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Sujet : Engrenage de la violence


De vincentp, le 11 novembre 2005 à 23:27
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Ce film, en tout point remarquable, qui raconte les mésaventures d'un groupe de soldats de la garde nationale dans les marais de Louisiane est semble-t-il inspiré de faits réels. Au départ, parabole sur la guerre du Viétnam, il éclaire de façon très intéressante les conflits d'actualité auxquels sont confrontés les soldats des Etats-Unis.

Le film décrit en particulier de façon exemplaire les incompréhensions qui peuvent se développer entre les "natives" d'un pays et des soldats provenant d'une autre culture, et l'engrenage de la violence qui peut découler de cette situation.

Un autre point fort de ce film réside dans la très fine description des différentes psychologies qui peuvent se développer au sein d'un petit groupe d'individus ordinaires confronté à la violence.

J'ajoute que sur un plan purement cinématographique, le film possède de grande qualités : bande sonore éblouissante de Ry Cooder, superbes morceaux cajuns interprêtés par des cadors de ce type de musique (Dewey Balfa,…), grande inventité du scénario, montage sidérant (sur la fin du film) et interprétation exemplaire (notamment Keith Carradine).

Un must, de mon point de vue largement sous-estimé.

En réponse aux témoignages de cinéphiles qui souhaitent se procurer ce film, je signale que je l'ai trouvé en Grande Bretagne, zone 2, mais sans bande sonore française.


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De vincentp, le 18 décembre 2005 à 23:54
Note du film : Chef-d'Oeuvre

La copie diffusée ce jour à la Cinémathèque a permis d'en apprécier également la très belle photographie. Très belle science des cadrages et utilisation de l'espace : en dvd, ceci est plus difficile à percevoir.

Une nouvelle vision permet de mieux apprécier certains aspects divers et variés : finesse de l'analyse psychologique d'individus bas du plafond, accélération du rythme du film…

Plus qu'un excellent film, un chef d'oeuvre, mais qui à bien y réfléchir n'est pas forcément facile d'accès, contrairement aux apparences.


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De PM Jarriq, le 19 décembre 2005 à 13:43
Note du film : 5/6

Il est vrai, qu'à revision, le film s'est bonifié avec les années. Ses influences (Délivrance bien sûr, mais aussi Douze salopards) se sont estompées, et il reste un "actioner" efficace, à l'esthétique parfaite, au suspense crescendo et évitant même le manichéisme idiot. Les soldats sont des crétins violents et inadaptés et le Cajun (impayable Brion James) n'a rien du dégénéré sorti du film de Boorman. L'arrivée paranoïaque dans le village cajun est un grand morceau de pur cinéma. C'est le meilleur film de Walter Hill avec Hard times, et un des grands rôles de Keith Carradine, acteur important de cette décennie fréquent collaborateur de Altman ou Alan Rudolph, dont la carrière est bizarrement partie en quenouille par la suite. Avec Powers Boothe, Fred Ward, Peter Coyote, l'amateur de "grandes gueules" est largement servi. Certainement un film à réévaluer.


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De PM Jarriq, le 19 décembre 2005 à 16:40
Note du film : 5/6

De toute façon, le problème de Hill, est d'être arrivé trop tard. McQueen était en bout de course (alors que Hill rêvait de l'avoir dans la plupart de ses films), et Peckinpah avait déjà occupé le terrain. Extrême préjudice est un plagiat-hommage sans âme de La horde sauvage, et s'il y a toujours quelque chose à sauver des films de Hill (une fusillade dans Long riders, la photo de Driver, les scènes d'action de 48 heures), l'homme a peu à peu perdu toute inspiration et apparaît aujourd'hui comme une sorte de fossile vivant des seventies, qui ne se serait pas rendu compte que le monde – et le cinéma – a changé. Mais je continue de mettre Hard times, très belle reconstitution de la Grande Crise et Sans retour, film parfaitement rond, un peu à part dans sa filmo.


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De vincentp, le 21 décembre 2005 à 10:10
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Je partage entièrement ton point de vue concernant l'oeuvre de Walter Hill, à ceci près qu'il a certainement du composer avec les contraintes du système, pour tout simplement subsister ("Southern confort" film personnel et ambitieux a été un échec commercial), ceci l'ayant aiguillé vers certaines voies, peut-être pas les meilleures !

A noter qu'il vient de finir de tourner un western au Canada.


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De Impétueux, le 16 février 2014 à 16:50
Note du film : 4/6

Comparer cet excellent film d'action, doté d'une efficace mise en scène et d'une atmosphère intéressante au sublime Délivrance me semble un peu abusif. Délivrance est une parabole d'une richesse infinie sur l'indifférence hautaine de la nature, sur l'écrasement de l'Homme, sur sa peur devant sa petitesse. Sans retour est un de ces très nombreux films de survie en milieu hostile, avec un groupe de caractères bien singularisés, groupe qui est graduellement décimé par l'adversité, les ennemis animaux (Le territoire des loups), humains (Les chasses du comte Zaroff, Le dernier monde cannibale) ou… bizarres (La colline a des yeux, The Descent).

Ce qui est excellent, dans Sans retour, c'est l'ambiance glauque, oppressante, mouillée des bayous de Louisiane, palétuviers aux racines dardées, sassafras, tulipiers, touffeur de la mousse espagnole ; pas un rayon de soleil clair, ou presque ; on est saisi par l'humidité, on ressent la transpiration et la présence des insectes. L'image du film est terne, gris-vert, aussi sale que ces hommes qui sont lancés dans une sorte d'exercice de crapahut sans intérêt en milieu hostile. Il est un peu dommage, au demeurant, que le groupe, à quelques exceptions près (le Noir Cribbs – T.K. Carter, le débile Stuckey – Lewis Smith) soit un peu anonyme ; c'est une des difficultés du genre : pouvoir prendre le temps d'identifier et de caractériser fortement les protagonistes, en un temps assez bref pour ne pas empiéter sur l'action proprement dite. Je ne pense pas que Walter Hill, le réalisateur de Sans retour y soit bien parvenu et il me semble qu'au début du film, on confond un peu les personnages.

Le suspense est bien mené, néanmoins, et ce qu'on pourrait appeler le resserrement du filet, c'est-à-dire le moment où l'on sent que les pourchassés vont être graduellement assassinés arrive à point et est marqué par quelques séquences horribles qui font toujours leur effet. L'intérêt faiblit ensuite un peu jusqu'à l'arrivée des survivants dans le village cajun ; mais là, superbe longue séquence, irriguée par la musique nasillarde et enfumée d'un quatuor très authentique. Parlez-nous à boire… et non de mariage chantent les frères Savoy au vieux nom d'Acadie après le Grand dérangement lors d'une sorte de kermesse où l'on tranche élégamment la gorge de beaux cochons gras avant de les saigner et de les dépecer (il paraît que ces images ont révulsé des âmes sensibles, qui, sans doute, n'apprécient ni jambon, ni saucisson).

La fin est d'une certaine ambiguïté ; mais on n'y retrouve pas le regard angoissé, les yeux grands ouverts dans la nuit du Jon Voight de Délivrance. Prenons garde à ne pas mettre sur le même plan les deux films…


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De vincentp, le 16 février 2014 à 19:35
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Différent de Delivrance c'est certain… Mais il ne s'agit pas que d'un film sur un exercice de survie en milieu hostile. Ce qui est intéressant dans ce film, c'est l'aspect authentique, peu héroïque de la petite équipe, composée de personnes ordinaires, pas très malines. Ceci me rappelle les types rencontrés au cours de mes quelques jours passés au service militaire… C'est aussi un film qui compte des séquences ou des images inoubliables.

Le final, les dernières images conjuguées avec un travail sur le son (l'arrivée de l'hélicoptère et du véhicule de l'armée), mais aussi le descriptif du milieu cajun, et la loi de la jungle, sont grandioses. Il y a aussi et surtout une tension palpable, parfaitement rendue par la mise en scène. La musique de Ry Cooder est superbe, Keith Carradine réalise une prestation d'acteur de premier plan.

J'avais apprécié énormément ce film à fois sur grand écran (à la cinémathèque) mais aussi en dvd. De mon point de vue, un très grand film, dans un genre pas si évident à mettre en oeuvre.


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De verdun, le 21 avril 2014 à 17:28
Note du film : 5/6

Je comprends l'enthousiasme de vincentp pour le film: les acteurs sont tous excellents: on regrette qu'ils n'aient pas fait tous une superbe carrière, à commencer par le puissant Power Boothe, revu toutefois dans La forêt d'émeraude. Les décors naturels choisis sont superbes, la réalisation énergique.

Le thème prédominant me semble davantage la désagrégation du groupe d'hommes sur lequel se focalise le récit, que le rapport de ce groupe à la nature et à des péquenots (Lesquels ne sont pas tous ici dégénérés), ce dernier sujet renvoyant bien évidemment à l'inoubliable Délivrance. Southern Comfort parvient à avoir sa petite musique bien à lui. Les plus bêtes ne sont pas forcément ici les indigènes.

Ce qui limite ma note ? Tous les personnages ne sont pas approfondis et certains ralentis, comme celui de la dernière séquence, m'ont paru superfétatoires.

Néanmoins, il s'agit d'un film important comme la plupart des premières œuvres de Walter Hill, ainsi La bagarreur ou Driver.


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De vincentp, le 21 avril 2014 à 23:43
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Je dirais plutôt que la thématique est multiple, et que ce récit est d'une grande richesse d'idées. Dans chacune des communautés, il y a des individus aux comportements dissemblables. Ce récit invite plutôt à ne pas porter de jugement manichéen sur les uns et les autres. Le ralenti final, combiné avec le traitement du son, est de mon point de vue une idée de mise en scène géniale. Jusqu'au tout dernier instant, on ne sait pas à quoi s'attendre : civilisation ou non. Un film tout aussi génial que Delivrance, sans que la forme et le fond ne soient les mêmes. Mais je n'impose pas mes goûts aux autres…


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De verdun, le 22 avril 2014 à 00:05
Note du film : 5/6

En tous cas, c'est toi qui m'as donné envie de voir ce film.


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