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Forum : Max et les ferrailleurs

Sujet : Troublant polar psychologique


De David-H, le 10 août 2005 à 10:42
Note du film : 5/6

Peu évocateur à l'heure actuelle pour la jeune génération, ce film pourtant majeur des années soixante-dix, essentiel dans la carrière de Claude Sautet, le réalisateur parvenant en effet à réunir, deux ans après, ses héros des « Choses de la vie », Michel Piccoli et Romy Schneider. Or, ce n'est plus du tragique destin d'un couple huppé dont il s'agit, mais d'une relation assez étonnante entre un policier teigneux et une prostituée liée à une troupe de voyous. La bourgeoisie traditionnelle et campagnarde de Sautet a cette fois laissé place à la noirceur et aux quartiers mal fréquentés de Paris. Excellant dans un double-rôle, l'interprétation de Félix et de Max par Piccoli est assez magistrale. Quant à Romy, elle semble à 33 ans, n'avoir jamais été aussi belle, paradoxalement dans ce rôle. La petite déception vient, pour une fois, de la musique de Philippe Sarde, qui nous avait habitué à mieux, avec son piano et ses violons. Impossible, par ailleurs, pour un film majeur de ne pas avoir sa pléiade de seconds rôles : Georges Wilson (le père de Lambert), et trois grands acteurs, tous disparus dans un court intervalle ; Philippe Léotard (2001), Bernard Fresson (02) et François Périer (02). Comme s'il fallait accentuer le caractère émotif de ce polar original, à revoir, même si la télévision semble l'avoir un peu omis ces derniers temps, comme bien d'autres…


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De Impétueux, le 10 août 2005 à 11:45
Note du film : 4/6

Cent fois d'accord avec vous ! A mon sens, c'est un tout petit peu en retrait des Choses de la vie, de César et Rosalie et surtout de Vincent, François, Paul… et les autres qui est mon préféré de cette magnifique tétralogie, sans équivalente, il me semble par la qualité des histoires et des acteurs, la solidité de la structure cinématographique, l'excellence de l'observation des annnées Soixante-Dix.


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De Impétueux, le 14 octobre 2011 à 12:40
Note du film : 4/6

Claude Sautet a longtemps dit que Max et les ferrailleurs était son film préféré. Je trouve que ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux, mais peux comprendre que Sautet ait éprouvé une véritable jubilation en revenant, plusieurs années après L'arme à gauche et Classe tous risques, au genre du polar et surtout en plaçant ses deux interprètes, Romy Schneider et Michel Piccoli dans des emplois carrément inverses à ceux des Choses de la vie dont ils venaient de faire un triomphe.

Et d'une certaine façon, c'est une parfaite réussite, les bourgeois opulents devenant l'une une prostituée allemande qui a connu une existence chaotique, l'autre un inspecteur de police obsessionnel et puritain. Mais ça tient plus de la performance que de la véritable nécessité, à mes yeux, un peu comme un joueur de filet qui déciderait de se cantonner au fond du court et parviendrait néanmoins à remporter Wimbledon : c'est remarquablement mené, rythmé, interprété, ça fonctionne très bien, mais ça rend tout de même, par rapport aux chefs-d'œuvre de Sautet un son un peu artificiel, un peu dénaturé…

Les meilleures des scènes me semblent être, d'ailleurs, celles où le réalisateur laisse libre allure à son extraordinaire talent de filmer les ambiances enfumées des bistrots, les réunions d'hommes, la variété des groupes humains : la présentation de l'équipe de minables voyous gagne-petit est aussi bien amenée que beaucoup de séquences de Vincent, François, que la virevoltante fête de César et Rosalie, que l'engluement dans la boue des personnages de Mado. Sautet est toujours parfait lorsqu'il filme des ensembles, et l'enchevêtrement des relations complexes des individus. Il me semble être, sauf exception, moins à l'aise dans des rapports plus intimes surtout lorsqu'ils se fondent sur certaines conventions romanesques un peu forcées.

Autant le dire, je ne trouve pas très convaincant le scénario de Max et les ferrailleurs, issu d'un roman policier comme il y en a tant, fondé sur une sorte d'autisme psychologique de Max (Piccoli, donc) ancien juge d'instruction aisé, parce que sa famille possède des vignes, devenu Inspecteur principal et obsédé par le flagrant délit. On voit mal, dès l'abord, comment un magistrat puisse se confiner dans l'emploi subalterne d'inspecteur de police. On s'étonne, dès lors, des relations assez singulières qui existent moins entre le chef de la Brigade (Georges Wilson), dont on peut penser qu'il est impressionné par l'intelligence et la disponibilité de Max que par le ton que celui-ci emploie avec le Commissaire Rosinsky (François Périer) qui lui est hiérarchiquement supérieur et à qui il paraît donner des ordres. Le retournement final, après le hold-up manqué, et la revanche de Rosinsky, qui traite alors Max en subordonné n'acquièrent pas pour autant de vraisemblance.

Et moins encore la folie meurtrière de Max assassinant Rosinsky qui veut coffrer Lily (Schneider) dont Max s'est rendu amoureux, au fil des jours… Wikipédia m'apprend que Claude Sautet eut du mal à trouver la fin de son histoire. Dans une première version, Abel (Bernard Fresson) se vengeait de Max en le tuant et finissait condamné à mort. Dans une autre, Lily rendait visite à Abel en prison qui l'interrogeait sur ses sentiments pour Max. J'aurais préféré l'une ou l'autre des deux fins, surtout la seconde, plus ouverte, moins romanesque. Celle que Sautet a choisie me semble vraiment inutilement mélodramatique.

Bon. Ayant écrit cela, je ne voudrais pas donner l'impression d'une déception : Sautet est un cinéaste majeur, un réalisateur qui sait susciter l'intérêt et l'empathie et qui filme avec un sens très sûr des atmosphères : les bistrots, donc, (et leurs lampes à abat-jour aux couleurs des whiskies Haig ou Black & White, ou du champagne Pommery) mais aussi les bureaux de la police, les rues de Paris, filmées dans une lumière froide…

Et puis des scènes formidables : celle, par exemple, où Max photographie Lily dans la baignoire ; a-t-elle jamais été aussi séduisante qu'avec le feutre de Max sur la tête ?


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