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Forum : Gervaise

Sujet : Noirceur rare...


De dumbledore

L'Assommoir est devenue Gervaise et à cette substitution de titre, on peut faire correspondre celle du sujet du film. Il ne s'agit pas de montrer les ravages de l'alcool, thèse du livre de Zola, mais de camper un personnage complexe. Gervaise, interprétée avec brio par Maria Schell (meilleure actrice au Festival de Venise), est tout à la fois naïve et les pieds sur terre, blasée et romantique, fragile et forte… Tous les contraires à la fois… Mais surtout, elle est touchante dans sa force de vie, sa volonté de s'en sortir à tout prix pour la simple raison qu'elle n'a pas le choix. Le drame est rendu avec une noirceur rare dans le cinéma français de cette époque.

La mise en scène de Clément est très impressionnante de modernité. Sa caméra bouge très souvent (et non pas inutilement), quasiment chaque plan passe par plusieurs valeurs de cadres différents. La lumière est découpée au couteau, très expressionniste et plusieurs scènes mélangent réalisme et symbolisme avec brio, comme par exemple toute la scène du mariage, terrible de pathétique et en même temps si vivante…

Tout le film est aussi aidé par ces têtes de turcs de la Nouvelle Vague, Aurenche et Bost, qu'il est temps enfin (merci M. Tavernier) de remettre au rang de grands scénaristes et dialoguistes de l'histoire du cinéma français.


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De kNch, le 28 avril 2005 à 14:46

Pour ce qui est des mouvements de caméra utiles, le meilleur exemple est sans doute la scène du repas, où la majorité des mouvements sont motivés, tantôt par le plat de viande, tantôt par la bouteille de vin, ou les entrées et sorties de Virgine…


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De Impétueux, le 29 avril 2005 à 15:20
Note du film : 5/6

Maria Schell vient de mourir, paraît-il dans un extrême dénuement, comme Gervaise ; outre l'inoubliable interprète d'Une Vie, d'Alexandre Astruc qui mériterait bien un DVD (tiens ! je vais aller le demander !) elle avait été cette pauvre fille fragile et émouvante, peut-être un petit peu plus convaincante au début du film, lorsqu'elle se bat si vaillamment contre la misère et l'hérédité Macquart (et pas simplement dans la superbe scène du lavoir, avec l'impériale Suzy Delair-Virginie) qu'à la fin lorsque la déchéance la saisit toute entière.

Le film de René Clément n'est pas apprécié à sa juste valeur, comme d'ailleurs toute l'oeuvre de ce franc-tireur du cinéma français.


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De gigi2, le 2 août 2007 à 00:25

Encore une exageration d'impétueux! Maria shell n'est pas morte dans le dénuement et encore moins dans la misère de Gervaise! A quoi bon ce type de réaction; il faut vérifier ses informations et ne pas prendre ses fantasmes pour la réalité! Même si cette comédienne larmoyante et qui certes ne s'en tire pas mal dans le rôle de Gervaise, n'était plus au sommet de sa gloire depuis longtemps. Les films hollywoodiens auxquels elle à participé par la suite lui ont épargné cette fin.


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De Impétueux, le 2 août 2007 à 08:35
Note du film : 5/6

1 – C'est Le Monde, dans sa notice nécrologique, qui a indiqué la misère dans quoi vivait Maria Schell lors des dernières années de sa vie

2 – Il est possible que ce journal se soit trompé, mais je lui accorde une certaine crédibilité, davantage, en tout cas, qu'une internaute qui prétend que l'actrice a tourné des films hollywoodiens, alors que sa fiche Imdb mentionne exclusivement des apparitions dans des téléfilms allemands, dont la dernière remonte à 1995, dix ans avant sa mort.

Entre Le Monde et Imdb, d'une part et gigi2, d'autre part, ma conviction est vite faite…

Choisir des terrains plus solides pour venir me contredire serait une mesure intelligente…


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De gilou40, le 18 mars 2011 à 18:03

Ah ! si….Gilou va oser contredire votre Altesse. Maria Schell a travaillé à Hollywood pour la Métro-Goldwin-Meyer . Les frères Karamazov de Richard Brooks La colline des potences de Delmer Daves ou encore la ruée vers l'Ouest avec Gary Cooper, film d'Anthony Mann . Sans oublier Superman de Richard Donner. Pas une immense carrière Américaine, mais il faut en convenir, Maria Shell a tourné à Hollywood. On lui prête même une aventure avec le beau Glenn Ford

0h50 : Suis-je bête : Tous les films Américains que j'ai cité sont sur ce site !


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De Impétueux, le 21 mars 2011 à 16:33
Note du film : 5/6

Mon Altesse voulait seulement dire – sûrement maladroitement – que par rapport à celles de Sophia Loren ou de Deborah Kerr, la carrière hollywoodienne de Maria Schell n'avait pas été très éclatante…


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De vincentp, le 13 décembre 2011 à 23:21
Note du film : 6/6

"La mise en scène de Clément est très impressionnante de modernité. Sa caméra bouge très souvent (et non pas inutilement), quasiment chaque plan passe par plusieurs valeurs de cadres différents."

Effectivement ! La qualité de la photographie, le brio de la mise en scène de René Clément (je rejoins également Impétueux quant au caractère magnifique de la scène du lavoir), l'utilisation de la voix-off aussi, rendent ce spectacle assez horrifique (que de tares additionnées au sein du petit Paris !) attrayant, et une source de méditation pour le spectateur.

L'univers de Zola (que je n'aime pas du tout) est véritablement cauchemardesque. Son adaptation par René Clément et ses collaborateurs est heureusement un enchantement pour les cinéphiles.

Nb : le registre de Maria Schell (incarnation à l'écran de la brave fille un peu simplette) était sans doute restreint, mais elle est crédible notamment dans La colline des potences aux côtés de Gary Cooper.


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De DelaNuit, le 14 décembre 2011 à 10:54

La composition de Maria Schell est plus et intéressante dans le rôle ambiguë de Grouchenka face à Yul Brynner dans Les frères Karamazov. Son sourire habituellement candide y est une façade cachant des zone plus obscures… Hélas, ce très beau film est inédit en DVD…


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De Impétueux, le 14 décembre 2011 à 22:53
Note du film : 5/6

DelaNuit évoquait évidemment Les frères Karamazov, et non le Gervaise de Clément, dont l'édition DVD est mentionnée sur le site.


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De Impétueux, le 12 septembre 2014 à 14:15
Note du film : 5/6

Du roman foisonnant d'Émile Zola, septième titre (sur vingt) et premier grand succès du cycle des Rougon-Macquart, René Clément a tiré un film de grande qualité, dont on peut toutefois regretter l'édulcoration par rapport à l’œuvre originelle ; et ceci bien que les adaptateurs soient Pierre Bost et Jean Aurenche à qui la cruauté et la méchanceté n'aient jamais fait défaut.

Vous trouvez Gervaise édulcoré par rapport à L'assommoir ? vont sans doute se récrier ceux qui n'ont jamais lu le livre de Zola ou n'en conservent qu'un souvenir scolaire (comme si on ne pouvait pas lire et relire les classiques à tout âge !)… Eh oui… malgré une approche réaliste, malgré une grande qualité d'interprétation, malgré l'audace de certaines scènes (Coupeau – François Périer- ronflant dans son vomi), malgré le regard pathétique de la petite Nana (Chantal Gozzi) sur sa mère en train de sombrer dans l'alcool, regard qui porte à la fois toute la tristesse, mais aussi toute l'indifférence du monde, je tiens que Gervaise pouvait aller plus loin.

Essentiellement parce que René Clément présente son personnage, idéalement interprété par Maria Schell, comme une sorte de pauvre victime courageuse du mauvais sort et de la malfaisance des hommes et de l'époque. Zola, lui, n'a pas beaucoup de sympathie pour Gervaise, sans doute dure au mal comme une bête de somme, mais caractère faible, médiocre, lâche, prompte à la veulerie et à l'alcoolisme ; une femme qui se laisse facilement aller, grossit, s'enlaidit en cédant à sa propre pente. Et aussi parce qu'il introduit un bout de critique sociale, alors que le roman présente avec une égale laideur possédants et prolétaires. En somme L'Assommoir n'est pas un mélodrame, mais Gervaise l'est un peu et vient faire un peu de retape vers l'émotion et la larme compatissante.

Cela n'est critique qu'en parallèle à un livre que j'apprécie particulièrement. Et Gervaise est un film magnifique, réalisé avec un immense brio par René Clément dont on s'étonne toujours qu'il ne soit pas spontanément cité parmi les très grands noms du cinéma français – du cinéma mondial – du dernier demi-siècle (deux Oscars, pour Au delà des grilles et Jeux interdits, un Lion d'Or pour de dernier film, un BAFTA pour Gervaise) ; la haine que lui portaient Les Cahiers du cinéma, et particulièrement François Truffaut y sont sûrement pour grand chose, le terrorisme intellectuel étant particulièrement bien porté dans la France des années 50 à 80…

On comprend d'ailleurs cette aversion : il y a dans Gervaise des tas de choses que les petits marquis qui voulaient se faire une place au soleil détestaient tout particulièrement : le tournage en studio (et là, ils n'avaient pas toujours tort, certains décors faisant un peu carton-pâte), mais aussi la composition du film autour de morceaux de bravoure (en vrac, ici, la visite des noceurs au Musée du Louvre, le banquet autour de l'oie grasse, la scène de delirium tremens de Coupeau) et la part prépondérante donnée aux acteurs.

Sous réserve de ce que j'ai écrit plus avant, Maria Schell est une Gervaise idéale, grâce à son sourire timide, son visage déjà un peu fané, déjà vaincu, à une chair pauvre qu'on devine travaillée par sa lourde hérédité alcoolique et par la chienne de vie. Armand Mestral, qui joue Lantier, le premier amant de Gervaise et le père d'Étienne (qu'on retrouvera dans Germinal) et de Claude (L’œuvre) a l'exacte veulerie qu'on peut prêter à pareille canaille (au fait, je ne compte pas le troisième fils, Jacques (La bête humaine) que Zola n'avait pas encore inventé lorsqu'il a écrit L'Assommoir). François Périer est absolument parfait en Coupeau, le brave ouvrier couvreur qui, après être tombé d'un toit, sombre dans le pire alcoolisme. Et beaucoup d'autres encore, Micheline Luccioni, grande fille excitée, Hubert de Lapparent, Jany Holt, bijoutiers en chambre parcimonieux, Mathilde Casadesus, concierge tour à tour mielleuse et odieuse…

Et puis la grande Suzy Delair, Virginie fessée par Gervaise dans la grande scène du lavoir et qui, devenue la femme du solennel sergent de ville Poisson (Lucien Hubert) va la poursuivre de sa haine… Il me semble que le film lui donne un rôle bien plus important qu'elle n'en a dans le roman, mais cette accentuation est un vrai bonheur : séduisante, méchante, envahissante, elle fait passer sur son visage en simple clignement d’œil tant et tant de choses… Je lis aujourd'hui qu'à 96 ans, elle est toujours vivante, alors que je la croyais morte…

Je vous demande bien Pardon, Madame ; d'ailleurs Mila Malou et Jenny Lamour ne peuvent pas mourir. Et Virginie Poisson pas davantage.


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