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Forum : Les Chaussons rouges

Sujet : Chef-d'oeuvre ?


De Cormega, le 31 juillet 2005 à 22:50
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Ce film est vraiment un chef-d'œuvre magistral du tandem Powell – Pressburger.

Les acteurs sont formidables et particulièrement celui qui tient le rôle de Lermantov (vraiment impressionnant) et le technicolor est fabuleux.

Il y a beaucoup d'autres choses qui me font aimer ce film mais je n'arrive pas à m'exprimer; rien que la vision de ces chaussons rouges provoque des émotions, et le spectacle qui dure et qui prend des tournures irréelles et magiques, c'est génial.

Et pourquoi ne pas sortir un coffret Powell – Pressburger avec aussi le "Narcisse Noir" et "Une question de vie ou de Mort", deux autres superbes films.


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De Impétueux, le 7 août 2010 à 21:53
Note du film : 3/6

Comme j'ai hérité un coffret (qui comprend aussi 49e parallèle, Colonel Blimp et Le narcisse noir) et que le nom de Powell m'est connu depuis qu'il a sur ce site des admirateurs passionnés et convaincants, à l'opinion de qui j'ai foi, j'ai regardé tout à l'heure Les chaussons rouges et je suis bien perplexe, comme quelqu'un qui n'ose pas trop dire qu'un film dont on lui a promis monts et merveilles l'a profondément ennuyé.

J'ai sans doute eu tort de commencer le cycle par une œuvre focalisée sur une des activités humaines qui m'indiffèrent (et souvent m'insupportent) le plus au monde : la danse classique ; je me suis toujours demandé comment il pouvait exister des amateurs passionnés d'entrechats et de jetés-battus, comment les tutus et les pointes pouvaient exalter le cœur d'amateurs enamourés. Et naturellement, lorsque un film tourne autour de cette fascination, qui m'est totalement incompréhensible, il me semble normal qu'il m'ennuie et me semble, même, légèrement ridicule.

J'espère bien naïvement que les autres films du coffret tourneront autour de thèmes qui m'intéresseront davantage, parce que là, j'ai subi une énergique purgation autour d'un mélodrame à quoi je n'ai pas adhéré une seule seconde.

La balance faite entre la vocation artistique et l'amour pour un être, ça n'est pas tellement rare : c'est même ce qui sous-tend un film aussi merveilleux que French Cancan ; mais alors que chez Jean Renoir, l'histoire touche des personnages de chair et de sang, et dessine des caractères merveilleux, le trop long film de Michael Powell ne fait qu'esthétiser à qui mieux mieux et ne donne à aucun des personnages une substance qui puisse permettre la moindre empathie.

C'est bien beau de faire du style et de multiplier les performances techniques qu'égrène avec complaisance Bertrand Tavernier dans un des multiples suppléments de l'édition ; mais un film, ça n'est pas, ça n'est vraiment pas qu'une accumulation de défis surmontés et si on dit bien volontiers "Bravo l'artiste !", on applaudit du bout des doigts et en s'ennuyant passablement, comme avec un concert de musique de chambre, si l'on n'est pas amateur assidu de quatuors à cordes.

Je n'ai rien contre les mélodrames, je reconnais volontiers que Serge Diaghilev est un nom important dans l'évolution artistique du siècle dernier, j'apprécie le raffinement civilisé du jeu d'Anton Walbrook, parfait maître de cérémonie de La ronde de Max Ophuls, j'admets bien volontiers que les angles de prises de vues, le brio du montage, le traitement de la couleur de Powell sont intéressants et rares…

Mais enfin, c'est très extérieur, très esthétisant, très vain. J'irai voir les autres films du coffret, mais je me trouve ce soir déjà un peu sceptique…


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De vincentp, le 7 août 2010 à 23:42
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Le problème, c'est que vous avez été maxi-formaté par le cinéma français des années 30 à 50 (de Duvivier à Autant-Lara) et que les univers oniriques ou décalés (exemple, celui de Powell) vous sont difficiles d'accès. Vous auriez du commencer le coffret par Le narcisse noir, qui présente certains aspects assez cartésiens (?), et est peut-être le plus facile d'accès, pour vous. En tous cas, tous les voeux de la rédaction de dvdtoile vous accompagnent pour ce choc culturel, qui s'apparente à un saut en parachute !


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De Impétueux, le 8 août 2010 à 00:50
Note du film : 3/6

Bien aimable ! Mais comment expliquez-vous, alors, que je tiens David Lynch pour un des plus grands et que tout ce qu'il fait m'émerveille ? Et que, dans un autre registre, les folies furieuses de Emir Kusturica m'emballent ?

Vous ne devriez pas être si primaire, Vincentp; vous pouvez et devez mieux faire… Cela dit, je regarderai Le narcisse noir et Colonel Blimp ; mais ça ne m'éclairera pas sur le goût que certains ont du ballet…


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De vincentp, le 8 août 2010 à 09:27
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Lynch : un univers fantastique que vous connaissez puisque vous avez été amateur acharné de science-fiction dans les années soixante-dix. Un brin onirique, mais cela passe pour vous…

Kusturica : un univers truculent, slave, haut en couleur, proche de celui de Mikhalkov. Finalement des accointances avec la culture française.

Powell (allié à Pressburger) : un des cinéastes préférés des cinéphiles (par exemple le cinéaste préféré de Martin Scorsese, un de mes cinéastes préférés aussi), mais à dominante fortement onirique (Le narcisse noir, Je sais ou je vais, A canterbury tale, Colonel Blimp, Une question de vie ou de mort, La renarde)… Parfois, les personnages s'allongent dans l'herbe et regardent passer les nuages… ou bien se souviennent de leur passé, comme D Kerr dans Narcisse noir.

C'est amusant, je regardais récemment A canterbury tale et me demandais ce que vous en penseriez, tellement c'est non-académique.

J'ai peur que vous ne reproduisiez le syndrome Lawrence d'ArabieLa fille de Ryan vous indisposerait également. Car Powell comme Lean sont britanniques !

Bon, on ne peut pas tout aimer. J'ai du mal avec le cinéma allemand (conceptuel et rigoriste) : Fassbinder, Wim Wenders… Ai eu du mal à rentrer jadis dans les univers musicaux de Bob Dylan, du jazz, mais y suis pleinement aujourd'hui.

Nous ne pouvons que vous inciter à perséverer dans votre exploration cinématographique, à la découverte de vous-même !

NB : le film le plus simple d'accès de Powell reste Le voyeur.


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De vincentp, le 14 juin 2012 à 23:15
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Oui, chef d'oeuvre ! Revu ce soir en version blu-ray (de toute beauté). Les chaussons rouges bénéficie d'une côte énorme outre-atlantique (voir les avis de Coppola ou Scorsese à son sujet). Selon le Lourcelles, ce film a longtemps figuré parmi les plus grosses recettes cinématographiques aux Etats-Unis. C'est sans doute parce qu'il montre aux américains l'Europe telle qu'ils se l'imaginent. Une Europe d'opérette, avec des gens bien élevés, bien habillés, plein d'esprit et de savoir-vivre, et de culture. Une Europe agglomérat étrange de traits de société russe, français et britannique. Mais un succès au box-office qui s'explique aussi par de grandes qualités formelles.

Car le film est extrêmement bien fait (plans, couleur, dialogues), même si nombre de personnages tendent vers le guindé, même si des rebondissements de l'histoire peuvent sembler académiques. Des fulgurances de forme et de fond bienvenues contrebalancent cet aspect guindé. Mais n'est-ce pas le sujet même du film ? Débusquer la réalité cachée derrière les apparences sociales. Imaginer une autre réalité, libérée des contingences matérielles. Ceci via des séquences quasi-oniriques et subliminales, par exemple lors du fameux ballet qui traduit et amplifie en quelques secondes la vision imaginée auparavant par le chef d'orchestre à propos de la danseuse. Fulgurances d'idées et d'images fortes aussi lors de la séquence de la promenade de la calèche au bord de la mer : les dialogues de (sans-doute) Pressburger, existentiels mais toute en finesse, font mouche et confèrent à ce bref instant une superbe dimension dramatique.

J'ai complètement accroché cette fois-ci à ce film, mais il est clair que l'humeur du moment du spectateur peut faire pencher la balance dans un sens moins favorable. Ce n'est pas pour un spectateur européen contemporain un film forcément facile d'accès.


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De DelaNuit, le 27 octobre 2015 à 14:38
Note du film : 6/6

L’argument des Chaussons rouges est tiré d’un conte d’Andersen, lui-même inspiré d’une légende ancienne : comment une jeune fille avide de danser et souhaitant se rendre au bal se voit remettre par un étrange personnage une paire de chaussons magiques. Ceux-ci lui permettront d’assouvir sa passion de la danse pendant la fête en lui donnant une grâce et une énergie remarquables et en suscitant l’admiration de tous, mais le prix à payer est terrible puisqu’ainsi envoûtée et incapable de retirer les dits chaussons, elle ne pourra plus cesser de danser et continuera jusqu’à total épuisement, jusqu’à la mort.

On retrouve de telles légendes un peu partout, et le recensement des contes populaires de la France mystérieuse elle-même propose un certain nombre de contes où des lutins, des korrigans ou des fées rencontrés sur la lande ou dans un bois propice aux esprits invitent d’aventureux promeneurs à entrer dans une danse qui ne finira qu’avec leur total et fatal épuisement. Une scène semblable avait d’ailleurs été prévue dans Legend de Ridley Scott mais n’est pas présente au montage final, bien que sa musique trépidante puisse être entendue dans l’intégrale de la bande originale de Jerry Goldsmith.

Les chaussons rouges : tel est le ballet qui va propulser la jeune ballerine Vicky Page(Moira Shearer), passionnée et ambitieuse, vers la notoriété au sein de la compagnie Lermontov. Mais l’argument du ballet ne concerne pas seulement la scène et se jouera également dans la vie et le destin de la jeune femme, car le prix à payer pourrait bien se révéler aussi exorbitant que celui de la légende. En effet, l’intransigeant directeur de la compagnie qui a décidé d’en faire une star considère l’art (en l’occurrence musique et danse) comme un idéal nécessitant les plus grands sacrifices, y compris celui de la vie privée, d’une histoire d’amour et de la fondation d’un foyer. Lorsque la belle tombera amoureuse du compositeur, elle devra choisir… Mais est-elle vraiment libre de le faire ?

On retrouve les qualités formelles dues au tandem britannique des « Archers » (nom de leur compagnie) Michael Powell & Emerich Pressburger, auteurs d’un si grand nombre de films emblématiques du cinéma anglais des années 40, dont une photographie splendide de Jack Cardiff (Le narcisse noir, Pandora), et un ballet d’un quart d’heure utilisant les moyens techniques de l’époque.


Mais surtout, le film ne se contente pas de nous montrer le quotidien d’une troupe de spectacle avec ses moments de grâce et de dérision, ses grandeurs et faiblesses humaines, mais pose les questions qui font mal : l’art comme but ultime de la vie, comme addiction, voire comme dogme ou religion (il n’est d’ailleurs pas anodin que la fenêtre du bureau du directeur du ballet, situé au sommet de l’opéra, soit ornée d’une figure ailée : muse, ange, esprit ?) avec les commandements et interdictions qui vont avec, et donc comme sacrifice. Le terme de « passion » pour l’art prend alors tout son sens.

Un film intéressant donc puisqu’il allie beauté formelle et réflexion de fond. Et puis on apprécie de voir danser avec autant de grâce la ballerine écossaise Moira Shearer dans le rôle qui la révéla au public, en compagnie d’autres talents tels Ludmilla Tchérina ou Léonide Massine, mais aussi de retrouver l’impeccable et inquiétant Anton Walbrook (La ronde, Hantise)… Se souvenir que Marius Goring fut une jeune premier doué avant ses seconds rôles de soupirants éconduits par Ava Gardner (dans Pandora puis La comtesse aux pieds nus) et que Robert Helpmann fut un talentueux danseur (on le retrouvera dans Les contes d’Hoffmann) avant d’incarner le machiavélique Prince Tuan des 55 jours de Pékin.


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