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Le meilleur des giallos ?


De fretyl, le 19 juin à 22:41

Moi je n'en veut pas trop à Antonioni ; il m'a c'est vrai profondément emmerdé avec Profession : reporter ; le plus gros somnifère cinématographique que je n'ai jamais subit, pour preuve je m’étais endormi devant ! Mais sur les errances hippies Antonioni a quand même fait un bon film, (l'un de ses seuls ?) avec Zabriskie Point. J'aimerai bien voir aussi La chine


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De Impétueux, le 18 juin à 19:24
Note du film : 4/6

On tient généralement Les frissons de l'angoisse pour le meilleur film de Dario Argento avec Suspiria. Sans doute plus sensible aux horreurs des ténèbres magiques qu'aux plus banales épouvantes dues à des dérèglements simplement humains, je ne mettrai pas au même rang les deux films. Mais pour qui aime le genre particulier du giallo, ces Frissons sont un vrai régal, grâce aux atmosphères morbides ici et là imposées et à la grande inventivité spectaculaire des nombreux assassinats représentés. À dire le vrai je ne vois guère, pour concurrencer le film au sommet du panthéon des gialli que La baie sanglante du grand Mario Bava.

Pour qui ferait mine de l'ignorer, je rappelle que le giallo est une histoire policière terrifiante où un tueur psychotique masqué zigouille avec conscience des péronnelles souvent très déshabillées (et souvent coupables à proportion de leur dénudement : nous sommes dans l'encore vertueuse Italie des années 60 et 70) avec des instruments contondants métalliques ou, mieux encore avec tout ce qui peut lui tomber sous la main. Ce trait permet aux scénaristes de rivaliser d'imagination et d'offrir au spectateur friand de nouveautés des monstruosités étonnantes.Je recommande particulièrement, dans Les frissons de l'angoisse le meurtre du médium Helga Ulmann (Macha Méril), le cou scié par une vitre ou celui du professeur Giordani (Glauco Mauri), les dents fracassées sur l'angle d'une cheminée de marbre. C'est très original et rafraîchissant dans un genre où on tourne souvent en rond sans se renouveler.

Cela étant, le scénario des Frissons de l'angoisse n'est pas, lui, d'une extrême originalité : psychose, schizophrénie, traumatismes de l'enfance, tout le tremblement habituel qui amène des gens d'apparence tout à fait convenable à accomplir des assassinats particulièrement affreux. Un pianiste de jazz, Marcus Daly (David Hemmings) a aperçu, une nuit, alors qu'il baguenaudait sur une belle place d'Italie un crime affreux et a cru entrevoir l'assassin. Au fait, où est-ce ? On parle à un moment donné du fleuve Arno, mais l'action ne parait pas se dérouler à Florence ; alors ? À Pise ? À Empoli ? Ailleurs ? Va savoir… Marcus traque et est traqué, aidé dans sa quête par une journaliste pimpante, Giana Brezzi (Daria Nicolodi). Au fur et à mesure que son enquête progresse (naturellement entravée par la bêtise de la police : c'est la loi du genre), il court des risques de plus en plus majuscules, croit toucher au but, s'aperçoit qu'il s'est trompé et échappe finalement au véritable tueur qui, bien sûr, n'était pas celui qu'on soupçonnait depuis vingt minutes.

Le grand intérêt des gialli n'est évidemment pas la résolution de l'énigme (il est rare qu'on ne soit pas déçu par la révélation finale, trop attendue, tous les coupables possibles ayant été à peu près systématiquement éliminés au cours du récit), mais, en plus de l'ingéniosité des crimes évoquée ci-avant, les atmosphères étouffantes que le réalisateur peut susciter par des lumières, un angle choquant de prise de vue, un bruit, un silence, trois notes de musique, l'effroi qu'on lit sur le visage d'un acteur et bien d'autres choses délicieuses de cet acabit. Et là, il est plaisant, dans ce cinéma, de voir la patte magistrale de Dario Argento, réalisateur majuscule d'ambiances glauques dans le choix d'une musique idéale, de décors anxiogènes (la villa du mystère, presque aussi spectaculaire que celle de La maison du diable de Robert Wise), d'objets malsains (poupées d'allure maléfique, billes d'agate, collection de couteaux).

Le film souffre toutefois d'un choix de distribution très surprenant : David Hemmings est là aussi terne, transparent, aqueux, que dans le très ennuyeux Blow up du triste Antonioni ; il paraît qu'Argento était fasciné par ce film d'un ennui pesant où un photographe captait fortuitement une scène de crime et que Les frissons de l'angoisse est une sorte d'hommage rendu à son prédécesseur. Dieu merci, il est bien des circonstances où l'élève talentueux l'emporte largement sur le médiocre maître.


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