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Sujet : Raté, mais formidable !


De derudder, le 8 juin 2004 à 13:12
Note du film : 6/6

Le film de Carné où fut créée la chanson de Kosma "Les feuilles mortes" sur un texte de Prévert. Trio inoubliable, jubilation cinématographique.


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De Roampolo, le 1er août 2004 à 23:09

Plus romantique tu meurs ! Décors et éclairages sublimes. Les acteurs, chapeau : Yves, Serge. Le trio Carné, Prévert, Kosma.

Ah, les feuilles mortes : le pied !


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De Impétueux, le 15 octobre 2004 à 20:14
Note du film : 5/6

Tout ça paraitra un peu niais, un peu trop romanesque, et le réalisme poétique s’essouffle (n'est-ce pas le dernier avatar de la production Carné/Prévert ?) mais c'est encore très bien ; tout cinéphile se doit de posséder aussi les œuvres mineures d'un grand cinéaste


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De Impétueux, le 30 mai 2006 à 18:08
Note du film : 5/6

Je viens de revoir pour la énième fois ces Portes de la nuit et je ne retire rien à mon message précédent sur l'essoufflement de la collaboration Carné/Prévert ; scénario niais en même temps que grandiloquent, acteurs emphatiques (je ne crois pas avoir jamais vu Montand aussi mauvais – il est vrai qu'il débutait au cinéma – et même le grand Saturnin Fabre est à côté de ses pompes; quant à Pierre Brasseur et Serge Reggiani, ils rivalisent dans l'outrance grotesque ; demeurent excellents Carette et Raymond Bussières comme d'habitude, et, par saccades Jean Vilar, qui a vraiment la gueule du Destin qu'il est censé incarner…

Et malgré ces critiques, je maintiens ma note de 5, et tout mon intérêt pour ce film. Une certaine façon de filmer le Paris excentré, le Paris des franges, des anciennes fortifs, vouées aux usines à gaz et aux gares de triage, la fumée des locomotives à vapeur, et les rues désespérées…

Je retrouve cette phrase de Marcel Aymé, qui va si bien à ce film  : C'est un paysage littéraire où les promeneurs d'une âme sensible, en écoutant les trains siffler dans une brume souillée, se surprennent à prier Dieu pour que la vie ne soit pas démesurément longue. (extrait de Derrière chez Martin)


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De Sépia, le 29 avril 2007 à 18:54
Note du film : 5/6

Ma vieille cassette des Portes de la nuit- Éditions Montparnasse- reproduisant le même bruit que les locomotives du même film, le dvd vient d'atterrir sur mon lecteur, et j'ai revu avec un bonheur sans pareil ce film que je vénère.

Puis, j'ai ouvert le grand livre Dvd Toile, car c'est aussi un livre blanchi d'humeurs, pour y retrouver différents écrits concernant ce bijou. Montand, imposé par Piaf après la défection de Gabin, et jouant comme un cochon, Brasseur dans l'outrance mais s'en est il débarrassé un jour, Bussières toujours nature et Julien Carette parfait, pas davantage. Saturnin Fabre inquiétant comme un film de Franju (que n'a t-il jamais tourné avec lui!), et Reggiani en petite frappe collabo minable, pile-poil !

Mais est ce bien cette distribution opportunément pertinente qui fait tout le charme et la profondeur de cette toile ! Arletty n'aurait-elle pas été à sa place, déclamant en ces rues désespérées (très joli,M. Impétueux!), Atmosphère, Atmosphère !…? Car c'est bien vers cette palpable désespérance que convergent vos critiques. Les Portes de la nuit est le seul film que je connaisse ou les acteurs sont les décors des décors eux mêmes.

La lourde nappe, chère à Charles Peguy écrasait l'âme des hommes en cette fin de guerre et voilait, peut-être à jamais, l'espoir de revoir un jour l'île de Pâques endormie dans le cœur de Diego. L'océan des blés était encore encore loin…

Je voudrais vous renvoyer à l'excellent site Marcel-Carné.com, où le tournage du film nous est conté avec force détails. Et, pour les nouveaux venus sur DVD Toile, à la critique d'Impétueux (30 mai 2006) qui cite, en conclusion, ce très beau texte(et qu'il en soit vivement remercié!)de Marcel Aymé : C'est un paysage littéraire ou les promeneurs d'une âme sensible, en écoutant les trains siffler dans une brume souillée, se surprennent à prier Dieu pour que la vie ne soit pas démesurément longue…

Car enfin! La vieille diseuse de bonne aventure qui se noie dans le canal, n'est elle pas la bienheureuse de cette histoire?


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De sépia,, le 1er juin 2007 à 17:36
Note du film : 5/6

Je voudrais revenir un instant sur le dvd des "portes de la nuit", édité par la maison "Pathé Classique", mis en vente le 16 Mai dernier.

Une mienne amie, ignorant que je possédais ce chef-d'oeuvre édité par René Chateau, m'offrit donc ce nouvel opus. Et pour tous ceux qui ne possederaient pas cette "version" là, je ne puis que les encourager à l'acheter. Une petite merveille…

D'abord, je souligne la présentation irréprochable de l'oeuvre dans un boitier joliment crème et incrusté or, fermant à l'aide d'un aimant…L'affiche du film n'en est que mieux portée. A l'intèrieur, une trés jolie brochure relatant les différentes étapes de la légende de cette maison d'édition préstigieuse, une trés constructive critique du film, et un hommage à Jacques Prévert. En soulevant cette brochure, une fort belle photo du film nous est révélée.

Puis les bonus : Et tout d'abord "les essais" du film. Ou l'on voit Gabin, prévu donc à la place de Montand, donner la réplique à un Jean Villar qui devait jouer le role de Saturnin Fabre dans une scéne qui, au final, n'apparait pas dans le film. Puis Montand, jouant décidément bien mal, Dialoguant avec…..Albert Remy, prévu, lui, en remplacement de Raymond Bussières!

Et quand on a vu ce film 150 fois, on est plus que surpris en découvrant ce casting là…..Puis des entretiens conséquents avec : Carné, Joseph Kosma (étonnant) André Heinrich, Yves Montand. Et un journal Pathé de l'année du film…Personnellement, c'est la première fois que je possède un dvd aussi beau, je peux le dire, et aussi riche de bonus. Alors, pour ceux qui en auraient déja des quantités de cette nature, pardonnez mon engouement, mais pour moi c'est nouveau!


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De Impétueux, le 1er juin 2007 à 18:28
Note du film : 5/6

Eh oui ! Le malheur, pour nos porte-monnaie ! – est que cette collection Pathé ne soit pas née avant les médiocres éditions de René Château (qui vont de pire en pire !) ! Même si je ne suis pas aussi enthousiaste que Sépia sur la rédaction de la brochure (de fort belle tenue, il est vrai, par ailleurs), la collection Pathé est élégante, bien illustrée, dense et riche en suppléments et bénéficiant d'une image restaurée…

Vais-je donc devoir jeter mes vieux Disparus de Saint-Agil, mon vieux Boudu sauvé des eaux, ma vieille (quel sacrilège pour l'éternelle Danielle Darrieux), ma vieille, donc Marie-Octobre, tous sortis, entre autres chez ce margoulin de Château et chez notre excellent Pathé ?


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De droudrou, le 1er juin 2007 à 20:45

On s'en fout sauf qu'avec l'arrivée de Sépia il y a des choses qui prennent une tournure différente et çà, c'est très bien !


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De DelaNuit, le 1er juin 2007 à 23:43
Note du film : Chef-d'Oeuvre

… et l'important, c'est que : "Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout contre les portes de la Nuit… Et les passants qui passent les désignent du doigt, Mais les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne, Et c'est seulement leur ombre qui tremble dans la Nuit, excitant la rage des passants, Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie… Mais les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne, Ils sont aileurs, bien plus loin que la Nuit, bien plus haut que le Jour, Dans l'éblouissante clarté de leur premier Amour…"

A noter que les deux chansons cultes du film, "Les enfants qui s'aiment" et "Les feuilles mortes" ont été éditées en CD (versions originales du film) ainsi que tant d'autres, dont "Démons et Merveilles" et "Le tendre et dangereux visage de l'Amour" du film Les visiteurs du soir en 2000 sous le titre "Les chansons de Jacques Prevert" (compilation HCF, Editions Milan Music).


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De echidna, le 8 février 2009 à 18:13
Note du film : 2/6

Personnellement, je n'ai pas réussi à adhérer à cette histoire de délation plombée par l'intermède grotesque du destin incarné par Vilar arguant de la prééminence des prémonotions où l'on voit un pauvre hère loqueteux mi-clochard mi-devin anticipant niaisement le déroulement des faits.
Pourtant, certains voient dans cette oeuvre de Carné une copie nimbée de ce réalisme poétique qui a fait la renommée de son réalisateur. Mais, vraiment, vraiment c'est excessif et ne mérite pas tant d'éloges. A la rigueur, épuré de ces scènes saugrenues, ce film aurait pu constituer une solide série noire à la Melville, mais là que nenni, le film s'enlise vers la médiocrité et s'oublie presque aussitôt qu'on le voit.

En plus, ce film pâtit aussi des prestations insipides de Montand présomptueux et pédant et d'une fade Nathalie Nattier peu credible en déesse réincarnée. Même, le talent de Jean Vilar se dissout dans son rôle du vagabond évoqué ci-dessus. Reggiani fait du Reggiani comme dans Marie-Octobre.

Bref, le film est bancal, l'interprétation est bancale, le scénario se dégonfle comme une baudruche. Et ce mélange des genres, à la lisière du fantastique et du drame, paraît à la longue particulièrement indigeste.

Seules trouvent grâce à mes yeux les partitions de Kosma et la prestation du petit Carette à la tête d'une tribu de mouflets et à la gouaille toute parisienne. Mais, oté ces chansons magnifiques, que reste-t-il ? Du vide et du surfait.


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De Impétueux, le 9 février 2009 à 18:26
Note du film : 5/6

J'ai déjà dit, echidna, que j'avais, moi aussi, des réticences vives sur ces étranges portes de la nuit qui, à leur sortie, furent un des bides les plus retentissants du cinéma français, alors même que Carné et Prévert sortaient des triomphaux succès du Jour se lève, des Visiteurs du soir et des Enfants du Paradis. Leur collaboration ne s'en releva d'ailleurs pas, chacun voguant ensuite vers son destin…

Film maudit qui devait, à l'origine, être tourné avec d'autres acteurs qu'Yves Montand et Nathalie Nattier, Les portes de la nuit auraient dû voir en vedette rien moins que Jean Gabin et sa maîtresse de l'époque, Marlène Dietrich, qui étaient déjà engagés dans Martin Roumagnac, dont Gabin possédait les droits depuis l'avant-guerre…

De ce fait, rien n'a exactement tourné comme Carné pouvait l'espérer, et l'inexpérience des acteurs principaux déséquilibre complètement Les portes de la nuit qui, telles quelles, peuvent néanmoins présenter de bien grands charmes, pour certains amateurs dont je suis (et dont était, au premier chef, notre regrettée Sépia). Mais vous ne l'êtes donc pas, echidna, dont je salue le goût pour le monde enchanté de Pierre Véry

Anecdotiquement, un mot encore : Gabin, gêné pour Carné d'un échec public dont il se voyait, au moins partiellement coupable, insista pour tourner à nouveau avec le réalisateur ; autant les relations furent bonnes au cours de La Marie du port, autant elles furent exécrables pour L'air de Paris ; il est vrai que, pour ce dernier film, Carné mit tout les projecteurs sur Roland Lesaffre, qui vient de mourir ; Gabin fit ce qu'on lui demandait, mais n'en pensa pas moins…


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De echidna, le 9 février 2009 à 19:53
Note du film : 2/6

Ce message me renforce dans mes convictions tranchées certes mais honnêtes. La filmographie de Carné se résume pour moi à la période de 1937 (Drôle de drame) à 1945 (Les enfants du paradis) dite du réalisme poétique. Ensuite, il tournera une succession de films moyens.
Je pense que Carné sans Prévert n'aurait été qu'un cinéaste lambda, un simple tâcheron. Car la force de son cinéma c'est avant tout les dialogues et les scénarii. La vision du binôme engendrera un esthétisme soyeux poussé jusqu'à l'onirisme dans certains films où le pessimisme le plus sombre et les contestations sociales contrastent avec la période "incomparable" du front populaire.

Enfin, mon jugement est partiel (partial?) car je dois avouer méconnaître la majorité de l'oeuvre du réalisateur en question. Question générationnelle !


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De PM Jarriq, le 9 février 2009 à 20:44

Ce message me renforce dans mes convictions tranchées certes mais honnêtes. La filmographie de Carné se résume pour moi à la période de 1937 (Drôle de drame) à 1945 (Les enfants du paradis) dite du réalisme poétique. Ensuite, il tournera une succession de films moyens.

Je sais bien que cette opinion rejoint celle d'une grande majorité, mais je ne suis pas loin d'y adhérer aussi. Sans Prévert, les films de Carné ont souvent frôlé l'opportunisme mal placé, et parfois le ridicule qui tue. Le cinéaste lui-même a souffert toute sa vie de cette "cassure" dans sa carrière, comme il le répète dans ses mémoires La vie à belles dents. Pourtant, pas de mystère : il y a clairement un "avant" et un "après".


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De Impétueux, le 9 février 2009 à 21:41
Note du film : 5/6

La césure ne souffre pas du moindre doute ! Il y a eu une magique alliance Carné/Prévert, une alliance enchantée, et puis, de ce moment miraculeux, il n'est plus resté que des bribes… Je sauve toutefois de Carné, son Thérèse Raquin de 1953, mais la fin de la carrière a vraiment été pitoyable ! Quand on pense que le réalisateur de Quai des brumes et du Jour se lève a AUSSI tourné Du mourron pour les petits oiseaux (rien que ce titre !).

Mais bon ! Les portes de la nuit – avec Prévert, malgré ses dix milliards d'imperfections, ça me plaît encore…


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De echidna, le 9 février 2009 à 22:08
Note du film : 2/6

Messieurs, France 3 diffuse ce dimanche La Marie du port avec Gabin. Eh bien, voilà un film que je n'ai jamais vu (j'espère que vous pardonnerez cette inculture) et qui figure dans la période postérieure à ce que vous appelez "la cassure" ou la "césure", peut-être alors serai-je obligée de revoir mon jugement.

Mais, je suis bien aise de lire des avis constructifs qui permettent de se confronter aux arguments de contributeurs connaisseurs en cinéma ; je ne vous qualifie pas de cinéphiles afin éviter toute flagornerie déplacée.

Je vous abandonne car j'ai réservé ma nuit à Burt Lancaster (dans Les tueurs)


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De DelaNuit, le 9 février 2009 à 22:14
Note du film : Chef-d'Oeuvre

A propos des Portes de la Nuit, j'ai lu dans un article de journal paru avant même la sortie du film que ce dernier était mal vu pour deux raisons :

  • La première était la dépense en décors jugée mal venue en période d'après guerre (reconstitution en studios d'une partie du quartier Barbès – il faut dire que comme Gabin et Dietrich étaient pressentis, il était hors de question de les lâcher dans les vraies ruelles de ce quartier)
  • La seconde était en raport avec les nombreuses allusions au marché noir et aux profiteurs de guerre, qui faisaient grincer bien des dents, vu que beaucoup de gens s'étaient "débrouillés" de manière plus ou moins nette pendant les jours sombres…

Pour ces raisons, ainsi que l'absence de vedettes, il semble qu'un certain nombre de personnes aient boudé le film à sa sortie sans se poser la question de la qualité de sa réalisation.

Pour ma part, je trouve ce film touchant et émouvant, avec son Destin se promenant sous la forme d'un vagabond, ses gamins amoureux aux grilles du métro Barbès, la valse improvisée de Montand et Nathalie Nattier dans un jardin de statues oubliées, ses chansons dont les fameuses Feuilles mortes. Je l'ai fait visionner à de nombreux amis qui tous l'ont apprecié. Comme quoi, tout le monde n'a pas la même sensibilité…


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De Arca1943, le 10 février 2009 à 02:16

« Je sauve toutefois de Carné, son Thérèse Raquin de 1953, mais la fin de la carrière a vraiment été pitoyable ! »

Avec ses 16 votes pour une réédition, Les Assassins de l'ordre semble avoir ses défenseurs. Pour ma part, je crois ne l'avoir jamais vu. Pas facile à trouver, à l'évidence…

Quant à la force des dialogues et des scenarii, il faudrait voir avec quels scénaristes Carné a travaillé par la suite. Prévert n'était certes pas le seul bon scénariste disponible. Enfin peu importe, ce n'est pas une mince qualité. Ici au Québec, combien de fois ais-je entendu comme première raison des limites et des difficultés de notre cinéma, hier comme aujourd'hui : le manque de bons scénaristes ?


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De PM Jarriq, le 10 février 2009 à 10:09

Brel, Denner et Lonsdale, ça donne envie d'y jeter un oeil méfiant, mais curieux. C'est drôle, on a beau faire, mais Les assassins de l'ordre, on a toujours l'impression qu'il s'agit d'un film de Cayatte.


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De echidna, le 10 février 2009 à 11:32
Note du film : 2/6

Parfois, vaut mieux s'abstenir que d'exposer ses yeux à de désagréables moments cinématographiques. En général, si le film n'a pas de postérité, c'est qu'il y a une explication simple… Mais pourquoi pas, il n'est pas interdit de rêver !

Cher Delanuit, sachez que, malgré l'étroitesse de mon esprit, je comprends aisément que ces Portes de la nuit aient de nombreux adeptes. Comme, par ailleurs, j'ai lu que vous appréciez vivement Ava Gardner, comme nombre de représentants de la gent masculine, alors que je la trouve pourtant assez vulgaire et piètre actrice. Je préfère nettement l'aisance et la spontanéité d'une Danielle Darrieux, la gouaille d'une Arletty, l'élégance glacée d'une Gene Tierney, la volupté d'une Sylva Koscina ou encore la fragile assurance d'une Olivia de Havilland.


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De DelaNuit, le 10 février 2009 à 14:04
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Loin de moi la prétention de considérer que votre esprit soit étroit ! On peut ne pas avoir les mêmes goûts et la même sensibilité tout en respectant la différence de l'autre, ce à quoi j'essaie de m'employer. Cela permet justement des échanges intéressants qui toujours permettent de nuancer son propre point de vue, tant il est vrai que rien ni personne n'est jamais tout noir ou tout blanc.

Ainsi, pour ce qui est de La Gardner, ce que vous appelez vulgarité, je l'appelle authenticité chez une femme d'origine modeste qui, gamine, courait pieds nus dans les champs de tabac et se bagarrait avec les garçons. Dans la personnalité et les comportements développés par la suite, évidemment, il y a peu à comparer avec les grandes dames aux belles manières ayant eu de l'éducation. Lors des soirées du beau monde, Ava picolait sec et laissait vite tomber les élégants séducteurs pour aller danser pieds nus avec les gitans du coin, ce qui m'a toujours amusé. Sommes nous peu de choses !

Pour ce qui est de son talent d'actrice, elle même estimait n'en avoir aucun (et j'apprécie ce manque de prétention), ayant la plupart du temps sollicité des conseils des réalisateurs pour s'entendre dire : "C'est bon, tiens toi là, sois belle, souris et bombe le torse !"

Il me semble qu'on peut moins lui attribuer la technique d'une actrice qu'un jeu instinctif qui parfois sonne juste, surtout quand le rôle lui parle (Mogambo, La nuit de l'iguane), et parfois moins (surtout dans ses films de jeunesse tels Les tueurs). Elle compose d'ailleurs rarement un personnage et se contente la plupart du temps d'être elle même et de se mettre en situation. En cela, je la trouve touchante, et elle m'intéresse plus que les autres. Autres qui présentent d'autres qualités et d'autres défauts.

Ainsi, parmi tous ces acteurs et personnages, chacun peut trouver de quoi l'inspirer…


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De vincentp, le 10 février 2009 à 15:04

Je rebondis sur ce qui est dit sur Yves Montand. De mon point de vue, un chanteur magnifique, mais un comédien très modeste (à des années lumières d'un Gérard Philipe ou d'un Jean Gabin), copiant -sans y parvenir- Bogart. Pas très naturel, le papé. Néanmoins, personnage populaire, il a fait venir des spectateurs et surtout des spectatrices en salles… La cinéma n'emploie pas que de bons acteurs…


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De DelaNuit, le 10 février 2009 à 15:24
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Je l'ai trouvé bien dans Marguerite de la nuit, face à Michèle Morgan. Il s'agit d'une version moderne du mythe de Faust, située dans le Montmartre des années 30.

Il y incarnait un diable boiteux, patron d'un night-club, commanditaire d'affaires louches, achetant des âmes. Pour une fois, son cabotinage collait bien au personnage, et je l'ai même trouvé émouvant à la fin, c'est dire !

Hélas, pas d'édition dvd en vue…


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De jipi, le 22 mars 2009 à 12:21
Note du film : 4/6

« Je suis le destin je vais, je viens c'est tout »

Entre collabos, exploiteurs du peuple, travailleurs laborieux, existentialistes et résignés les portes de la nuit pansent les plaies d'un Paris d'après guerre imprégné localement d'une peur de l'autre et d'un fantastique décalé répandu par un prédicateur insensible, omniprésent tentant de relancer la machine des sentiments en imposant à une faune en perte de repères propos soudains et inquiétants.

Les cibles sont dévisagées, approchées, effleurées. Les destinées sont distribuées dans les bars, sous le métro, dans les restaurants par un prophète au regard vague articulé par la parole divine.

Les prédictions bien souvent dramatiques parsemant le trajet de ces oisifs en mal de vivre alors que tout est à reconstruire sont brutales et sans sommations.

 

Préalablement conçu pour Marlène Dietrich à laquelle Nathalie Nattier ressemble étonnamment et Jean Gabin les portes de la nuit magnifique danse sensitive entre des pantins articulés par un maître de jeu prophétique débitant un verbe ne semblant pas être perçu reste globalement accablant d'ennui.

Le climat irréel, pessimiste est sombre cher au cinéaste s'éxécute dans un parcours lancinant faisant lentement abaisser les paupières. Cet opus déprimant s'aligne sur une manière de faire personnelle mettant en valeur les destinées tragiques de personnages accablés de négatifs dans un environnement ne faisant qu'encourager les débordements.

Bavard, constellé de scènes inutiles « Les portes de la nuit » ne sont pas la bonne adresse pour quérir joies et bonne humeur. Tout n'est qu'une respiration humaine effondrée par la néantisation d'entreprendre.

L'instable et le larmoiement ont pignon sur rues dans un avenir imposé par le destin que l'homme en plein désastre ne peut envisager par lui-même. Les feuilles mortes ce sont ces êtres improductifs rongés par leurs fatalismes.

Mention spéciale dans ce petit naufrage à Jean Vilar, le destin qui par son regard halluciné rappelle l'extra terrestre Robert le Vigan.


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De Romuald, le 22 mars 2009 à 13:12
Note du film : 6/6

Tout est merveilleusement dit…Rien à rajouter. Il n'y a pas de doutes, nous sommes bien sur DVD TOILE….Monsieur Jipi, Madame Sépia (+), je vous salue …..

                                             pour \Lagardère

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De Impétueux, le 29 juin 2010 à 19:11
Note du film : 5/6

Et dans le carnet du Monde de vendredi dernier, je lis que Nathalie Nattier, la Malou des Portes de la nuit, est morte le 16 juin, à 86 ans….

Le film de Carné, si raté et si attachant sera sa seule contribution d'importance au cinéma…

Mais écrire qu'elle est morte, c'est rappeler qu'elle a été cette jeune femme incertaine sortie du brouillard de la rue de l'Évangile…


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De Impétueux, le 11 février 2014 à 09:59
Note du film : 5/6

Revoir encore une fois Les portes de la nuit, plonger dans le mélodrame, le brouillard sale, l'eau noire du canal de l'Ourcq, les gazomètres de la rue de l'Évangile, les désillusions de la Libération. Se dire que le chant du cygne du réalisme poétique et de la miraculeuse osmose Carné/Prévert (et Trauner et Kosma) est un ratage complet, mais un des plus beaux ratages de l'histoire du cinéma.

On aime, on déteste Les portes de la nuit et on peut même, on doit même aller de l'un à l'autre sentiment, en fonction de l'âge, de l'époque vécue, de l'humeur du moment, du bruit que font Les feuilles mortes et Les enfants qui s'aiment et à condition que lorsqu'on déteste on s'émerveille de leurs profondes beautés et que, lorsqu'on en est ému profondément, on n'ignore pas les failles béantes.

Mettre tout ensemble beaucoup de dialogues ridicules, de situations théâtrales, d'invraisemblances, de grandiloquences et d'outrances, mais aussi ce pavé constamment mouillé, cette vision constamment nocturne (et pas simplement parce que le film se passe la nuit !), cette constante désespérance qui fait reposer sur les épaules de tous la pesanteur du monde et le dégoût de soi…

À quoi bon redire combien Yves Montand est mauvais, combien Serge Reggiani est mauvais, combien Nathalie Nattier a l’œil vide d'un pigeon égaré sur le plateau, combien Saturnin Fabre se laisse aller à des excès fatigants ? Mais Raymond Bussières est magnifique en petit prolo torturé dans une cave glaciale de la Gestapo française mais avec qui on aimerait bien aller boire un Pernod dans un bistrot, après le boulot. Julien Carette est magnifique en camelot père de famille nombreuse, indulgent, courageux, résigné. Et Pierre Brasseur est magnifique, tout dans la douleur, le chagrin irrépressible, virulent, insupportable.

Et puis Jean Vilar, clochard du Destin, donnant à toutes ses apparitions une touche à la fois hallucinée et saisissante, passant à travers tous les ridicules que son rôle incertain, fatidique, pouvait lui donner, à travers toutes les chausse-trapes d'un symbolisme qui pourrait être tape-à-l’œil et qui parvient à être noir…

Je ne crois pas qu'avec Jean Gabin et Marlène Dietrich à la place d'Yves Montand et de Nathalie Nattier, comme il avait été primitivement envisagé, le film aurait été plus réussi : il y a des naufrages que même les meilleurs marins ne peuvent éviter. Mais ça peut avoir tellement de force, un naufrage…


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De Commissaire Juve, le 11 février 2014 à 18:19

Perso, je n'irais pas jusqu'à dire que Montand est mauvais… Il a du mal à poser sa voix, c'est sûr, mais mauvais… Après un temps d'acclimatation, je trouve qu'il arrive à faire vivre son personnage.

Dans les choses qui font vraiment mal aux oreilles (comme deux bouts de polystyrène frottés l'un contre l'autre), je citerai le rire nerveux de la femme de Raymond Bussières (oh lala !) et le "c'est mon pote" du gamin de Bussières (ouh, la tête à la claques !). Enfin, il est vrai que Nathalie Nattier est assez insipide, mais je suis quand même bien content d'avoir échappé au déménageur breton Dietrich.

Quoi qu'il en soit, j'aime bien l'ambiance de ce film. Et j'adore les petits passages avec Dany Robin !


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De Tamatoa, le 11 février 2014 à 22:18
Note du film : 5/6

Heureusement que le cinéma n'est jamais parfait ! Pourquoi passerions nous tant et tant d'heures devant des fictions plus ou moins heureuses, si ce n'était pour oublier l'exactitude inquiétante, les rendez-vous inéluctables, les actes manqués et les panneaux indicateurs terrifiants de notre vie si parfaite ? Truffaut déclarait :"- Je fais du cinéma parce que la vie m’effraie …"-


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