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Forum : Gibier de potence

Sujet : Madame Sans-J'aime...


De Nadine Mouk, le 16 juin 2016 à 00:26
Note du film : 2/6

Si l'on en croit le merveilleux dialoguiste Henri Jeanson, il n' y a qu'une chose à retenir de Roger Richebé, c'est son surnom : Pauvre con… Curieux, pour le moins, dans la bouche du flamboyant plumitif de Hôtel du Nord ou de Marie-Octobre. Il s'agirait de plusieurs bévues commises par le réalisateur, alors qu'il faisait dans la production. Il n'empêche que Roger Richebé a quand même bien ponctué le cinéma français des années 30/50 de quelques films assez (?) bien sentis, même si aujourd'hui dispersés dans l'oubli quasi-général d'un public ingrat. Je ne sais pas si la production n'a pas réussi vraiment à ce cinéaste quelque peu inconsistant, mais si je me fie à ce que je viens de voir, bien lui en a pris de laisser les manettes de Fanny à l'excellent Marc Allégret et d'en rester à ses comptes. Parce que même si Roger Richebé a fait tourner, avec plus ou moins de bonheur, les plus grands, ce Gibier de potence (nous parlons du film !) n'incite guère à se pencher plus en avant sur les films prodromiques ou ultérieurs de son réalisateur. Un scénario guère emballant que des acteurs fort brillants essaient de mener à son terme. Une adaptation d'un livre de Jean Louis Curtis que Jean Aurenche, excusez du peu, n'a pas eu l'heur de bien maitriser. Ou alors, le livre était mauvais… Arletty, que Richebé dirigea dans Madame sans-gêne où elle put laisser sa gouaille légendaire enchanter dans sa tombe le grand Victorien Sardou est ici une mère maquerelle toute en beauté et au sourire vénal. Mais qui n'a plus grand chose à prouver au septième art et qui le fait savoir via une espèce de détachement agacé. Et, de ce fait, on est en droit de se demander si c'est notre Garance nationale qui manquait de liquidités ou notre réalisateur qui se jeta à ses pieds, l'implorant d'accepter ce rôle. Mais ce n'est pas l'emploi d'Arletty de ne pas aimer…

Parce que si Arletty est bien là, elle n'y est pas étincelante ! Et Arletty en Célestine pourvoyeuse, ça ne le fait pas. Mais alors pas du tout. Elle a beau nous rejouer ses effets de coudes et ses hochements de tête légendaires, on n'y croit pas une seconde. Elle reste fort belle mais bien d'autres actrices moins emblématiques auraient largement fait l'affaire. On a, tout le long de ce film, l'impression de l'avoir dérangée pour rien… Serait-ce la présence (et quelle présence !) du Tarzan Georges Marchal qui l'incita à faire ce film ? Car lui s'impose avec un certain talent. Entre Les Derniers jours de Pompéi, version Marcel L'Herbier, qui nous dévoile un bien beau mec et Les Trois mousquetaires de Hunebelle où il impose sa raillerie persiflante, ce Gibier de potence lui fait sortir la carte de la pudeur. Il sait parler aux femmes puisque gigolo mais reste un enfant et ne manque pas de le rappeler… Et il le rappelle souvent à Nicole Courcel, qui lui redonne l'envie d'aimer vraiment, d'autant qu'elle n'est pas encore, toute timide, la femme de Robert Lamoureux. Et c'est beau un homme fragile…

Mais ce film est décousu, par trop désordonné. Les dialogues n'y brillent guère et la trame de l’œuvre part dans tous les sens. C'est filmé mollement. Les multiples flashbacks nous la jouent "il s'en est passé des choses" mais point de suspense ni de surprises dignes de ce nom. La légèreté frivole de Domino est absente alors que la noirceur de Prisons de femmes menace trop souvent et trop fort avant que de tomber à l'eau. Une histoire de gigolo qui gagne sa vie sous la haute autorité de sa "patronne" qu'il finira par tuer parce que le petit garçon qui sommeille se rappellera qu'il existe une autre vie… Ça peut faire pleurer dans les chaumières : Mais ce sont beaucoup de talents employés, Pierre Dux, Mona Goya entre autres, qui encadrent les deux vedettes, à pas grand chose …D'où, peut-être cette impossibilité de "classer" Richebé. Comme un Duvivier ou un Carné. Il s'éparpille trop. Jusqu'à l'intérieur de ses films. Pas de "patte" Richebé. Mais de là à le traiter de pauvre con, quand même…


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De Commissaire Juve, le 17 juin 2016 à 01:38

Non : je crois que c'était plutôt "Riche B… Pauvre C".

Perso, il y a un de ses films que j'aime beaucoup : Les Amants de minuit.


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De Nadine Mouk, le 17 juin 2016 à 06:22
Note du film : 2/6

Oui, vous avez tout à fait raison : Je me suis mal souvenu de ce que disait Jeanson dans le gros et passionnant pavé qui lui est consacré chez René Château . Il disait bien : "-Richebé ? …Pauvre C…-" Et il ajoutait même : un réalisateur qui ne méritait ni tant d'honneur ni tant d'indignité... Il avait la dent féroce Jeanson, quand il n'aimait pas quelqu'un ! Abel Gance qu'il compare à Cecil B. DeMille pour l'appeler notre Cecil B. De Dix . Ou encore Léo Joannon qu'il surnommait Anon et ajoutait :"-Ca ira !-"


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De Impétueux, le 17 juin 2016 à 11:51

Et il faut aussi lire les pages que Jeanson a consacrées à la lâcheté physique de Jean Renoir

Applaudir à son talent, c'est évident. Mais on ne devait pas être très rassuré de la connaître…


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