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Sujet : Fascinant !!


De verdun, le 5 mars 2006 à 02:05
Note du film : 6/6

Tiens donc, je suis le premier à donner un avis sur cet incontournable de Visconti ? Il faut dire que ce film est pour le moins intimidant, choquant dans le bon sens du terme, ambigu dans son mélange de fascination et d'horreur vis à vis du nazisme.Mais dans cette ambiguité n'est que le reflet du mélange de répulsion et d'obssession que le maestro voue à la décadence.Ne serait-ce que dans la beauté plastique inhérente à l'art viscontien.

Le film est d'une richesse assez exceptionnelle. C'est un grand spectacle historique dans la lignée du GUEPARD mais avec un côté sulfureux,nerveux et baroque en plus où le caractère morbide est encore plus affirmé. C'est un hommage au théâtre et le film se veut une transposition du Macbeth de Shakespeare mais Thomas Mann aussi est une source du scénario.C'est un film politique qui montre le lien du capitalisme et du nazisme du point de vue d'un cinéaste marxiste.C'est une oeuvre d'entomologiste ici tant les personnages ont l'air d'animaux en cage dont il faut scruter les moindres faits et gestes.

La chose la plus originale n'est pas le lien évident entre le nazisme et la violence mais le lien entre le nazisme et le sexe: homosexualité et inceste sont mis en scène et Visconti a de façon étonnante assimilé le nazisme à la perversion sexuelle.Le film aura une descendance glorieuse comme les films de Fassbinder ou le très controversé PORTIER DE NUIT mais aussi de nombreux films d'exploitation moins recommandables.

Certaines afféteries de mise en scéne peuvent aujourd'hui déranger- le zoom devient une figure du cinéma de Visconti à partir de ce film- mais ce n'est pas grand chose si l'on regarde la puissance de la dramaturgie et des séquences toujours aussi impressionnantes presque quarante ans après: Helmut Berger absolument génial en Malène Diétrich, la nuit des Longs couteaux et le "mariage final" restent d'immenses moments de cinéma.Une descente aux enfers ou plutôt une "chute des dieux" pour reprendre le titre originale soutenu par une pléiade d'acteurs au sommet de leur forme.

LES DAMNES reste un film hors-norme et dérangeant dans l'oeuvre presque parfaite de Visconti (j'avoue que L'INNOCENT me laisse un peu froid), sorti à une époque où les italiens se penchaient avec maestria sur le fascisme , que ce soit Bertolucci avec LE CONFORMISTE et De Sica avec LE JARDIN DES FINZI CONTINI, trois films indispensables.

LES DAMNES est suceptible donc d'indisposer des spectateurs (sur ce forum ?) car il faut aimer le mélange de froideur et de folie, le côté malsain du film, des personnages repoussants et fantomatiques. Quelques connaissances sur la période historique ne sont pas non plus de trop. Mais un film qu'on ne peut laisser de côté.

 

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De fretyl, le 31 août 2008 à 22:58
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Tout à fait d'accord avec Verdun qui se fait hélas de plus en plus rare sur dvdtoile. Les damnés est le film le plus fort qu'ait pu faire le grand Luchino Visconti, comme dans Le guépard on sent la volonté de faire du grand cinéma, une fresque somptueuse que le spectateur n'oubliera pas. Le film est un ballet tragique et pessimiste où Visconti sans complaisance et élucubration donne une vision de l'homme et du monde sous un angle mortuaire et malsain. Profondément lucide sur l'ambiguïté de l'être humain, le réalisateur filme sans concession la débauche qu'emmène le fascisme présent dans le fin fond des êtres, transformant tous les rapports humains en confrontation cruelle. Les personnages utilisant une gestuelle particulière emmènent presque le film vers une forme d'expressionnisme inquiétant, masquant en vérité toute forme positive et normale que l'on pourrait trouver chez ces tristes héros.

Comme dans Voyage au bout de l'enfer le film est divisé en trois parties comme dans les romans Russes, une partie pour la présentation de cette singulière famille allant participer à la naissance du plus grand drame mondial, une deuxiéme partie montrant un peuple en pleine décomposition morale et une troisième et dernière partie où l'on assiste à la destruction de toutes les valeurs aussi bien politique, philosophique que spirituelle. Pour Visconti l'excès d'ordre et de morale bourgeoise emmène aux frustrations les plus grandes, à la haine de l'autre, à l'incompréhension du monde, à la bacchanale et enfin à l'anarchie. Vision Marxiste fascinante et déroutante.

Au niveau technique le film est magnifique, lumière d'ambiance donnant au domaine où se déroule l'action une allure de château vampirique, superbe musique de Maurice Jarre et acteurs magistrals. Ingrid Thulin en mère possessive trouve son plus grand rôle, Helmut Berger physiquement surprenant domine l'œuvre et Dirk Bogarde trouve là un personnage qu'il poursuivra dans le moins connu Portier de nuit avec Charlotte Rampling.

Au risque de surprendre je dirai que Les damnés est un espèce de Autant en emporte le vent violent et voyeuriste où le royaume de Scarlett serait devenu un lieu de dépravation et d'orgies et où les chaines de la bonne société serait brisé. Seulement le film ne se déroule pas en Géorgie au dix neuviéme siècle mais dans l'éclosion de l'Allemagne nazi des années 30 dans les effroyables racines du mal. Il semble que Pasolini ait poursuivi tout au long de sa carrière cette illustre image donnée par Luchino Visconti aussi bien (peut-être) dans Théorème (que je n'ai pas vu) que dans son indomptable Salo.
Mais seuls deux films auront su voir clairement cette page dramatique de la société Allemande ; Les Damnés et M le maudit de Fritz Lang.


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De droudrou, le 1er septembre 2008 à 07:37
Note du film : 6/6

Ceci dit, merci d'avoir remis en mémoire ce très beau film que je dis vouloir revoir depuis quelques mois déjà ! Et découvrir Mort à Venise


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De Steve Mcqueen, le 17 octobre 2016 à 19:03
Note du film : 6/6

Je partage tout à fait les avis précédents… Je viens de voir Les Damnés et je suis encore sous le choc…

Tel un entomologiste, Luchino Visconti ausculte la longue descente aux Enfers d’une puissante famille industrielle allemande dirigeant les aciéries Essenbeck, dans le contexte de l’inexorable essor du nazisme. L’assassinat du patriarche omnipotent de la famille, qui coïncide avec l’incendie du Reichstag dans la nuit du 27 au 28 février 1933, ouvre la plaie purulente de l’ambition, du sexe et de la mort, tous les trois inextricablement liés. Visconti fait du château des Essenbeck un dédale de couloirs et de salons luxueusement apprêtés guettés par une décadence inéluctable, comme si la pourriture semblait prête à suinter des murs impeccablement lambrissés. Le cinéaste scrute les visages et passe de l’un à l’autre par des zooms subtils, décelant un sourire narquois, un rictus esquissé ou une surprise feinte.

Les protagonistes sont ravagés par l’ambition, par l’ivresse d’un pouvoir qui est leur Graal. C’est finalement le personnage le plus pathétique, celui travesti en homme au début du film, qui humiliera sa mère possessive, qui poussera ses rivaux à se donner la mort, qui obtiendra une miette de puissance éphémère – mais qui semblera n’avoir vécu toute sa vie que pour cet instant.

Le film fascine par ses personnages intrinsèquement torturés, et révulse par les actes innommables qu’ils commettent. Luchino Visconti tisse une toile de perversion, et déstabilise le spectateur par ses accès de violence et de sexe, telle la Nuit de Longs Couteaux qui occupe le centre du film, où une orgie nazie s’achève dans le crépitement des mitraillettes, les râles d’agonie et le sang qui ruisselle sous les corps amoncelés, sinistres pantins désarticulés.

Dès lors les flammes qui s’échappent des gigantesques aciéries des Essenbeck semblent figurer le bûcher funéraire d’une dynastie consumée par l’excès…

Du très grand art…


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