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Sujet : Le meilleur film de Francis Girod ?


De Impétueux, le 13 octobre 2004 à 14:44
Note du film : 5/6

Emma Eckhert n'est pas Marthe Hanau, vraie figure des scandales financiers des années 30, dont le scénario s'est inspiré : elle est beaucoup plus honnête et beaucoup plus jolie (puisque c'est Romy Schneider) ; mais le film qui tourne autour des figures louches de l'Entre-deux-guerres est davantage que plaisant : intéressant, bien écrit, bien joué.

Romy, mais aussi Claude Brasseur, Daniel Mesguich, Marie-France Pisier, Jean-Louis Trintignant… et Noëlle Chatelet (la soeur de Lionel Jospin, en femme du monde lesbienne amoureuse de Romy…)

Sublime musique d'Ennio Morricone, très différente de ses habituels travaux…


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De PM Jarriq, le 24 juin 2008 à 16:24
Note du film : 3/6

Il est certain, comme il est dit justement plus haut, que pour la réalité historique, il faudra plutôt lire un bon bouquin sur le sujet, et que le personnage d'Emma est attachant, uniquement parce qu'il est interprété par Romy Schneider qui peut s'y épanouir en tout narcissisme.

La banquière, c'est un peu le monde de la finance vu par Walt Disney, avec ses héroïnes aux moeurs certes gentiment dissolues, mais au coeur pur, et ses infâmes rapaces corrompus oeuvrant à leur perte. On comprend vite que tout ça n'est que prétexte à jolis décors rétro, à numéros d'acteurs bien rodés (un peu usés même, en ce qui concerne Carmet, Trintignant ou Brasseur qu'on a déjà vu bien souvent s'amuser ainsi à jouer les abjects de service), et surtout, à la mise en valeur de sa star. Le personnage est trop beau pour être vrai, et l'écriture plutôt acérée quand il s'agit des seconds rôles, se fait naïve et complaisante dans le portrait d'Emma Eckert. De fait, le film perd rapidement de son intérêt, et se suit tranquillement, dans le chemin de croix de son improbable héroïne, jusqu'à l'apothéose finale, à la limite du ridicule.

Malgré tout, La banquière est typique d'un bon cinéma français commercial des années 80, on peut se réjouir de quelques face à faces entre Auteuil et Trintignant, délectables de veulerie, mais trop c'est trop, et on préfèrera se souvenir de l'actrice dans des rôles un peu moins "sur mesure", et plus émouvants comme Une histoire simple, ou L'important c'est d'aimer.


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De Arca1943, le 24 juin 2008 à 17:51
Note du film : 3/6

Le meilleur Girod ? Je pencherais plutôt pour Le Trio infernal. Je conserve un excellent souvenir de ce film vitriolique – au propre comme au figuré – qui brossait un tableau de l'Entre-deux-guerres à faire dresser les cheveux sur la tête. Et Romy Schneider y trouvait un rôle certes pas tout à fait dans le droit fil de Sissi…


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De Impétueux, le 24 juin 2008 à 18:17
Note du film : 5/6

Vous avez raison, Arca ! J'avais inauguré ce fil de La banquière encore tout ravi par la magnifique musique d'Ennio Morricone et en n'ayant gardé qu'un souvenir fort vague du Trio infernal ; mais ce dernier film, revu l'an dernier, est beaucoup plus fort, d'une parfaite et délicieuse noirceur et j'en ai dit, d'ailleurs, tout le bien que j'en pensais !

Cela dit, je maintiens ma note de 4 à La banquière parce que Romy Schneider, Marie-France Pisier et Daniel Mesguich y sont fort beaux, et que Jean-Louis Trintignant, Jean Carmet, Jean-Claude Brialy, Daniel Auteuil, Claude Brasseur, Jacques Fabbri tous réunis, ça jette un max !


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De Arca1943, le 24 juin 2008 à 20:25
Note du film : 3/6

Mon souvenir de La Banquière n'est pas de première fraîcheur, c'est sûr. Mais ce que je m'en rappelle recoupe ce qu'en dit Jarriq : à savoir que le personnage de Romy Schneider était trop beau pour être vrai. J'attends de le revoir, quand il sortira… En revanche Le Trio infernal est sorti sur DVD l'an dernier au Québec (dans une solide fournée de films qui comportait aussi, soit dit en passant, L'Homme à l'imperméable).

Je me rappelle aussi un film de Francis Girod que j'avais trouvé très mauvais : Le Grand frère, avec Depardieu.


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De fretyl, le 24 juin 2008 à 22:17
Note du film : 2/6

De la carrière ennuyeuse de Francis Girod je ne garderais que comme seul film ou l'on ne s'endors pas Sept morts sur ordonnance.


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De Arca1943, le 24 juin 2008 à 23:41
Note du film : 3/6

Seulement voilà, l'excellent Sept morts sur ordonnance est un film de Jacques Rouffio. Pour s'endormir devant Le Trio infernal, il faut vraiment avoir des nerfs d'acier. Bravo, Frétyl.


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De fretyl, le 24 juin 2008 à 23:51
Note du film : 2/6

Mince, je me suis trompé, en vérifiant la fiche du film je constate que Girod a produit le film, je croyais qu'il en était réalisateur et Rouffio scénariste. Pour Le trio infernal je ne l'ai pas vu, alors je laisse à Girod une dernière chance.


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De Arca1943, le 24 juin 2008 à 23:55
Note du film : 3/6

Bien entendu, tous les goûts sont dans la nature et rien ne dit que vous ne serez pas déçu, mais j'ai envie de vous dire : vous ne le regretterez pas ! C'est un sacré film.


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De Impétueux, le 8 avril 2014 à 17:00
Note du film : 5/6

Peut-être est-ce la proximité de la campagne électorale municipale et les remugles que j'ai pu y déceler qui m'ont incité à regarder une nouvelle fois La banquière. (Non, là, je dis des bêtises ! Juré, craché, la tête sur le billot je ne vois pas le moindre rapport entre l'époque actuelle et la course à l'abîme de notre pays dans les années Trente, entre naïfs gogos et subtils prévaricateurs, rastaquouères douteux et jeunes gens ambitieux).

Le film serait excellent s'il s'était résolu à conter l'histoire de cette crapule grassouillette de Marthe Hanau, fût-elle travestie et enjolivée en celle d'Emma Ekhert, incarnée par la radieuse beauté de Romy Schneider. Francis Girod et Georges Conchon, son scénariste, n'ont pas mégoté sur les analogies d'identité et sur l'évidence du modèle. Comme Emma Eckhert, Marthe Hanau était une juive alsacienne, mariée puis divorcée (Lazare Bloch devenant, dans le film, Moïse Nathanson – Jacques Fabbri) mais ayant conservé avec son ex-époux des relations d'affaires. La gazette du franc devient, chez Girod, La défense du franc et le journal est mêmement soutenu par la gauche radicale. La société de banque propose, dans l'une et l’autre histoire, des intérêts à 8%, ce qui indigne la finance traditionnelle, Horace Finaly, patron de la Banque de Paris et des Pays-Bas dans la réalité, Horace Vannister (Jean-Louis Trintignant) dans la fiction.

Mais on regrette que le film prenne une trajectoire différente de celle de l'histoire quand il présente Emma Eckhert comme une sorte de sainte femme uniquement attachée à la préservation de l'épargne populaire et à la lutte contre la Haute banque. Le réalisateur biaise alors singulièrement les ressemblances entre son héroïne et Marthe Hanau dont le système s'assimilait à la fameuse pyramide de Ponzi, escroquerie qui consiste à payer les mirifiques intérêts qu'on sert aux premiers souscripteurs avec l'argent qu'on emprunte à de nouveaux entrants, alors parfaitement dupés.

En présentant Emma Eckhert comme une adolescente malheureuse et brimée en raison de son homosexualité, Francis Girod pose les prémisses du comportement de la femme révoltée, de la justicière de la finance, du Robin des bois du palais Brongniart (je note par ailleurs le propos du père d'Emma à sa fille, poissée une nouvelle fois après qu'elle a été surprise avec une femme : Tu es la meilleure. Écrase-les ! ; c'est de ce genre d'encouragement idiot que s'est nourrie pendant des siècles la propagande antisémite). Ceci est le prégénérique.

Presque toute la première partie est brillante, réussie, virevoltante, narquoise ; Emma réalise une ascension fulgurante, régnant sur un petit monde d'affairistes, de demi-sels, d'hommes de main, d'entremetteurs louches, d'avocats véreux (superbe composition de Jean-Claude Brialy), d'hommes de paille (Claude Darget), de politiciens vicelards, ou corrompus ou presque gaga (Guillaume Hanoteau, François-Régis Bastide). Elle séduit autant les hommes que les femmes, a soutiré des millions à son amie de cœur, Camille Sowcroft (Noëlle Châtelet, qui est, dans la vraie vie, la sœur de Lionel Jospin, et qui lui ressemble assez, en nettement plus sexy). Elle s'amourache, toutefois de Rémy Lecoudray (Daniel Mesguich), jeune idéaliste, qui a fait une guerre héroïque, qui lui est caution morale, avec qui elle rompra, se rabibochera et finira par corrompre, comme tous les autres.

Jusque là, le film est parfaitement réussi ; mais quand il se tourne vers le moralisme manichéen, il change complètement d'allure et de tonalité ; en présentant Emma Eckhert non plus comme une friponne joyeuse et libertine, on demeure dans le charme ; en la tirant vers la pathétique image de la malheureuse victime des forces du Mal (incarnées par l'establishment – Trintignant – et son esclave, la Justice – Claude Brasseur), Girod abime un peu son film, jusqu'à une fin qui est un des sommets du grotesque.

C'est bien dommage, tant il y a eu auparavant de scènes brillantes et subtilement empreintes de l'immoralisme des années folles, comme la scène du train de plaisir, ou celle du bal de Monte Carlo ; et aussi les interventions récurrentes et parfaites du maître-chanteur Duvernet, patron de la feuille à scandales La rumeur, formidablement interprété par Jean Carmet, magnifique de veulerie…


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