Forum - Un Flic - Un film froid
Accueil
Forum : Un Flic

Sujet : Un film froid


De Steve Mcqueen, le 21 novembre 2007 à 06:07
Note du film : 4/6

J'ai regardé le film hier soir (je ne l'avais jamais vu auparavant) et je l'ai trouvé admirable de la première à la dernière image. J'attendais avec appréhension la séquence du train, après avoir lu vos critiques, mais j'avoue qu'elle ne m'a absolument pas choqué. Le trucage est dépassé, mais la séquence est sauvée par un art consommé du suspense et l'absence de tout dialogue. On a fait bien pire à mon avis ( la séquence finale de "Mission Impossible" : Tom Cruise agrippé à un train en plastique, un énorme ventilateur faisant voler ses cheveux et censé simuler l'impression de vitesse). Si on s'attache à cette séquence dans "Un flic", il faudrait aussi relever toutes les scènes en voiture visiblement tournée en transparence.

Il y a dans "Un Flic" une séquence remarquable : Delon, qui pénètre à l'improviste dans l'appartement d'un suspect,ouvre la porte de sa chambre. Il voit le suspect qui s'apprête à se tirer une balle dans la gorge. Il fait un pas en arrière, attend la détonation avant de rentrer dans la pièce. Il laisse le suspect se donner la mort pour lui éviter le déshonneur d'une arrestation.

Et que dire de Delon ? Visage de félin, laconisme, précision. Chez Melville, qu'il soit flic ou truand, Delon joue à peu près le même rôle en y apportant d'infimes nuances. Il exprime l'indicible avec une inexpressivité totale.

Ce qui me touche chez Melville, c'est que l'émotion naît justement de l'absence apparente d'émotion. Tout se joue dans les regards, les gestes, les silences. On obtient de somptueuses épures, des merveilles de minimalisme.


Répondre

De Littlecat, le 21 novembre 2007 à 16:22
Note du film : 5/6

5/6 : c'est la note qui reflète mon intérêt pour le film et n'est pas un jugement technique. Moi aussi, j'ai voulu le voir hier soir. Les films d'action où Delon exprime désinvolture,contentement de soi et humour sont souvent très drôles et toniques. En fait c'est Richard Crenna et André Pousse qui m'intéressaient.

Pauvre Pousse, il n'a pas fait long feu. La plaque de la rue d'Armaillé m'a fait l'effet d'un (électro-)choc : oui, j'avais vu le film dans des temps très anciens, l'histoire me revenait, et je n'ai pas attendu la fin pour zapper. Catherine Deneuve était merveilleusement belle. Est-ce la volonté de Melville qui fait qu'elle accomplit un sale boulot, seringue en main, sans une seule grimace, avec des yeux à peine effarés ? A noter son joli petit costume d'infirmière, qui dans le genre vaut bien la scène du train.

Et 6/6 pour tout le début, la voiture américaine qui s'avance lentement dans le crachin, longeant ces immeubles du bord de mer (ça existe ? aurait dit Coluche), dans la lumière crépusculaire, vers les seules lumières de la banque à attaquer.


Répondre

De Torgnole, le 27 novembre 2008 à 13:58
Note du film : 5/6

Je rejoins complètement l'avis de ""Steve Mcqueen"", et pour la scène du train, malgré les trucages bidons, le suspense fonctionne et tient en haleine lors de cette séquence en temps réel. Le film n'est jamais ennuyeux et malgré l'abus de zoom, Un Flic est plutôt bien filmé (surtout le jeu des regards).

Pour en revenir à ce que disait Sépia à propos du clin d'oeil, elle n'a peut-être pas tout à fait tort, car n'importe quel réalisateur méticuleux qui fait un minimum de recherche sur les trains, ou même le simple observateur, doit savoir que le véhicule avance grâce à des caténaires (sauf s'il est à vapeur), c'est à dire des fils électriques au dessus et tout au long de la voie ferrée. Donc, que les trucages soient réussis ou pas, cette scène est de toute manière impossible dans la pratique tout comme celle de Mission Impossible d'ailleurs où le TGV avance comme par magie sans caténaires (!).

La scène étant alors surréaliste puisqu'il est impossible de faire descendre un homme par hélicoptère sans qu'il se fasse couper ou électrocuter par les câbles, Melville ne s'est donc pas embarrassé de trucages soignés pour montrer au spectateur que toute cette scène est prétexte au suspense. Pour ma part, je trouve que le son du train et de l'hélico suffit à rendre la scène poignante et stressante ainsi que toute la méticulosité filmée de Richard Crenna grâce à un sens du détail réaliste poussé à l'extrême (en contraste avec l'irréalisme de la scène de l'hélico). D'ailleurs, le détail de l'aimant, tout droit sorti d'un cartoon, m'a fait sourire étant donné le sérieux et la tension de la scène. Un autre détail a failli me faire éclater de rire, lorsque Delon refuse le chewing-gum de son collègue dans la voiture, la scène est horriblement comique étant donnée la tronche ultra sérieuse des deux acteurs.

Et puis tiens, lâchons nous et faisons de l'overinterprétation ; avez vous remarqué que mise à part cette fameuse scène ferroviaire, nous pouvons aussi constater la présence de nombreux décors factices de Paris. Par exemple dans une scène pas forcément utile ou l'on voit la voiture de Delon quitter le trottoir, avec en fond, un matte painting flagrant, on a une transition sur la peinture impressionniste d'un village enneigé dans un musée, les gangsters s'assoient pour discuter du plan, derrière eux : matte-painting, le musée est également un trucage, la scène se termine sur un autoportrait de Van Gogh, autoportrait qui n'est pourtant visible qu'au musée Van Gogh à Amsterdam… Et si Melville voulait simplement mettre en évidence que le cinéma est un énorme trucage en parodiant son propre style?…

D'ailleurs, le film m'a fait l'impression que la plupart des personnages n'étaient pas surpris par les évènements, qu'ils en savent beaucoup plus qu'il ne veulent le montrer, je n'ai peut-être pas tout compris mais des détails faisant diversion ne sont pas expliqués (pourquoi l'homme du train sort-il une valise de sous son lit et la jette par la fenêtre?). Et comment interpréter la scène finale du suicide? Est-ce effectivement la volonté du commissaire de laisser l'homme mourrir dignement ou simplement une fausse scène ratée ou Delon n'aurait pas eu le bon timing?


Répondre

De Verdun, le 23 octobre 2012 à 23:07
Note du film : 5/6

Je réévalue ce film à la hausse suite à re-vision. Film mal-aimé car le cinéaste donnait l'impression de refaire Le cercle rouge et Le samouraï en moins bien.

Si la séquence d'attaque du train est toujours aussi ridicule, du moins pour tous les longs plans d'ensemble du train et de l'hélicoptère dont les effets spéciaux étaient déjà ringards et très sévèrement jugés d'ailleurs en 1972, (notamment quand on la compare avec les cascades du Casse de Verneuil), tout le reste est d'un haut niveau.

S'il n'y avait pas cette séquence, ainsi qu'une toile peinte représentant maladroitement l'arc de triomphe, ce serait peut-être mon Melville favori.

La séquence du hold-up en Vendée est magnifique. La photo bleutée est excellente, notamment le plan où le visage de Delon est plongé dans le noir lorsqu'il discute avec Paul Crauchet. Alain , dans ce qui était alors un contre-emploi est d'une sobriété remarquable, à des années-lumière de la caricature de ses futurs rôles de flic. Dix ans avant Rambo, Crenna a déjà beaucoup de charisme.

On a parfois critiqué le fait que Deneuve n'ait quasiment pas de dialogue mais tout le film est assez taiseux. La fin est réellement émouvante dans sa retenue: j'aime énormément ce dénouement. Tout le film est comme ça: très froid en apparence mais avec des moments d'émotion fugace…


Répondre

De Impétueux, le 30 septembre à 15:06
Note du film : 4/6

On ne va sûrement pas compter Un flic parmi les plus étincelantes réussites de Jean-Pierre Melville et on va même classer le film plutôt en deçà des grandes réalisations policières du cinéaste (je mets à part, à dessein, l'insurpassable Armée des ombres). D'avoir voulu écrire lui-même le scénario et les maigres dialogues lui a été sarcastiquement reproché par José Giovanni, de qui avait été adapté Le deuxième souffle, mais Le doulos, Le samouraï, Le cercle rouge étaient bien de la main de Melville et montraient davantage son immense talent.

N'empêche qu'on peut regretter que sa filmographie s'achève, la mort subite survenant, sur un film qui n'est pas très satisfaisant. Invraisemblance de nombreuses séquences, effacement des personnages, dont aucun n'a de chair ni n'est vraiment caractérisé et – horresco referens – un abus des transparences qui font que quelquefois on pourrait craindre de se retrouver devant un banal Hitchcock. Et aussi, beaucoup d'insuffisances : les dialogues sont abominables (heureusement, il n'y en a pas beaucoup) et les archétypes sont nigauds (Jean Desailly en vieille pédale raffinée, le travelo indic Gaby (Valérie Wilson), amoureux de Delon), et un rôle d'une grande platitude pour Catherine Deneuve, pourtant dans le grand éclat de sa beauté.

Et pourtant, et malgré cela, des constantes qui rendent si attachant et si fort le cinéma de Melville. Par exemple la lumière bleu acier, froide, sévère qui occupe tout le film, qu'on soit au jour, dans les gifles de pluie qui inondent le front de mer de Saint Jean de Monts, lors du hold-up initial ou dans la solitude glacée de la nuit parisienne où tous les égouts de la pauvre humanité débordent et dont les policiers sont les éboueurs, voués à vider sans états d'âme une mer dont le flux indifférent se renouvelle à chaque instant.

Par exemple, aussi, la fascination pour les cabarets où des filles emplumées à jambes interminables dansent devant des clients qui s'ennuient devant leurs seaux à champagne. Et les lourds manteaux ou les trench-coats bien ceinturés des braqueurs. Et la parole rare, avare, même, de tout le monde. Et Alain Delon, à la bouche amère et à l'œil fatigué qui passe comme un fantôme las, sans affection pour personne et encore moins, et surtout pas, pour lui-même. Et encore une action qui s'achève sur les désastres habituels qui ravagent la vie des hommes.

Autrement dit, on retrouve, pour ceux qui aiment ça, le pessimisme fondamental de Melville, son regard désabusé et pourtant fasciné par le fourmillement obstiné, le tremblement inutile de ceux qui mourront demain (Albert Cohen). On ne peut donc que davantage regretter que le commissaire Coleman (Alain Delon) ne soit qu'une ombre sans épaisseur, mâchoires serrées et indifférentes, que Cathy (Catherine Deneuve), sa maîtresse, mais en même temps celle de Simon (Richard Crenna), l'organisateur des casses, ne fasse que passer comme un songe… Et d'ailleurs aussi les personnages secondaires (Crenna, donc, mais aussi ses complices, André Pousse, Michael Conrad, Riccardo Cucciolla) ou l'adjoint du commissaire (Paul Crauchet) soient aussi transparents.

Mais, ne serait-ce que pour la lenteur chirurgicale du hold-up dans le train de nuit lancé dans la campagne et survolé par un hélicoptère (à condition de faire mine de ne pas remarquer que ce sont là des maquettes malhabiles), pour le front de mer gelé de pluie, pour les rues de Paris glacées, vides, hautaines, pour la belle idée de ce banquier licencié, Paul Weber (Riccardo Cucciolla) qui dissimule à sa femme aimante (Simone Renant) qu'il a basculé dans le banditisme et qui, démasqué, se suicide, Un flic, où pas une couleur chaude n'apparaît jamais, est un film qui attache…


Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.028 s. - 5 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter