Accueil
Voici les derniers messages de ce forum :

Du cinéma qui frappe fort mais juste


De fretyl, le 1er juillet à 13:27
Note du film : 3/6

Je me souviens d'un côté mélo en effet et d'une réalisation un peu terne.

Un peu l'impression que j'ai eu récemment avec L'attentat.

Le film ne vaut surtout que pour l'interprétation de Jean Yanne.

Je n'ai toujours pas vu L'imprecateur qui paraît il est surprenant.


Répondre
VOTE
De verdun, le 28 juin à 23:21
Note du film : 4/6

"Jean-Philippe Leroi (Jean Yanne), directeur de l'Office National de l'Armement, reçoit la légion d'honneur des mains du ministre des armées. Grâce à son action, la France est la troisième nation exportatrice mondiale d'armes. Leroi ne recule devant aucune combine pour vendre la précieuse marchandise. Il vient ainsi de signer un important contrat avec le Tongo, un pays d'Afrique, et dans le même temps, grâce à des trafiquants occultes et à l'action de Jobin (Michel Bouquet), chef des services secrets, il fournit également en armes l'état belligérant voisin, le Zana. Cette sordide magouille a des effets immédiats: 140 enfants du Tongo sont tués avec des missiles vendus illégalement au Zana. Un biologiste réputé, le professeur Marrot (François Périer), tente de révéler le scandale à l'opinion publique. Mais il meurt dans un étrange accident. Sa collègue, Angela Ravelli (Monica Vitti), reprend son combat…"

Après avoir abordé différents sujets de société, André Cayatte s'attaquait en 1978 à un thème sensible voire tabou: la vente, officielle ou occulte, d'armes par le gouvernement français à différents états du monde parfois antagonistes, notamment en Afrique. Et surtout les méthodes mafieuses adoptées par certains hauts commis de l'Etat, en apparence respectables, pour écouler les armes.

Comme on pouvait s'y attendre, Cayatte et son scénariste, Jean Curtelin ne se sont embarrassés d'aucune subtilité pour tirer à boulets rouges sur le "commerce de mort".

Une citation du biologiste et féroce adversaire de l'armemement (atomique), Jean Rostand, placée en ouverture du film, donne le ton: "si, depuis ma naissance, tous les Etats du monde avaient consacré à la recherche médicale et biologique les sommes consacrées à l'armement, l'espérance de vie serait aujourd'hui de cent vingt ans et la jeunesse prolongée jusqu'à quatre-vingt-dix ans".

Les méchants sont des salopards de la pire espèce: Michel Bouquet est un chef des services secrets absolument diabolique et surtout Jean Yanne incarne un directeur de l'armement au cynisme si revendiqué qu'il frise parfois l'invraisemblance, servi par le talent de l'acteur et les répliques assassines de Curtelin du style: "J'ai connu un légionnaire autrefois. Il s'était fait tatouer "merde" sur ses deux paupières. Quand il voyait des types comme nous, il fermait les yeux". Les gentils sont des saints: aussi bien le biologiste (François Périer), inspiré par la figure de Jean Rostand, qui veut faire éclater la vérité que la militante courageuse et sincère (Monica Vitti) qui ira au bout de son combat.

La réalisation de Cayatte ne fait pas non plus dans la dentelle. On n'y trouvera aucune préoccupation esthétique malgré son efficacité indéniable. La musique de Vladimir Cosma est très martiale et militaire, ce qui n'est pas habituel chez le célèbre compositeur.

On peut regretter que le film-dossier du début, où les méthodes de vente des armes sont présentées avec précision, cède la place, après la mort du personnage incarné par François Périer, à une intrigue romanesque un peu mélodramatique et aux ficelles déjà éculées (le coup de main de la CIA), mais ne peut-on pas faire le même reproche à certains films américains célébrés à juste titre comme A cause d'un assassinat ?

Ceux qui recherchent à tout prix nuance, subtilité et absence de manichéisme s'abstiendront de visionner La raison d'Etat. Mais ce véritable brûlot est doté de nombreuses qualités que l'on mourrait d'envie de voir dans les films populaires français actuels.

En effet, l'ensemble se suit sans ennui, les acteurs sont impeccables, les dialogues sont savoureux voire mémorables, la réalisation est énergique et ne ménage aucun temps mort.

La raison d'Etat ne fut pas un succès (autour de 300 000 spectateurs en salle). Cet échec commercial et son sujet sulfureux, expliquent sans doute qu'il soit tombé aux oubliettes. J'ai pourtant le lointain souvenir d'une diffusion sur TF1 un dimanche soir de 1990… En tous cas, ce serait une bonne chose de le restaurer et le rééditer. Le film appartient au catalogue de Gaumont qui a exhumé d'autres Cayatte oubliés ces derniers temps… Il apparaît de temps à autre sur youtube, faute de mieux.

Car voilà du cinéma populaire engagé, qui n'a pas changé le cours des choses ,ce qui le rend toujours actuel d'ailleurs et ce que pressent le dialogue ("Vous pouvez toujours me virer, un autre fera la même chose que moi" dit en substance Yanne). Mais l'ambition et l'intelligence étaient au rendez-vous. Le spectateur était considéré comme un citoyen et non comme un imbécile.

Alors que le cinéma français se résume trop souvent de nos jours au couple cinéma d'auteur sans saveur/comédies débiles, une oeuvre comme celle de Cayatte nous manque malgré ses défauts incontestables. Au fur et à mesures des rééditions, on se rend compte à présent qu'elle vaut mieux que le mépris dont la critique l'a trop souvent accablé.


Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.0039 s. - 6 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter