Forum - Au revoir les enfants - Bouleversante nécessité.
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Forum : Au revoir les enfants

Sujet : Bouleversante nécessité.


De Impétueux, le 9 février 2005 à 18:21
Note du film : 6/6

Il me semble que, au cours d'années marquées par des commémorations graves sur la dernière guerre, la Libération, les camps, on aurait pu trouver un peu de coeur pour éditer ce film bouleversant.

Je défie les plus endurcis de regarder Au-revoir les enfants sans avoir la gorge serrée et de la brume au fond des yeux.


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De Arca1943, le 11 février 2005 à 13:14
Note du film : 5/6

Oh, vous savez, l'esprit commémoratif intermittent cache assez mal l'amnésie de fond. Tiens, on nagerait en plein remake de l'esprit des années trente – modes irrationnalistes, goût pour les explications conspirationnelles, recrudescence des vulgates naturelles-biologiques, etc – que personne ne s'en aviserait !

Comme je n'ai pas vraiment succombé au charme excentrique de Milou en mai, Au-revoir les enfants reste à mes yeux le dernier grand film du versatile Louis Malle.

À tort ou à raison, j'identifie volontiers au cinéma français ce thème de l'impact de la guerre sur les enfants : Jeux interdits, Un Sac de billes, Après la guerre, le moins connu Pic et pic et colegram de Rachel Weinberg… Je crois qu'on pourrait aisément en trouver d'autres.

Arca1943


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De vincentp, le 12 février 2006 à 19:09
Note du film : 6/6

Je me joins à ces commentaires élogieux concernant ce film exceptionnel, qui brosse un portrait saisissant de vérité -et tout en nuances- d'une époque, d'une institution religieuse, et d'enfants qui découvrent -tout étonnés- le monde des adultes et sa cruauté.

Louis Malle décrypte – avec son brio coutumier- les ressorts psychologiques qui animent un individu et un groupe, ceux-ci étant amenés à adopter dans le contexte de l'Occupation des attitudes criminelles (celles du jeune cuisinier) ou héroïques (celles assumées par le frère Jean et ses collègues). Malle montre aussi à travers cette histoire comment les individus peuvent vivre en paix et faire fi des lois, règles, et principes criminels. Ainsi le collège tenu par les prêtres appliquant les grands principes de l'évangile (plus dans l'esprit qu'à la lettre) offre un havre de paix aux enfants juifs persécutés. L'attitude des convives du restaurant (tant français qu'allemands) chassant les miliciens français venus arrêter le vieil habitué, juif, constitue une voie à suivre nous dit Malle.

Une très belle idée de Malle est de cacher au spectateur certains éléments, que l'on ne découvre qu'à la toute fin du film, celui-ci prenant alors une tonalité poignante…


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De Impétueux, le 12 janvier 2008 à 10:45
Note du film : 6/6

Le cinéma de Louis Malle est tellement empreint de ses propres souvenirs – pas seulement dans Le souffle au coeur ou cet admirable Au revoir les enfants – qu\'il n\'y a rien d\'étonnant que, d\'une œuvre à l\'autre, les liens se tissent et s\'entrecroisent.


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De vincentp, le 12 janvier 2008 à 11:47
Note du film : 6/6

On peut aussi trouver des similitudes concernant les personnages "bourgeois" de Les amants, Milou en mai, Lacombe Lucien : la grande maison imposante, le chef du clan bien établi, les bonnes manières de toute la famille…

Et globalement, on ne peut qu\'inciter nos lecteurs à redécouvrir l’œuvre complète de Louis Malle : ses classiques, ou ses films moins médiatisés mais tout aussi intéressants comme Vanya, Le souffle au cœur, Le feu follet, dont on a souligné les grandes qualités artistique.


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De Impétueux, le 25 février 2013 à 12:05
Note du film : 6/6

Grand bourgeois fortuné et rebelle, Louis Malle, seize ans après Le souffle au cœur, qui, décrivant des épisodes de son adolescence, se voulait iconoclaste, provocant, mais narquois et tendre aussi, réalise avec beaucoup plus de gravité et de hauteur Au revoir les enfants, qui est un modèle de pudeur et de tristesse.

D'autant que la dénonciation de l'enfant juif dissimulé dans un collège religieux, par le pauvre type douloureux Joseph (à qui on a trouvé des ressemblances avec Lucien Lacombe) et sa conséquence irrémédiable n'emplit pas totalement l'espace narratif et évite avant tout de sombrer dans le pathétique (si compréhensible que ce pathétique pourrait être).

Il y a aussi, et il y a beaucoup, un film sur l'espace enchanté de l'adolescence : les brimades sur le nouveau, les peignées dans la cour de récréation, les cigarettes fumées en cachette, les lits dressés en portefeuille, les photos de filles qu'on se montre, le pipi au lit, tout cela fait partie de la geste des collèges de garçons, qui va de Zéro de conduite aux Zozos en passant par Les disparus de Saint Agil et La cage aux rossignols.

Il y a l'histoire de l'amitié qui naît entre deux gamins qui se trouvent d'abord assez antipathiques, qui se méfient l'un de l'autre, qui s'agacent, se cherchent, s'apprécient et sont tout prêts de faire naître une de ces amitiés essentielles, doriques qui construisent une destinée, jusqu'à ce que l'horreur la coupe net.

Il y a la beauté et le courage de ce collège de Carmes d'Avon, près de Fontainebleau, qui existe toujours et dont l'adresse, désormais, est rue du Père Jacques. Et le père Jacques, c'est le Père Jean du film, le supérieur (Philippe Morier-Genoud), qui fut effectivement déporté à Mauthausen et mourut une semaine après sa libération ; ce prêtre brûlant de foi, et d'exigence, qui demande que l'on prie pour les victimes, mais aussi pour les bourreaux ; et ce qui est magnifique, c'est cette complicité active de tout le collège, moines et laïcs mêlés, à la seule horrible exception de la religieuse infirmière qui, bêlante de trouille, livre d'un seul regard le garçon dissimulé sous les draps, infime protection qui aurait peut-être suffi.

Dans le froid bleui glaçant de ce matin de janvier 44, trois enfants et un Juste partent vers leur mort.

Les lumières de la salle de cinéma se rallument. Les spectateurs se raclent la gorge pour se donner l'occasion de tirer leur mouchoir. Chacun s'aperçoit, en plus, que son voisin a une poussière dans l’œil.


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