Accueil
Voici les derniers messages de ce forum :

Presque un second miracle


De Arca1943, le 11 août à 19:00

« Par une bizarrerie éditoriale que je ne m'explique pas… »

Il ne peut s'agir que d'une histoire de droits. Je ne vois pas autre chose. L'Armata Brancaleone, l'original, n'est jamais sorti en France, même s'il a fait exploser le box-office italien et s'est bien exporté dans le monde (grand succès en Espagne, au Brésil, en Allemagne…). C'est d'autant plus étrange que la Marceau Films, une compagnie française, était coproductrice.

Pourtant, le film n'est pas bloqué au point de ne pouvoir être vu en France: j'ai eu connaissance qu'on le montrait à Paris, il y a trois ou quatre ans, dans une copie flambant neuve – probablement à la Cinémathèque.

Cela dit, comme je l'ai dit ailleurs, pour profiter au mieux du diptyque, sans doute vaut-il mieux découvrir en premier le second volet, plus faible (mais tout étant relatif, ça reste une très bonne comédie, où le vent de folie du premier tome souffle encore !), avant la farce à écarquiller les yeux que fut l'original.


Répondre

De Impétueux, le 6 août à 17:49
Note du film : 4/6

Par une bizarrerie éditoriale que je ne m'explique pas, Brancaleone s'en va-t-aux croisades paraît en France avant le premier volet de la geste du chevalier errant, dont les amateurs éclairés disent pourtant qu'il est le meilleur des deux. Si c'est bien le cas, je me réjouis à l'avance du moment où L'armée Brancaleone nous parviendra. Parce que je me suis régalé à la découverte de ce second épisode, qu'on peut, il est vrai, voir indépendamment de son prédécesseur. Et pourtant je m'engageais sur ce chemin avec un petit bout de réticence, malgré Mario Monicelli, malgré Agei et Scarpelli, malgré Vittorio Gassman, craignant un peu que ce soit principalement une farce pleine de trucs grossiers, comme Pasolini en a tourné avec Le Décaméron et Les contes de Canterbury. La truculence n'est pas mon fort et je n'ai jamais trop accroché aux récits rabelaisiens.

On ne peut pas dire que Brancaleone soit tout à fait dépourvu d'effets faciles, mais on les oublie assez vite au bénéfice d'une histoire picaresque intelligente, sarcastique, souvent cruelle, souvent profonde. Et toujours – on ne le dit pas assez – magnifiquement tournée. Il n'est pas si fréquent dans un film aussi burlesque qu'on puisse ici et là admirer une séquence d'une grande beauté formelle. Des exemples ? À foison : au début l'apparition, au dessus des compagnons de Brancaleone fichés en terre, de la mort voilée de noir et de sa longue faux ; la belle atmosphère sombre du jugement de Tiburzia la sorcière (Stefania Sandrelli) ; le paysage où est érigée la colonne de saint Colombin le stylite (Luigi Proietti) entre les ruines d'une abbaye et les ruines d'un temple romain ; le tapis de braises de l'ordalie affrontée par le chevalier ; le combat final de Brancaleone avec la Mort dans un désert de sables infinis… et bien d'autres images superbes.

Ceci est la belle écume des choses ; mais Brancaleone aux croisades est avant tout un film qui fourmille d'idées, touchantes, singulières, irrésistibles… Ah oui, c'est vrai, le cinglé masochiste qui a commis un péché tel qu'il ne peut être confessé à personne et qui monte des dispositifs compliqués pour se fracasser le crâne en pénitence (et se jette avec avidité sur toutes les occasions de se faire souffrir), ou la fausse lépreuse Beba Loncar qui joue spirituellement des grelots qu'elle porte attachés aux chevilles pour se faire comprendre par l'interprète attitré de la petite troupe… (remarquable personnage, d'ailleurs, cet interprète qui sait tout)… Et aussi les fulminations réciproques des deux papes concurrents, Clément et Grégoire (au fait, ne voir aucune historicité dans les deux personnages : si le Grand schisme d'Occident a ravagé la Chrétienté entre 1378 et 1417, et si certains des Papes concurrents portaient les noms de Clément et de Grégoire, aucun ne s'est retrouvé dans la simultanéité plaisamment décrite par Monicelli…).

Après avoir dit le miel, faisons un peu la fine bouche : le film souffre un peu de l'absolue présence du merveilleux Vittorio Gassman : livré à lui-même, sans aucun contrepoids, il est sans doute tout à fait excellent, mais son omniprésence aurait été rehaussée par la présence d'un faire-valoir de haut niveau…. faire-valoir qui aurait pu être Adolfo Celi, au profil d'aigle magnifique et excellent dans tous ses rôles (de L'homme de Rio à Mes chers amis en passant par Opération Tonnerre) et qui interprète là le roi Bohémond  ; mais précisément, le dernier quart de Brancaleone aux croisades, qui se passe sous les remparts de Jérusalem me paraît être à la fois singulièrement plus faible et totalement extérieur par rapport au reste du film ; j'ai la forte impression que le format étant trop bref, le réalisateur et les scénaristes ont ajouté un long passage très artificiellement attaché aux premières séquences : singularité des tenues, des allures, des dialogues versifiés qui n'ont rien de commun avec le reste.

C'est bien dommage, parce que sinon, on ne serait pas loin d'être dans un des sommets de la comédie italienne…


Répondre
Formidable comédie à éditer en DVD


De Arca1943, le 5 juillet 2007 à 00:21

Merci grandement pour votre vote ! Mais voilà, grande gueule à mes heures, je ne peux m'empêcher de répéter à quel point « les lois de l'argent-roi » ont été payantes pour cette paire de farces populaires, surtout la première qui fut une date dans l'histoire du box-office italien : quelque chose de gigantesque, de l'ordre de 30 millions de spectateurs et plus. Une opération extrêmement rentable. Le cinéma coûte cher, il faut beaucoup d'argent-roi pour faire tourner la machine, ce qui permet de tourner des tas films, aussi de les distribuer à l'étranger, et également – une fois bien à l'aise sur un solide coussin financier – de prendre des risques. Franco Cristaldi pouvait-il se lancer dans une aventure financièrement aussi risquée que Salvatore Giuliano s'il n'avait rempli ses coffres avec Divorce à l'italienne ? Alberto Grimaldi pouvait-il investir dans Fellini sans ses westerns spaghetti si rémunérateurs ? Grâce au beau principe de concurrence, qui est la transposition dans la sphère économique du principe libéral de pluralisme, nous avons présentement au moins deux collections qui se font face : Cinéma all'italiana chez Studio Canal et Comédie italienne chez Seven7. Cette bataille en vue – car c'en est une – rend plus probable, et pas moins probable, que L'armata Brancaleone et sa petite soeur trouvent enfin preneur chez l'un des deux, désireux de damer le pion à l'autre, de s'assurer la suprématie dans le créneau qu'elle a choisi : le bon film populaire italien en français (VF et VOST). N'en est-on point content ?


Répondre

De frontine, le 4 juillet 2007 à 22:15
Note du film : 6/6

Je m'associe à la demande générale bien qu'il faille malheureusement d'autres critères pour infléchir les lois de l'argent-roi.


Répondre

Installez Firefox
Accueil - Version bas débit

Page générée en 0.044 s. - 6 requêtes effectuées

Si vous souhaitez compléter ou corriger cette page, vous pouvez nous contacter