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Forum : La Porte du paradis

Sujet : "Grand film malade" ?


De dumbledore

Cimino signe avec ce film une merveilleuse fresque sur les fondements des Etats-Unis. Ce film est tout à la fois grandiose dans son lyrisme et terrible dans sa violence et sa description réaliste de ces pionniers. On est loin de la vision idyllique de ces pionniers si unis, de ces méchants cow-boys et de cette justice qui naît avec l'émergence de la démocratie américaine.

Si bien que le film fut un terrible four qui coula le studio (United Artist) et castra Cimino. Cet échec commercial tient à deux choses. D'abord, à des producteurs tellement refroidis face à ce film atypique qu'ils coupèrent une heure de film. Ensuite au public déstabilisé de voir un film si loin de la mythologie positive de l'amérique des origines. Rajoutez à ça que ce film critique est sorti l'année où les américains réclamaient une vision virile et conquérante de leur pays et qu'allait si bien incarner Reagan (l'époque des Rocky et autres Rambo), et vous comprendrez pourquoi le film ne pouvait pas être un succés.

Avec le recul des années, ce film est en train de prendre toute la dimension qu'il mérite, d'accéder à sa juste place dans l'histoire du cinéma, juste à côté des films de Peckinpah, autre réalisateur crépusculaire de ce genre moribond qu'est le western.


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De vincentp, le 23 mai 2005 à 22:30
Note du film : 4/6

Ce film (dont soit dit en passant il faut lire l'analyse pointue publiée dans "50 ans du cinéma américain", bible du cinéphile) fonctionne à partir d'un des grands ressorts du cinéma (2 hommes, une femme) qui alimente tous les genres du cinéma depuis toujours :


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De PM Jarriq, le 10 août 2005 à 19:42
Note du film : 5/6

Sorti dans un DVD zone 1 4/3 affreux et flou et dans un zone 2 dans sa version mutilée, ce chef-d'oeuvre vraiment maudit mérite une édition "définitive" avec interview des protagonistes puisqu'ils sont encore tous en vie (Cimino, Huppert, Kristofferson, Walken, Hurt, Waterston, Rourke, etc.) Cet énorme morceau de cinéma a largement sa place dans le panthéon des classiques – même maudits ! – et devrait être traité comme tel. Votons !


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De vincentp, le 25 septembre 2005 à 13:09
Note du film : 4/6

Des décors de grandes qualités (c'est le moins que l'on puisse dire à propos de la ville de l'ouest, reconstituée grâce à une partie du fabuleux budget – 44 millions de dollars de l'époque -, un souffle épique et lyrique, une interprétation exemplaire. Certaines scènes sont remarquables (les bals en particulier).

Pourtant, la version longue possède des … longueurs et des redondances inutiles (je pense aux scènes de batailles finales) ; quant au propos du film, en soit intéressant et respectable, il fait l'objet d'une démonstration un peu trop appuyée, également sur la fin.

Qu'il n'ait pas plu aux citoyens des Etats-Unis, on peut le comprendre. En tant que modeste cinéphile, je suis aussi réservé. Le coktail, magique, de "Voyage au bout de l'enfer" n'est pas présent dans ce film.


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De droudrou, le 1er février 2006 à 10:27
Note du film : 6/6

Tout à fait d'accord pour dire que ce film mérite nettement mieux qu'une publication tronquée.

Il n'y a rien de comparable entre la version tronquée et la version complète du film.

Par ailleurs, il est souhaitable que le plus grand soin soit apporté à cette réalisation qui le mérite amplament.

Y'en a marre de le voir considérer comme un film maudit alors qu'il est bien loin de tout le mal qu'on a pu dire à son sujet.

C'est à voir. C'est à revoir. C'est un très, très, très grand film.

J'espère que Monsieur Cimino nous présentera encore un tel chef-d'oeuvre avec sa prochaine réalisation sur laquelle il travaille actuellement.

Amitiés à tous – Droudrou


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De droudrou, le 5 juillet 2006 à 16:12
Note du film : 6/6

Qui pourra me dire la durée exacte de la version longue du film de Michaël Cimino ?

Amicalement – Pierre


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De Freddie D., le 30 juillet 2006 à 21:37
Note du film : 6/6

Il faut absolument rééditer La porte du paradis dans sa version intégrale, en 16/9 dans son mixage d'origine. C'est un immense film incompris, malmené, oublié, qu'il faut réhabiliter. Le DVD devrait pouvoir permettre de réparer cette vieille injustice.


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De cormega, le 31 juillet 2006 à 16:21
Note du film : 6/6

Je signe de suite pour une réedition de luxe de ce pur chef-d'oeuvre.


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De Sonja, le 1er août 2006 à 15:30
Note du film : 6/6

Grand film sur la mauvaise conscience de l'Amérique.


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De droudrou, le 1er août 2006 à 15:55
Note du film : 6/6

Tout à fait d'accord à condition que les bonus ne soient pas insipides comme cela l'a été pour Apocalypse Now…

Ce n'est pas la promotion que l'on veut mais le fond, du début du projet jusque la fin et comme pour Cléopâtre en n'omettant pas les difficultés qui ont accompagné la réalisation de l'ensemble. Aux Etats Unis, il est prévu ce mois-ci un super coffret Apocalypse Now dont toute une série d'idées devraient être retenues pour ce super coffret Heaven's Gate que tu réclames et auquel je donne mon suffrage.

Amitiés.


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De karmen, le 1er août 2006 à 20:23

La mise en scène et le montage de la porte du paradis sont magistraux. Le film est à la fois à la limite d'éclater dans chaque plan tant il contient de détails et d'idées et complètement juste en même temps.

C'est un des rares films hollywoodiens de cette ampleur qui prenne autant parti sur l'histoire et la réalité sociale et économique des Etats-unis. C'est un des rares films qui dit haut et fort que le pouvoir des USA est comme les autres, construit sur la répression et l'exploitation. Il dit aussi que le fascisme n'est pas juste un mouvement politique ou idéologique d'une prériode donnée, mais une stratégie sociale : diviser la classe dominée (natifs / étrangers par exemple) et réprimer la fraction la plus faible (celle qui n'est pas organisée par la classe dominante) jusqu'à ce qu'elle disparaisse en tant que groupe social cohérent.

C'est une thématique que l'on retouve dnas "l'année du dragon" par exemple où il décrit comment le pouvoir étasunien, les élites quadrillent les populations, les mécanismes et les rouages sociaux. une sorte de division des tâches entre les élites "ethniques", celle centrale, légitime (notemment l'Etat), WASP délègue son pouvoir aux mafias chinoises pour contrôler les populations chinoises ou d'origine chinoise.

Cimino insiste sur la division entre les populations, divisions largement préméditées, et nous laisse réfléchir sur la nature de l'Etat. Quelle différence, finalement, entre l'Etat bourgeois US et des mafias ou des milices fascisantes financées pas les nantis dont le sintérets sont en dangers, comme en 33 ? Ils paternent les travailleurs ("les protègent"), les rackette et rendent possible leur exploitation.

Il est rare de voir des films au discours si cohérent, si précis qui se fassent à travers le smoyens de l'industrie du cinéma populaire. Rare depuis Chaplin ou Lang par exemple. D'autant plus rare que le film est magnifique. L'analyse de l'échec du film qui a ouvert le topic est trés intéressante. Un tel film ne pouvait en effet pas devenir un succès populaire quand la dynamque des élites était au gout de la réaction. Ce film détruit, pulvérise la mythologie qui raconte la genèse des USA. Alors un film comme ça mérite bien que l'on sacrifie un studio…


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De droudrou, le 5 septembre 2006 à 10:42
Note du film : 6/6

Pour quand la parution réelle d'un DVD collector avec la version complète du film en director's cut ? elle se fait toujours bien attendre… Les avis et informations qui seront communiquées sur ce sujet seront les bienvenus.


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De PM Jarriq, le 23 décembre 2007 à 18:31
Note du film : 5/6

Après la déception majeure que fut la version charcutée du film, puis l'enthousiasme démesuré qui accueillit la "version longue" (3 H 19), une vision dépassionnée donne une idée plus juste de Heaven's gate, 25 ans après sa sortie.

C'est incontestablement un grand film, avec un souffle rarement atteint, surtout dans sa première heure. Les séquences de foule sont admirablement mises en scène, et la musique est une des plus belles BO de l'Histoire de la musique de film. Ce qui pèche vraiment, c'est le second tiers du film. Une fois les émigrants au courant du carnage qui se prépare, il ne se passe rigoureusement plus rien, et le scénario fait une pause de plus d'une heure, pour s'attarder sur le triangle amoureux, sorte de Jules et Jim au Wyoming. Cela donne lieu à de très jolies séquences, mais l'inertie guette souvent, et l'étrangeté des personnages (le léthargique Averill, Walken bien sûr étrange par définition), n'aide pas à une parfaite compréhension des enjeux. C'est probablement là, que Cimino perd le grand public, habitué à une narration plus linéaire, et quand la bataille finale arrive, tout semble se précipiter et finir trop vite. Sans compter les coupes montage très sensibles dans les enchaînements (même dans la version longue), et dans les seconds rôles à la fois trop et pas assez développés (Mickey Rourke, Terry O'Quinn).

On a déjà parlé des thèmes abordés par Cimino, qui démolit le rêve américain, et la "légende" si chère à John Ford, pour montrer un véritable génocide ("Ce ne sont pas des Indiens", dit John Hurt, "On ne va quand même pas tous les massacrer !"), et énonce quelques répliques ("Il devient dangereux d'être pauvre dans ce pays") qui n'ont pas dû plaire à l'ère Reagan. Ce qui frappe, à la fin du film, c'est de retrouver Averill avec la femme de la photo, celle du prologue, tous deux vieillis et à peine changés, comme s'il n'avait jamais quitté son univers de nanti, et n'avait fait que fantasmer toute l'histoire, pour s'inventer une stature héroïque. Un équivalent du plan final de Il était une fois en Amérique.

En bref, s'il demeure un "grand film malade", bourré d'imperfections, de trous, Heaven's gate fait partie de ces films qu'on a souvent envie de revoir, pour en découvrir tous les mystères.

Et oui, il mérite d'être convenablement réédité !


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De vincentp, le 23 décembre 2007 à 19:43
Note du film : 4/6

Mes remarques :

1) Ou étiez-vous passé pendant 45 jours, PM Jarriq ? Nous étions inquiets. Vous avez loupé "Réglement de comptes à OK Corral". J'ai reçu quelques balles de gros calibres dans les fesses, mais ai heureusement survécu, pour le plus grand plaisir de nos lecteurs.

2) \"Film malade\". Que veut dire exactement cette expression qui fut très à la mode dans les années 60-70 ? J\'ai entendu une fois Patrick Brion employer ce terme à propos d\'un des derniers Minnelli, un peu raté (*). Il me semble que ce terme est employé pour caractériser le déphasage d\'un auteur ou d\'un film par rapport à son époque.

3) En ce qui concerne La porte du paradis, l\'auteur a été visiblement dépassé par son projet. Le début est irréprochable, mais le souffle de cette épopée retombe pour finir enlisé dans la boue avec des redites. Et puis surtout, Cimino n\'arrive pas à convaincre et finit par exaspérer le spectateur. Walsh sur un sujet proche (La rivière d'argent) est beaucoup plus convaincant. Je crois que c\'est plus le style qui est en cause que le propos (point de vue généralement partagé). Il faut parfois faire preuve de retenue pour faire passer des idées absolutistes.

(*) Bells Are Ringing, me semble-t-il.


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De PM Jarriq, le 24 décembre 2007 à 08:31
Note du film : 5/6

Comme je l\'ai dit sur un autre fil, j\'ai \"disparu\" pour diverses raisons, mais surtout pour fuir le vent de folie qui avait soufflé sur DVDToile pendant un moment, et avait transformé notre site préféré en tribune libre, pour abrutis de tous bords. Cela semble – plus ou moins – calmé. Mais j\'ai vu qu\'il y avait des rechutes

L\'expression \"grand film malade\" a été initiée, je crois, par Truffaut, pour définir un film qui en toute logique (le sujet, les auteurs, le budget) aurait dû être un chef-d\'oeuvre, mais ne fonctionne pas. Par ses beaux restes, on devine ce qu\'il a failli être. L\'exacte définition de Heaven's gate.


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De acturus, le 3 avril 2010 à 18:10
Note du film : 5/6

la porte du paradis Une reconstitution sans défaut, les décors sont crédibles et les extérieurs magnifiques. Ce film trés attachant est malheureusement entaché d'une fin brutale et incompréhensible (j'ai personnellement eu du mal à comprendre durant deux minutes); en salle j'aurais cru que le machiniste avait "sauté" une bobine ! En accord avec les autres internautes : une version longue (et remastérisée)s'impose.


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De grosestrong, le 29 avril 2011 à 14:26
Note du film : 5/6

J'ai réussi à chopper ce film dans un coffret Michael Cimino, contenant également "L'Année du Dragon", "Desperate Hours" et "Le Canardeur"… Même si le film n'a pas bénéficié d'un remaster, ça fait bien plaisir de voir Isabelle Huppert dans un western !!!


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De verdun, le 18 mars 2013 à 22:44
Note du film : 4/6

La porte du paradis ressort en ce moment dans les salles parisiennes avec beaucoup de succès. C'est mérité d'ailleurs -et le film prend toute sa dimension sur grand écran- mais drôlatique quand on sait le flop que fut ce long-métrage à sa sortie.

C'est un beau film provocateur mais son scénario me semble en grande partie trop linéaire: on se focalise sur une lutte dont l'issue ne fait d'ailleurs guère de doute. D'autres fresques coûteuses de la même époque comme 1900, Il était une fois en Amérique, Le Parrain 2 ou Ragtime me semblent plus denses et plus émouvantes.

Ces réserves mises à part, c'est un film à voir absolument et qui ne méritait pas le bide et encore moins les razzies awards qui l'ont accompagné lors de sa sortie. C'est le tombeau grandiose d'un certain cinéma d'auteur américain ambitieux. Et les acteurs sont magnifiques, Isabelle Huppert, que Cimino eut un mal fou à imposer, en tête.


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De spontex, le 21 janvier 2014 à 01:12
Note du film : 4/6

Soulignons le contexte complexe de la séquence principale du film, qui traite de la guerre du comté de Johnson :

En 1890, au Wyoming, plus particulièrement dans le comté de Johnson. Un conflit oppose les riches éleveurs de bétail (dont William Irvine), ayant jusque-là toujours eu la mainmise sur les « verts pâturages » du Wyoming, à une vague d'immigrés pauvres venus d'Europe de l'Est suite à l'Homestead Act, qui ont acheté des lopins de terre (sans que cela soit encore régularisé par un titre de propriété en bonne et due forme) autour de Sweetwater, dans le comté de Johnson (dont James Averill est le shériff) et qui ont entrepris de les cultiver. Ce nouvel état de fait réduit d'autant les pâturages jusqu'alors dévolus aux troupeaux des éleveurs qui, furieux, accusent les nouveaux arrivants d'être, pour la plupart, des voleurs de bétail et des anarchistes ; ils les ont couchés sur une liste noire et ont recruté une milice de mercenaires-tueurs pour les éliminer. En 3-4 jours, le conflit riches éleveurs / pauvres cultivateurs (« rangers / settlers ») embrase tout le comté, prend des allures de guerre civile et culmine en une sanglante bataille, dont bien peu réchappent, hormis James Averill… qui, après démission de son poste de shériff, s'était rangé du côté des pauvres fermiers nouvellement installés.

Sans connaissance préalable de ces faits, il me semble pratiquement impossible d'apprécier voire de comprendre le film.

La Porte du paradis est une magnifique fresque de près de 4 heures traitant d'un triangle amoureux autour d'Isabelle Huppert (nue !) dans le contexte exposé ci-dessus. Les acteurs sont magistraux : Kris Kristofferson, Christopher Walken, John Hurt… et Isabelle Huppert. Et si, finalement, c'était elle la vraie héroïne d'Heaven's Gate ? Ne trouve-t-elle pas le rôle de sa vie, en cow-girl revencharde ?

De nombreux sujets sont abordés, du communisme à la justice personnelle. Au visionnage, on n'a qu'une envie : tuer tous ces riches éleveurs, retourner leur violence crue à ces anciens élèves d'Harvard. Le film est proposée dans sa version « du réalisateur », l'édition DVD comme Blu-ray laissant la parole à Cimino pour une introduction valable dans la mesure où elle ne dévoile rien du film. Un modeste « J'approuve ce montage ! » du réalisateur donne du poids à la version présentée, relativement équilibrée.

Le très beau thème de David Mansfield rappelle celui composé par Stanley Myers quelques années plus tôt pour Voyage au bout de l'enfer. De multiples variations du Beau Danube bleu de Strauss ponctuent le film.


Mais La Porte du paradis est, comme le soulignent les autres contributeurs du forum, un grand film malade ! Peut-être à l'image des États-unis que ces immigrants, venus chercher un paradis, vont trouver, à savoir la mort, la glauque « porte du paradis », qui va les y conduire plus vite que prévu, au paradis ? On se surprend à espérer trouver un nouveau Voyage au bout de l'enfer, une preuve que Cimino serait un grand réalisateur, et pas uniquement le réalisateur d'un grand film.

En le découvrant (ou en le redécouvrant, cette restauration très réussie en étant une bonne occasion), on se dit, pratiquement, que chaque scène a dû coûter un bras – le film a coulé le studio United Artists – et être une galère monumentale à filmer ! Prises séparément, les séquences sont magnifiques. Cependant, la mayonnaise ne prend pas, une succession de scénettes parfaites ne faisant pas un film réussi.


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De Impétueux, le 19 février 2014 à 09:25
Note du film : 1/6

Comme Voyage au bout de l'enfer, revu récemment, m'a emballé et que j'aime bien L'année du dragon, comme la réputation de grand film malade n'est pas pour me déplaire, comme j'ai lu ici et là que la version Director's cut de plus de 3h30 restituait La porte du paradis dans sa vraie grandeur et dans les véritables orientations de Michael Cimino, j'ai regardé le film, entre hier et aujourd'hui, de plus en plus effaré et révulsé au fur et à mesure qu'il se déroulait.

Je suis d'ailleurs persuadé que si j'avais été dans une salle, je serais sorti avant la fin, ce qui m'est rarement arrivé dans ma vie de cinéphage (La grande bouffe et Out of Africa). En deux séances, les redondances de Cimino sont, sinon moins insupportables, du moins absorbables, mais c'est tout juste. Combien je comprends les producteurs affolés qui ont retiré le film des écrans dès la fin de la première semaine d'exploitation, devant le rejet absolu et total de la critique tout autant que des spectateurs !

Outre que, sauf à avoir lu, comme le note Spontex, sur Wikipédia ou sur la jaquette du DVD, l'explication du contexte historique, on ne comprend absolument rien à ces luttes de sauvages, il me semble que Cimino, ce qui est une sorte d'affreuse performance, a, d'une certaine façon, dilué le temps, chaque minute de film paraissant en avoir cinq, tant c'est hiératique, figé, répétitif et emmerdant. On a l'impression que Cimino, grisé par l'incroyable budget qui lui avait été consenti, ne s'est pas retenu et a tourné plusieurs séquences de tonalité identique en les incorporant ici et là – je n'ose écrire au petit bonheur – ce qui donne l'impression qu'on revoit constamment les mêmes choses.

Et il y a une sorte d'orgueil fou, d'autisme dangereux à ne pas accorder au spectateur la moindre explication sur la division en trois segments du film : un ventre boursouflé et le prologue et l'épilogue absolument détachés de ce corps central, prologue et épilogue dont la raison n'apparaît pas et qui semblent appartenir à un autre film, ou mettre en scène d'autres personnages.

Dès lors, pourquoi consentir à mettre 1, et non pas 0 que cette copie bavassante et indigeste mérite ? Pour la charmante nudité d'Isabelle Huppert, toujours agréable à regarder ? Bof… Elle n'a pas été si rare au cinéma qu'on puisse la considérer comme sujet en soi… Alors ? Sans doute la capacité de Cimino à filmer des mouvements de foule et de vastes ensembles. C'est tout et c'est bien peu… Quelle purge !


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De Commissaire Juve, le 19 février 2014 à 12:27
Note du film : 3/6

Je vois que j'ai mis 3… C'était pour dire que j'avais trouvé ça "moyen". Même si, effectivement, j'ai pensé à plusieurs reprises que c'était une "purge". Et j'avoue avoir eu recours à l'avance rapide dès le prologue (et pendant la scène de bagarre… l'interminable tourniquet à la Luky Luke). J'ai mis 3 pour quelques beaux paysages, pour la scène des patins à roulettes. Mais c'est effectivement un grand film "malade".


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De Steve Mcqueen, le 9 juillet 2014 à 21:24
Note du film : 6/6

En ce qui concerne Heaven's Gate, je viens de terminer sa vision il y a 20 minutes et j'en ai encore les larmes aux yeux. Ayant également il y a peu revu Voyage au bout de l'Enfer, je considère Michael Cimino comme l'un des plus grands cinéastes du siècle, toutes nationalités confondues, et sur la foi de ces deux seuls films ( je précise que je suis loin d'avoir vu tous les films de la galaxie, mais un certain nombre quand même). Je rejoins en ce point Samuel Douhaire de Libération, que je me permets de citer : "Heaven's gate est l'une de sept merveilles du monde cinématographique".

 

J'estime en outre que c'est le dernier grand cinéaste mégalomane, capable d'engloutir un budget faramineux, de dépasser largement le temps de tournage imparti, et d'emmerder profondément les producteurs frileux. J'aime également sa conception, qui peut sembler paradoxale, selon laquelle le cinéaste n'est qu'un nom qui doit s'effacer derrière l’œuvre. Enfin, je considère l'amputation de près d'une heure de son film lors de sa sortie en 1981 comme l'un des plus gros scandale de l'Histoire du cinéma. Je suis ravi qu'il ait coulé la United Artist et toutes ces producteurs ricains qui prétendent imposer à un cinéaste leur vision d'une œuvre qui ne leur appartient en aucun cas. La conception du cinéma de certains producteurs états-uniens qui se prostituent au nom de la soi-disant bonne réception du film par le public me fait vomir, de même que le système des projections test émasculant certains films (Abyss de James Cameron par exemple)

Au risque de vous paraître virulent, la réception du film dans sa version intégrale par le public américain (source IMDb) prouve la fatuité atavique d'une partie de ce public. Je suis ravi que les critiques françaises, que je ne portent pas dans mon cœur de façon générale, rétablissent la balance, de même que le public français. Le film présente une facette peu glorieuse de l'histoire états-unienne, montrant comment le gouvernement appuie et aide les éleveurs à éradiquer purement et simplement une partie des immigrants européens. Cette page peu reluisante de l'histoire américaine est effectivement loin de l'image amidonnée du pays de l'Oncle Sam, pays "démocrate" et défendant la "liberté" sous toutes ses formes ( un pays où au passage, les armes sont dans certains états en vente libre, sur la foi d'une constitution datant de… 1787 ! – ayant quand même été modifiée par 27 amendements..)

Je précise également que, mon point de vue étant radicalement opposé à certains énoncés sur le forum, je respecte néanmoins vos opinion, notamment celle d'Impétueux, dont je partage au passage l'avis sur la "nudité" d' Isabelle Huppert !

Le film est empreint d'un souffle épique à nul autre pareil. le lyrisme qui s'en dégage me laisse sur les rotules. La première apparition de Christopher Walken à travers l'impact d'une balle laissée sur un drap blanc me laisse sans voix. La façon dont Cimino utilise l'inexpressif Kris Kristofferson (dans son meilleur rôle avec Pat Garrett et Billy le kid de Peckinpah) prouve son génie. Génie qui éclabousse chaque seconde de ces 3 heures et 34 minutes de projection ; j'en veux pour preuve la séquence de la valse inaugurale, qui trouve un écho dans la séquence des patins à roulette ; le traitement de la violence, qui gicle comme on crève un abcès ( voir la mort des des violeurs d'Isabelle Huppert); la façon dont Cimino filme la mort de Christopher Walken renvoie Sam Peckinpah au rang de petit garnement mal élevé (bien que j'admire ce dernier).

Le final est sublime d'irrésolution, d'amertume, d'ambiguïté. Je tiens la césure entre la mort d'Isabelle Huppert et le plan sur le bateau, sans aucune transition autre qu'un carton indicatif, comme étant aussi efficace que le passage de la Pennsylvanie au Vietnam dans Voyage au bout de l'Enfer. La façon dont Cimino dilate le temps dans certaines séquences, sans jamais faire poindre la moindre ébauche d'ennui est remarquable.

Enfin c'est de tous les cinéastes que je connais celui qui filme le mieux les rites, les moments solennels empreints de gravité ( la roulette russe, le mariage et le repas final de Voyage au bout de l'enfer ; la valse et la séquence des patins à roulette dans Heaven's Gate ; le repas au cours duquel est exhibé la tête coupée dans L'année du dragon ; l'assassinat sur la place du village dans Le sicilien).

Je précise que je tiens Thunderbolt and Lightfoot (Le canardeur en vf), son premier film, pour un excellent road-movie initiatique au titre français stupide et racoleur, l'Année du dragon pour un bon polar sans plus, Le Sicilien pour un ratage fascinant , Desperate hours pour un navet. Je n'ai pas vu Sunchaser, son dernier film, qui date de …1996 !

L'importance de Cimino dans le cinéma mondial est considérée comme évidente en France; la façon dont il est traité au pays des "bouffeurs de pop-corn" me laisse coi.

Il s'agit tout simplement, je le répète, d'un génie incompris sacrifié sur l'Autel d'une industrie cinématographique impitoyable, ayant eu un mal fou à monter ses films suivants suite à cet échec grandiose. Je considère que la coupe d'une heure par les producteurs en 1981 est une émasculation de l'oeuvre, ayant vu également la version tronquée qui présentait néanmoins des restes sublimes. La découverte il y a un an de la version intégrale lors de sa ressortie sur grand écran a eu sur moi l'effet d'un choc comme j'en ai rarement eu dans ma vie d'amateur de cinéma. Cela est appréciable à l'heure où pour qu'un film "marche" au box-office, il doive souvent comporter : soit des effets spéciaux racoleurs, soit une 3D inutile, soit un humour bas de plafond, soit une violence gratuite, soit une star "bankable" (cela peut être contesté). Je ne pense pas me tromper en affirmant qu'une partie des spectateurs se fiche éperdument du nom du réalisateur derrière le film qu'ils visionnent en bouffant du pop-corn immonde et hors de prix.

Cette chronique étant volontairement virulente, je comprendrais aisément que la rédaction du site en modère certains passages (de préférence sans altérer mon point de vue). Je vous remercie par avance d'avoir pris le temps de me lire.


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