Accueil
Voici les derniers messages de ce forum :

Champions du monde !!!


De Impétueux, le 11 juillet à 19:13
Note du film : 5/6

La note, très volontairement excessive que je donne à La vérité si je mens ! n'a d'autre but que de marquer le plaisir que j'ai vu à revoir – après deux ou trois autres visions, sur grand et petit écrans – un film dont la verve, la gaieté, l'intelligence et quelquefois la férocité affectueuse n'ont rien perdu en vingt ans d'exploitation sur toutes les chaînes. J'ai trouvé que rien n'y a vieilli et l'âge du film m'a même interloqué. Oui, 1997 : il me semble que ça aurait pu être tourné hier ; le monde a-t-il si peu changé ? Et pourtant voilà un film de Juif sur les Juifs, qui se moque, qui charrie, qui pique ici et là, qui exagère, qui dégouline de gaieté mais qui sans doute n'aurait pas pu être tourné par un goy.

Enfin, écrivant cela, je me dis que Thomas Gilou, le réalisateur doit être Juif, mais je ne le sais pas de façon certaine. Il est certain qu'avant guerre on pouvait sans difficulté se moquer de certains travers, réels ou supposés, de ceux qu'on appelait aussi les Israélites. Tiens, à ce propos, une anecdote ; dans un livre d'entretien avec Patrick Modiano, le grand journaliste, essayiste, intellectuel Emmanuel Berl précise qu'il y avait – toujours avant-guerre – aux yeux du public, quatre catégories de noms rangées en fonction de leur statut social et de leur richesse : tout en bas, les youpins ; puis les juifs ; puis les israélites… puis, au sommet de l'échelle, et en référence aux Rothschild, aux Lazard ou aux Camondo, les barons.

Toujours selon Berl, on ne s'offusquait pas plus (ou à peine plus) des moqueries que les Bretons (avec Bécassine), les Marseillais (avec la Trilogie), les Corses ou les Auvergnats. Au point qu'André Hugon pouvait réaliser, entre 1930 et 1936, quatre (4 !) films qui charriaient un folklore narquois, mais point méchant : Lévy et Cie, Les galeries Lévy et Cie, Moïse et Salomon parfumeurs et Les mariages de Mlle Lévy. Et quand Julien Duvivier tournait David Golder en 1931, où s'accumulent un monceau de clichés (voir ce que j'ai écrit là-dessus), personne ne se gendarmait (il est vrai que le film est adapté d'un roman d'Irène Nemirovsky.

Depuis la guerre et l'horreur, évidemment, on est plus prudent. Mais quel bonheur lorsque l'on peut se plonger dans la chaleur juive ! La première demi-heure du Grand pardon d'Alexandre Arcady, qui montre la fête donnée par Raymond Bitoun (Roger Hanin) à l'occasion de la circoncision de son petit-fils, est une merveille, haute en couleurs et en chaleurs…

Eh bien c'est à peu près la même chose pour La vérité si je mens ! : couleurs et chaleurs. À un point tel que même les acteurs qui ne sont pas juifs (du moins à ma connaissance),Richard Bohringer, José Garcia, Bruno Solo, Anthony Delon, Amira Casar se mettent au diapason de ceux qui le sont, Vincent Elbaz, Gilbert Melki, Élie Kakou, Aure Atika et -la chose est drôle et sûrement volontaire – Richard Anconina qui, alors qu'il est juif, est censé être le seul goy du film !

Le scénario est d'une délicieuse habileté et permet d'entrer dans le monde fascinant et singulier du quartier du Sentier, voué d'éternité au commerce des tissus ; c'est presque documentaire et ce n'est jamais complaisant : Gilou y démonte avec malice les magouilles et escroqueries, fantaisies et rapines qui s'y trouvent comme poissons dans l'eau ; l'argent vite et fort gagné, l'opulence exhibée en boîtes de nuit, les belles villas et les superbes filles. Et le plaisir des amitiés fraternelles.

Et ça n'est pas bien, ça ?


Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.021 s. - 6 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter