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Sujet : Très noir, très bien !


De Impétueux, le 5 novembre 2004 à 18:37
Note du film : 5/6

Ma note est une note de souvenir, parce que je n'ai pas vu ce film depuis bien longtemps, mais je ne doute pas qu'elle soit appropriée : Le sang à la tête, de l'avis général est une des meilleures adaptations cinématographiques d'un roman de Georges Simenon et une œuvre noire à souhait.

Le trio Grangier Gabin Audiard fonctionne déjà de façon très huilée et brillante…


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De cormega, le 16 décembre 2005 à 19:24
Note du film : 5/6

Effectivement la note est méritée et ce film vaut bien une redécouverte. Un très bon cru Audiart – Grangier, les dialogues ne sont pas les plus percutants de Audiart parce que plus noirs que d'habitude. Quelle joie en plus de découvrir La Rochelle des années 50 formidablement filmée. Un must.


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De arno75, le 16 février 2006 à 20:37
Note du film : 5/6

je cautionne complètement ce point de vue. une jolie écriture, un fond de sauce de psychanalyse comme toujours chez Simenon. les années 50 nous manquent.


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De PM Jarriq, le 16 juillet 2006 à 08:20
Note du film : 5/6

Sur une base qui n'est pas sans évoquer La femme du boulanger, Le sang à la tête est un drôle de film, constuit en tragédie inéluctable, pour aboutir à un final inhabituel, étonnamment serein. Abandonné par sa femme, Gabin a l'occasion de faire un bilan de sa vie, le temps d'un week-end, et se rend compte qu'il est haï de tous, objet de jalousie et d'envie, que même son épouse vit mal sa réussite sociale. Tous les éléments sont réunis pour que la recherche de l'adultère s'achève dans le sang, mais le film est en fait l'histoire d'une prise de conscience et d'un pardon. La vision de l'humanité par Simenon (et Audiard) n'a rien de réjouissant : une ribambelle de poivrots aigris et haineux, de bourgeois ineptes, des demi-sels lamentables. Par moments, on rejoint Zola. Impérial, Gabin traverse Le sang à la tête avec dignité et autorité, donnant une vraie épaisseur à son personnage, bien éloigné des prolos qu'il jouait à la même période. Autour de lui, d'excellents seconds rôles aujourd'hui oubliés. Le milieu socio-professionnel est parfaitement décrit, les images de la Rochelle, des cafés, les us et coutumes de l'époque sont aujourd'hui un précieux témoignage, tant le monde a radicalement changé en 50 ans. Je ne sais pas comment finit le roman, mais la fin en anticlimax de Le sang à la tête est une idée rafraîchissante et bienvenue : à l'époque de Carné, Gabin aurait certainement fini avec le couteau de Frankeur dans le ventre…


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De Arca1943, le 7 avril 2010 à 04:20

« Un fond de sauce de psychanalyse comme toujours chez Simenon… »

Non, non, non : la psychanalyse d'une part et Simenon d'autre part s'intéressent à l'âme humaine, mais l'une avec les moyens de la science et l'autre avec les moyens de la littérature.


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De Impétueux, le 7 avril 2010 à 10:02
Note du film : 5/6

Je partagerais volontiers votre point de vue, Arca, ne voyant pas du tout de psychanalyse chez Simenon, si vous ne parliez de science à propos des théories de MM. Freud et Jung. Approches intéressantes des secrets de l'âme humaine, si l'on veut… science me semble bien trop fort…


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De Arca1943, le 7 avril 2010 à 14:50

Je suis bien d'accord. J'ai utilisé le terme générique de "science" pour couper au plus court. En effet, je doute fort de la scientificité non seulement de la psychanalyse, mais encore de l'ensemble des "sciences" humaines (les guillemets sont au choix de Hannah Arendt, Gaetano Salvemini ou Benedetto Croce !) dont la posture vis-à-vis de l'Homme me semble pour le moins douteuse, pour ne pas dire pis. Il y a entre l'entomologiste et la fourmi une paroi de verre qu'il est périlleux de reproduire quand c'est l'Homme que l'homme regarde.

Pour Benedetto Croce (qui mettait volontiers la "sociologie" entre guillemets) l'art est un mode du savoir humain qui est pour ainsi dire en concurrence avec les savoirs à prétention scientifique. Donc étendre la psychanalyse à Simenon, c'est en quelque sorte affirmer la domination de celle-ci sur la littérature : prétention contre laquelle je m'insurge !


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De Impétueux, le 4 septembre 2013 à 18:25
Note du film : 5/6

Le sang à la tête est sans doute une des meilleures adaptations au cinéma de l'univers noirâtre de Georges Simenon, un de ceux où est la plus respectée, en tout cas, la lucidité entomologique de l'écrivain, même s'il y a quelques notables différences avec le roman originel. Outre que le livre, qui s'intitule Le fils Cardinaud, se passe aux Sables d'Olonne, et non à La Rochelle et que le personnage principal se prénomme Hubert, et non François, c'est bien un ancien débardeur du port qui, à force de travail s'est élevé dans l'échelle sociale mais il n'est, en quelque sorte, qu'un employé supérieur et les questions d'argent sont pesantes dans ses soucis.

Dans le film, Cardinaud (Jean Gabin) occupe une position de fortune considérable, jusqu'à devenir l'associé des gros mareyeurs Mandine, Hubert (Henri Crémieux) et Charles (Léonce Corne), gluants bourgeois papelards, flemmards, vicelards, dont la nullité égoïste fait songer aux Lyonnais d'Un revenant et, en fait, d'être le véritable patron de l'affaire. Sa prospérité bourgeoise est éclatante et son poids sur l'activité du port est considérable. En quelques séquences rapides et efficaces, dans les dix premières minutes du film de Gilles Grangier les rôles respectifs des uns et des autres sont posés, le milieu très modeste dont est issu Cardinaud présenté ainsi que la jungle miasmatique dans quoi il aurait pu demeurer.

C'est tout de suite très prenant, très bien observé : l'ennui terrifiant des dimanches dans la bonne société de province : le passage à la pâtisserie dès la sortie de la messe, l'apéritif dans le grand café cossu avant le repas qui précédera une promenade sous la charmille ou une séance de cinéma. Dans ce rituel bien huilé et ennuyeux comme la pluie de novembre, il y a ce jour-là un sérieux accroc : Marthe Cardinaud (Monique Mélinand), épouse et mère d’apparence irréprochable, n'est pas là au déjeuner, ne revient pas de l'après-midi, ne rentre pas de la nuit. Elle s'est laissé séduire par un ancien petit copain des années de dèche, Mimile Babin (José Quaglio), sale voyou, fils de Titine (Georgette Anys) et frère de Raymonde (Claude Sylvain) qui, l'une retirée de l'extase tarifée, et l'autre en pleine activité, se prostituent pour trois fois rien.

Tout cela se sait très vite, du haut en bas de La Rochelle ; tout le monde jase, tout le monde se moque de Cardinaud dont l'éclatante réussite a suscité des torrents de jalousies et de frustrations. Vingt ans de succès continus ont créé un mur de haine. Rien que de normal, après tout.

Mais Cardinaud est un obstiné, dur au mal. Reprendre sa femme, bien sûr. Mais davantage encore rester debout, ne pas s'effondrer devant le sarcasme. D'abord résister aux tentatives de Mademoiselle (Renée Faure), l'institutrice des enfants, qui aimerait bien profiter de l'absence de l'épouse (Pourquoi croyez-vous que je vous paye ? Pour vous occuper des enfants, pas pour vous en faire un !). Puis aller rechercher la femme infidèle, qui, en fait, ne demande que ça. Ce n'est pas très glorieux et les dimanches suivants, on le devine (malgré le trop suave happy end obligatoire au cinéma de l'époque) seront semblables à tous les dimanches passés : la messe, la pâtisserie, l'apéritif, le gigot, la promenade. Mais on n'est pas obligé d'être héroïque tous les jours.

On le voit, ce n'est pas très gai. Mais Simenon ne l'était pas. Et lui, l'homme obsédé par les femmes parce qu'il ne comprenait pas pourquoi elles étaient tant et tant différentes des hommes, a écrit dans la même année 1952 Le fils Cardinaud et La vérité sur Bébé Donge, l'un et l'autre roman aussi noirs et sans perspectives…

Toujours est-il que Le sang à la tête, aux ellipses narratives remarquables, porte la lourde pesanteur du mystère des vies grises. La distribution tout entière est excellente, Gabin marmoréen, Monique Mélinand (qui fut le grand amour de Louis Jouvet) bien belle et tous les seconds rôles merveilleux de la grande époque du cinéma français.


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