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Forum : La Vache et le prisonnier

Sujet : Critique


De dumbledore

Il y a quelque chose d'un peu bizarre à écrire une critique sur un film comme La vache et le prisonnier. C'est un peu comme avoir à se demander qui est réellement un ami que l'on connaît depuis dix ans et dont on a perdu l'habitude de se poser la moindre question.

Et pourtant, à y réfléchir (et revoir d'un oeil critique), le film de Verneuil en sort avec les honneurs. Il y a d'un côté Fernandel, qui ne surjoue pas, qui alterne comédie et sérieux, il y a les dialogues épatants de Jeanson (qui font des fois un peu mot d'auteur). Mais surtout, il y a une présentation des Allemands qui détonne par un courage étonnant. Ils ne sont pas caricaturaux! Chose rare. Certes les militaires ont droit à quelques moqueries, mais Verneuil a su montrer les gens du peuple comme eux aussi victimes de la guerre. Pour l'époque, c'était déjà osé… et politiquement incorrect. Rien que pour ça, bravo monsieur Verneuil.


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De Gilou40, le 3 avril 2010 à 02:32
Note du film : 5/6

Quelle surprise ! Un seul message (et non des moindres) sur le fil de La vache et le prisonnier ??

Il y a quelque chose d'un peu bizarre à écrire une critique sur un film comme La vache et le prisonnier. C'est un peu comme avoir à se demander qui est réellement un ami que l'on connaît depuis dix ans et dont on a perdu l'habitude de se poser la moindre question. Mais oui, c'est tout à fait ça….Ce film est entré dans notre vie un peu comme Les disparus de st Agil ou jeux interdits  : Il existe et nous l'avons gardé dans un coin de notre coeur, comme un parent que l'on aime bien à revoir souvent, sans arrières pensées.

Les films sur les évasions, ils sont très nombreux et variés. Le Comte de Monte-Cristo, Le joueur d'échecs, Si Paris nous était conté, avec les péripéties du Sieur Latude et ses multiples évasions de La Bastille, Le trou, L'évadé d'alcatraz les évadés de sobibor et autre La grande évasion, pour ne citer qu'eux. Les deux dernières étant moins intimistes que les autres…

Histoire vraie vécue, parait'il, par Jacques Antoine de la télévision Française, cette La vache et le prisonnier est un beau livre d'images. J'ai presque envie de dire, un film à sketches, tant chaque scène est à elle seule un petit scénario. Et puis cet évadé, on a l'impression de bien le connaitre. Non pas parce qu'il s'agit de notre Fernandel national, mais parce que c'est le papa, le tonton, le papy, le cousin qui aurait pu nous la raconter cette histoire. Pas de cascades, pas de bling-bling à l'Américaine, et puis peut-être et surtout, pas de fusillade, de morts. Du moins, pas sous nos yeux…Juste cette autorité que subissaient les perdants, et le bruit de quelques bombes pour nous rappeller que nous ne sommes pas dans le guide du routard, malgré les paysages que nous offre une forêt noire magnifique.

D'abord cette bande de copains, prisonniers dans une ferme comando (?). La vie s'écoule doucement pour eux. Tellement doucement, que Fernandel y reprendra gôut quelques années plus tard en compagnie de Anne-marie Carrière pour La cuisine au beurre… Ces copains de galère pour notre héros. Ces amis, ces trognes que l'on connait, reconnait si bien :Albert rémy, rené Havard, Maurice Nasil ! "-Ou ai je vu ce type ?-" Mais oui ! Il jouait dans La vache et le prisonnier

Et puis viendra la lassitude de Charles Bailly…Làs des interminables parties de belote et d'apprendre l'Anglais sans accent et l'Allemand sans douleur, il prendra congé de ses copains d'infortune. Commencera alors la longue randonnée de Papa, tonton, cousin… L'idée de franchir les lignes ennemies avec une Marguerite de vache n'est pas si bête.
"- Danke schön, Marlène, danke schön Josépha, danke schön….Madame !-"
Et les petits scketches dont je parlais plus haut vont se succéder. D'abord le retour inopiné avec un trop brave Allemand, puis la rencontre avec les russes qui veulent manger Marguerite (Caro !) contre des vêtements civils. Le joli passage ou il est reçu par des paysans , pas dupes, pendant que Marguerite compte fleurette avec le taureau. L'enfant de la maison est à Marseille. Il chantera à une mère inquiète et à une soeur bien jolie la chance de ce soldat. "-A Marseille, il y a du soleil comme si il en pleuvait..-" Puis il repartira, de forêts en plaines et de plaines en forêts…Pour arriver au camp de travail ou il fera la connaissance de colinet, Albert Rémy. Cet étrange chantier d'ou émane des bruits de bouches faisant croire aux surveillants qu'un travail intense y est fourni. Qui n'a pas imité une fois dans sa vie les "Riiiig zzzzzz! riiiiig Zzzzzzzzz ! de ses ouvriers fatigués ? Nous rencontrerons un acteur "au cul pavoisé" dont je ne connais pas le nom. Mais nous reconnaitrons de suite la voix de John Steed…

Puis le pont écroulé. Le génie Allemand qui en construit un en hâte dans la nuit. Les soldats au garde à vous devant Charles et sa vache….La nuit d'orage passée dans un trou, au milieu d'un camp de soldats Allemands . "-J'avais une vraie faim. Une faim de pauvre…-" Il les entendra, affamé, évoquer La Tour D'Argent et La Caille à la Périgourdine, "Joséphine Champagne", et d'autres douceurs inssuportables…. Et puis encore l'arrivée dans le cimetière ou deux faux Allemands (Français évadés) lui feront la peur de sa vie : "-Oh oui, merde ! Finissons en !-" Et puis la séparation d'avec Marguerite avec cette musique qui nous rentre par une oreille et ne ressort pas par l'autre… Jusqu'au retour que l'on sait.

Mais je vous raconte tout cela, et surement pas dans l'ordre, comme si vous ne l'aviez jamais vu….Mais qui en ce pays n'a pas vu ce film ? Je suppose qu'à l'époque il était ce que sont Bienvenue chez les Ch'tis aujourd'hui. Il est doux ce film. Il passe par dessus la guerre, sans jamais nous la faire oublier…C'est une belle promenade pleine de cette tendresse que seuls les évènements les plus forts peuvent procurer. Un regard bovin et un visage chevalin qui ne se moquent pas mutuellement… On a (en tout cas, moi) grand plaisir à le voir et le revoir ce film. Mais, comme le souligne Dumbledore, sans le critiquer jamais…

Papa, Tonton, le cousin, le papy,…On ne touche pas à la famille. Et encore moins aux animaux.


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De stronibein, le 3 avril 2010 à 16:49
Note du film : 5/6

Oui, "La Vache et le Prisonnier est dans la tradition du cinéma à la fois populaire et de qualité…

Quant aux Allemands présentés de manière non caricaturale, vous souvenez-vous du film "Le Passage du Rhin", d'André Cayatte, sorti en 1960 ?

Il a changé les préjugés sur les Allemands de l'ado de 15 ans que j'étais ,gavé de exploits des résistants de la onzième heure, et l'a décidé à travailler au rapprochement franco-allemand lancé par de Gaulle et Adenauer.


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De Impétueux, le 15 juin 2011 à 23:43
Note du film : 4/6

D'abord un petit coup de haine contre la version que j'ai imprudemment acquise, dans la collection consacrée à Fernandel ; un film disponible uniquement en version colorisée, avec ses couleurs pisseuses et sa fausse modernité ; on peut naturellement toujours régler son téléviseur pour qu'il vous efface ces immondices, mais c'est tout de même absolument dégueulasse. Même l'affreux René Château, dans son édition du surévalué Fanfan la tulipe, offrant à ses thuriféraires et à ses stipendiés la vision du cavalcadant et avantageux Gérard Philipe n'avait pas osé se limiter ainsi et a donné à voir, sur le même disque, les deux versions, la colorisée pour les barbares, et l'authentique pour les gens normaux.

Puis l'évidence que ce film-là fait partie de notre patrimoine profond ; non pas qu'il soit empli de suspense, ni d'angles de vue originaux, non pas que les péripéties qui s'enchaînent soient d'une folle originalité (mais on le fait remarquer avec pertinence, c'est une histoire vraie, où l'invraisemblance est tout, sauf invraisemblable), mais parce que c'est notre histoire.

C'est en tout cas notre histoire en 1960 ; ce genre de film n'aurait pu être réalisé ni avant, où les blessures étaient encore trop à vif, ni après, où l'horreur de l'Holocauste a graduellement empli le paysage, finissant par faire oublier, ou plutôt mettre au dernier plan les autres aspects de la guerre.

1960, c'est l'époque où les jumelages entres villes françaises et allemandes sont continus, où un quart des lycéens français apprend l'Allemand en première langue, où l'Allemagne rhénane, heureusement séparée de sa partie prussienne, gardée bien au chaud par la Russie, retrouve sa prospérité tout en conservant ses complexes et finance sans barguigner l'expansion européenne.

D'ailleurs, où sont les Nazis, dans La vache et le prisonnier ? Nulle part, ou presque… Les deux officiers qui viennent éructer à la ferme dont s'est échappé Charles Bailly (Fernandel) et, tout à la fin, les gestapistes qui arrêtent les deux loustics français déguisés en capitaines de la Wehrmacht (Pierre-Louis et Richard Winckler), laissant passer Charles et Marguerite. Sinon, ce ne sont que braves gens, compréhensifs, ouverts ou poursuivis par la fatalité des guerres.

C'est ce qu'avaient ressenti des dizaines de milliers de prisonniers français, aveugles ou aveuglés sur ce qui se passait plus à l'est, à Majdaneck, Sobibor ou Treblinka. En 1960, des tas de gens avaient vécu cette réalité quinze ou vingt ans auparavant et on ne pouvait pas leur raconter les fariboles qui sont notre lot commun d'aujourd'hui, où la honte de n'avoir rien su rejoint celle de n'avoir rien fait. Les prisonniers de La vache ne sont pas très sensiblement différents, dans un autre contexte de ceux de La grande illusion : être prisonnier fait partie du jeu de la guerre et, si l'on s'évade c'est bien pour revoir sa femme ou sa terre. On est très loin de L'armée des ombres, qui fut une autre réalité, pour les quelques héros lucides qui ont vu le vrai visage de la Bête.

En 1960, deux hommes d'État exceptionnels, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer gouvernent la France et l'Allemagne dans une atmosphère de cordialité, de sympathie, d'estime ; le traité de l'Élysée, de janvier 1963 scelle une union et des perspectives de coopération, mises à mal par la malencontreuse arrivée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun, en 1972, qui va tout ficher en l'air…

Aucun rapport avec le film ? Voire ! Dans ce bijou de tendresse l'envie de la réconciliation de deux peuples épuisés est évidente et rassérénante ; on ne se gratte pas les cicatrices pour les rendre plus laides encore ; on y pratique ce qui, dans l'histoire des peuples, est bien plus important que le Devoir de mémoire dont on nous rebat aujourd'hui les oreilles : l'Obligation d'oubli, seule voie possible pour que la vie sociale ne soit pas alimentée uniquement par le pus de la rancœur…

Ah ! Tout de même un reproche, simplement : l'omniprésence du thème musical, à l'harmonica, certes réussi, mais tout de même trop sommaire pour être continuellement ressassé…


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De Commissaire Juve, le 16 juin 2011 à 15:09

Pour avoir le film en noir & blanc (très beau master), il faut acheter l'édition StudioCanal grise (la collection "classique StudioCanal"). J'ai vu qu'on en trouvait encore à des prix acceptables (autour de 20 euros).

Sinon, il est effectivement scandaleux que la version colorisée ait été mise en avant, dans une collection "bon marché" (par le même éditeur qui plus est).


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De Gilou40, le 16 juin 2011 à 15:27
Note du film : 5/6

Et c'est ce Film qui le premier, en Mai 1990, a ouvert la voie au désastre de la colorisation des films en France…Puis Les tontons flingueurs et le cave se rebiffe connurent le même attentat culturel…


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De Tamatoa, le 16 juillet 2013 à 23:47
Note du film : 5/6

Je viens d'entendre une interviouw de Bernard Musson qui nous apprend, devinez quoi : Que Marguerite s'appellait en fait….Dora. C'est pas une info, ça ? Ca m'a fait tout drôle…


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