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Forum : Le Trou

Sujet : Authenticité totale


De PM Jarriq, le 11 mars 2006 à 10:22
Note du film : 5/6

Superbe film, d'une authenticité totale, qui occulte une partie des horreurs de l'incarcération (les gardiens sont plutôt débonnaires, le directeur assez cool, les détenus très loin des monstres de Oz), pour se focaliser vers le désir viscéral de liberté. Becker scrute les gestes de ses comédiens (amateurs à l'époque), jusqu'à montrer in extenso la démolition d'un bloc de béton, jusqu'à décrire sans ellipse un long trajet dans les sous-sols, et prenant le risque de faire décrocher le spectateur, parvient au contraire à le faire pénétrer dans la cellule avec ses protagonistes. Le trou doit beaucoup à la personnalité "brute" de ses interprètes, surtout Philippe Leroy à la présence magnétique, qu'il a rarement retrouvée par la suite, et Michel Constantin inhabituel en feignant râleur. Le physique précieux de Marc Michel, sert parfaitement l'ambiguïté de son personnage de Judas. Mais la vraie "star" du film, c'est l'ex-taulard Jean Keraudy, dont la seule présence apporte un côté documentaire au film, et augmente sa crédibilité de façon considérable. La façon dont il dit "Pauvre Gaspard", à la fin, est extraordinaire. D'une tension permanente, où plane constamment la prémonition de l'échec et de la trahison, Le trou reste des années plus tard, un film abouti, passionnant, dur et sans pardon, dont on ressort un peu sonné.


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De vincentp, le 5 octobre 2008 à 17:35
Note du film : 6/6

Est-il regrettable que le personnage de Gaspard, le bourgeois de Neuilly, soit un "judas", comme l'avoue PM Jarriq, judas lui-même des spectateurs, car trahissant du même coup le secret de l'histoire ?! Mais peut-être n'est-ce là qu'un simple artifice permettant de terminer le film sur un coup d'éclat, et en respectant un code de bonne conduite. Car si ce personnage ne lâche pas le morceau, nos amis les taulards prennent la poudre d'escampette… Pm Jarriq est donc acquitté, après analyse.

Le trou aborde -magnifiquement- au moins deux sujets. Le premier d'entre eux est la confrontation des classes sociales, doublée d'une confrontation de caractères. Le système d'enfermement pénitentiaire offre la possibilité pour un narrateur tel que Becker de pouvoir cerner au plus près ces éléments.

Le personnel pénitentiaire comme les "pensionnaires" de ce récit sont en effet composés d'individus d'origine sociale et de personnalité très différentes, qu'un accent, une posture, caractérisent. Nombre de combinaisons s'opèrent. Le gardien-chef, pragmatique et visiblement de classe sociale moyenne, faisant revenir les plombiers dans la cellule, trouve un motus vivendi avec le détenu pour lequel il a des affinités intellectuelles. Le Directeur de prison s'oppose poliment à un gardien de prison un peu rustre, qui veut punir le détenu poli mais égaré…

Le trou s'inscrit dans la lignée des films précédents de l'auteur, mais aussi de Renoir -dont il fut l'assistant-, films axés sur les classes sociales, dont les moindres rouages sont décomposés, représentés, et soumis à notre analyse subjective (La grande illusion,…).

Un deuxième sujet abordé dans Le trou est celui de la rage de vivre et de liberté, qui porte des individus soumis à un système d'enfermement, totalitaire, humiliant (jusqu'à obliger des prisonniers à faire leurs besoins naturels sous le regard de leurs camarades de cellule) à rassembler leurs forces, à faire taire leurs différences, pour bâtir un groupe dont la performance sera supérieure à la somme des compétences individuelles. C'est ainsi que ce qui semble être le bon sens, l'intelligence relationnelle de Gaspard est mis à profit par le groupe pour mener à bien son projet d'évasion.

Privés de liberté, nos prisonniers en viennent à se réappropier chaque centimètre carré de leur territoire, comme le souligne la mise en scène rigoureuse de Becker, détaillant chaque recoin de la prison conquis pas à pas pour atteindre la liberté. Cette représentation ultra-précise de l'espace rappelle M le maudit de Fritz Lang, au cours duquel nous visitons longuement tous les recoins d'un immeuble anonyme.

Mais un spectateur imaginatif pourra percevoir Le trou, creusé à mains nus, au prix de grandes souffrances, par des hommes humbles, dans les profondeurs du sol, comme le négatif d'un chemin de croix christique dirigé vers le ciel.


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De kfigaro, le 6 octobre 2008 à 09:17

Ce film a été un vrai coup de poing pour moi, sa sobriété, son absence de musique, l'interprétation naturaliste et ultra précise de chacun des acteurs. Un véritable bijou qui, je crois, a fait un flop à l'époque.


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De vincentp, le 6 octobre 2008 à 12:11
Note du film : 6/6

Un réalisme extrême poussé jusqu'à nous présenter un décor sale (la cuvette des toilettes). La fée du logis n'a pas été conviée par Becker sur ce tournage. A noter que curieusement, Roland (Jean Keraudy) porte constamment sa veste sur lui pour creuser la galerie avec sa barre, alors que Geo (Michel Constantin), en sueur, a lui retroussé les manches de sa chemise. La marque du chef ? Ou un froid de canard sur le tournage ?


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De PM Jarriq, le 6 octobre 2008 à 12:43
Note du film : 5/6

Ou la différence entre un non-comédien et ex-taulard respectant l'authenticité (il fait rarement chaud dans les sous-sol), et un ex-sportif récemment devenu acteur, désireux d'exposer ses biceps ?


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De vincentp, le 6 octobre 2008 à 13:12
Note du film : 6/6

Il ne fait pas froid dans les égouts de Paris (ce ne sont pas les catacombes). Mais s'agit-il d'égouts véritables ou de décors ? J'ai omis de poser la question au grand (par le talent) critique CJ Philippe qui nous a présenté si brillamment ce film, ce dimanche, et qui connait tous les détails ou presque du tournage. Quant à Constantin, il ne fait pas semblant de cogner, et transpire véritablement. J'ai donc été intrigué par cet élément lié à l'attitude de Keraudy, truand authentique (mais respectable par la conduite).


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De Gilou40, le 25 août 2011 à 01:09
Note du film : 6/6

J'ai revu "ca"…Oh la gifle !

Aviez vous repéré Gérard Hernandez

dans le rôle du détenu qui a attrappé la chtouille ? Il n'est pas crédité au générique…Mais quel film !!!


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De Impétueux, le 29 mars 2016 à 14:36
Note du film : 6/6

Jacques Becker est parti au paradis des cinéastes (qui est aussi un peu le nôtre) sur un de ses plus beaux films, lui qui dans sa brève carrière de réalisateur (18 ans de Dernier atout en 1942 au Trou en 1960) n'a pas réalisé un seul mauvais film, à peine au pire, des seulement bons et mis en scène deux chefs-d’œuvre, Casque d'or et Touchez pas au grisbi. Il n'y a pas beaucoup d'exemple, en tout cas, d'une pareille densité de carrière.

Il n'y a pas beaucoup d'exemple, non plus, d'une telle qualité de suspense avec Le trou ; une de ces qualités qui, alors même qu'on a vu dix fois le film et qu'on en connaît évidemment parfaitement le dénouement, permet de vibrer à l'unisson des espérances, des craintes, des doutes, des rages et des apaisements de cinq prisonniers arbitrairement assemblés dans une cellule de la prison de la Santé.

Il y a une sobriété extrême dans l'exposition : il importe peu de savoir pourquoi les prisonniers sont emprisonnés, on n'entre pas dans leur passé ; voleurs, assassins, tortionnaires, escrocs ? Peu importe… ils pourraient presque être des soldats ou résistants cherchant à s'évader pour rejoindre leur camp. La distance clinique du regard de Jacques Becker est à mes yeux une des grandes forces du film. Elle permet en tout cas une identification du spectateur qui, avec eux, à leurs côtés, tremble pour un rien et respire à chaque obstacle levé.

Notons d'ailleurs que la réalité de l'évasion ratée de 1947, relatée dans Le trou était plus glauque : si Roland (Jean Keraudy), la tête pensante du groupe, véritable génie de la débrouille n’était incarcéré que pour avoir, pendant l'Occupation, cambriolé et trafiqué de tickets de rationnement, Manu (Philippe Leroy-Beaulieu) interprète José Giovanni qui, avant de devenir romancier avait fait partie de la Gestapo française et participé à au moins trois assassinats crapuleux… On ne sait rien des deux autres, Monseigneur (Raymond Meunier) et Géo (Michel Constantin), mais comme il est bien dit par l'un d'entre eux que tous risquent leur tête, on imagine bien qu'il ne s'agit pas de vol à l'étalage.

On a rarement rassemblé en un même film tous les éléments romanesques – forte personnalisation des caractères, linéarité du récit, montée du suspense, coup de théâtre final, présence d'un traître – et un aspect aussi superbement documentaire, où les plus infimes détails du projet d'évasion sont relatés par une caméra naturaliste. Le réalisateur filme longuement, minutieusement, en prenant beaucoup de soin et de temps les gestes des prisonniers, effectue beaucoup de gros plans sur les visages, les mains, les objets : les prisonniers deviennent presque des artisans consciencieux attachés à la belle ouvrage, comme le sont Le tonnelier de Georges Rouquier ou Le sabotier de Jacques Demy.

À sa sortie, Le trou impressionna d'ailleurs par son naturalisme, l’image volontairement très précise, très exacte qu'il donnait du monde des prisons. Si les conditions d’enfermement n'ont guère changé aujourd'hui dans beaucoup de centres de détention – promiscuité, fouilles inopinées, fracas des clefs dans les serrures – on est tout de même sidéré devant l'effarante dégradation de la population carcérale : après avoir vu Le trou, il faudrait se projeter immédiatement ensuite Un prophète de Jacques Audiard : à un demi-siècle de distance, on a l'impression d'une lumpen-prolétarisation galopante, d'un avilissement continu, où les êtres ne se parlent que par aboiements ; c'est assez terrifiant.

Y'a pas à dire : c'était mieux avant.


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De Nadine Mouk, le 14 octobre 2016 à 17:22
Note du film : 6/6

J'ai revu ce film hier au soir, préférant voir des truands qui s'évadent à ceux qui s'incrustent de façon primaire à la télé . Juste deux choses : Mais s'agit-il d'égouts véritables ou de décors ? demande Vincent. Peut-être a t-il eu la réponse depuis toutes ces années passées. Les cellules ont été reconstituées à l'identique de celles de la prison de la santé et les égouts ont également été reconstruits pour des raisons de facilité de tournage. Seules les grandes salles souterraines sont authentiques !

Et puis, et surtout, je lis sous la plume d'Impétueux que José Giovanni fit partie de la Gestapo française… Je me précipite sur Wikipédia et là, je découvre avec horreur tous les méfaits de ce "monsieur" . Je le savais truand repenti mais je le trouvais sympathique. Mais je ne savais pas que le réalisateur, scénariste, dialoguiste de tant de films légendaires avait été une telle pourriture ! Jusqu'à aller rançonner des juifs cachés sous l'Occupation. Quelle saloperie ! Un Louis-Ferdinand Céline cinématographique en quelque sorte… Je ne pourrai plus revoir Classe tous risques, Un nommé La Rocca, Les Grandes Gueules le Deuxième Souffle, Les Aventuriers et tant d'autres sans y penser ! J'enrage !


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De vincentp, le 15 octobre 2016 à 12:06
Note du film : 6/6

Voilà un film consensuel, de grande qualité, pas du tout daté aujourd'hui. Le point fort du film est de privilégier les personnages à l'action. En relisant ce fil, je aperçois que j'ai eu le grand plaisir de le découvrir en 2008 sur grand-écran dans le cadre du ciné-club de CJ Philippe, grande salle de l'Arlequin. Un beau souvenir de cinéphile. Je raconterai quelques anecdotes liées aux débats de ce ciné-club, assez amusantes, par ailleurs (sans doute sur le fil lié au décès de CJ Philippe).

Nb : Giovanni a passé dix ans en prison et a payé sa dette envers la société.


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De Laurent Ermont, le 7 avril 2017 à 23:04

Un film brut un film vrai,un huis clos carcéral haletant,le trou c'est la prison et aussi,ceux qui le creusent pour s'échapper. Des co-détenus déterminés,unis par le hasard vivent comme suspendus par le temps,une amitié naît,c'est l'évasion,le retour à la liberté.

Des acteurs formidables et peu connus,M.Constantin faisait ses classes dans un rôle de truand qui lui collera longtemps à la peau,une mise en scène d'une rigueur étonnante qui entretien le suspens avec toute sa description de l'univers carcéral et ses différentes étapes de projet d'évasion.

Un film fort qui n'a pas que pour sujet la prison ou l'évasion mais va bien au-delà,il est aussi une aventure humaine,un vent de liberté soufflée… Un chef-d'œuvre.


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De spontex, le 7 mai 2017 à 23:26
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Arte a eu la bonne idée de rediffuser Le Trou récemment. Mes enfants, à qui je donnais le choix ce soir entre X-Men et autres Avengers (nous avions vu La Vache et le prisonnier hier), m'ont dit préférer revoir ce film, qu'ils avaient découvert il y a 2 ans !


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De Nadine Mouk, le 8 mai 2017 à 01:01
Note du film : 6/6

Heureuse nouvelle ! Tout n'est donc pas perdu dans le marasme ambiant …


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De vincentp, le 8 mai 2017 à 09:31
Note du film : 6/6

Le trou (1960), c'est pour moi deux qualités conjuguées : le descriptif impeccable des psychologies individuelles et de groupe, dans un cadre social et géographique réaliste. J'aime beaucoup l'introduction du film par Jean Keraudy devant -de mémoire- son garage de banlieue. On a l'impression d'y être, de bout en bout. Becker ne nous lâche pas une seconde.

Toutefois, il me semble que Un condamné à mort s'est échappé (1956) est encore plus réussi que Le trou, avec en plus une dimension métaphysique.


J'ai revu L'évadé d'Alcatraz (1979) récemment qui s'approche par moments de la quasi-perfection du film de Becker. Les dernières séquences du film de Don Siegel (après l'évasion, sans que l'on voit les évadés) sont géniales par la gestion de l'espace, des couleurs, et le ton sombre, quasi-nihiliste. L'institution carcérale y est montrée sous un très mauvais jour, les héros sont les prisonniers. Inimaginable de tenir un tel propos aujourd'hui.

Voilà ce que l'on peut dire aujourd'hui à propos de ce film de Becker en ce jour de triomphe absolu de la démocratie française" !


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