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Forum : Une Femme est une femme

Sujet : Godard mieux qu'Audiard


De Impétueux, le 22 janvier 2006 à 20:01

Eh bien ! Vous allez sûrement vous sentir un peu seul, sur ce site, à défendre Godard (et, parallèlement, à prendre de haut Guitry ! Ce n'est pas vraiment la mode, même s'il y a plusieurs demeures dans la maison du Père !)

Vous n'en avez que plus de courage, sinon de mérite, car à lire les messages dispenbsés sur le fil d'Une femme est une femme, vous allez découvrir, si ce n'est fait, combien nous sommes bon nombre à ne pas supporter les éructations tragi-comiques et la jactance satisfaite du Suisse halluciné.

Je l'ai écrit sur un autre fil de discussion  : le seul mérite de Mai 68 est de nous avoir définitivement débarrassé d'un Godard qui impressionnait tant l'âme faible et bourgeoise de ses contemporains qu'il commençait presque à avoir du succès.

Requiescat in pace !


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De Arca1943, le 22 janvier 2006 à 20:35
Note du film : 2/6

« Epoque audacieuse où on l'on n'hésitait pas à explorer de nouvelles formes sans craindre l'incompréhension du public. »

Au risque de vous accabler en renchérissant sur le commentaire d'Impétueux, il serait plus juste de dire que l'on recherchait à tout prix l'incompréhension du public, tenue pour gage sine-qua-non de qualité. Une mentalité très, très, très semblable à l'élitisme hautain de ces "bourgeois" que les myopes doctrinaires croyaient pourfendre, dont ils se croyaient si différents. Quant aux jeux estudiantins avec la grammaire du cinéma, ils peuvent m'amuser quinze minutes, mais ça ne fait pas un long métrage, à plus forte raison plusieurs. La forme d'un film n'est pas son sujet. Ça doit être pour le même genre de raisons que Schönberg m'ennuie (sauf les oeuvres pour piano seul, mais elles datent toutes sauf une d'avant le dodécaphonisme) tandis que j'adore Bartók…

Cela dit, mes films préférés entre tous datent eux aussi des années 60, une époque d'une fertilité extraordinaire; mais ce ne sont évidemment pas les mêmes.


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De RdT, le 22 janvier 2006 à 23:14
Note du film : Chef-d'Oeuvre

«Eh bien ! Vous allez sûrement vous sentir un peu seul, sur ce site, à défendre Godard (et, parallèlement, à prendre de haut Guitry !» (Impétueux)

«Shönberg m'ennuie (sauf les oeuvres pour piano seul, mais elles datent toutes sauf une d'avant le dodécaphonisme) tandis que j'adore Bartók…» (Arca1943)…

Beau comité d'accueil !!! Je n'en demandais pas tant.

Tout d'abord une précision, je tiens à défendre le cinéma que j'aime quel que soit le risque encouru d'être majoritaire, minoritaire, ou incompris : quoique je préfèrerais qu'on comprenne ce que je dis. Je me saisis plutôt de la possiblité d'une discussion que je crois être libre pour tenter de partager mes passions. Une femme est une femme est un film qui mérite hautement d'être défendu au délà de tous les débats plus ou moins pseudo doctrinaux qui agitent les cercles autorisés. Il mérite d'être regardé avec un oeil naïf de spectateur qui le découvrirait pour la première fois, sans a priori. Ce type de regard produit selon moi les plaisirs esthétiques les plus intéressants. C'est de la même manière, sans idées préconçues, que j'écoute Loulou de Schönberg ou encore «Wozzeck». Ce n'est pas une musique qu'on peut écouter à n'importe quel moment, dans n'importe quelle conditions. Mais quand on prend le temps de le faire alors on a accès à un univers passionnant. Il en va de même pour Godard. Ecoutez ses dialogues comme s'ils étaient du Audiard ainsi que je vous y invite. Je peux vous assurer que vous renouvelerez votre plaisir de spectateur. Faites l'expérience. De toute façon, je ne vais pas en rester là pour Godard, on en reparlera. Quant à Guitry, je ne le prend pas de haut, J'ai le sentiment qu'il faisait très bien son travail, très consciencieusement, un très bon technicien. Mais si en plus il avait été artiste… Bartok lui au moins il l'était, et j'aime beaucoup, ses quatuors notamment.


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De Impétueux, le 22 janvier 2006 à 23:28

Ne vous méprenez pas ! Vous êtes le bienvenu ici et je pense que tous les habituels contributeurs de DVDToile se réjouiront de voir arriver un nouveau camarade ! Le cinéma est assez vaste et divers pour qu'on puisse l'aimer et le célébrer de mille manières ! Il y a entre nous des connivences, des complicités…et des divergences, et c'est très bien ainsi. Pour vous donner un exemple, je partage avec Vincentp bon nombre d'admirations, mais le quitte dès qu'il évoque le cinéma japonais, qu'il apprécie et qui m'indiffère. Et je ne suivrai pas plus Arca dans toute l'étendue du panorama du cinéma italien, qu'il connaît mieux que personne, pas plus que je ne prétendrai l'intéresser aux bluettes des années quarante à soixante du cinéma français, qui font mon miel ! Nous ne sommes pas une secte, vous dis-je !

Je notais simplement que vous faisiez partie d'une espèce inhabituelle en ces lieux, le Godardien.

Mais c'est très bien qu'il y en ait, ça étoffe notre palette ! Si la libre discussion, et la polémique à peu près civilisée ne vous effraient pas, tout va bien ; je suis sûr, d'ailleurs, qu'il y a bien quelques admirations qui nous sont communes… C'est à trouver, mais ça ne doit pas être impossible…


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De RdT, le 23 janvier 2006 à 19:23
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Voilà un film intensément jubilatoire. Un des plus beaux exemples de la créativité des années soixante. Une époque féconde et riche où se côtoyaient Truffaut, et Tati en France, Vera Chytilova en Tchécoslovaquie . Epoque audacieuse où on l'on hésitait pas à explorer de nouvelles formes sans craindre l'incompréhension du public.

Une femme est une femme est un film qui me rend réellement heureux à chaque fois que je le vois. Son générique tout d'abord, joyeusement démantibulé et humoristique, les dialogues ensuite, à écouter à réécouter, à savourer. Citons pour le plaisir cette scène entre Angela (Anna Karina) et Émile (Jean-Claude Brialy) :

«Angela : Tu préfères manger du poisson ou de la viande pour dîner?

(silence, Émile reste plongé dans son journal)

«Angela : Émile!!!

«Émile : Du poisson.

«Angela : Et qu'est ce que tu aurais préféré si tu avais voulu de la viande?

«Émile: J'chsssais pas… Du veau.

«Angela : Et.. Si tu avais voulu du boeuf au lieu du veau, tu aurais choisi un bifteck ou un rôti?

«Émile : Moi??? Un bifteck…

«Angela : Si tu m'avais dit rôti, tu l'aurais choisi bien cuit ou bien saignant?

«Émile: Très saignant.

«Angela : Et bien mon chéri, tu n'as pas de veine, parce que, justement, mon rôti de boeuf est un peu trop cuit.

Ils s'assoient à table. Angela écarte un pot de fleur pour y mettre son rôti calciné. Elle contemple Émile, plongé dans sa revue.

«Angela : Tu es fâché?

«Émile : Non. On ne va pas se fâcher pour ça.

«Angela : Dommage…

Elle se sert un verre de vin.

«Angela : Parce que moi, je suis très "chaînée"»

C'est encore mieux que du Audiard!!! Le jeu d' Anna Karina et Brialy est enthousiasmant. Belmondo (encore inconnu à l'époque) est parfaitement génial dans le rôle d'un marloupin sexy au nom évocateur d'Alfred Lubitsch. Les audaces de mise en scène (qui sont devenues impossibles dans le conformisme Panurgien dans lequel nous vivons) tombent justes pour réveiller le spectateur : interruption inopinée de bandes son, salut des acteurs au spectateurs, succession syncopées de scènes inattendues : Par exemple celle où Brialy joue du balai pendant le commentaire d'un match de foot, une scène d'anthologie… Je vous conseille amicalement de savourer ce beau film durant vos longues soirées d'hiver, et la réplique finale enchantera tous ceux qui ont vécus de belles histoires d'amour. Et…cerise sur le gâteau, il y a la voix d'Aznavour

J'espère, par cette modeste contribution, avoir invité tous ceux qui ne connaissent pas encore Jean-Luc Godard à aller voir Une femme est une femme.


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