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Sujet : Romains et l'amitié...


De Impétueux, le 23 octobre 2005 à 23:35
Note du film : 4/6

Excellente idée que d'éditer en DVD ce film charmant d'Yves Robert, bien adapté du récit canularesque de Jules Romains qui, avant d'être l'auteur du féroce "Knock" puis le très grand écrivain des "Hommes de bonne volonté" (il y a dans les 27 volumes de la fresque assez de matière pour tirer vingt scénarios passionnants !!) fut un normalien narquois et un funambule de l'amitié et de la jeunesse.

Les quiproquos autour de l'Hôtel de Ville (rond !) d'Ambert, le sermon incroyable de Bénin (interprété par un Noiret qui avait déjà bien du talent) méritent d'être revus…


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De Impétueux, le 23 octobre 2005 à 23:37
Note du film : 4/6

Ce que je commence à apprécier beaucoup, dans ce genre de site, c'est qu'on peut tomber, au cours des avis, sur votre genre de tordus (bien loin d'être péjorative, l'épithète est, à mes yeux, particulièrement laudative) qui cherche à retrouver le détail, le plus souvent minimissime qui leur a échappé.

Mais alors là, vous me décontenancez ; d'abord, je ne suis pas à dire le vrai, un spécialiste de Jules Romains; (en revanche, je touche assez bien ma bille sur Jean Giono). J'ai lu, adolescent, Knock ou M. Le Trouhadec saisi par la débauche, pièces de théâtre qui ont eu un éclatant succès, puis Le dieu des corps, roman qui, par sa description érotique d'une passion m'avait mis le rouge aux joues (mais c'était écrit dans un style fort noble, un peu comme le chapitre intitulé La nuit de Tolède dans Comme le temps passe de Robert Brasillach.

Et puis un jour je me suis mis au cycle des Hommes de bonne volonté ; 27 romans, donc, 4 fort volumes de la collection Bouquins. Un enchantement, des histoires qui se croisent, se décroisent, s'entrecroisent ; tous les milieux abordés ; tous les styles de récits : intrigues amoureuses, politiques, affairisme ; quelques passages érotiques très très singuliers et troublants. Une merveille.

Mais le cycle se situe entre le 6 octobre 1908 et le 7 octobre 1933 ; et ce que vous me citez n'y a pas place. Ce n'est pas un récit romancé, il me semble, mais la relation d'une entrevue réelle. Alors ? Je sais que Romains, pacifiste acharné, était très proche d'Édouard Daladier ; peut-être est-ce de lui qu'il s'agit. Je tente Daladier et Georges Bonnet ?

Je serais navré de ne pas pouvoir vous éclairer, tant l'acuité de votre recherche m'intéresse…

Il existe une bonne biographie de JR : Jules Romains ou l'Appel au monde 1885-1970 d'Olivier Rony chez Robert Laffont. Je ne l'ai pas encore lue, mais on me l'a recommandée.

Si vous souhaitez poursuivre un débat, je pense que mon adresse internet serait plus adaptée, pour que nous ne lassions pas les péronnelles qui déposent un soixante douzième message sur la fiche de "Pirates des Caraïbes" (Johnny Dep, il est TRRRRROP BEAU !!!) : pierre.builly.@free.fr


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De Xaintrailles, le 12 juillet 2007 à 11:36

Jules Romains raconte cet épisode dans un livre publié aux Etats-Unis en 1940 intitulé "Sept Mystères du destin de l'Europe" et jamais re-publié depuis pour des raisons qu'il explique dans une de ses dernières oeuvres ("Ai-je fait ce que j'ai voulu ?"). Il y raconte d'ailleurs bien d'autres épisodes tout aussi stupéfiants : par exemple son entretien avec le généralissime Gamelin à la veille de la guerre ou sa réception triomphale par les nazis à Berlin, lui qui était viscéralement anti-nazi ! On peut trouver (en cherchant bien) le livre sur Internet. Bonne chance.


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De Arca1943, le 12 juillet 2007 à 12:02
Note du film : 5/6

Merci ! Maintenant que j'ai le titre, rien ne m'arrêtera. Vous comprenez que je ne peux utiliser la citation du comte Sforza – vraiment peu ordinaire et sujette à remise en cause de la part d'esprits chagrins peu impressionnés par mon héros – sans avoir le passage de Romains pour la corroborer. Encore une fois merci !


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De Nicolas, le 3 octobre 2007 à 18:24
Note du film : 4/6

Comédie de Yves Robert, agréable et sans méchanceté, avec des acteurs d'une grande complicité, à rééditer en urgence !


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De fretyl, le 11 octobre 2007 à 00:22
Note du film : 5/6

Une comédie drole , simple et fraiche ou on retrouve les thémes apparement cher a yves robert . Le gout de la farce dans ni vu ni connu la libérté alexandre le bienheureux et l'amitié nous irons tous au paradis .

Méme si ce n'est pas son meilleur film c'est une jolie avant premiére de son cinéma et les acteurs semble bien s'amuser .


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De Arca1943, le 31 décembre 2007 à 15:34
Note du film : 5/6

Un classique dont l'absence sur DVD laisse perplexe.


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De Xaintrailles, le 14 avril 2010 à 15:20

Ajoutons que le comte Sforza, qui n'est pas nommé pour des raisons évidentes de discrétion (n'oublions pas que nous sommes en 1940), est défini par Jules Romains comme "une des plus fortes têtes politiques de ce temps".


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De Arca1943, le 14 avril 2010 à 15:42
Note du film : 5/6

Avec juste raison ! Grande était la sagesse du comte Sforza !


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De Gilou40, le 14 avril 2010 à 16:08

Ce comte Sforza, c'est une véritable bible pour vous, cher Arca ! Combien de fois ai-je lu ce nom dans vos avis ? Il va quand même falloir que je me penche un peu (un tout petit peu) sur les écrits de cet esprit apparemment lumineux ! Vous n'auriez pas un titre à me conseiller ? Quelque chose de pas trop complexe, d'accessible pour ma petite tête .


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De Arca1943, le 14 avril 2010 à 16:14
Note du film : 5/6

Mais certainement ! Mes préférés : L'Italie contemporaine : ses origines intellectuelles et morales (1946) et L'Italie telle que je l'ai vue de 1914 à 1944, qui sont un peu deux versions du même bouquin. Le plus souvent cité, je ne l'ai pas encore lu : Dictateurs et dictatures de l'après-guerre (il s'agit évidemment du premier après-guerre). Le comte Sforza est facile et agréable à lire, ce n'est pas un intellectuel mais un homme de dossiers devenu penseur en raison de la menace fasciste, et qui s'adressait au grand public. Son érudition et sa polyglossie faisaient partie de son boulot de diplomate puis ministre des Affaires étrangères d'Italie (en 1919-1921 puis 1947-1951). Précoce constructeur de l'Europe, il lui arrive de parler de la France. Ainsi : « La puissante clarté cartésienne du rationalisme français brille pour nous, Italiens, tel un phare dans la nuit : un excès de lumière qui masque la valeur des ombres. » Malgré son métier, il n'avait pas la langue dans sa poche et ses charges virulentes contre l'appeasement lui valurent de solides inimitiés, notamment en Angleterre.


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De Xaintrailles, le 27 avril 2010 à 11:29

Voilà ce que dit Jules Romains du comte Sforza. "Le 26 Août (1939) au matin – je n'oublierai pas cette date ! elle était d'ailleurs aussi celle de mon anniversaire – je reçus d'un grand homme d'état étranger, de passage à Paris, une demande d'entrevue "pour une affaire de première urgence". Cet homme était certainement une des deux ou trois plus fortes têtes politiques que j'aie jamais rencontrées. Je ne le nommerai pas pour certaines raisons, et par exception à la règle que je me suis donnée de tout dire. Je le priai de venir aussitôt. Il me déclara : – Je n'ai pas besoin de vous dire, à vous, combien la situation est grave. A mon avis, la guerre n'est plus qu'une affaire de jours. Je suis très effrayé pour la France et l'Angleterre. Elles ont l'air d'aller à cette guerre comme à une corvée, qui les ennuie beaucoup, mais dont l'issue leur paraît garantie. C'est une immense erreur. Vous ne gagnerez pas cette guerre sans imagination, sans audace, sans puissance poétique. Si vous vous contentez de fuir les risques, de chercher le moindre effort, la partie est perdue d'avance, et les conséquences seront terribles… Voici : vous avez de l'influence auprès de votre gouvernement. Il faut que vous disiez ceci à Daladier, à Bonnet : Mussolini, qui n'est pas très intelligent, mais qui est un comédien retors, va vous jouer un tour pendable. Il se tiendra coi tout le temps qu'il faudra. Il vous fera espérer sa neutralité. Il vous la fera même payer. C'est comme cela qu'il peut le mieux servir l'Allemagne, en la ravitaillant, en la couvrant sur tout son flanc sud. Il se déclarera contre vous quinze jours avant que la victoire d'Hitler soit certaine… pour avoir droit aux dépouilles. Il faut que votre gouvernement dise à Mussolini tout de suite : vous avez quarante-huit heures pour vous décider. Ou avec nous, ou contre nous. Mussolini ne veut à aucun prix de la guerre en ce moment. Il vient de recevoir des rapports désastreux sur l'état de son aviation et de son artillerie, qu'il connaissait très mal. Toute l'opinion italienne est contre la guerre. Si Mussolini essaye de se dérober en promettant sa neutralité, exigez qu'il vous laisse occuper Turin, Milan, et deux ou trois autres places, à titre de garantie, et qu'il laisse passer vos troupes. S'il vous menace d'entrer en guerre, faites appel au peuple italien… dites-lui la vérité… rassurez-le sur vos intentions. Dans quinze jours, Mussolini sera par terre, et l'Italie partira en guerre contre l'Allemagne à côté de vous, trop heureuse de se libérer d'une alliance qui lui répugne, et de se réhabiliter. Mais si vous caressez Mussolini, tout est perdu. C'est votre gouvernement qu'il faut convaincre d'abord. Les Anglais sont assez stupides, et Churchill n'est pas au pouvoir. Ils comprendront après… Naturellement votre gouvernement voudra consulter l'Etat-Major… Absurde ! Les gens de l'Etat-Major sont des fonctionnaires. Moi qui ai gouverné mon pays , je les connais… Comme tous les fonctionnaires, ils ont peur des histoires, et ils recherchent toujours le minimum de responsabilité. Ce sont des exécutants. Ils sont faits pour obéir. Si vous les consultez sur une affaire pareille, ils diront : Non, non, nous avons déjà bien assez de tintouin comme ça ! Ce qu'il faut leur demander, ce n'est pas : "Faut-il faire ceci ? C'est : "Comment ferez-vous ceci, quand nous vous aurons donné l'ordre de le faire ?". Je répondis : – "Votre suggestion est d'une importance capitale. Vous venez de me l'exposer avec une telle force, que ce n'est pas de ma bouche qu'il faut qu'on l'entende, c'est de la vôtre. Je vais provoquer l'entrevue nécessaire. Je serai là et je vous appuierai". L'entrevue eut lieu le lendemain dimanche, chez moi (et non dans un bâtiment officiel, pour déjouer les espions) . Mon homme d'état fut aussi éloquent et persuasif que la veille. Il fit grande impression. Le lundi, j'allai porter à Georges Bonnet une lettre à lui adressée, mais que je destinais en réalité à Daladier, et où, rappelant l'entrevue de la veille, je disais que ce serait prendre une responsabilité redoutable que de ne pas tenir compte de l'avertissement d'un homme qu'on avait eu si grand tort de ne pas écouter dans le passé". (Jules Romains – Sept Mystères du destin de l'Europe, Edition de la Maison Française, New York, 1940. Il semble que le livre ait été réédité aux Etats-Unis sous le titre Seven Mysteries of Europe)


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De Arca1943, le 27 avril 2010 à 13:54
Note du film : 5/6

Quel personnage ! Tout ce qu'il faut de cerveau et de coeur et tout à la bonne place. On ne peut que comprendre la feuille d'extrême-droite Gringoire qui identifiait alors ainsi les trois pires ennemis de sa "cause" : « Benès, Churchill, Sforza. »

Ce passage est extraordinaire à plus d'un titre. Il montre combien le pugnace diplomate lisait dans le jeu de Mussolini – qui va faire pratiquement à la lettre ce que Sforza prédit – et aussi qu'il gardait un réseau de fidèles au sein de la diplomatie et de l'armée : Mussolini vient de recevoir un rapport désastreux sur son armée, qu'il connaissait très mal… C'est ce qu'on appelle du renseignement. Et là, en somme, il tente de convaincre la France d'envahir l'Italie : autrement dit, déclencher la Deuxième Guerre mondiale avant qu'Hitler ne le fasse, donner aux Alliés l'initiative…


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De Xaintrailles, le 27 avril 2010 à 14:50

Dommage que le gouvernement français n'ait pas suivi ses recommandations…


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De Impétueux, le 27 avril 2010 à 18:13
Note du film : 4/6

Je toussote d'autosatisfaction en notant que j'avais suggéré, par déduction, les noms de Daladier et de Georges Bonnet en octobre 2005 à la sagacité d'Arca qui cherchait à identifier les interlocuteurs du comte Sforza.

De là date notre complicité ! Faste jour !


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De Arca1943, le 28 avril 2010 à 01:37
Note du film : 5/6

En effet Impétueux, vous avez mis dans le mille. Toussotez donc ! (D'ailleurs c'est de saison, avec toute cette neige qui nous est tombée dessus aujourd'hui). Parmi les détails qui en disent long, je relève la symétrie : que Daladier et Bonnet ne sont pas identifiés dans Demain il faudra faire grand pour des raisons de sécurité… et de même Sforza dans Sept mystères de l'Europe.

Parmi les écrits de Sforza qui forcent l'admiration – la mienne en tout cas – on peut trouver sur le site de l'historien français François Delpla (www.delpla.org) la traduction d'une célèbre lettre que le fameux antifasciste libéral envoya au roi d'Italie, à quelques jours de l'entrée en guerre de Mussolini aux côtés du Reich. Que si peu aient vu juste alors que tant d'autres s'aveuglaient est bien la chose la plus effrayante à savoir sur cette époque. À quel point des gens comme Sforza ou Churchill étaient isolés, encore à la veille de la guerre…


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De Impétueux, le 22 juillet 2012 à 12:45
Note du film : 4/6

J'aurais mauvaise grâce, après avoir tempêté ailleurs sur les malfaisants qui créent de nouveaux fils sans se raccrocher aux anciens, d'agir de même avec Les copains. Et ceci alors même que, après le message initial que j'ai déposé, des gloses, par ailleurs fort intéressantes, mais sans vrai rapport avec l'œuvre d'Yves Robert se sont accumulées. On respecte la Charte de DVDToile ou on s'en contrefiche. Chacun sa loyauté.

Exactement comme dans mon souvenir, Les copains est un très gentil film, plein d'allégresse et de verve, simplement un peu mythifié par l'excellence du sujet, la qualité des interprètes et l'incroyable succès que connut et continue à connaître Les copains d'abord chanson écrite pour l'occasion par Georges Brassens et qui n'est pourtant pas, à mes yeux, de sa meilleure veine.

Très gentil film comme le livre l'est, dans l'œuvre du très grand Jules Romains, qui a tout de même fait bien mieux, avec le féroce Knock ou l'immense paysage des Hommes de bonne volonté.

Jules Romains est Normalien, ce qui ne dit peut-être plus grand chose aujourd'hui, dans le monde de la Finance omnipotente, mais qui était une des voies les plus royales qui se puissent pour les plus brillants sujets, et qui ouvrait la porte à tout : sciences, littérature, politique, philosophie et ainsi de suite. L'École -ses rites, ses dialectes, ses contraintes, ses coutumes, sa topographie – a marqué des générations et des générations. Alain Peyrefitte, l'ancien ministre, qui en fut, a consacré sous le titre Rue d'Ulm à cette institution extraordinaire un très beau florilège de souvenirs et de morceaux choisis.

Parmi les traditions les plus fortes de Normale, il y a l'élaboration et la réalisation du canular, mot-gag, forgé d'ailleurs par les Normaliens eux-mêmes. Farce, blague énorme savamment composée, la plus compliquée possible, qui demande à ses exécutants intelligence, subtilité, culot et impertinence.

Ce long préalable posé, autant dire que le film d' Yves Robert interprète de façon plutôt satisfaisante le petit livre tout plein de verve dont il est adapté et réussit la gageure, assez souvent, de faire sentir le grand souffle de l'outrance. Outrance qui culmine avec l'impeccable sermon de Bénin (Philippe Noiret) dans l'église d'Ambert, où, graduellement, les paroissiens interloqués sont appelés par Bénin, présenté comme un Prince de l'Église par le curé de la paroisse, au stupre et à la fornication les plus débridés. Très beau moment.

Le canular préparé par Bourdier (Pierre Mondy, impeccable) qui se fait passer pour le ministre de la Défense venu effectuer une inspection inopinée à la caserne d'infanterie est également très réussi, bien que les moyens aient un peu manqué pour représenter la panique et l'effarement des habitants. Celui de Lesueur (Jacques Balutin qui n'a pas eu très souvent l'occasion de montrer son talent), statue vivante et interpellante de Vercingétorix perturbant les notabilités d'Issoire, est le plus faible. Enfin celui de Martin (Guy Bedos, un peu pénible), qui, du côté de Venarey-lès-Laumes (site historique d'Alésia) colore la Seine en rose ne figure pas, je crois, dans le livre. Et surtout il me semble que dans le film, tel que je l'ai vu en 1965, et qui est en Noir et Blanc, la Seine, par un habile trucage prenait de la couleur. Le DVD n'en montre rien…

Et malgré quelques scories (l'intervention de Tsilla Chelton en aubergiste), plein d'autres bonnes choses : l'affolement de la salle de cinéma habilement perturbée par les Copains, stratégiquement répartis et, avant même le générique, l'agglomération initiale de l'équipe et la façon dont elle s'est constituée.

Tout le monde, je pense, aimerait ainsi avoir six copains épatants et de créer une bande unie comme les sept doigts de la main (si j'ose dire…). Les copains, c'est un grand rêve d'enfant…


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