellente Raison du plus faible de Lucas Belvaux, il me semblait que la pulvérisation de la société par l'individualisme avait bien avancé…

Et que la tristesse de Carné n'était rien à l'aune du désespoir d'aujourd'hui…


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De JIPI, le 28 septembre 2006 à 09:10
Note du film : 5/6

François ouvrier sableur vient de commettre l'irréparable, cloîtré dans sa petite chambre, un parallélisme prend forme, un homme effondré repasse dans sa mémoire les évènements l'ayant forcé à exécuter un acte insensé pendant que toute une logistique policière destinée à le déloger prend forme.

Valentin provocateur, inondé par la dedain et la paresse méprisant la classe ouvrière s'empare par jeu de la fragilité de Françoise promise de François trimeur sans avenir victime de conditions de travail déplorables dans une usine ou les décibels meurtriers ruinent les éventuels espoirs de contacts entre les êtres.

Dans cet îlot inhumain le sable fane les fleurs presque instantanément.

François retranché sent que la fin est proche sa raison l'abandonne, victime d'une technologie professionnelle quotidienne abrutissante mêlé d'un amour contrarié par la fausse lumière mensongère d'un vieux beau, il s'autodétruit par le crime en matérialisant le maléfice s'attaquant aux origines le plus faibles.

Symboliquement tout ceci dénonce à la veille de la seconde guerre mondiale le drame ouvrier éprouvant par sa condition fragilisé les pires difficultés à éxister dans la durée en pénétrant un concept simple, être doublement heureux par l'amour et l'utilisation d'un outil de travail décent.

Valentin sans aucune consistance est l'outil du destin confortant encore pour de longues années la quiétude de l'apparat. Il est bien habillé et ne trime pas. Avec de bons mots il grise Françoise rêvant secrètement d'un ailleurs.

De par sa condition François ne peut lutter. Les provocations volontaires répétées de Valentin active un mécanisme évolutif violent chez un socialement frustré.

Le but recherché étant de déclencher chez un être considéré comme primaire par un personnage épargné par la sueur des facultés pulsionnelles meurtrières validant un statut de bête fauve embusquée.

C'est un peu le schéma directeur de l'association Carné / Gabin dont le personnage déjà poussé à bout dans « Quai des brumes » semble une nouvelle fois potentiellement conditionné au meurtre suite à des rencontres avec des éléments négatifs perturbant un équilibre précaire.

Il suffit d'allumer la mèche.

Pour le jour se lève Alexandre Trauner fit construire un immeuble imposant sensé représenter par sa froideur le retranchement d'un homme solitaire et incontrolable tyrannisé par ses propres démons.

L'étonnant procédé du « Flash Back » novateur pour l'époque déroule une machinerie impitoyable conduisant un homme éteint pas sa condition vers un acte final irréfléchi dépendan d'un destin héréditaire incontournable.


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De benja, le 18 février 2007 à 08:50
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Tout aura été dit, ici par Impétueux et Jipi, et ailleurs par d'autres…

Mais je ne résisterai pas au plaisir de dire les mots de Prévert dans la bouche de Gabin, lorsqu'il séduit Françoise, doucement, dans un murmure, mi-boniments mi-sincère :
"Quand j'aurai un peu de ronds, j'te payerai un vélo. Pi quand il fera beau, à Pâques ; on ira cueillir des lilas, s'tu veux"…

La poésie de Prévert, la réalisation de Carné, les acteurs, la musique, la technique, tout cela est au-delà de tout compliment
et tend à dire une chose, essentielle, la recherche du bonheur et l'envie d'être heureux sans cesse contrariés par la vie…
Pour paraphraser Gérard Pangon dans un fameux guide du cinéma, "Cette histoire est la nôtre, totalement la nôtre et ne finira jamais".


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De jipi, le 18 février 2007 à 11:09
Note du film : 5/6

Jean Gabin à cette époque n'est qu'un potentiel colérique au repos, un processus endormi réveillé par des rencontres négatives. Le destin se manifeste en activant une hérédité "Zolienne" destructrice et auto destructrice.

François mécanisé par une violence ancestrale respecte une équation mathématique rebelle voyageant dans le temps. Parallèlement une classification implacable le place en qualité d'ouvrier dans l'impossibilité de se maintenir socialement devant un beau parleur destabilisant une jeune fille instable.

François ne peut même pas compter sur un outil de travail décrémentant des années de vies. Tous ces inconvénients le conduisent à l'acte irréparable.

la recherche du bonheur et l'envie d'être heureux sans cesse contrariés par la vie…

Tout est là, Benja, comme vous le remarquez justement. Une exigence existentielle volontairement incomplète, les ingrédients amoureux laborieusement acquis vous glissent entre les doigts pour se positionner sur un ailleurs lumineux à court terme, cette expression semble être le couperet de François qu'il actionne lui-même par cette simpliste cueillette du lilas ne pouvant positionner sa relation sur un avenir sans paraitre.

 

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De Frydman Charles, le 30 octobre 2010 à 06:17

On est loin de l'ambiance de "la belle équipe" , lorsque Jean Gabin voulait ouvrir une guinguette sur les bords de Marne avec ses copains. Dans ce film la banlieue est triste et il semble difficile d'y trouver le bonheur. la psychologie des personnages me semble particulièrement bien étudiée. Arletty , Clara dans ce film , se laisse embobiner pa Valentin et rêve de Nice eet de la Côte d'azur…Elle en rêvait déjà dans "L'air de Paris", cet autre film de Marcel Carné avec Jean-Gabin. François cherche le bonheur , mais difficile de le trouver avec son métier de sableur…Le hasard le fait tomber amoureux de Françoise et avoir une liaison avec Clara , les deux maîtresses de Valentin!!! Curieux personnage que ce Valentin,, provocateur avec ses cartes de la côte d'azur, qui veut faire croire être heureux. Menteur, il se laisse insulter apparemment sans réagir , comme s'il le méritait. Il est vrai que le personnage est peu sympathique, Clara le dit cruel avec les animaux. François en veut à la société, à Valentin…Gentil, en général,il voue néanmoins une haine féroce contre Valentin. Il accepterait bien une guerre pour sortir de a condition:à Françoise"Ce serait bien si tout le monde était mort, partout, et qu'il n'y ait plus que nous deux de vivants". D'habitude les amoureux rêvent de vivre sur une île déserte…


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