Forum - Compartiment tueurs - "L'important, c'est le mobile !"
Accueil
Forum : Compartiment tueurs

Sujet : "L'important, c'est le mobile !"


De Impétueux, le 24 mars 2017 à 13:42
Note du film : 4/6

Pour un premier film, Costa Gavras montrait qu'il connaissait déjà la musique et savait conduire une histoire, diriger des acteurs, conclure en temps voulu. Il n'y en a pas tant que ça qui peuvent en dire autant. En tout cas on ne s'ennuie pas une seconde dans Compartiment tueurs, où un meurtre commis dans l'étroit espace d'un train de nuit qui relie la Méditerranée à Paris et, plus étroitement encore, dans le compartiment où s'étagent six couchettes où sont censées dormir six personnages évidemment divers.

Je dois dire que je ne suis pas très amateur des récits imaginés par Sébastien Japrisot, que j'ai toujours jugés trop élaborés, trop architecturés, trop horlogers (ai-je souvent écrit) pour me convaincre vraiment : c'est ingénieux, quelquefois sophistiqué, mais à mon sens trop artificiel, jouant sur des secrets épouvantables et refoulés (L'été meurtrier, Un long dimanche de fiançailles) ou sur des hasards traumatiques et improbables (Adieu l'ami, La course du lièvre à travers les champs). Cela dit, si on se laisse emporter par la vague, c'est assez efficace, même si une deuxième vision montre forcément les ficelles et habiletés artificielles et, sans doute, la simple dextérité des procédés.

Cela étant, lorsque, comme dans Compartiment tueurs, c'est mené tambour battant, on assiste à un cinéma facile mais assez séduisant. D'autant que, lorsque c'est impeccablement interprété, avec une grande abondance de véritables acteurs, ceux qui sont en premier plan, mais aussi ceux qui sont en deuxième ou en troisième horizon ou ceux qui ne font qu'une apparition minimale (par exemple, là, Daniel Gélin, Claude Dauphin ou Françoise Arnoul), on ne boude pas son plaisir et on suit avec attention ces complications dont on oublie au fur et à mesure les invraisemblances.

Au premier plan de la distribution, Yves Montand ; on peut noter que Compartiment tueurs est un des quelques films qu'il a tourné avec sa femme, Simone Signoret ; il y avait eu, auparavant, Les sorcières de Salem de Raymond Rouleau ; il y aura ensuite L'aveu également de Costa Gavras puis Police Python 357 d'Alain Corneau ; ce n'est pas considérable ; d'ailleurs Compartiment tueurs est un film où les destinées et renommées cinématographiques des deux acteurs paraissent se croiser. Simone Signoret, malgré de très grands rôles ultérieurs (L'armée des ombres, Le chat, La veuve Couderc, L'Étoile du Nord) voit sa renommée pâlir, s'estomper au moment même où celle de son mari commence à éblouir jusqu'à ce qu'il devienne l'immense vedette des années 70. Et, de fait, dans Compartiment tueurs, le rôle d'Éliane Darrès/Signoret, actrice de second plan vieillissante qui se paye des gigolos paraît aujourd'hui et paraissait peut-être déjà alors comme curieusement prémonitoire.

Tout le reste est très solide : de Jacques Perrin à Pierre Mondy, de Michel Piccoli à Charles Denner on retrouve la solide armature du cinéma français des belles années. Et on n'a jamais vu mauvais Jean-Louis Trintignant ; il n'y a que Catherine Allégret qui est un peu en dessous de son rôle. Et derrière il y a encore Christian Marin, André Valmy, Jacques Dynam, Maurice Chevit… Du solide.

L'intrigue est si ingénieuse, comme toujours chez Japrisot, qu'on en perd le fil et qu'on ne sait plus très bien, à la fin, pourquoi tout se termine par le triomphe des amoureux innocentés et la mort du méchant ripou (Claude Mann). Au fait – j'ouvre cela à la sagacité de mes contemporains – n'y a-t-il pas entre Mann et Trintignant une relation homosexuelle sur le dos de la pauvre Signoret ? Il me semble qu'à un moment la chose est suggérée… Mais je peux avoir mal compris…

En tout cas on se laisse séduire, ce qui n'est déjà pas mal.


Répondre

De Commissaire Juve, le 24 mars 2017 à 21:43
Note du film : 5/6

Je lis toujours les analyses de notre confrère Impétueux avec grand intérêt. Cela dit, comme je l'écrivais récemment à propos de L'Insoumis, un avertissement – "Attention : la fin du film est dévoilée" – ne serait pas de trop.

C'est valable pour n'importe quel film, mais surtout pour les "whodunit".


Répondre

De Frydman Charles, le 31 octobre 2019 à 18:14
Note du film : 6/6

Impétueux, le mobile expliqué par Éric Grandin dans la voiture est effectivement totalement surréaliste sans une relation homo entre Jean-Lou et Éric. Eliane amoureuse d'Éric voulait l’aider pour son laboratoire. Alors pourquoi faire un chèque falsifié pour la voler , la laisser se faire tuer par Jean Lou ? Or Jean Lou est jaloux , et Éric prefere l’idee de Jean Lou de voler Eliane et de la laisser se faire tuer par Jean Lou, plutôt que de vivre avec Eliane qu'il trouve envahissante . L’idée du crime parfait proposée par Jean Lou Gabert ,qui consiste à tuer tous les autres voyageurs du compartiment pour cacher le véritable mobile, ne l’effraye pas ! A noter que lorsque le policier de Marseille téléphone à Grazziani concernant l’enquête sur la première victime, Georgette Thomas, il dit Thomas, ( tout court,pas Mme Thomas) sortait avec un Jules ici (à Marseille). Thomas est le nom de famille de Georgette, mais c'est aussi un prénom masculin. Et le commissaire Turquin qui écoute la conversation avec l’ecouteur de préciser "Ah,comme les marins , un dans chaque port" ,comme s'il pensait que Thomas est un homme ! Ou que Georgette se comporte comme un marin (Dans le film , Thomas pourrait etre le nom de l’ex mari de Georgette, mais dans le livre Thomas semble le nom de jeune fille de Georgette, dont l’ex mari est Jacques Lange "Mariée à vingt ans à Jacques Lange. Divorcée quatre ans plus tard."). Georgette Thomas à un amant à Paris : Bob Vaski , un Jules dans chaque port….La tradition populaire dit que les marins ont une femme dans chaque port , pas un Jules ! Mais peut être que Turquin comparaît Georgette à une femme marin ? La première femme embarquée sur un navire date de 1983 Les cols bleus : Depuis 1983, date de la première expérimentation d’embarquement de femmes volontaires, la Marine n’a cessé de féminiser ses équipages. alors que le film est de 1965 . Selon le dictionnaire Larousse le mot marin désigne un homme "Homme habile dans l'art de la navigation sur mer ", pour une femme on doit dire "femme marin ?". Lapsus de Turquin ? Ou a t-il simplement sous entedu par analogie que comme les marins qui ont une femme dans chaque port madame Thomas a un Jules dans chaque port. Neanmoins la réaction de Turquin est probablement inspirée du livre de Sébastien Japrisot , Grazzi se met dans la peau de Georgette et est comparé en plaisantant à une femme : "Primo, se mettre dans la peau de la nana, la connaître mieux qu’elle ne se connaissait, devenir son double, tout le toutim. Comprendre par l’intérieur, si tu vois ce que je veux dire. On voyait très bien. Un autre inspecteur, Mallet, avait même si bien vu Grazzi dans la peau et les vêtements de Georgette Thomas qu’il en riait encore au moment de se séparer. Vers vingt heures trente, dans le couloir, il lui avait dit ciao poupée, qu’il lui souhaitait bien du plaisir avec ses jules." Dans le livre une relation homo entre Éric et Jean Loup (avec un p dans le roman) ne semble pas sous entendue. Le duo Éric Jean Lou , est en fait un trio dans le livre, Éric, Jean Loup et Georgette. Éric est amoureux de Georgette, tué par Tramoni un employé du bar tabac ou Georgette avait acheté le billet de loterie. Jean Lou tue Tramoni…Au départ Éric voulait partir en Afrique du sud ou en Australie avec Georgette et être éventuellement rejoint par Jean Lou.


Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.0051 s. - 5 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter