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Sujet : Un Bouquet de roses


De David-H, le 21 mars 2005 à 19:17
Note du film : 4/6

S'il y avait bien un acteur capable d'incarner au mieux "le dernier vrai président socialiste français", c'était certainement bien l'excellent Michel Bouquet, dont on attendait impatiemment le retour après le génial "Comment j'ai tué mon père".

Grâce au César du meilleur acteur 2002, la crédibilité est sans conteste au rendez-vous, avec un Mitterrand fidèle à lui-même, perpétuellement philosophe et visionnaire d'un monde en pleine mouvance politique. L'ancien président se confie ici à un journaliste brillant et subtil – Jalil Lespert -, indispensable intermédiaire entre l'"homme" et le spectateur.

Toutefois, bien que le film soit instructif, il se contente de n'exploiter que la fin d'une existence, dans toute sa longueur, à l'instar de Hitler dans "La chute", ce qui laissera probablement sur sa faim un public non-initié au genre, et en quête de plus d'exhaustivité…


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De jipi, le 4 décembre 2007 à 12:12
Note du film : 5/6

« Il faut mépriser l'évènement par la passion de l'indifférence ».

Ces mots font partis d'un conversationnel de fin de vie entre un bilan satisfait et un doute existentiel. Ce qui a été formate par le souvenir ce qui a peur d'être. Ce qui fut se grave dans l'histoire en blanchissant des perceptions dérangeantes contestées par des mémoires plus rationnelles. Ce qui est essaie de comprendre ce qui fut afin de garder intact une admiration envers un passé détenteur de repères Politiques.

L'homme en noir rongé par la maladie chasse de sa mémoire ce qui ne correspond pas à une reconnaissance éternelle pendant qu'un oisillon victime d'une époque où la jouissance des êtres et des biens sont réduits au rang de consommables exige l'explication d'un héritage historique.

Bousquet est dérangeant, retranché dans un contexte repeint par une mémoire imposant ses propres images. La gloire éternelle se doit d'être l'icône officielle d'un parcours retaillé à son avantage afin d'offrir une loyauté à des enfants susceptibles d'adorer un souvenir.

Le président moribond se grise en restaurant le périple d'une vie considérée comme sans failles, il se braque puis explique calmement une incohérence rapidement oubliée par la sécurisante ambiance d'un Guiness.

« Je suis le président qui a effectué le plus long mandat présidentiel, après moi il n'y aura que des présidents comptables ».

Un « moi » de plus en plus surgonflé voyage en parallèle dans une fin de règne elle-même talonnée par une fin de vie en se fabricant un pedigree honorable sous le regard d'une énergie montante corridor entre l'honneur de la patrie et l'opportunité du gain par les nouvelles technologies.

Michel Bouquet (A une lettre près il a échappé belle) est sans nul doute un comédien exceptionnel, pathétique, manipulateur parfaitement en fréquence dans la peau d'un personnage en lutte contre une architecture interne dépareillée avec l'image qu'il désire laissée préférant se remettre à niveau par ses propres pensées plutôt que par ses actes.


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De Impétueux, le 7 janvier 2012 à 23:48
Note du film : 5/6

J'ai eu la bizarre idée de commencer l'exploration du lourd et magnifique coffret Guédiguian (11 DVD, 15 films) reçu pour mes étrennes, par un des films qui ne font pas partie de l'habituelle pratique du réalisateur, et qui ont pour fond Marseille, ce qui reste du prolétariat, et pour acteurs, immuablement, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan.

Bizarre idée, qui ne remet pas du tout en cause le plaisir que j'aurai, aux prochains temps, de commenter Marius et Jeannette, La ville est tranquille ou Marie-Jo et ses deux amours, d'évoquer l'Estaque, le boulevard Michelet, le glorieux Olympique de Marseille et le cours Belzunce.

Mais donc là, un film sans aucun rapport avec les docks, la brise marine, le mistral et les calanques. Un film tout entier consacré à un homme.

Que cet homme soit alors, et pour quelques mois encore Président de la République n'est pas sans importance, mais n'est pas si décisif que ça. Aucune ennuyeuse rétrospective, dans Le promeneur du Champ de Mars, de l'action du quatrième chef d'État de la Vème République, aucun jugement de valeur, ni d'appréciation des forces politiques en présence : c'est à peine si est évoquée la réalité, l'actualité ennuyeuse et fébrile : c'est la marche vers la mort évidente et annoncée d'un lettré qui a vécu une vie intense, grisante, éblouissante.

D'ailleurs, le film commence par deux éblouissements : le survol de la Beauce et de Chartres à la scansion des mots de Charles Péguy et la présentation des gisants de la basilique de Saint-Denis, nécropole des Rois de France. Celui qui va mourir, et qui le sait, se pétrit encore de la force et de la beauté de ce qu'il a aimé, sans doute de singulière façon, comme il a passionnément aimé le Pouvoir, avec orgueil, cynisme, distance, hauteur.

François Mitterrand aura été le dernier Président lettré de notre pays, sans doute, et même sûrement pour toujours (si, par malheur, l'agrégé de Lettres classiques François Bayrou était élu, en mai prochain, il ferait tout pour passer pour inculte, n'en doutons pas !) ; un Président qui avait le sens et le goût de l'Histoire et de la permanence des peuples, et celui de la transcendance, aussi (à la fin de son dernier message de vœux, le 31 décembre 1994 Je crois aux forces de l'esprit, et je ne vous quitterai pas !).

Du cinéma, tout ceci ? Et comment ! L'ivresse et la vanité du Pouvoir, la solitude du chef, la perspective de la mort douloureuse (et surtout de la perspective d'abandonner tout ça – ainsi que disait Mazarin, autre grand homme d'État -, c'est-à-dire toutes les beautés et les douceurs de la vie…

Du cinéma, bien sûr, quand un réalisateur trouve un acteur aussi exceptionnel que Michel Bouquet, prodigieux de ressemblance, de force intériorisée, de sens du sacré et de sens du dérisoire…

Deux réticences, toutefois : l'ennui de l'anecdote sentimentale qui secoue le confident (Jalil Lespert) du Président, anecdote d'une banalité peu soutenable au regard de la lente agonie du vieil homme (mais, après tout, c'est peut-être voulu, cette juxtaposition), et la trop lourde insistance sur le passé trouble, ou prétendu tel de François Mitterrand, regard vertueux, donc agaçant.

Un vieillard hédoniste, ambitieux, secret, cynique et profond meurt devant nous, désespéré, à sa façon, de n'être parvenu au faîte de l'État qu'à l'heure où l'action politique n'avait plus d'existence, avait disparu, noyée par l'omnipotence du Marché et des multinationales. Il aurait été un parfait Capétien.


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