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Forum : Deux hommes dans la ville

Sujet : Bon scénario, piètre réalisation


De Pigeon Lane, le 13 mai 2003 à 10:03

Giovanni fut un bon scénariste "viril" mais un piètre réalisateur, se laissant aller à un lyrisme souvent ridicule (les dialogues du "Gitan" de risible mémoire) et à des effets de mise en scène servant de cache-misère. Pourtant, "2 hommes dans la ville" échappe au nanar par l'émotion réelle qui s'en dégage. Si Gabin est momifié, quasi absent, Delon a rarement été meilleur (son expression à la guillotine) et Bouquet est fabuleux en flic abject. A noter aussi le jeune Gérard Depardieu en loubard, au début. Bon exemple de "qualité France" à l'ancienne, avec un message anti peine de mort aussi simple qu'efficace.


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De Gaulhenrix, le 23 juin 2003 à 00:35
Note du film : 5/6

Une bonne analyse précise, juste et pertinente, que je partage entièrement ; notamment pour ce qui est de l'importance des regards.


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De Jarriq, le 11 octobre 2003 à 17:52

Bouquet est extraordinaire car il symbolise, sans chercher à l'humaniser, la Police aveugle et sans pitié, vue par les yeux (partisans) de Giovanni. Il fallait un immense acteur, sans problème d'ego ou d'image pour camper un rôle aussi odieux, au point qu'on est heureux et soulagé quand enfin Delon lui saute dessus !

Chose curieuse, Bouquet n'a pas été aussi impressionnant dans un autre personnage de flic obsessionnel et sans coeur : Javert dans "Les misérables" d'Hossein. Il faut dire que le film n'était vraiment pas fameux…


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De verdun, le 10 mai 2006 à 16:59
Note du film : 5/6

Je trouve que ce Deux hommes dans la ville tient mieux le coup que ce qu'on aurait pu croire. Certes la peine de mort n'existe plus et très peu de chances de revenir eu égard aux normes européennes. Mais on sait bien que l'opinion publique y est pour et ce ne sont pas les faits divers récents qui vont infléchir cette tendance… Et quelle fin !!

A cet égard, Alain Delon , favorable à la peine capitale a fait preuve de courage en acceptant ce film et en y donnant le meilleur de lui-même.

Mais l'acteur qui m'a laissé ici le plus grand souvenir ici, c'est Michel Bouquet. Quelle que soit la vraisemblance de son personnage, est-il erronné de le considérer comme l'un -je n'ose pas dire le- des plus grands acteurs français.

Sinon, la musique de Sarde est à la fois simple et inoubliable comme celles de La grande bouffe, Le chat, Le locataire ou des films de Sautet.


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De Freddie D., le 10 mai 2006 à 18:53
Note du film : 4/6

Pour l'avoir revu récemment, je trouve le film intéressant et témoignant des mentalités de son époque, ce qui n'exclue pas la caricature et la naïveté, talon d'Achille de José Giovanni, qui a toujours tendance à angéliser les voyous et à diaboliser les flics. Comme le dit Impétueux, tout cela n'est jamais si simple… En fait, s'il est une vraie faiblesse dans Deux hommes dans la ville, c'est le rôle de Gabin, à la fois trop présent et mal développé, qui se repose trop sur la personnalité de l'acteur, et ne lui donne pas grand-chose à jouer ou à défendre. L'intérêt se focalise donc sur l'affrontement entre Delon et Bouquet (franchement génial), laissant Gabin sur le carreau, avec ce personnage sans épaisseur, et purement emblématique. La puissance de la séquence finale est intacte, et le regard de Delon est peut-être ce qu'il a fait de mieux au cinéma.


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De Freddie D., le 10 mai 2006 à 19:21
Note du film : 4/6

Ce n'est pas une critique du jeu de Gabin, mais du rôle insuffisant qu'on lui a proposé. Il est vrai qu'il a eu l'élégance de laisser la vedette à Delon, et à un degré moindre à Bouquet, mais son personnage méritait un peu plus de travail, de séquences centrées sur lui, sur ses dilemmes. La voix "off" redondante et platement militante, ne suffit pas, et on regrette un utlime face à face Delon-Gabin, après Mélodie en sous-sol et Le clan des Siciliens.


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De fretyl 2, le 7 mai 2007 à 00:00
Note du film : 4/6

Godard critiqua a sa sortie le film qu'il trouvé trop commércial, en effet la réunion de vedettes Delon, Bouquet, Gabin nous laisse présentir un film de commerce. Mais faut il cracher sur un cinéma populaire qui peut étre engagée et passionant ?


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De Arca1943, le 7 mai 2007 à 01:34
Note du film : 3/6

Mais faut il cracher sur un cinéma populaire qui peut étre engagé et passionant ?

Certainement pas. Et le mot "commercial" est très souvent utilisé là où, justement, il faudrait lire populaire; à plus forte raison à cette époque, mais même aujourd'hui. Quant à Godard – déjà pénible comme cinéaste, mais alors comme critique…! – qui aurait, dites-vous, vilipendé ce film parce qu'il sacrifie au méchant star system, ça ne m'étonne pas de lui. Et justement rappelons que l'année précédente, il tournait Tout va bien… avec Yves Montand et Jane Fonda. Et l'année d'avant, Le Vent d'est avec… Gian Maria Volontè. Alors pour la scie sur le cinéma "qui sacrifie au culte des vedettes", on repassera.

Cela étant dit, Deux hommes dans la ville était déjà à l'époque (je l'ai vu en 1977) et pas seulement aujourd'hui, ce qu'on appelle un film à thèse. Et quand un film est "engagé" de cette manière – qui revient à taper sur la tête du spectateur avec son gros sabot pour y faire pénétrer le "bon message" – il n'a aucune efficacité, il prêche aux convertis; lesquels, tout heureux d'entendre le "bon message", sautent à la conclusion qu'il s'agit d'un bon film.

Permettez-moi de citer un autre grand praticien du cinéma populaire, qui brassait lui aussi (mais pas de la même manière) des thèmes à forte résonance sociale et politique, monsieur Luigi Comencini : « Je ne crois pas qu'un film ouvertement engagé ait changé les idées d'un seul spectateur. » En voilà un qui avait compris que la seule vraie manière de ne pas prêcher aux convertis est de ne pas prêcher, c'est-à-dire de construire une histoire, des personnages avec le souci constant de ne pas être rhétorique, de ne pas être "à message", de laisser vivre les personnages afin qu'ils ne deviennent pas les simples pions d'une démonstration. En somme, il ne s'agit pas de ne pas faire Deux hommes dans la ville, mais de le faire en respectant le spectateur, qui n'est pas un réceptacle à messages mais un homme.

Alors, ce film de Giovanni – mais pas son précédent Un aller simple qui, tiens tiens, touchait un mot lui aussi de la peine de mort, mais d'une manière plus lyrique et moins didactique – partage avec les films d'André Cayatte, par exemple, ce même défaut de se tirer dans le pied : ils rendaient très contents les gens qui étaient déjà d'accord avec eux.

Sur le même thème, ô surprise, Jean-Pierre Mocky a réussi, en adoptant une toute autre posture narrative, à faire très fort et pas prêchi-prêcha du tout avec Le Témoin, un véritable joyau. (Mais il avait la chance d'avoir comme scénariste nul autre que Sergio Amidei : ça aide…).

Mais cela dit, évidemment, si Deux hommes dans la ville repasse à la télé, je surmonterai sans doute mon agacement pour revoir Jean Gabin


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De fretyl, le 14 mai 2017 à 13:07
Note du film : 5/6

Je me fout de savoir si Deux hommes dans la ville est un film à thèse ou pas. Avec Impétueux j'ai été très clair sur les positionnements que l'on peut avoir par rapport aux films de gauche sortie dans les années 70 ou j'apprécie autant le cinéma d'un Boisset que celui d'un Gavras. Bien évidemment je ne suis pas d'accord avec Giovanni sur sa vision de la peine de mort, Delon non plus et ça tout le monde le sait ; ce qui ne lui a pas empêché d'interpréter brillamment Gino Strabliggi. Mais comme le disait Gabin pour faire un bon film il faut : premièrement une bonne histoire, deuxièmement une bonne histoire et troisièmement une bonne histoire ! Avec Deux hommes dans la ville c'est fait ! Le film se pourvoit d'un excellent scenario, le meilleur sans doute, que José Giovanni n'ai jamais mis à l'écran. Que Arca dise préférer sur le sujet de la peine de mort Le témoin de Mocky est légèrement tordu. Certes le film est un des meilleurs de son auteur, mais Le témoin reste une farce là ou Deux hommes dans la ville est un drame pur. Le thème de La scoumoune est assez récurrent dans la filmographie de Giovanni et en dehors du film engagé j'ai pu apercevoir avant tout l'histoire d'un homme à qui la vie ne fait pas de cadeau. Delon n'a jamais été meilleur que dans ce film et trouve l'une de ses meilleures interprétations, en tout cas la plus émouvante. Quand il téléphone à Gabin pour annoncer la mort de sa femme de l'hôpital ou lorsqu'on l'accompagne jusqu'à la guillotine, Delon est au sommet et le spectateur a la gorge noué !
Gabin se montre plus en retrait que d'habitude et pour ceux qui connaisse bien sa filmographie dans le film Verdict (film moyen) il joue tout de même une scène assez forte ou en tant que juge il s'élève contre la peine de mort, scène qui à elle seule vaut tout le film et dépasse son intervention lors du procès de Delon dans le film de Giovanni. Reste Bouquet excellemment choisit. Dans son rôle de flic gluant, harcelant il est cent fois meilleurs que ce qu'il l'est dans le film anti flic de Boisset ; Un condé.

Il n' y'a rien à dire Deux hommes dans la ville demeure un très beau film aux images parfois suffocantes que l'on oublie pas et l'un des derniers bons films de Gabin porté par un excellent thème sonore de Philippe Sarde :



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De Laurent Ermont, le 14 mai 2017 à 14:57

Rien d'exceptionnel,si ce n'est qu'une histoire tellement prévisible dés le début,qu'on ne peut même pas entrevoir l'émotion.Un Gabin bien fatigué qui joue du pur Gabin,un Delon somme toute habité par Alain,pour le bouquet,final,seul "Lanoux"tire son épingle du jeux.Film commercial,puis l'orsqu'on connait l'histoire de J.Giovanni,ça laisse un arrière goût amer…


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De fretyl, le 14 mai 2017 à 15:40
Note du film : 5/6

Votre point de vu laisse à désirer… Film commercial vous dites ? C'est exactement ce que proclama une tète à claque comme Jean Luc Godard à la sortie du film. Évidemment une affiche réunissant Gabin/Delon ne pouvait a priori après Melodie en sous-sol et Le clan des Siciliens n'être que commerciale. Mais à l'époque à la question À quoi sert donc le cinéma ? Un grand acteur comme Ventura répondit avec franchise : À faire De l'argent !


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De Laurent Ermont, le 14 mai 2017 à 18:31

Il est vrai que si le cinéma n'existait pas il faudrait l'inventer…


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De Impétueux, le 3 juillet 2017 à 18:42
Note du film : 2/6

Une nouvelle vision de Deux hommes dans la ville m'a fait oublier que j'avais presque apprécié jadis ou naguère cette sorte de pamphlet assez mou qui sent fort son idéologie post-Mai 68 : la victime de la société empêchée de réintégrer le clan des honnêtes gens par la malfaisance de la police, et malgré l'humaniste bienveillant… c'était bien à la mode dans les années où ça a été tourné et ça a donc beaucoup vieilli.

Ce qui est assez amusant, c'est l'équipe qui a tourné ça. On a appris depuis lors que José Giovanni, bien meilleur scénariste que réalisateur au demeurant, avait acquis dans les rangs de la Gestapo française, avec Sabiani à Marseille, puis à Paris aux côtés de Bony et Laffont une vaste conscience humaniste ; on peut aussi s'amuser de découvrir les deux principaux acteurs, Jean Gabin et Alain Delon, sinon à contre-emploi, du moins à contre-conviction (ce qui ajoute, d'ailleurs, une qualité particulière à leur grand talent). Et puis Michel Bouquet est aussi excellent que son rôle caricatural et outré pouvait le permettre.

Ajoutons une distribution qui ne manque pas de qualités, notamment Victor Lanoux et le jeune Gérard Depardieu, truands crédibles, Robert Castel en fier-à-bras éruptif, Jacques Monod, toujours parfait procureur. Et puis je ne déteste pas Christine Fabrega, qui aurait dû faire moins de télévision et davantage de cinéma. Enfin, il y a un beau thème musical de Philippe Sarde mais trop continuellement répété.

En revanche, le jeune Bernard Giraudeau est crispant comme il l'est souvent et Mimsy Farmer qui eut du succès est bien moins agréable à regarder que dans mon souvenir (mais je crois ne l'avoir vue que dans More de Barbet Schroeder).

En réalité, c'est le scénario infantile du film qui est à incriminer : outrancier, grandiloquent, vertueux et portant le défaut majeur des films (ou des romans) à thèse : la volonté de démontrer à tout prix, fût-ce avec des sabots en béton armé. Entendons-nous bien : je suis bien le dernier à imaginer que, aux commandes de la société, il n'y a que des gens honnêtes et tous attachés à la rédemption de ceux qui, par malchance, légèretés de jeunesse, faiblesse de caractère, ont fait des conneries et cherchent à s'en sortir. Mais ce qui me semble extrêmement daté, c'est le parti-pris de considérer que tout l'appareil d'État est voué à enfoncer la tête sous l'eau de ceux qui ont failli à un moment donné. C'est le côté lutte des classes qui me paraît faible. La réalité est infiniment plus complexe et le monde beaucoup moins clivé entre les canailles et les braves types qu'on ne le croyait dans les amphis de la Sorbonne quand Sartre y pérorait…

Dans Deux hommes dans la ville, il y a bien sûr le salaud intégral, le flic obsessionnel Goitreau (Michel Bouquet), qu'on n'imagine pas n'être pas inspiré par le Javert des Misérables ; on n'est d'ailleurs pas mécontent, dans son fauteuil, de le voir zigouillé par le brave Gino (Alain Delon) qu'il a poussé à bout. Mais tout le reste des hommes d'ordre est presque de la même eau : le directeur (Armand Mestral) de la prison où était incarcéré Gino et le juge d'application des peines (Jacques Rispal) ; prison où, d'ailleurs, un simple capitaine de gendarmes mobiles menace les détenus mutinés de leur faire tirer dessus (!!!). Et à l'instruction et au procès, la morgue du Juge (Maurice Barrier), du Procureur (Jacques Monod, donc) et du Président (Roland Monod)… À part le brave homme d'imprimeur (Guido Alberti), le monde entier, la société unanime se dresse contre Gino.

On lui coupe le cou. On a tort, assurément, mais ce n'est pas une raison pour faire un film aussi médiocre que Justice est faite, d'André Cayatte ou La vie, l'amour, la mort de Claude Lelouch. Les bonnes causes font souvent de mauvais films (les mauvaises aussi, d'ailleurs).


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