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"Homme libre, toujours..."


De Impétueux, le 15 février à 17:47
Note du film : 2/6

Il fallait vraiment qu'Hollywood fût certain de sa toute-puissance pour imaginer imposer sur tous les écrans du monde une anecdote aussi mince et un film interprété, à peu de choses prés, par un seul acteur. Mais en 1958, c'est vrai, les États-Unis étaient au faîte de leur renommée et pouvaient imposer à tous les petits garçons du monde l'histoire d'un simple pécheur aux prises avec la rudesse de l'Océan. Une belle aventure, au demeurant, un grand acteur, Spencer Tracy, une de ces légendes un peu oubliées aujourd'hui, mais qui ont marqué notre imaginaire par tant et tant de grands rôles, par sa robustesse, sa rugosité, sa solidité. Petit rapprochement incongru : dans La neige en deuil d'Edward Dmytryk, qui se passe en pleine montagne, Tracy sauve son frère de la mort en retenant de ses mains nues qui s'ensanglantent la corde qui file. Et dans Le vieil homme et la mer, il y a la même image de paumes abîmées par un filin brûlant…

N'empêche que si la longue nouvelle (ou le court roman – une grosse centaine de pages), dernière œuvre d'Ernest Hemingway avait connu dès sa parution un immense succès, remettant les projecteurs sur l'écrivain, alors un peu oublié, il paraissait bien difficile de conserver l'attention du public sur ce vieux pécheur cubain, qui ne parvient plus à prendre le moindre poisson mais repart chaque matin sans se décourager.

Sturges est-il parvenu à tenir son pari ? Plutôt bien honnêtement, sans éclat, il a tiré le meilleur possible du récit qu'il avait en main. On peut estimer, sans doute, qu'un moyen métrage aurait été mieux adapté à la minceur du sujet et que, même pour une durée assez brève (86 minutes), le film tire un peu à la ligne. Je sais bien qu'on pourrait me rétorquer que le réalisateur est allé à l'essence des choses et qu'on doit lui en savoir gré.

C'est certain, Sturges ne fait pas appel au pittoresque qu'il n'aurait pas été difficile d'appeler à la rescousse, la photogénie de Cuba étant sans beaucoup d'égale sur ces latitudes ; à peine, lorsque le vieillard prend la mer, distingue-t-on au loin, sur son piton, la citadelle de La Havane (au demeurant dans un état de délabrement alors bien inquiétant : Fulgencio Batista, le dictateur opportunément chassé par Fidel Castro se fichait bien du patrimoine de son beau pays) ; quelques allusions au sport national ce l'île qui est, comme beaucoup l'ignorent, la pelota, c'est-à-dire le base-ball ; quelques palmiers battus par les alizés, quelques cabanes et c'est tout. Quelques images sous-marines des requins voraces qui vont dévorer jusqu'à l'arrête le gigantesque marlin pris miraculeusement par le vieillard, mais bien peu de suspense : on sait bien que les prédateurs gagneront la bataille.

En fait, tout est là : j'ai sottement écrit le marlin miraculeusement pris ; il n'y a finalement rien de miraculeux là-dedans : il y a obstination, courage, détermination, volonté d'aller jusqu'au bout des choses. Ce qui permet au pécheur de se laisser entraîner par son poisson-goliath bien loin des rivages qu'il connaît et d'acquérir une certaine forme de complicité et d'estime avec sa proie, qui s'est bien battue. On sait qu'Ernest Hemingway était lui-même un amateur de gros gibiers et de gros poissons, très sensible à ce rapport singulier du chasseur et du chassé. Le combat avec les requins, si désespéré qu'il est, est naturellement mené, en tout cas lors des premières attaques, par l'espoir fou de ramener au port une proie rémunératrice et qui vaudra, aussi, admiration pour celui qui l'a capturée. Mais ensuite il est, d'une certaine façon, une défense de l'honneur du marlin, adversaire loyal qui ne mérite pas d'être déchiqueté par une bande de charognards.

Ceci est assez noble. Mais ce n'est pas tout à fait suffisant.


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