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Sujet : Et Bardot tourna enfin un grand film !...


De Impétueux, le 28 janvier 2005 à 10:02
Note du film : 5/6

Le Clouzot de 1960 n'est plus, à mes yeux, l'immense réalisateur des années 40 (L'assassin habite au 21, Le corbeau, Quai des Orfèvres), et des années 50 (Le salaire de la peur, Les diaboliques). Son déclin s'est amorcé en 57 avec Les espions trop complexe et baroque pour retenir vraiment l'attention.

Mais La vérité, c'est un superbe chant du cygne, ou un bouquet final éclatant, avec une Brigitte Bardot qui trouve là miraculeusement le rôle dramatique de sa vie, et dont l'interprétation est d'une justesse pathétique.

Un DVD s'impose.


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De RdT, le 8 avril 2006 à 18:46
Note du film : 5/6

«Le Clouzot de 1960 n'est plus, à mes yeux, l'immense réalisateur des années 40» Je ne suis absolument pas d'accord avec vous pour cette division chronologique du talent de Clouzot. La vérité est une réussite absolue. Et Clouzot ne s'arrêtera pas là. Dans les années soixante-dix il réussira un un film excellent et audacieux avec La prisonnière servi par la fabuleuse Elisabeth Wiener. Clouzot est quelqu'un qui a su se renouveler et faire autre chose que l'inlassable «répétition déjà prévue» que le public attendait de lui.

Avec La vérité, Clouzot a donné à Bardot un de ses plus beaux rôles avec Le mépris de Godard.


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De PM Jarriq, le 9 août 2007 à 17:46
Note du film : 4/6

La vérité n'est pas un grand film, mais il demeure passionnant par la confrontation de deux générations, de deux modes de vie, d'une France rance et poussiéreuse (le physique des jurés ou de la concierge, digne des "salauds de pauvres" de La traversée de Paris !), face à une jeunesse erratique, cherchant à briser les carcans. Mais Clouzot renvoie un peu tout le monde dos à dos, et tous les protagonistes de La vérité sont aussi antipathiques et mesquins les uns que les autres. Il suffit de voir la confrontation sordide entre les deux soeurs au procès, et les horreurs qu'elles se balancent à la figure : pas une pour relever l'autre ! Dans la continuité des rôles qui ont fait son mythe, Bardot n'est honnêtement pas meilleure que d'habitude, et anône son texte avec une application irritante, mais elle correspond si parfaitement au personnage, qu'il est difficile d'imaginer ce film sans elle. Sami Frey campe un amoureux égotique, despotique assez détestable, et les vétérans Vanel et Meurisse s'en donnent à coeur-joie dans leurs joutes de prétoire. A noter que les jeunes "artistes" fauchés, sont joués entre autres par les futurs "moguls" français, Claude Berri et Jacques Perrin. Un signe de plus du temps qui a passé depuis le tournage de La vérité

C'est filmé avec rigueur, les séquences de prétoire sont d'une fluidité parfaite, sans jamais faire téléfilm, et les comédiens sont magnifiquement dirigés. Reste donc, qu'à l'issue de la projection, on n'éprouve finalement qu'une grande indifférence pour le sort de cette paumée égoïste et bébête, qu'on a du mal à identifier à la figure de proue d'une certaine jeunesse des années 60.

Côté copie, c'est du joli travail (TF1 oblige ?), même si le film est recadré, comme le prouve le générique, qui lui est au format (1.66) respecté.


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De Impétueux, le 17 août 2007 à 17:45
Note du film : 5/6

Après avoir revu La Vérité – dans la convenable édition René Château (sans chapitrage, ni suppléments, hélas) – je me vois contraint de baisser de 5 à 4 ma note et d'aligner mon jugement sur celui de PM Jarriq, dont l'excellent message marque à la fois toutes les qualités du film – c'est Clouzot, tout de même, et donc largement au dessus du médiocre ! – et toutes ses impasses.

À dire le vrai, si l'on ne s'ennuie pas une minute, grâce à une réalisation parfaite et aux morceaux de bravoure évoqués par notre distingué camarade, on ne se souvient guère, la projection finie, de ce qu'on a vu : c'est exactement cela : les personnages n'attachent pas, et l'intrigue file entre les doigts comme du sable.

On avait beaucoup glosé, à l'époque de sa sortie, sur le talent dramatique enfin découvert de Brigitte Bardot (en oubliant, donc, le En cas de malheur de Claude Autant-Lara, pour quoi je ne partage pas certains jugements négatifs), on avait donc beaucoup titré des fariboles du type Naissance d'une tragédienne. Que nenni ! Bardot joue, avec un parfait naturel, une imbécile immature, sans doute même légèrement en-dessous de la limite de la débilité (on le dit au début : c'est Annie, sa sœur (Marie-Josée Nat) qui a tout pris) ; de là à la représenter en icône de la révolte féministe, comme j'ai cru le lire ici et là…

Plus un mythe qu'un grand film, en tout cas…


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De Impétueux, le 14 juin 2015 à 21:40
Note du film : 5/6

Après troisième ou quatrième vision, j'avais baissé de 5 à 4 la note que j'avais décernée à La Vérité ; et voilà qu'après nouvelle revoyure, je la rectifie et la remets à son niveau précédent. Et que mon 5 d'aujourd'hui est plutôt un 5 de mesure, alors que, si je m'étais spontanément écouté, j'aurais mis un 6. Voilà ce que c'est, finalement, les grilles de notation : un système arbitraire que l'humeur du jour, la qualité de la digestion, la couleur du temps font qu'il monte ou qu'il descend…

1953, Les Diaboliques, 1955, Le salaire de la peur ; deux succès, public et critique, qui ont installé Henri-Georges Clouzot au sommet de la pyramide du cinéma français, que lui valaient déjà L'assassin habite au 21, Le corbeau et Quai des orfèvres. Il y a tout, dans ces films : l'intérêt parfait de l'intrigue, la qualité des acteurs, la maîtrise technique du cinéaste, le rythme, l'émotion, le suspense, l'aigreur, le sarcasme. Les espions, en 1957, n'en sont que plus surprenants, paraissant hermétiques, abscons, figés. J'ai vu ce film là à sa sortie, alors que j'étais bien trop jeune, que mes souvenirs d'enfant sont bien trop lointains et comme il n'a pas été édité en DVD, je ne saurais dire ce qu'il en est vraiment.

N'empêche que lorsque La vérité paraît, en 1960, c'est un véritable coup de tonnerre : on a retrouvé le Clouzot de toujours. Le succès est immense et la critique et l'opinion célèbrent d'une même voix le triomphe de Brigitte Bardot, enfin reconnue comédienne, bouleversante et pathétique.

Eh bien, je ne suis pas certain que la performance d'actrice de BB, honorable, convenable, satisfaisante, mais nullement inoubliable n'ait pas à la longue beaucoup desservi le film, ne lui ai pas, si je puis dire, volé la vedette, substituant au récit intelligent et subtil d'une rencontre qui n'aurait jamais dû avoir lieu et qui aboutit à une catastrophe, des considérations sur la parfaite adéquation de la personnalité de la vedette de Et Dieu créa la femme à son personnage. À force de se demander si Brigitte Bardot, à la moue irrésistible et à la fesse somptueuse n'avait pas transféré ce qu'on lui prêtait de naïveté primale et d'animalité érogène dans le personnage de Dominique Marceau, on a quelquefois gommé toute la richesse du scénario.

Qu'est ce que c'est que La vérité, si ce n'est une version ancienne, dramatique – et quelquefois mélodramatique – du merveilleux Pas son genre de Lucas Belvaux ? Deux êtres horriblement, hystériquement attirés l'un vers l'autre par une sorte de pulsion charnelle irrésistible et dans l'incapacité totale de se comprendre – on pourrait écrire de s'entendre, dans le sens ancien du terme – une fois les jeux du lit accomplis. L'époque, et le pessimisme noir de Clouzot, qui n'aimait rien tant que la tragédie et la mort, voulaient qu'un film s'achevât par un champ de ruines sanglantes. De ce point de vue là, l'assassinat de Gilbert Tellier/Sami Frey par Dominique/Brigitte Bardot et le suicide d'icelle, en soi point nécessaires étaient dans la logique des choses.

Et donnaient, de surcroît, l'occasion de situer le film dans un prétoire où s'affrontaient, en superbes joutes oratoires de grands avocats d'assises, celui de la partie civile (Paul Meurisse) et celui de la défense (Charles Vanel) sous la férule rigoureuse du Président (Louis Seigner). Tout ceci est parfaitement artificiel, le film jonglant entre les débats du tribunal et les flashbacks sur la réalité évoquée par les propos des témoins et les plaidoiries des avocats mais c'est tellement bien fait qu'on s'y laisse prendre et au delà ! Même artificialité efficace, l'opposition frontale et absolue entre les personnalités des deux sœurs, Dominique, toute paresse et veulerie et Annie (Marie-Josée Nat, excellente), toute sagesse et mesure, qui ne se sont jamais entendues et finissent par se haïr.

Ajoutons à cela le Quartier latin de la fin des années 50, les ultimes survivances de l'insouciance germanopratine et, en face, la terrifiante bonne conscience de la société des adultes, son rigorisme, son hypocrisie, son arrogance, sa morgue. Je soupçonne que Clouzot a tout de même un peu beaucoup grossi le trait et a représenté les deux facettes en donnant identiquement envie de les mépriser. N'empêche que ça marche…


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