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Voici les derniers messages de ce forum :

un réalisateur sévèrement burné...


De vincentp, le 16 juillet à 10:18
Note du film : Chef-d'Oeuvre


Revu en salle, avant la projection de Predator (riche idée de programmer à la suite ces deux films qui ont des points communs). Si Predator consiste en une course-poursuite effrénée dans la jungle, Aguirre relève plutôt du surplace avec des radeaux portés par des courants très faibles. Le lièvre et la tortue ! Le rythme lent de Aguirre peut être diversement apprécié aujourd'hui. Mais les qualités artistiques de Aguirre, qui aura influencé des générations de cinéastes (voir par exemple le très intéressant Valhalla Rising) sont globalement comparables à celles de Predator. La musique planante de Popol Vuh sied complètement au projet fou de découvrir l'Eldorado au sein de la jungle amazonienne peuplée d'être primitifs. Le regard halluciné de Klaus Kinski dans le rôle du conquistador mégalomane est un atout considérable. Mais les autres acteurs, y compris secondaires, masculins comme féminins, comme Ruy Guerra dans le rôle de Ursua, sont tous excellents, et campent des personnages que l'on croirait authentiques. L'entrée en matière de Aguirre est admirable : descente des montagnes brumeuses par les acteurs en personne, campement près de la rivière en crue. Herzog filme les regards inquiets et non composés de ses acteurs sur les flots déchaînés de la rivière !

Le point fort du film, outre ses qualités esthétiques, est sa grande richesse thématique, finement déclinée en faits, actions, dialogues. Les tenants et les aboutissants de la conquête espagnole en Amérique du sud sont passés à la moulinette : soif de l'or et de gloire, justification pseudo-religieuse, esclavage féroce… Derrière l'illusion de grandeur d'une civilisation, une vision du monde nihiliste et des modes opératoires sanguinaires. Aguirre est à ce sujet une dénonciation ultra-réussie de l'exercice du pouvoir par la force et les complots : Aguirre se prend pour un Kaiser (on n'emploie pas le terme de Fuhrer qui n'existe pas à l'époque) et exécute impitoyablement ses opposants. Nombre de séquences de Aguirre sont mémorables, gérés par une mise en scène inventive. Le décalage temporel entre l'annonce par Carjaval de l'exécution de Ursua et les images qui suivent de cette exécution, crée globalement l'illusion d'un drame à l'issue tragique inexorable. Le récit revisite brillamment les codes du romantisme allemand : "Le sentiment, l'individualité, l'expérience personnelle et l'âme torturée sont les bases du romantisme.Les romantiques représentent une rupture entre le monde de la raison, des « chiffres et des figures »1 et le monde du sentiment et du merveilleux." (Wikipédia).


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De kfigaro, le 28 novembre 2008 à 09:47
Note du film : 6/6

Un sublime bijou ! comme tous les films d'Herzog avec cet halluciné Klaus Kinski du reste ("Cobra Verde" y compris).

Rarement on a été aussi loin dans le romantisme épique et grandiose au cinéma


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La flamboyance


De Impétueux, le 20 février 2007 à 18:14
Note du film : 6/6

Il me semble que cet excellent texte clôt le débat (il n'y a pas eu controverse) : sans doute, aux 16ème siècle, fallait-il être nettement plus fou qu'aujourd'hui pour simplement agir ; mais un pas de plus et…


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De lych666, le 20 février 2007 à 17:17
Note du film : 6/6

Texte pompé dans "l'Encyclopédie du savoir relatif et absolu" de Bernard Werber:

''Individuellement, nous devenons tous un peu plus fous et d'une folie différente les uns des autres. C'est pour cela que nous nous comprenons si mal. Je me sens moi même atteint de paranoïa et de schizophrénie. Je suis en outre hyper sensible, ce qui déforme ma vision de la réalité. Je le sais. Mais j'essaie, plutot que de les subir, d'utiliser ces folies comme moteur de ce que j'entreprends. Plus je réussi, plus je deviens fou. Et plus je deviens fou, plus je réussi dans les objectifs que je me suis fixés.
La folie est un lion furieux qu'il ne faut surtout pas tuer, il suffit de l'identifier, de le traquer, de le coincer et d'y attacher une carriole.Votre lion apprivoisé vous mènera alors bien plus loin que ne pourra vous amenez aucune école, aucun maître, aucune drogue, aucune religion.
Mais comme toute source de puissance, il y a un risque à trop jouer avec sa propre folie: parfois la carriole, prise de vitesse, casse et le lion furieux se retourne contre celui qui voulait le piloter.''


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Avis


De jipi, le 19 février 2007 à 09:48
Note du film : 6/6

Aguirre aveuglé par sa démesure ne s'aperçoit pas qu'il évolue à l'intérieur d'une image fixe, une jungle semblable de tous cotés n'offrant comme offrande qu'un environnement défensif.


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De PM Jarriq, le 19 février 2007 à 09:33
Note du film : Chef-d'Oeuvre

Content de voir que l'ami Impétueux a enfin succombé à la fièvre Aguirre. Un fois qu'on y a goûté, il n'y a aucun retour possible… Ce qui m'a toujours fasciné, est de voir que même Herzog a tenté de se plagier lui-même dans Fitzcarraldo ou Cobra Verde, avec les mêmes genres de décors, le même acteur. Sans y parvenir jamais. Aguirre est vraiment une oeuvre unique.


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