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Forum : Voici le temps des assassins...

Sujet : Noir c'est noir...


De PM Jarriq, le 12 février 2005 à 08:08
Note du film : 5/6

Noir, c'est noir ! Quand Duvivier va fouiller dans les tréfonds de l'âme humaine, ça fait mal et ce film fascinant évoque Zola teinté d'une terrifiante misogynie : manipulatrice juvénile, mère fouettarde, vieille pute droguée, lesbiennes hautaines, toutes les femmes présentes dans "Voici le temps des assassins" sont à faire peur. Les hommes eux, sont plus bêtes que méchants, mais guère plus brillants. Gabin, fermement dirigé, est remarquable, Delorme parfaitement haïssable dans un rôle sans concession. Et il y a l'aspect documentaire (la vie dans l'ancien quartier des Halles) non négligeable aujourd'hui.

Duvivier demeure un des plus grands réalisateurs français, il mérite vraiment que tous ses grands films existent en DVD.


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De PM Jarriq, le 12 février 2005 à 12:58
Note du film : 5/6

A part Truffaut exagérément sanctifié, que reste-t-il aujourd'hui de la Nouvelle Vague ? Le pauvre Godard dont plus personne ne va voir les films, Chabrol qui aligne film sur film sans jamais surprendre (mais publie des ouvrages sur l'art de faire des films) et… c'est à peu près tout. Le temps passant, il semble clair que les films "massacrés" par la joyeuse bande parlent pour eux-mêmes : les scénarios des Aurenche & Bost, les oeuvres de Duvivier, Autant-Lara, etc. ont magnifiquement passé l'épreuve des années. Tout le reste n'est que littérature.


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De Impétueux, le 12 février 2005 à 13:34
Note du film : 6/6

Tout le reste est littérature, dites-vous ! Ô combien ! Et comme on peut comparer Nouvelle Vague et Nouveau Roman qui sont à peu près contemporains, ont couchaillé ensemble (de Hiroshima en Marienbad) et ont l'un et l'autre durablement démoli, à l'étranger, le prestige de la Culture française et ont tellement décontenancé le public – le lecteur et le spectateur – qu'il a à peu près disparu.

Cette même volonté de tordre le récit, de se passer de personnages, d'appeler au secours collages, citations, ruptures de ton a donné les pires résultats qui se puissent.

Mais une fois passée la tempête, le paysage est durablement ravagé…


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De cormega, le 3 novembre 2005 à 21:41
Note du film : 6/6

Un grand film noir à la française, sans chercher à en mettre plein les yeux. La mise en scène y est pour beaucoup, simple, parfois sous un aspect de documentaire mais réellement diabolique. Chaque scène est une montée en puissance et on se demande comment on va se sortir de ce film.

Qu'ils étaient naïfs ces nouveaux vagueux!


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De mataf, le 17 décembre 2005 à 18:07

Un rectificatif s'impose en ce qui concerne ce très "impétueux" avis, pour une fois inexact dans son jugement génèralement éclairé et toujours intéressant. En effet,François Truffaut qui a eu la dent si dure au sujet de la "qualité française" fait un article élogieux de ce film de Duvivier dans les CAHIERS du CINEMA l'année de sa sortie.On peut lire cet article dans le site des cahiers sur le web.


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De Impétueux, le 17 décembre 2005 à 21:38
Note du film : 6/6

Le rouge me monte aux joues, à la fois devant l'amabilité de votre remarque générale et devant l'erreur commise sur l'appréciation présumée de la Nouvelle Vague sur la "Qualité française" et Duvivier. J'ignorais absolument que Truffaut avait dit du bien de Voici le temps des assassins

En vous remerciant de l'information, je lui en donne acte post-mortem ; j'ai d'ailleurs pour lui une vieille tendresse rentrée, parce que Les quatre cents coups, Baisers volés et La peau douce ce n'est tout de même pas mal du tout…


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De David-H, le 26 décembre 2005 à 19:20
Note du film : 5/6

Où quand un film garde toute sa magie et y ajoute un côté documentaire, 50 ans plus tard…

Splendide hommage aux défuntes Halles de Paris, rasées 15 ans après le film, « Voici le temps des assassins » reste avant tout une œuvre majeure de Julien Duvivier (Pépé le Moko, Le Petit Monde de Don Camillo…), dans laquelle Jean Gabin, poursuivant sa « seconde carrière » doit faire face à une machination diabolique orchestrée par la pourtant si tendre Danièle Delorme (Un éléphant ça trompe…). Le jeune et regretté Gérard Blain (Le beau serge, Les cousins), étudiant en médecine, intervenant lui innocemment au milieu de ce beau monde.

Si, avec ces deux heures passées au cœur d'un endroit symbolique parisien, le côté documentaire surgit inévitablement aujourd'hui, l'esprit-même du film semble avoir gardé une force intacte. Et ce, au-delà même de certaines improbabilités scénaristiques, lors de son dénouement quelque peu précipité. Mais soit, pour la retranscription étonnante de ce quotidien d'un autre temps, la force de ses relations humaines, pour le …visage troublant de la négligée Lucienne Bogaert (la mère de Delorme), sans omettre la noirceur caractéristique de l'époque, propre évidemment au style Duvivier, le film doit indéniablement se faire redécouvrir, même cinquante ans –tout juste- après sa sortie…


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De Impétueux, le 25 avril 2006 à 11:37
Note du film : 6/6

Avec tout le bien que je ne cesse d'écrire sur le grand Duvivier, vous pensez bien que je ne vais pas vous laisser seul célébrer Voici le temps des assassins.

Impeccable construction, progression dramatique forte…

Et la Nouvelle Vague a craché sur ce genre de films ! Quelle pitié !


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De karmen, le 30 juillet 2006 à 19:48

Ce film est génial.

Il commence par une mise en scène remarquable du marché des halles (le travelling à travers les stands dans l'ouverture, les figurants qui mangent dans le resto de Gabin… Ce plan est intéressant ne serait-ce que pour voir comme le cinéma français, toujours capable de belles choses, s'est transformé et s'est effondré dés qu'il s'agit de faire du studio et (souvent) du populaire.

C'est trés dur de comparer le passé au présent, bien-sur. Mais j'ai le sentiment, quand même, que le cinéma français populaire a perdu toute sa qualité de mise en scène, qui éclate dans Le temps des assassins. Dans cette scène particulièrement.

Mais globalement, le film est superbe. Ses personnages sont tous plus humains les uns que les autres. Humains et déchirés, trés influencé par les canons des films noirs étasuniens (les personnages de femme dans Assurance sur la mort ou Le facteur sonne toujours deux fois par exemple). Plutot des références, en fait. Mais il ne faut pas y voir du ressuçage. Le film est trés spécifique au cinéma populaire français et à Duvivier. Pour Gabin bien sûr, génial comme il peut l'être. Et pour cette représentation du "petit Paris", de ces rues qui n'étaient pas encore toutes occupées par les riches. Sans dire que "c'était mieux avant", ce film est un trés beau témoignage de cette époque.

Ca, c'est pour le cadre. Parce qu'après, il y a l'intrigue et les personnages évoqués, leurs histoires qui en créent une. Trés belle et tout aussi subtile. Mais ça, je veux pas raconter…

Mais alors tout cela me questionne encore plus sur le cinéma populaire? Qu'est ce que c'est le cinéma populaire ? Pourquoi le cinéma qui aujourd'hui prétend l'être n'est que populiste ?


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De Freddie D., le 30 juillet 2006 à 21:30

Sans doute parce qu'au lieu de faire des films, on réfléchit à COMMENT les faire. Tout n'est plus que référence, "à la manière de", tentative de ressuciter ce fameux "cinéma de genre", dont tout le monde se fait les gorges chaudes. A l'époque de Duvivier et des autres, il y avait les bons et les mauvais films, et puis voilà. Il est vrai que comparer le cinéma français d'hier à celui de 2006 est particulièrement déprimant.


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De karmen, le 1er août 2006 à 19:57

Mon propos n'étais pas du tout de comparer le cinéma d'aujourd'hui à celui d'avant pour dire que c'est moins bien maintenant. Mais de poser cette question : qu'est ce qui différencie un film populaire comme "Le temps des assassins" d'un polars grand public qui se fait aujourd'hui.

Des bons films, il y en a toujours eu, aujourd'hui comme avant. Les références, elles ont toujours existé, chez Duvivier au moins autant qu'ailleurs.

Le fait est par contre que le cinéma français actuel n'est pas capable de produir des films populaires de la qualité de celle des films de Duvivier. Et je pense même que le cinéma français ne produire plus de films populaire, mais bien populistes, c'est à dire qui ne font que plaire pour faire des entrées.


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De Impétueux, le 2 août 2006 à 17:45
Note du film : 6/6

Tout d'abord, j'avoue ne pas bien comprendre ce que vous voulez dire, Karmen, dans votre message du 30 juillet, lorsque vous écrivez : Ce plan est intéressant ne serait-ce que pour voir comme le cinéma français, toujours capable de belles choses, s'est transformé et s'est effondré dés qu'il s'agit de faire du studio et (souvent) du populaire.

C'est l'expression faire du studio qui me surprend ; car ce qui est drôle, c'est que la Nouvelle Vague (je donne acte volontiers à Truffaut d'avoir apprécié Voici le temps des assassins, comme il est rappelé plus haut dans ce fil de discussion), que la Nouvelle Vague, donc, a beaucoup reproché à l'école (s'il en existait !) de la Qualité Française d'avoir précisément travaillé en studio, et négligé le tournage en décors naturels, plus difficile à maîtriser, mais prétendument plus véridique ; si Duvivier réussit parfaitement bien à faire sentir l'atmosphère des défuntes Halles, c'est parce qu'il était un immense technicien, et que, notamment sur ce film, il a été assisté d'un grand chef opérateur, Armand Thirard.

Cela étant, peut-on dire que Duvivier, que nous sommes quelques uns ici à porter au pinacle (cfr. les messages sur nombre de ses films), était un réalisateur populaire, comme, par exemple, Le Chanois, ou Grangier ? Même si l'épithète n'est pas péjorative, elle me paraît tout de même un peu réductrice ; disons que son cinéma ultra-pessimiste – comme celui d'un Autant-Lara tout aussi noir, mais au talent plus sarcastique – convenait à une grande variété de publics et pouvait être lu à divers niveaux.

Ce que je déplore, comme vous sans doute, dans le cinéma français depuis l'irruption de la malvenue Nouvelle Vague, c'est le clivage entre le film d'auteur et le film à public (pour être sommaire) ; peu ont essayé ou sont parvenus à transcender ce clivage : Sautet, en premier lieu, et à des degrés divers, Granier-Deferre, Tavernier ou Leconte

Ce qui ne nous suffit pas, n'est-ce pas ?


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De droudrou, le 2 août 2006 à 19:46
Note du film : 6/6

Voyant ce que vous avez écrit et la suite donnée par Impétueux, je vais vous donner un avis à propos du cinéma français.

La "nouvelle vague" je n'y ai pas cru et je n'y ai jamais cru. On peut vouloir revisiter quelque chose à un moment donné mais, une fois que le but est atteint, il me paraît difficile de continuer à donner dans l'originalité.

Les Cahiers du Cinéma ça n'a été qu'un temps. Le camarade Truffaut a fait des choses intéressantes, le camarade Godard aussi mais dans la mesure où le public évolue et qu'il est avide de nouveauté, il faut bien sûr répondre à sa demande. Et sa demande est et a été une mouvance permanente qui a propulsé sur l'écran tous les genres. Entre des niaiseries et des films dramatiques, le français a demandé de tout, a consommé de tout.

Et puis des metteurs en scène ont disparu et, évidemment, le style qui les caractérisait a disparu. Les grandes causes, avec le temps, se sont délitées. Et dans la mesure où nous vivons une paix relative, il est bien clair que celle-ci donne une impulsion à tout ce qui nous entoure.

Dans le même temps, le cinéma américain a fortement impulsé les goûts et la demande du public, s'attaquant à tout mais profitant aussi de l'impulsion d'une nation nombreuse qui propulse un simple roman de chez nous, bien vendu, en best seller pour elle et qui, par extension devient oeuvre de cinéma. Comme à ce niveau leur puissance conduit à mondialiser leur production, de bonne ou moindre qualité, notre système, en revanche, pâtit de l'image très variable que nous donnons par le biais de nos réalisations et de nos réalisateurs.

Vu l'heure, j'interromps cette note que je reprendrai demain.


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De karmen, le 3 août 2006 à 00:01

Ce que je voulais dire en parlant de studio, c'est simplement que tourner en studio n'est pas facile. Duvivier est un trés grand technicien et ça, on n'en a pas beaucoup aujourd'hui. La plupart des films français qui sont faits maintenant en studio sont dégeulasses (à mon avis). Et quand je vois le temps des assassins, la constatation me parait flagrante.

Je ne parlais pas de la nouvelle Vague qui surtout n'a pas tourné en studio parceque ses producteurs n'en avaient pas (encore)les moyens. Faut arréter de prendre les auteurs de films de la nouvelle Vague au mot. Ils ont mis en avant des propositions de canons esthetiques. Ils ont théorisé. Mais surtout, ils voulaient faire des films. Et si la "qualité française", c'est tout et rien à la fois, on peut en dire autant de la nouvelle Vague.

Et quand je disais que les films de Duvivier sont populaires, que ce soit clair, il n'y pas de plus grand compliment possible de ma part.


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De David-Paul, le 14 mai 2007 à 23:30
Note du film : 6/6

Je viens juste de voir ce magnifique film de Duvivier et je suis sous le choc ! (Il passait sur la chaîne polar).Sans compter le cycle du cinéma de minuit, récemment passé, je vais bientôt réussir à voir tous ces films!

Quand est-ce qu'on pourra avoir des films de cette qualité maintenant en France ? Tout est parfait : Gabin égal à lui-même, Delorme complètement démoniaque, et que dire de sa mère (dans le film, Gabrielle), actrice que je ne connaissais pas du tout mais vraiment extraordinaire !

Duvivier est un grand, un très grand. Moi qui suis Lillois, quand je pense qu'il n'y a même pas une statue ou même une rue qui porte son nom ! Une honte, je vous dis !

La fin du film est carrément terrible et complètement indevinable au début de celui-ci. Sinon, le duo des deux actrices, la mère et la fille m'a tout de suite fait penser au duo des "diaboliques".Même esprit machiavélique !

La reconstitution des Halles est magnifique également.Quand je pense qu'on encense Godard depuis des années (enfin, peut-être un peu moins maintenant!) et que Duvivier est mal connu, voire décrié pour son côté populaire !

J'suis désolé mais pour moi la trilogie gabinesque Pépé le Moko, La Bandera et La Belle équipe peuvent valoir tous les Godard du monde.Je sais , c'est du parti pris mais ça fait du bien tout de même.

Sinon, à quand la création d'un prix Duvivier qui permettrait de mettre en avant un vrai réalisateur "populaire" ?

Bon, j'arrête pour ce soir car j'ai acheté également "Le Diable et les 10 commandements", justement aujourd'hui !

Et oui, il a tâté aussi du film à sketches, genre aujourd'hui disparu mais pour lequel je ne m'explique pas cette disparition.


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De Impétueux, le 15 mai 2007 à 09:37
Note du film : 6/6

Ravi de voir que votre retour sur le site (il me semble qu'il y a longtemps que vous n'y aviez pas écrit !) se fait sur une note aussi positive concernant ce grand film du très grand Duvivier ! Un point de détail à noter : vous avez voté pour une édition DVD… qui existe déjà depuis plusieurs années et qui, bien qu'elle soit issue du médiocre René Château, n'est pas trop mauvaise…

Content aussi de voir que vous avez remarqué le jeu fascinant de Lucienne Bogaert, véritablement monstrueuse de veulerie ; je vous la recommande aussi dans l'excellent Maigret tend un piège de Jean Delannoy : vouée aux personnages détraqués, elle y réussit remarquablement….

Et puis bien sûr, vous avez raison : la trilogie La Bandera, La Belle équipe et Pépé le Moko (dans l'ordre chronologique) est un diamant ! Mais voyez aussi Carnet de bal la sublime Fin du jour… et aussi Panique, sous le ciel de Paris, L'homme à l'imperméable, Pot-Bouille , Marie-Octobre (sans oublier les deux premiers Don Camillo où la patte de Duvivier est toutefois moins perceptible)…

Je crains en revanche que Le Diable et les dix commandements ne vous déçoive un peu… c'est vraiment du tardif…

Et il n'y a pas de place ou de rue Duvivier à Lille ? Quelle pitié !!


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De dbdum, le 4 novembre 2007 à 20:22

Impétueux,

Voila 7 ans que j'écris sur imdb ou j'ai écrit sur la plupart de ses films.Vous avez raison pour tout. La Nouvelle Vaguelette a réussi à faire tomber dans l'ombre les grands films de Duvivier ;"voici le temps des assassins " ne suffit pas: it faut redécouvrir les oeuvres d'avant guerre pas seulement "pépé" "la belle équipe" ou "le carnet de bal".Il faut réhabiliter le sublime "la fin du jour" ,"Poil de Carotte" "David Golder" et "Au bonheur des dames" (muet).2 films américains "tales of manhattan " et" flesh and fantasy" sont des must absolus. Apres-guerre ,la N.V a enterré "panique" qui est fort comme du Fritz Lang,"Au royaume des cieux" les "magadalene sisters avec 50 ans d'avance;le chef-d'oeuvre le plus méconnu reste "la fete à henriette" un des films les + originaux du cinema français qui annonce "the truman show" de Peter Weir en 1952!


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De Impétueux, le 7 novembre 2007 à 11:58
Note du film : 6/6

Heureux de vous voir rejoindre la cohorte des amateurs de Duvivier, au talent si protéiforme, capable de s'emparer de n'importe quelle histoire et d'en faire un grand film !

Si rien n'annonce que La fin du jour paraîtra bientôt, si Panique semble inconnu des éditeurs, Poil de Carotte est paru l y a déjà quelque temps (hélas chez René Château) et David Golder vient de surgir aux Films du collectionneur !

Car ce n'est – évidemment – qu'en étant édités sur un support moderne que ces grands films pourront être quelque jour appréciés par la jeune génération des amateurs !


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De fretyl, le 8 novembre 2007 à 00:11
Note du film : 6/6

Peut être un des plus beau film de Jean Gabin dans les années 50 , mais pourtant pas le plus reconnu.
Ce qui est passionnant c'est que Duvivier commence le film par une description très réaliste et quasi documentaire des halles, le ventre de paris avec ses petits gens , ses clochards , ses notables et ses commerçants, on peut retrouvé le même coté cinéma vérité dans Gas-oil ou Gilles Grangier filmé le monde des camionneurs , puis le film devient de plus en plus noir et finit par une plongée dans les entrailles du mal.

Dans cette mécanique sans appel parfaitement construite avec un noir et blanc poisseux Gabin vacille. Il est magnifique dans le rôle de ce colosse aux pieds d'argile, qui voit sa vie gangrénée par un poison au doux visage.


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De Boutdchou, le 8 décembre 2010 à 14:54

Pour moi, Duvivier, c'est le meilleur ( " Marianne de ma jeunesse " ) et le pire ( " Voici le temps des assassins " ). Ce film est, à mon sens, un chef-d'oeuvre de fange, un absolu d'immondice intellectuel. Magistralement réalisé, mis en scène, interprété. Mais à vous faire vomir si vous n'êtes pas averti.


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De vincentp, le 1er septembre 2012 à 23:56
Note du film : 5/6

4,8/6. Film extrêmement bien mis en scène, photographié, dialogué, interprété… Des décors parfaits. J'émets juste quelques réserves concernant la trame de l'histoire : André et Gérard ne se doutent de rien, et pourtant (surtout pour André) ils possèdent une certaine perspicacité, suffisante pour percer la psychologie d'autrui…

Je verrais plutôt l'intérêt de Voici le temps des assassins… lié à son descriptif des milieux sociaux, traité sur un mode ironique et concis. La duchesse, et son petit chien, qui partage son dessert avec le gros toutou et qui sort ivre du restaurant. Le marseillais aussi ! Superbement décrit en peu de scènes. C'est exactement comme cela que je perçois le marseillais de milieu populaire : un peu bateleur, usant d'expressions imagées (via ici le chant fredonné). Il y a aussi le président style troisième république, le vieux beau, et tout le personnel du restaurant (de milieu populaire), gravitant autour des trois personnages principaux du récit. Un superbe condensé de la France des années cinquante nous est présenté de façon très divertissante !

Voici le temps des assassins est sans aucun doute un très bon (voire excellent) film, plein de qualités et à voir, mais à mon avis il n'égale pas tout à fait les plus belles réussites de Duvivier (La bandera, La belle équipe, Pot-bouille,…).


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De Tamatoa, le 2 septembre 2012 à 01:07
Note du film : 6/6

Alors, Vincentp ? Pas un mot pour Gégène ?, Gégène, ce clochard (un de ceux qui choisissaient de l'être à cette époque) aux yeux si tendres sous sa barbe et qui… veut tout l' menu parce qu'une Laaaady, un beau billet tout neuf qu'elle a r' filé à Gégène. Un billet de 5 000 balles ! Alors j'en veux pour 5 000 balles ! Tout l' menu !. Il est pourtant beau, celui-là ! Leurs yeux brillent moins, aujourd'hui… Pauvre Gégène ! Si je le rencontre, je lui dirais que vous l'avez oublié ! Vous serez privé de "Calando" et de "casse-pattes" !

Camille Guérini. Il sera, deux ans plus tard, le régisseur Gaulthier, assassin insoupçonnable de La comtesse de Saint-Fiacre.

Pour ce qui est de : André et Gérard ne se doutent de rien, et pourtant (surtout pour André) ils possèdent une certaine perspicacité, suffisante pour percer la psychologie d'autrui... Vous savez (ou vous devriez savoir) que quand une poule débarque chez les coqs, aussi amis et complices soient-ils, la psychologie et la perspicacité, elles s'arrêtent à la taille du bonnet …


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De Impétueux, le 20 septembre 2013 à 15:05
Note du film : 6/6

Le duo de garces absolues, mère et fille liées, est une des spécialités reconnues du cinéma français de la grande époque : il n'est que de citer Gueule d'amour (Marguerite Deval et Mireille Balin) ou Manèges (Jane Marken et Simone Signoret) pour en être convaincu. Voici le temps des assassins en est une autre illustration, présentant le visage charmant de Catherine (Danièle Delorme) et la trogne hallucinée de Gabrielle (Lucienne Bogaert) comme les deux faces, angélique et diabolique, d'une même réalité monstrueuse.

Je ne vois pas grand chose à critiquer dans un des plus grands films du Duvivier d'après-guerre : regard presque documentaire sur le grouillement des Halles de jadis, à l'ombre de Saint Eustache, sur le foisonnement des petits et grands métiers, du simple grouillot à l'opulent mandataire (ah ! ce portefeuille dégoulinant de billets…), sur le mélange exceptionnel des clientèles, bouchers aux tabliers rougis de sang, provinciaux en goguette, gens du monde venant s'encanailler, hommes politiques traitant les affaires de la République. En deux coups de crayon, Duvivier croque des attitudes, des silhouettes, des personnages. Même s'ils n'occupent l'écran que quelques instants, ils frappent et marquent : ainsi le client solitaire (Paul Demange) qui apparaît deux fois, la première pour commander des radis et un œuf à la coque, la seconde pour un véritable balthazar ; ainsi le duo de lesbiennes chic (Colette Mareuil et Valérie Vivin) ; ainsi donc le clochard qui vient claquer un billet miraculeusement reçu (Camille Guérini).

Mais tout le reste est réussi, de la guinguette de Lagny, alors lointaine banlieue, à l'entourage de Chatelin (Jean Gabin), et les femmes qui le couvent et l'aiment : admirable Germaine Kerjean (dont on dit qu'elle fut retenue par Duvivier du fait de sa virtuosité à manier le fouet, remarquée dans Goupi mains rouges, où elle jouait Goupi Tisane) et la vieille nourrice ronchonne, Mme Jules (Gabrielle Fontan, remarquable actrice de complément qui a joué pour les plus grands réalisateurs, chez Renoir, Carné, Autant-Lara)… Et aussi la brigade du restaurant, une de ces tables opulentes où l'on ne lésinait ni sur la crème ni sur le beurre.

Il paraît d'ailleurs que le scénario du film fut conçu par Julien Duvivier et Maurice Bessy, au retour d'une escapade sur la Côte d'Azur, à Saulieu, dans ce qui est aujourd’hui le Relais Bernard Loiseau et qui était alors déjà un des grands établissements français, La Côte d'Or d'Alexandre Dumaine. Toujours est-il que la description du menu de noce que prépare Chatelin pour Catherine estomaque un peu : après les quenelles de brochet Nantua, voici le Coq au Chambertin, revenu à l'huile d'olive, avec une mirepoix liée au sang du coq, garniture de petits oignons glacés, de lardons, de champignons, fleurons en losange, accompagné de pommes rissolées persillées, fourrées au foie gras. Cela dit, Chatelin préconise là-dessus un Bourgogne léger, ce qui est une hérésie, le coq devant être dégusté avec le vin de sa préparation, c'est-à-dire le Chambertin qui, Roi des vins, vins des Rois n'est pas précisément impalpable.

Voici donc un premier léger reproche. Je pourrais ajouter aussi que Gérard Blain ne m'a jamais paru un acteur vraiment satisfaisant, que Robert Manuel en fait tout de même un peu trop, comme souvent, dans le genre rastaquouère. Mais la balourdise rugueuse et attachante de Gabin, le couple immonde mère et fille formé par Lucienne Bogaert (où voit-on des visages pareils dans le cinéma d'aujourd'hui ?) et Danièle Delorme, angélique et monstrueuse est parfait.

On sait bien Duvivier est le cinéaste du désastre, de la noirceur intégrale. Voici le temps des assassins est une des plus glaçantes interprétations de son radical pessimisme.


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De Tamatoa, le 20 septembre 2013 à 19:08
Note du film : 6/6

Après les quenelles de brochet Nantua, voici le Coq au Chambertin, revenu à l'huile d'olive, avec une mirepoix liée au sang du coq, garniture de petits oignons glacés, de lardons, de champignons, fleurons en losange, accompagné de pommes rissolées persillées, fourrées au foie gras. Cela dit, Chatelin préconise là-dessus un Bourgogne léger, ce qui est une hérésie, le coq devant être dégusté avec le vin de sa préparation, c'est-à-dire le Chambertin qui, Roi des vins, vins des Rois n'est pas précisément impalpable

N' y voyez là aucune malice de ma part, mais voilà plusieurs fois que je vous surprends en état de de péché de gourmandise, ami ! Vous déviez très vite sur la bonne bouffe dès que l'occasion se présente. C'est plutôt sympathique et c'est assez drôle. Dans Le salaire du péché déjà et bien d'autres que j'ai vu ça et là. Je ne sais plus sur quel fil vous acceptiez de revoir votre avis mais devant un bon cassoulet et non pas une broutille que vous suggerait Vincentp. Vous devez être un joyeux compagnon d'agapes ! Devant Les trois messes basses et les descriptions enflammées et salivantes de Garrigou, vous devez être comme un fou !

Mais pour en revenir à ce film qui fait partie de mon panthéon des chefs-d'oeuvre, il est document précieux, certes oui, comme Des gens sans importance l'était également pour le milieu des routiers, avant d'être fiction irréprochable !


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De droudrou, le 11 octobre 2016 à 06:26
Note du film : 6/6

découvert hier soir sur Arte : comment ai-je pu vivre aussi longtemps sans avoir vu ? c'est excellent ! au mot "fin" la seule question que je me suis posé : "qu'allait-il advenir de ce pauvre chien ? Est-ce que le Tribunal lui accordera des circonstances atténuantes ?…

ayant trouvé dans l'intervention de PM Jarriq tout l'argument à propos de ce film, je me permets de le reproduire !

Noir, c'est noir ! Quand Duvivier va fouiller dans les tréfonds de l'âme humaine, ça fait mal et ce film fascinant évoque Zola teinté d'une terrifiante misogynie : manipulatrice juvénile, mère fouettarde, vieille pute droguée, lesbiennes hautaines, toutes les femmes présentes dans "Voici le temps des assassins" sont à faire peur. Les hommes eux, sont plus bêtes que méchants, mais guère plus brillants. Gabin, fermement dirigé, est remarquable, Delorme parfaitement haïssable dans un rôle sans concession. Et il y a l'aspect documentaire (la vie dans l'ancien quartier des Halles) non négligeable aujourd'hui.


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