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Forum : Le Cas du docteur Laurent

Sujet : A thèse et pourtant attachant


De David-H, le 8 août 2006 à 14:02
Note du film : 4/6

Si le titre de ce film avec Jean Gabin n'évoque pas – ou plus – grandchose, la raison, outre son déni télévisuel, en serait temporelle. En effet, nous sommes dans les années cinquante, une période où la science avance à pas de géant, et où les mœurs se bousculent ça et là. Le cinéma tend d'ailleurs à nous le rappeler volontiers (Le déjeuner sur l'herbe, de Jean Renoir). Ainsi, venu succéder à un confrère dans un village alpestre, un brave docteur parisien (incarné par Jean Gabin donc) tente de démontrer une nouvelle méthode d'accouchement sans douleur. Une méthode révolutionnaire, arrivée seulement cinq ans plus tôt en France, que jugent inacceptable nombreux de ses confrères. A l'époque, si seule la nature prime, les femmes souffrent atrocement lors de la venue au monde de leur bambin. Cela les déchire parfois à vie. Une jeune femme (Nicole Courcel), prête à servir de cobaye, prouvera pourtant les bienfaits de cette théorie relayée par notre cher Docteur Laurent. Un film étonnament instructif, marquée lors de son dénouement, par une scène forte d'un accouchement. Les parties intimes d'une femme restent clairement visibles, pour un film qui, on s'en doute, dût scandaliser à sa sortie. Moins à notre époque bien sûr, où notre attention pourrait se détourner vers le charme provençal et la solidarité entre habitants retranscrits à l'écran. Où la vie sociale avait encore un sens. Nostalgiquement poignant.


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De Impétueux, le 30 mai 2016 à 15:23
Note du film : 4/6

Est-ce que les jeunes pousses peuvent bien imaginer qu'on pouvait, en 1957, réaliser un film militant sur l'accouchement sans douleur ? Je ne parle évidemment ni de pilule, ni et encore moins d'avortement, mais bien, je le confirme d'accouchement sans douleur !

C'est-à-dire qu'il y a, dans cette petite vallée du Haut-Var toute une camarilla de médecins, de sages-femmes, de vieilles rombières, qui estiment qu'un bon accouchement ne peut être qu'un accouchement qui déchire la femme ! Les enfants, on ne les aime bien que si on a souffert ! profère une attardée qui se voit répondre par une moderne Eh bien les vôtres, ils n'ont pas dû vous faire grand mal. (Au fait les dialogues du film sont excellents, souvent drôles et pleins de verve).

Et cela alors même que le Vatican (et c'est Pie XII à l'époque : le moins qu'on puisse dire est que le progressisme n'est pas son truc), que le Vatican, au contraire, prône et encourage cette méthode naturelle d'accouchement, faite de la connaissance par la femme de son propre corps, et d'exercices simples de respiration et de décontraction.

Ça ne s'est jamais passé comme ça ? J'affabule ? Tu parles ! J'ai eu un oncle médecin, bon partisan de l'accouchement sans douleur qui racontait les saletés transportées par ses confrères, les propos selon lesquels si l'accouchement n'était pas douloureux, ça donnerait envie aux femmes de cavaler…

Alors, le film ? Un film à thèse, un film militant ; ce n'est pas souvent bien venu au cinéma et pourtant, là, c'est extrêmement convaincant et ce n'est jamais lourd. Je dirais même que c'est le meilleur du Cas du docteur Laurent.

Voilà en effet un discours qui a la qualité de ne pas s'encombrer d'intrigues superflues, périphériques, qui entraineraient le spectateur sur d'autres chemins que celui où il les mène. Le docteur humaniste et intelligent (Jean Gabin) se consacre au cas de Francine (Nicole Courcel) à qui Antonin (Henri-Jacques Huet) a fait un enfant hors mariage. Ce gommeux minable, tout soumis aux volontés de sa mère acariâtre, avare, méprisable (Orane Demazis) a fui. Pour autant, il n'y aura ni esquisse d'amourette entre le médecin et sa patiente, ni réconciliation avec le père dégonflé. Quand Antonin voudra renouer avec Francine, il se verra renvoyer sans agressivité et sans regret. Il n'y a pas besoin de romanesque pour défendre une belle cause.

Gabin est plein d'humanité et Nicole Courcel ravissante et émouvante. Silvia Monfort surjoue, comme tous les grands acteurs de théâtre, souvent épouvantables au cinéma (Gérard Philipe). (Qu'on remarque bien qu'on peut n'être qu'acteur de cinéma et néanmoins épouvantable : l'apparition de notre vieille connaissance Orane Demazis en est témoignage ; elle est mauvaise, mauvaise… à tous les sens du terme, dans le rôle et dans le jeu…).

Mais dans ce cinéma quinquagénaire, on voit aussi l'épaisseur de la distribution ; c'est sans doute là une différence significative avec les films d'aujourd'hui où tout est focalisé autour des premiers plans. Dans Le cas du docteur Laurent, on se régale en voyant que les troisièmes, les quatrièmes rôles ont aussi quelque chose à dire et donnent de l'épaisseur au récit. Ce n'est pas que dans le film de Jean-Paul Le Chanois il y ait beaucoup de noms et de visages très connus : il faut le goût de l'amateur et un peu de recherche pour reconnaître, dans le docteur Bastide, qui cède sa clientèle au docteur Laurent, Henri Arius ou dans le boulanger Simonet Marcel Daxely ; et pourtant le premier, c'est, dans Quai des Orfèvres, le chansonnier Léopardi qui pose ses mains baladeuses sur Jenny Lamour (Suzy Delair) au grand dam de son grand benêt de mari (Bernard Blier) ; et le second, c'est Garrigou – le Diable déguisé en enfant de chœur – qui pousse Don Balaguère (Henri Vilbert) à escamoter Les trois messes basses dans les Lettres de mon moulin… D'autres encore, Antoine Balpêtré, Georges Lannes ou Michel Barbey

Cela étant, les cœurs secs pourront juger quelquefois niais Le cas du Docteur Laurent ; il ne leur est pas interdit, pour autant, d'être ému lors de la belle scène de l'accouchement sans douleur de Francine…


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