Forum - Les Neiges du Kilimandjaro - Il vaut beaucoup mieux relire Hemingway...
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Forum : Les Neiges du Kilimandjaro

Sujet : Il vaut beaucoup mieux relire Hemingway...


De Arca1943, le 22 avril 2006 à 18:42
Note du film : 2/6

…que de tomber sur cette adaptation qui trahit le sens de la célèbre nouvelle en lui collant un happy-end artificiel et niais. Même s'il y a Ava Gardner


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De DelaNuit, le 18 décembre 2007 à 22:25
Note du film : 5/6

« Le Kilimandjaro est un ancien volcan culminant à plus de 6.000 mètres, que l'on dit être la plus haute montagne de l'Afrique. Près de la cime ouest, que les indigènes nomment la Maison de Dieu, on a trouvé la carcasse gelée et desséchée d'un léopard. Nul n'a expliqué ce que le léopard allait chercher à cette altitude… »

Enfin une édition dvd digne de ce nom pour Les neiges du Kilimandjaro ! Nous n'avions jusqu'ici qu'une VO S-T dont l'image et le son laissaient à désirer. La collection « 20th Century Fox Classics » vient de sortir une nouvelle édition VO + VF de bien meilleure qualité.

L'occasion de (re)découvrir ce film parfois mal compris, en raison notamment d'une fin différente de la nouvelle d'Hemingway dont il est tiré.

Pourtant, le réalisateur Henry King n'est pas un « bleu », et il nous offre une sympathique promenade du Paris de l'entre deux guerres (clubs de jazz, quartier Mouffetard, quais de Seine) aux savanes d'Afrique propices aux safaris, de la côte d'azur huppée au Madrid des corridas et de la guerre civile espagnole… sur une musique tournoyante de Bernard Herrmann digne de ses partitions pour Hitchcock, le tout pour une belle brochette de stars incarnant des personnages forts, tous possiblement concernés par la prophétie du léopard…

Gregory Peck, cherchant l'inspiration de l'écrivain de pays en pays, Hildegarde Neff alias « Frigid-Liz, semi-glaçon des semi-tropiques » ou Susan Hayward, solide chasseresse de grands fauves…

… et surtout l'inimitable Ava Gardner, dans un rôle qui, de son propre aveu, ne fut pas une composition. Ava Gardner, comme d'habitude à la fois sulfureuse et émouvante… dite Cynthia ou « Sin »… déjà associée à l'image du léopard dans Mogambo, et si pleine de compréhension pour les chevaux des picadors, que l'on recouvre d'un chatoyant caparaçon, non pour les protéger des coups de corme des taureaux dans les arènes, mais seulement pour que les spectateurs ne voient pas le sang et les tripes… Ava comme d'habitude si pleine d'amour à donner, mais quand on a un destin fatal… !
Cette « déesse faite femme » (elle fut Vénus descendue sur terre dans Un caprice de Vénus puis l'incarnation de l'Eternel Féminin dans Pandora), Gregory Peck en fera dans ce film, je cite, sa « quête du Saint-Grâle »…

Un avertissement cependant : il ne faut pas chercher dans ces Neiges du Kilimandjaro une fidèle adaptation de la (courte) nouvelle éponyme d'Hemingway, mais une évocation de l'univers de l'écrivain inspirée à la fois d'épisodes de sa vie et de ses divers romans, et dont l'argument de départ serait celui de la fameuse nouvelle dont le titre est donné au film.

Peu importe alors la fin de celui-ci. L'important est que les neiges immaculées du Kilimandjaro demeurent à l'écran le symbole d'un idéal inaccessible après lequel courent les personnages (l'art, l'écriture, la renommée, la richesse, l'amour…), les éloignant finalement de la vie réelle, qui, avec toutes ses imperfections, leur ouvrait pourtant les bras.

A noter : Henry King renouera en 1957 avec Ernest Hemingway et sa « génération perdue » ainsi qu'avec Ava Gardner – qu'Hemingway considérait comme un de ses meilleurs potes aimant comme lui le jazz, l'alcool, l'Espagne et la fête nocturne mais ayant curieusement l'apparence de la plus belle femme du monde – dans Le soleil se lève aussi, également sorti en dvd cette année.


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De Arca1943, le 18 décembre 2007 à 23:42
Note du film : 2/6

Très éloquente défense, mais je reste sur mes positions. Les tendances "marshmallow" du cinéma américain ont rarement été plus évidentes que dans ce film qui transforme la tragédie en soap opera et le destin en plaisanterie. "Nouveau départ", tu parles ! J'imagine que cette fin bébête et rassurante a dû être imposée par la commission de censure de l'époque. À noter d'ailleurs que dans les années 50 tant Hollywood que Mosfilm, assez ironiquement, partageaient ce penchant pour l'optimisme obligatoire… qui n'était certes pas la tasse de thé d'Ernest Hemingway, écrivain aussi attaché à la vérité sans fard dans son oeuvre de fiction qu'il était mythomane dans la vraie vie !


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De DelaNuit, le 19 décembre 2007 à 00:01
Note du film : 5/6

Ah, comme le film eut été autrement plus poignant si la fin de la nouvelle d'Hemingway avait été respectée… Mais les producteurs ont du estimer que le public familial américain en quête de grand spectacle n'était pas prêt pour cela… Le film est d'ailleurs généralement classé dans la catégorie "aventures" alors qu'il s'agit avant tout d'un drame…

Je pense que ce n'est même pas une question de censure, mais simplement de rentabilité !

On peut aussi considérer que si le film nous fait le coup du happy-end, c'est qu'il s'arrête avant la fin de l'histoire… puisque même chez Hemingway, le personnage principal est persuadé de sa guérison et de sa chance de s'en sortir lorsqu'il s'embarque dans l'avion des secours. Ainsi, seuls les lecteurs de la nouvelle savent qu'une fois à bord, le destin de Harry Street ne sera pas celui esconté…

Quoi qu'il en soit, même si la fin est contestable, il est dommage de snober le reste du film, qui nous montre de grands acteurs avec de beaux dialogues, et traite davantage de difficultés existentielles que de guimauve…


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De Arca1943, le 19 décembre 2007 à 00:15
Note du film : 2/6

C\'est sans doute vrai que je suis resté fixé sur cette damnée fin; mais si j\'enrageais tant (et que j\'enrage toujours en y repensant des années plus tard !) c\'est que ça fait dire au film le CONTRAIRE de ce que disait la nouvelle d\'Hemingway, un peu comme ce qui est arrivé au superbe roman de Graham Greene \'The Power and The Glory\' lorsqu\'il est tombé entre les mains de John Ford pour devenir Dieu est mort. Je ne suis pas un maniaque des adaptations fidèles – au contraire, je crois qu\'être trop fidèle à la lettre est souvent une erreur – mais la trahison, c\'est autre chose.


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De DelaNuit, le 19 décembre 2007 à 23:06
Note du film : 5/6

Telle est la déception de l\'amateur d\'Hemingway et de son œuvre, souvent sans concession sur la nature humaine et le face à face de l\'homme avec la mort, devant une pirouette scénaristique mal venue !

Toutefois, comme les motivations du public devant les films sont variées, cette amertume ne gagnera pas forcément le spectateur qui s\'intéresse aux Neiges du Kilimandjaro avant tout pour son exotisme, pour le charme des productions de la Fox des années 50, ou pour la réalisation d\'Henry King, la musique de Bernard Herrmann, le charme ou le talent de Gregory Peck, Susan Hayward, Hildegard Knef ou Ava Gardner (dont les prestations sont tout à fait admirables) et pour qui la fidélité à l\'esprit d\'Hemingway n\'est que secondaire… Car chacun voit midi à sa porte !

D\'ailleurs, si je me souviens bien, Hemingway lui même appréciait la prestation de sa copine Ava dans ce film… et la trahison concernant la fin de l\'histoire semble l\'avoir moins contrarié que de constater que les scénaristes s\'étaient inspirés d\'un certain nombre de ses ouvrages alors que le studio n\'avait acheté que les droits d\'une seule nouvelle…

Par ailleurs, ladite trahison ne semble pas lui avoir paru si insurmontable puisque moins de cinq ans plus tard, il signait avec la même équipe (même studio, même producteur, même réalisateur, même actrice) pour une adaptation d\'un autre de ses romans à succès, Le soleil se lève aussi. Faut-il être plus royaliste que le roi ?


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De Impétueux, le 1er février 2012 à 18:50
Note du film : 3/6

J'aimerais suivre et approuver le talentueux plaidoyer de DelaNuit dont l'enthousiasme pour le film est bien troussé, bien argumenté et, d'une large façon communicatif. Il a en tout cas bien raison de défendre le grand cinéma hollywoodien d'antan et ses illustrations parfaites qu'étaient Gregory Peck et Ava Gardner. Aux lendemains de la guerre, la figure mythique des stars du cinéma d'Outre-Atlantique était à son inégalé sommet, et n'avait rien de fabriqué, ni de cosmopolite comme l'est la gloire de bon nombre des produits d'aujourd'hui. On avait un peu l'impression, à tort ou à raison, que c'étaient là des demi-dieux (et de bien somptueuses déesses).

Mais sans être aussi négatif que l'est Arca – qui admet honnêtement s'être laissé influencer par l'agacement de nature littéraire qu'il a ressenti – sans passer Les neiges du Kilimandjaro en dessous de la ligne de flottaison, je le rejoins néanmoins globalement.

J'ai un peu de scrupules à le faire, parce que je n'ai vu que l'ancienne édition DVD, trop aimablement qualifiée de médiocre par DelaNuit que je trouve bien indulgent. Édition certes à tout petit prix, trouvée dans un bac de soldeur, mais édition infâme, aux tonalités délavées, et pire, scandaleusement pisseuses. Là où les couleurs d'Afrique, l'éclat des corridas, la bohème parisienne de la Génération perdue, la Côte d'Azur lumineuse et encore presque préservée doivent, au moins, permettre de belles images, je n'ai guère vu que de la grisaille.

Je doute, pourtant, qu'une édition de simple qualité normale m'aurait conduit aux sommets ; d'abord parce que trop de scènes sentent le studio, même lorsqu'elles se passent dans les endroits les plus colorés et qu'Henry King abuse des transparences, ce qui est toujours assez agaçant.

Puis parce que ce n'est pas assez rythmé, qu'il y a bien vingt minutes de trop, et qu'un montage plus vigoureux, un récit plus resserré auraient bien davantage servi le film que ces méandres langoureux dans quoi il se perd souvent. C'est assez curieux parce que, bien qu'il soit fréquemment verbeux, le film recèle quelques échanges étincelants, des dialogues drôles et cyniques de la meilleure eau (Harry – Gregory Peck – quand il découvre Cynthia – Ava Gardner – : Un rire comme le sien ne peut mener qu'à la bagarre).

Ava Gardner est d'ailleurs, si je puis dire, le meilleur du film et la puissance de séduction qu'elle déploie, lors de la soirée chez Émile (notre vieille connaissance Marcel Dalio) est absolument bluffante. Au delà d'être une actrice sensible et intelligente, elle disposait d'une puissance de feu rarement égalée. Le plus bel animal du monde, comme on l'appelait élégamment sauverait à elle seule le film si elle n'en disparaissait pas trop tôt…

Enfin, que dire d'un film dont on n'attendait pas grand chose et qui est tout de même trop plein de hasards bienveillants et de coïncidences pour être bien honnête (ainsi, pendant la guerre civile espagnole, lors d'une sanglante bataille, Teruel ou Brunete, où les deux amoureux se retrouvent par la plus pure des chances…) ? On ne pense pas qu'on a tort de l'avoir regardé, mais on l'oubliera bien vite…


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De vincentp, le 19 janvier 2015 à 23:38
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Très beau film, introspectif et mélancolique (marque de fabrique de Henry King), porté par des dialogues existentiels, et une musique omniprésente, créatrice d'ambiance et d'émotions. Mais un film d'auteur pas facile d'accès, reconnaissons-le.

Je suis tombé sur la version dvd épouvantable… Il faut les jumelles de safari de Gregory Peck pour apercevoir les acteurs sur son écran. Quelle honte d'avoir pu éditer un classique dans un état pareil, d'autant que la jaquette indique "son et image restaurée".


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De droudrou, le 21 janvier 2015 à 18:51
Note du film : 5/6

Tout à fait d'accord mais quelle horreur que ce dvd soit-disant remastérisé idem d'ailleurs pour Mogambo


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De DelaNuit, le 23 janvier 2015 à 15:51
Note du film : 5/6

Attention, il faut acheter le dvd de la collection "20th century fox" (avec sur la jaquette une affiche en couleur montrant Ava dans les bras de Gregory Peck et la montagne derrière (montagne qui d'ailleurs ressemble plus aux Alpes qu'au Kilimandjaro ! Mais les affiches de l'époque étaient ainsi faites…) qui est la version de bonne qualité.

Et ne surtout pas prendre le dvd montrant en jaquette Gregory Peck dans la savane avec son fusil : il indique abusivement que le film a été restauré alors que la qualité est médiocre !


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