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Forum : L'Esquive

Sujet : Une étonnante liberté


De dumbledore, le 5 octobre 2004 à 10:19
Note du film : 4/6

Après le succès de son premier film, La Faute à Voltaire, (Lion d'or de la première oeuvre, Prix spécial du jury à Namur, etc) Abdellatif Kechiche revient avec un film en lequel personne n'a vraiment cru : L'esquive, racontant l'histoire d'amour contrariée de deux jeunes de banlieue sur fond de répétition du jeu du hasard et de l'amour de Marivaux. Le manque d'intérêt des producteurs et du milieu du cinéma contraint le réalisateur à recourir à la DV et il tourne son film pour un budget avoisinant les 500 000 euros. Le résultat a surpris. La presse a été emballée, le public a suivi et voilà qu'aujourd'hui, Abdellatif Kechiche signe avec Claude Berri pour deux films, s'offrant ainsi un confort financier qu'il n'a jamais eu jusque là.

La force du film est d'avoir réussi à transformer ses obstacles en qualité. La Dv n'est pas du tout "cachée" par une lumière très travaillée. Au contraire, elle se montre ici dans sa plus pure nudité. Elle offre du coup une liberté de mise en scène, de déplacement qui donne au film une impression documentaire évidente. Cette dv permet aussi à son réalisateur d'explorer la seule chose qui le passionne visiblement : les comédiens (lui-même ayant commencé par une carrière d'acteur). L'improvisation est au centre de son film. Les comédiens semblent être dans une grande liberté de parole, de mouvement. Si le scénario est parfaitement construit dans une logique dramatique très évidente, si la succession des scènes est très maîtrisée, presque aride finalement tellement la progression est linéaire et évidente, chaque scène par contre est d'une liberté étonnante.

Ces comédiens sont particulièrement étonnant. Surtout les personnages féminins. Il y a la révélation de Sara Forestier qui irradie le film, à la fois très charmante, décidée, mais fragile. Son personnage est également haut en couleur, comme sa robe façon XVIIIème siècle qu'elle garde même quand elle traverse la banlieue. Il y a également les copines, faisant toute preuve d'une réelle présence à l'image. Seul finalement le personnage de Chrimo paraît du coup un peu fade à tirer la tronche durant les deux heures du film. Mais d'un côté, cela contribue au personnage, à son impuissance. Impuissance qui est finalement le thème récurrent des deux films d'Abdellatif Kechiche

Cette mise en scène est également totalement adaptée à ce qui est filmé, à savoir ces jeunes de banlieues qui ont leurs propres codes, leurs propres langages. A l'inverse des films de banlieue des années 90, ce n'est pas un regard alarmiste qui est posé, mais un regard tendre sur un langage différent. Ce langage est au centre de chaque scène, avec ce système de répétition, chaque réponse contenant la phrase de celui qui vient de parler (du genre "Passe moi le sel" , "Tu m'as demandé à ce que je te passe le sel", etc). Le basculement ensuite aux textes de Marivaux, ou bien même à un langage plus "poli" (quand le copain appelle Chrimo et que c'est la mère de celui-ci qui répond, il change de langage), remet sans cesse ce langage dans la perspective d'une géographie dans laquelle il est nait et dans laquelle il a sa raison d'être. Thématique passionnant montrant qu'il s'est constitué une réelle culture parallèle en France.

On pourrait toutefois formuler deux reproches au film. Le premier – et le plus important – est une certaine complaisance du réalisateur. Il ne sacrifie rien à ces personnages, étant prêt à faire rouler plusieurs secondes pas très intéressantes sur un personnage afin de pouvoir montrer ensuite un sourire, une attitude intéressante. Aucun sacrifice (suffisant en tout cas) ne semble avoir été fait pour privilégier le rythme, l'intérêt. La fin est d'ailleurs édifiante à ce sujet. Lors du spectacle final, on a droit à deux scènes (l'avant spectacle et l'après spectacle) très – trop – longues dans lesquelles se succèdent des plans de visages… comme si le réalisateur tenait à ce que tous ceux qui ont accepté ce tournage figurent dans le film. C'est évident gentil, généreux. Seulement, cela dessert souvent le film qui aurait mérité d'être plus serré.

Le second reproche (et qui est un peu lié au premier) c'est un manque d'évolution dans le film. Une fois que l'on comprend, et apprécie le principe de la construction des scènes, on a envie au bout d'un moment d'évoluer, que l'histoire prenne toute son ampleur, qu'on rentre vraiment dans les personnages et dans une intrigue. Ce n'est pas le cas. Même Marivaux n'est finalement pas exploité. La confrontation maîtres/esclaves n'est pas traitée dans le film. Alors que la pièce aurait pu être un miroir intéressant (comme dans Shakespeare in love par exemple), elle n'est finalement qu'un mur contre lequel les personnages et l'histoire se cognent. Sans doute que les Caprices de Marianne auraient été mieux adaptés…


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De fretyl, le 15 septembre 2007 à 02:47
Note du film : 0/6

De la merde. Eh oui de la merde et pas une petite merde ! Oh non, une grosse merde. Une vraie, comme le dit si bien Blier dans Tout le monde il est beau, d'ailleurs dit par lui ça confine a la poésie ; mais pour cette merde qu'est l'esquive ça donne envie de se suicider.
Comment veut-on que le cinéma français marche et attire les foules avec des conneries pareille ! (qu'on césarise en plus) au même moment on ne donnait presque rien à des films populaires qui peuvent au moins être joué par des acteurs, je dit des acteurs, pas par des puceaux de cinéma.
C'est un film social gentillet, qui ressemble aux feuilletons diffusés par ARTE le vendredi soir.
Filmé camera a la main par un réalisateur a deux balles, c'est triste, triste, triste,long et emmerdant, et puis en plus c'est politique on se croirait dans le cinéma de Ségolène.

En gros la critique la plus constructive c'est vraiment que L'esquive c'est de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde, de la merde ….


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De duel, le 15 septembre 2007 à 08:33

Comment peux-tu dire des choses comme celles là ? Tu te réfères à TOUT LE MONDE…, comedie bien grasse , à UN LONG…, film académique qui ne délivre aucune émotion ( avec un message du type "l'amour plus fort que la mort"?) Depuis quand le côté politique d'un film est t-il un défaut ? Ca ressemble au cinéma de ROYALE ? Tu préfèrerais que ça ressemble au cinéma de SARKOZY ?

D'autre part le film a eu un grand succès d'estime, et un succès populaire encourageant; ses récompenses sont méritées (je crois même qu'il en a eu à l'étranger…)

Quels sont tes films préférés ? PEARL HARBOUR ? ON SE CALME ET ON BOIT FRAIS A ST TROPEZ ? MON CURE CHEZ LES NUDISTES ?


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De droudrou, le 15 septembre 2007 à 09:00

Frétyl souffre-douleur de DVD Toile ! On épingle les mauvais films, on crucifie Frétyl !


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De PM Jarriq, le 15 septembre 2007 à 09:24

"Souffre-douleur", fretyl ? Curieuse vision des choses, Droudrou… Commencer un message par "DE LA MERDE", on peut tout de même suggérer que le jeune fretyl tend le bâton, non ?


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De droudrou, le 15 septembre 2007 à 10:50

Evidemment qu'il tend un bâton merdique ! Mais :

Le malheureux semblait se plaindre récemment, se sentant exclu de DVD Toile ! Et puis, en plus, il suscite des compassions… Alors, je ne voudrais pas que certains évènements pénibles se renouvellent : c'est toujours ennuyeux de rentrer dans le lard de quelqu'un !

Et puis, nous avons autre chose à faire de plus intéressant que passer toujours notre temps avec le même pour des détails qui n'en valent pas la peine. Hors son orthographe déplorable, et parfois une certaine vulgarité pour allumer les p'tits copains, on le sait quand même capable de donner des avis circonstanciés ! Ca revient à lui faire trop d'honneur !


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De PM Jarriq, le 15 septembre 2007 à 14:12

Il était temps que fretyl se trouve un copain ! Rivarol, bienvenue !

Quant à fretyl, avec son orthographe (!), ses goûts (?) cinématographiques, ses sympathies politiques, je commence à me demander s'il n'est pas une créature virtuelle, créée pour énerver les DVDtoileurs. Un canular, quoi…


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De Impétueux, le 15 septembre 2007 à 16:29
Note du film : 3/6

Si DVD Toile devient l'exutoire de passions politiques, je ne lui promets pas un grand avenir, et je crois même que je prendrais rapidement mes cliques et mes claques si cette tendance récente devait ne pas rapidement être éliminée de nos écrans.

Si je ne ménage pas Frétyl, dans son ignorance absurde des règles de la langue et dans ses goûts cinématographiques, je suis certainement beaucoup plus proche de ses orientations politiques (j'exagère : disons de ses habitudes de votes) que de celles de cinéphages avec qui, sur le plan artistique, je suis bien plus en phase, comme PM Jarriq ou Arca.

Que je sois un fieffé réactionnaire, qui plus est particulièrement clérical, n'a rien à voir ici : on s'en fout ! L'essentiel est que nous parlions de cinéma, non que nous instituions un blog politique…


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De droudrou, le 15 septembre 2007 à 17:19

Là, il y a des fessées cul nu qui vont s'imposer ou, à défaut, des punitions comme, par exemple, regarder un film de Jean-Luc Godard et en faire une critique constructive !


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De PM Jarriq, le 15 septembre 2007 à 17:35

Personnellement, je n'ai pas vu L'esquive, et n'ai nulle envie de le voir. Donc, la polémiquette faisant rage sur ce forum ne vient pas des "pro" et "anti" L'esquive, mais plutôt du ton employé sur certaines notules ("critique" me semble un terme légèrement excessif). Que le débat ait dérivé sur la politique (là aussi, bien grand mot) me paraît logique : tout est politique disait l'apôtre Godard, notre idole à tous.

Le mot "merde" ne choque personne depuis Cambronne. C'est juste qu'on aimerait, sur un site de cette tenue, avoir des avis plus nuancés, plus argumentés, même s'ils sont négatifs que "De la merde, une grosse merde". C'est tout… Donc, je propose de stopper là ces chamailleries imbéciles, et de tenter de préserver un espace cinéphilique intelligent et passionné, au lieu de perdre son énergie à ces discussions stériles, et apparemment sans aucun effet.

Merci.


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De sucre, le 15 septembre 2007 à 18:58

j'ai enregistré ce film mais je n'ai pas encore eu le temps de le regarder…. deja que je n'etais pas tres tentee de le regarder, je trouve le theme un peu deprimant….mais maintenant après ces querelles j'ai envie de me faire ma propre opinion


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De sucre, le 15 octobre 2007 à 08:40

je viens de regarder l'esquive, c'est vrai que c'est long et que le scenario est faible ; de plus malgre les efforts de sarah forrestier a interpreter une fille de la cité on a du mal a y croire, elle semble detonner dans ce decor malgre son application a parler le language des cités. Mais ce film souleve quand meme plusieurs questions, notamment le role d"educateur des profs de français, la difficulté d'approche pour des jeunes de la cité du programme scolaire français completement inadapté dans une cité ou les eleves ne savent pas s'exprimer correctement , la violence contenue, tout ce dont on se doute mais que l'on ne veut pas voir quand on habite ailleurs, c'est vrai que le film est politique et qu'il est trop long En fait c'est derangeant car il touche a de nombreux problèmes toujours occultes car tabous:le role de l'education nationale, l'immigration, la violence des cités,la police… Pas de quoi donner un prix, c'est plutot un documentaire sociologique.


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De vincentp, le 11 août 2008 à 21:19
Note du film : 4/6

Deux points de vue très différents sur ce film.

OliverF (un ami cinéphile) 5/6 : très bon film, original. Capte toutes les facettes de la vie dans une cité. Réflexion intelligente sur les classes sociales, sur l'enseignement… De plus, les émotions des personnages sont bien filmées et sonnent authentiques. Les dialogues sont plus vrais que natures. Une réussite en son genre.

Mon avis 2/6 : un film barbant et décevant, vu en accéléré. Les disputes entre adolescents -et leurs dialogues dans le patois de la cité- n'offrent guère d'intérêt. Ne prend guère de la hauteur par rapport au sujet (sauf par moments, notamment lorsque la prof présente la pièce de Marivaux). Le scénario est faible. Laisser des jeunes acteurs en roue libre a ses limites. Dans le genre (étude clinique de la pauvreté, des classes sociales), d'autres auteurs tel que Pasolini ont fait beaucoup mieux.


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De Impétueux, le 28 février 2017 à 22:11
Note du film : 3/6

Pour un peu moins de 2 euros, le film était proposé en solde ; je n'avais pas détesté La graine et le mulet, et l'idée de voir Marivaux en banlieue me semblait être une idée singulière mais admissible. Après tout, pourquoi pas ? Mon âge me donne tout le temps de regarder n'importe quoi, y compris les choses les plus incongrues.

Passé l'agacement de ne pas comprendre une phrase sur deux, phrase hachée, mâchée, grognée, hurlée, aboyée par des gamins qui n'ont avec ma propre manière de s'exprimer qu'une parenté lointaine, je me suis pris au jeu. Je n'ai pas détesté, je n'ai pas méprisé, j'ai même compati avec ces pauvres gamins à qui notre décadence n'offre aucune échappatoire que le football ou le gangsta-rap (sélection autrement plus rigoureuse, au demeurant, que celle des concours des meilleures grandes écoles).

Pauvres petits enfants perdus de nos banlieues, si lointaines et si proches, à qui des professeurs fou furieux et magnifiques essayent d'inculquer un peu de ce bagage qui n'a cessé de s'éparpiller depuis cinquante ou soixante ans sur les routes de l'exploitation mondialiste et de la destruction des identités… Elle est parfaite, cette prof' de Lettres qui croit encore à une sorte de mission sacrée et qui, alors que la barbarie est à la porte essaye de replonger ses chers et pauvres sauvageons dans le raffinement de siècles qui leur sont étrangers… Sauvageons touchants, émouvants, pathétiques même lorsqu'ils ne s'expriment que dans la rage de leur pauvre vocabulaire, même lorsqu'ils ne parlent que de niquer la race de l'autre et que se battre les couilles (même et surtout pour les filles) leur semble être l'ultima ratio de la désinvolture.

Je ne sais pas trop ce qu'il faut faire, là-bas, de l'autre côté du Périphérique : envoyer les gosses se mesurer à Marivaux, dans le raffinement superbe de la fin d'un monde civilisé ou se mettre au niveau de leur sous-culture, leur enseigner les textes de Nique ta mère et de Grand corps malade… Je ne sais pas. Je trouve beau qu'on essaye de leur faire toucher du doigt l'élégance, la sophistication, la perversité subtile, la finesse des grands textes décadents. Beau et désespérant.

Dans une des scènes les plus fortes du film, le professeur (Carole Franck) aborde vraiment le sujet : la détermination sociale : dans la pièce (et toujours chez Marivaux), les valets ont beau se déguiser en maîtres et les maîtres en valets, ce jeu artificiel d'échange et de surprise ne va pas bien loin : à la fin de la pièce, chacun retrouve son milieu, son territoire, sa race. Dommage que Kechiche, peut-être effaré par la désolation de ce qu'il va dire, s'arrête au bord du précipice, recule à l'idée de désespérer les Francs-Moisins… Et là, c'est lui qui esquiveJe songe que Belvaux dans Pas son genre a eu davantage de courage (de rage ?) en montrant la résignation de Jennifer la coiffeuse (Émilie Dequenne) qui n'a pas pu malgré tous ses efforts et son enthousiasme amoureux, marcher au même pas que son Clément le professeur de philosophie (Loïc Corbery) : il y a des choses qui ne se rattrapent pas…

Qu'est-ce qui va se passer après que les gamins auront joué devant les familles assemblées les entrelacs compliqués de l'écriture classique ? Peut-être Lydia (Sara Forestier) qui semble avoir en elle la rage et la volonté d'aller plus loin, pourra traverser le périph'… Mais les autres resteront confinés dans leur relégation, entre trafics, petits et grands, chômage endémique, puis confinement à la maison, pour les filles, avec trop de mômes à torcher et petits boulots de rien du tout pour les garçons, avec trop de crédits à rembourser…

Et là, Marivaux !…


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