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La Romance de Bourrel ..


De Nadine Mouk, le 11 août à 06:16
Note du film : 3/6

Ce film, pourtant d'assez bonne facture, souffre de plusieurs défauts. Le principal étant que Marcel l'Herbier met une heure et demie pour nous raconter laborieusement ce que Sacha Guitry nous conte en un quart d'heure, avec mystère, ferveur et passion dans Si Versailles m'était conté…. On peut rétorquer à cela que Guitry jongle un peu avec la vérité historique. Mais Marcel l'Herbier n'est pas en reste. Alors quitte à déformer quelque peu l'histoire, mettons y toute l'obscurité, les diableries, les cachotteries qui conviennent à ce genre d'affaire. Et puis occupons nous de l'affaire . Et laissons de côté le folklore versaillais avec ses courtisans, ses jalousies, ses courbettes, ses éventails, ses décors trés recherchés, ses rumeurs sur telle ou telle liaison de Fanchon avec Le Duc du Tiroir de la commode.L'Herbier digresse trop. On s'ennuie, on va zapper. Ah ! V'la le cardinal de Rohan, pâle Maurice Escande : il était temps ! Ça va pouvoir commencer.

Parlons maintenant du casting : si Viviane Romance est une Jeanne de la Motte de toute beauté, idéale pour ce rôle, qui nous offre une fin de film (les cinq dernières minutes) absolument fabuleuse de magnificence, de générosité, de sensualité, que dire de Marie-Antoinette interprétée par l'espiègle Marion Dorian. Sa frimousse mutine n'a rien à voir avec le sérieux et l'éclat d'une reine. On la revoit sans arrêt faire des papouilles au sieur Volpone et ça ne le fait pas du tout. Elle est adorable mais quand elle se met à "faire la reine", non franchement… Cela étant, Élisabeth Soutzo, puisque tel est son vrai nom, est quand même la productrice du film. Ceci explique peut-être cela… Et voici que nous arrive Cagliostro. Le Nostradamus, Madame soleil, Élisabeth Teissier, médecin imaginaire et Bernard Tapie de Versailles . D'extraction noble, ce charlatan qui inquiète toute la cour se veut, se voudrait mystérieux, sinistre et redoutable. On en a connu des Cagliostro au cinéma. De Akim Tamiroff à Jean Marais en passant par Gino cervi, ils furent légion et fort convaincants les Cagliostro. Mais Pierre Dux, capable par ailleurs de bien des merveilles, se débat dans sa redingote de façon assez déraisonnable et ressemble plus à un bouffon impertinent qu'à un maître de l' ésotérisme obscur. Même Palau, qui incarna quand même le diable, n'est pas servile comme le bijoutier Boëhmer se devait de l'être. Il baragouine comme une mémée, Palau, tout petit qu'il est. Dans ce rôle, et toujours chez Guitry, Jacques Morel donnait une gravité et une colère retenue de haute volée. Par bonheur, Jean Hébey est un Louis XVI comme on en voit peu mais hélas, il se fait trés rare dans ce film. Donc, nous voilà en face d'un casting assez mal… casté (!) qui nuit grandement à l'intérêt de l'histoire .

Mais je reviens à l'héroine de cette supercherie royale : Viviane Romance. On la reverra à la cour, neuf ans plus tard, dans L'affaire des poisons d' Henri Decoin où elle incarnera une Voisin magistrale, mais en cette même année, elle s'apprête à rendre fou Michel Simon dans le magnifique Panique de Duvivier. Pour l'instant, elle complote. Des yeux, du sourire, de sa sensualité, elle ourdit. Dire que ce rôle lui va comme un gant serait trop peu dire . Qui pourrait mieux qu'elle "être" Jeanne de la Motte ? Qui mieux qu'elle aurait assez de bagout, de spontanéité, de charme, de veulerie, d'impulsivité charnelle pour incarner cette garce ? Garce qu'elle fut toute sa carrière par ailleurs et qu'elle regretta d'avoir été d'après ses confessions. (Isabelle Baudelet : Romance Viviane, une femme dans le cinéma français). Elle porte ce film sur ses jolies épaules avec une grâce, une légèreté incomparable. Elle est magnifique. Et il est grand dommage que Marcel l'Herbier ne l'exploite pas plus. Sauf à la fin, j'y reviens parce que c'est vraiment du domaine de l'éblouissant, où elle crève littéralement l'écran. C'est à croire que l'Herbier se réservait pour cette fin magistrale. Mais nous avons l'impression, tout le long du film, que ce metteur en scène ne réalise pas à qui il a affaire. Il y a même des moments où il la délaisse pour s'occuper de fioritures dont on se fout éperdument. Il a une Ferrari entre les mains et il louche sur la dedeuche de l'électricien. Il la filme de loin, ou trop souvent de dos, la prive trop fréquemment de gros plans à l'avantage du trés jeune Jacques Dacqmine, amoureux transi et on peut le comprendre, encore bien maladroit à l'époque. Et pourtant, elle est bien là, Viviane Romance. Elle méritait mieux qu'un l'Herbier. Il lui fallait un Guitry. Et à moins que ma mémoire me trahisse, je ne me souviens pas que le résidant de l'avenue Elisée Reclus fit appel à elle un jour ou l'autre. Dommage… Il aurait peut-être fallut qu'il l'épouse pour cela…

L'affaire du collier de la reine est, tous défauts écartés, quand même un film assez prenant. Malgré mes critiques, nous ne sommes pas dans le nanar, trés loin s'en faut. Mais si je devais faire une comparaison quelque peu hardie, je dirais que c'est un peu comme si Milos Forman pour Vol au-dessus d'un nid de coucou ne s'était que trop intéressé aux horaires de travail des infirmières et avait délaissé la vie des malades. Je doute que ce film majeur aurait connu pareil succès. Et bien ici, idem . Marcel L'Herbier nous fait visiter Versailles, et encore, moins bien que Guitry, s'éternise sur la cour qui piaille, insiste beaucoup sur la révolution qui gronde (musicalement, la Carmagnole insiste), et s'occupe de l'affaire du collier de la reine comme d'un détail… Et nous restons un peu sur notre faim. Ça n'est pas mauvais, c'est juste maladroit. Il avait tout pour faire un immense film. Je crois qu'il est (un peu) passé à côté. Il faut quand même préciser que L'Herbier tomba malade et que beaucoup de scènes furent tournées par Jean Dreville, premier assistant . Qui a tourné quoi ? Je dois à la vérité de dire que je connais peu ce L'Herbier. Je me souviens avoir vu, il y a longtemps, Entente cordiale qui m'avait laissé un souvenir mitigé. Rien d'autre. Pour autant, cette oeuvre mérite quand même d'être vue. Ne serait-ce que pour ces ô combien fameuses cinq dernières minutes et d'autres encore. Ces minutes qui auraient du durer une heure trente. Parce qu' une fin de film comme celle là, arrogante de talent, je n'en ai pas vu souvent. Et j'en ai encore des frissons dans le dos … Bon dieu, mais c'est bien sûr !

PS : Sur ce, messieurs et dames, je vous souhaite de trés bonnes vacances si vous ne les avez pas déjà prises. Il est temps d'aller se reposer un peu. Je ne possède pas d'ordinateur portable alors je vous dis à bientôt, à la rentrée prochaine, peut-être. Continuez à fleurir ce site de vos belles plumes. Il le mérite. Salut à tous !


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